UU CORRESPONDANCE
le roi et les minisires les ont eux-mêmes ; ne faites donc point de façon pour me les faire passer à la pre-
Marly, 19 nul 1707.
Je ne suis pas étonnée que l'électeur (de Hanovre) ne s'informe pas de vous ; il ne s'intéresse à personne; Biais il lui arrive ce qui survient à de pareilles gens, personne ne s'intéresse à eux. 11 ne se pique pas d'être poli, et on le voit bien d'après ceux qui sont i sa
nue troisième le précède portant an bout d'un bitoo un eac vide, sur lequel est un 0 (on léro). VEMT, VIDIT SED NON VICIT. A»-deuimi : A BELG. EXPED1TI, REDVX VERSAI. H. IVN. HDCXG11I.
La t«te du roi Guillaume. WILHELMVS 111. D. G. ANG. SCO. FRANC. ET MB. REX. Rêver* : Un coq et des poulet fuyant devant un renard. NIL CANTVS NIL NVMERYS.
Le soleil obscurci par un nuage, un lit flétri. NVNC GLORIA TRANSIT. Revert : Une forteresse dont s'éloignent des assitgéants. NEC AVRO NEC ARN1S. Au-dessmu ; RrlEINFEL ET S. GOAB OBSIDIO 1RR1SA GALL1S FVG. II Iun. HDGXCIII.
La prise de Lille, les levers éprouvés quelquefois par Philippe V, en Espagne, provoquèrent des médailles qui montrent le coq gaulois fuyant devant le lion britannique.
la reine Anne endormie sous un pavillon auprès dnquel des hommes tenant une corde coupent les cheveux A Louis : PH1- USTER VBER DIB. S1MS0N. Au bat : POST VARIAS VRBES ET DVACVM GALL1S EREPTVH D. 27 IVN. 1710. Revers : La reine joua de la harpe. Louis, en costume de malade, chante en se soutenant sur deux béquilles. — Il faut l'accoutumer aux danes. Au tou : LUDOVIC. MAGN. ANNA ILLO HAIOR.
Tête couronnée de lauriers : CAROLVS 111. HISPANIAR. ET INDIAR. REX CATHOL. Revers : Le roi Philippe, fuyant, dit A un jésuite : QVEM PVGIAH N0V1 AD QVEM AVTEM FVGlAil NEQVAOUAM.
cour, car il est impossible de voir quelqu'un plus lourd et plus maussade que le jeune comte de Platten; s'il ne m'avait pas été recommandé chaudement par ma tante, et si son père et sa mère n'avaient été de mes bons amis, je l'aurais laissé mettre en un endroit où il aurait eu tout le temps de faire des réflexions et d'apprendre à vivre, car il avait bien mérité la Bastille, mais de graves raisons m'ont amenée à le sauver.
11 y a aux Invalides un Allemand (le roi croit qu'il est du Palatinat) qui a cent neuf ans et qui a une fille de vingt-deux ans. Je voudrais que ma tante arrivât au moins à cet âge.
Il n'y a plus à la cour que tristesse, ennui et méfiance ; on répand contre le roi et contre les généraux et les ministres des libelles qui sont un témoignage de la grande méchanceté de ce temps-ci '.
1 Madame vent mm doute parler des cbinuni et des couplets qui circulaient sans relâche; les plus malins étalent l'œuvre d'une des filles naturelles de Louis XIV, la terrible duebeeso de Bourbon. Cette femme hardie et moqueuse no vit pas plutôt Mme de Mafnlenon sur le Irûne, qu'elle la persécuta de ses couplets ; la dévotion et les malheurs du roi en étaient le sujet ordinaire et le thème éternel :
On reconnaît la touche âpre de cette princesse dans des couplets relatif» au retour du duc de Bourgogne revenant de l'armée après une triste campagne :
,„.»Googlc
102 COBBBSPOBDASCE
MarN, 58 juillet 1707.
Il n'y a pas encore deux empereurs ; mais s'il était vrai, comme on l'assure, que le roi de Suède vent se fairo déclarer roi des Romains, la chose pourrait bien arriver. Je ne crois pas qu'on ait jamais vu des spectacles aussi étranges que ceux auxquels on assiste nostro secvf-o. Je n'ai pas écrit à Villars," parce que j'ai
Ne pronoTiçoni jamsii ton nom ; Il lerolt la" miséricorde, Car il est délai et po.ltron.
En fait d'ouvrages diriges alors contre le gouvernement français, et dont Ul auteurs se cachaient en Hollande, nous met» (tonnerons :
Les Uéroi de ta ligue ou la Procession monacale conduite par Louis XIV, pour la conversion des protestants; Paris, chez le père Pétere (Amsterdam, 1691, in-4).
Ce volume se compose de vingt-quatre figures dans lesquelles le roi, atm* de slalnténon, le père La Chaise et autres personnages lmportanU sont Uavestla d'une mainere grotesque. M. Léos de Laborde, dans son Histoire de la gravure en manière noire. donne de curieux détails sur cet ouvrage; quelques-unes des planches ont été reproduites dans les Mémoires de M. de Mavrepas [Wi, * vol. iu-8) et dans le Musée de la Caricature ( 1834, livraisons 33 et suiv.)-
Citons aussi le Recueil de pièces héroïque* et historique* pour servir d'ornement à l'Histoire de Louit XIV, imprimé par Jean de Montespan, à Gisors, 1683, in-fol. Ce livre trèsrare se compose de treize estampes satiriques, et, d'après une noie du savant bibliographe Mercier de Saint-Léger, 11 a eu pour auteur et pour graveur F, I, de Puerchemeck, lequel, pour ce méfait, a élé arrêté, emprisonné a la bastille, et peut-être mëoie.
Le Catalogue de la bibliothèque de M.Leber( t. III, p. îiï) renferme une note intéressante eu sujet de ce volume, dont on cuuuoit à peine deux ou trois exemplaires.
DE HADAMB LA DUCHESSE d'OULÉANS. 10S
pensé, comme il est sorti de la Souabe, que c'était inutile, mais je le ferai si vous croyez que ce soit à propos; en attendant, j'ai écrit a ma tante. Je crois que loua les généraux allemands sont devenus fous.
Verealllw, U août 1107.
Le duc de la Trémouiile, (ils de la princesse de Tarante', est dans une terrible affliction, car il a perdit sa femme : les médecins l'ont tuée, tout comme notre feue reine. Elle avait un abcès; an l'a sajgnée si Boutent que l'abcès est crevé : elle est morte en quelques jours. Ha tante m'écrit que le prince héréditaire n'ira pas à l'armée avec son père ; c'est une chose fort ridicule de rester assis auprès de sa femme lorsque le inonde entier est en feu. Le duc de Bourgogne et son frère le duc de Berry partent le 25 pour rejoindre en Provence l'armée contre le duc de Savoie : le plus jeune va comme volontaire, l'aîné commandera l'armée. Je crois, ma chère Louise, que vous et moi noua Mirions fait de drôles de généraux; si nous avions eu du bonheur, on nous aurait admirées autant qu'on blâme ceux qui ne réussissent pas.
Miii'Ij.îlaoùMTOT.
Si je n'aimais pas l'impératrice comme je le fais,
1 Amélie de Hesse, qui avait épousé en 164T le duc de La, ' Trémouiile, prince de Tarente; elle le perdit en ( 67 î ; elle était ■Ile de Guillaume V, landgrave de Heiee-Caisel, et tante ttèschéria de Madame, qui lui écrivait de longues lettrée. Il eit tort (BesUon do cette princes» dan* lcs lettres de H1»6 de Se vigne, qui la connut Intimement en Bretagne (Voir les Mémoires de ï. Walckenaer, t. V, p. 2Bîet wlv.), et qui constate que cliea Madame oi) baragouinait de l'allemand du matin au soir.
104 C0MESP0SDAHCB
j'aimerais mieux que le roi de Suède fut empereur d'Allemagne, plutôt que tout autre, puisqu'il est de notre maison ; mais je ne peux vouloir de mal à l'impératrice, et, pour tout arranger, je désirerais que l'empereur mourût et qu'elle partageât le trône avec le roi de Suède. On pense qu'il se passera bientôt quelque chose en Allemagne, car les deux années sont à se canonner. le n'ai pas voulu en rien dire à ma tante, de peur de l'inquiéter à l'égard du péril où peut se trouver bientôt son fils l'électeur. Villars n'est pas du tout un poltron , et s'il recule, il faut qu'il ait des raisons.
Verullles, I" septembre 1707.
Vous aurez appris ce qui s'est passé à l'égard du siège de Toulon. Il fait ici un temps froid et trèsmauvais : l'électeur de Brunswick trouvera les chemins détestables. Je trouve fort joli ce que le général Thunge a écrit à l'empereur. Je voudrais bien bavarder davantage, mais je ne sais rien de nouveau, et il est temps d'aller à l'église.
l'ont ai neblem, H leplembre 1701.
Vous savez que nos princes ne se mettent pas en campagne; Toulon s'est sauvé sans eux; un proverbe dit : < Qui trop embrasse mal estreint. » On a voulu attaquer à la fois Toulon et Marseille ; ces deux projets ont manqué l'un et l'autre.
Lorsque je construis quelque château en l'air, je pense à aller trouver ma tante à Hanovre et à vous voir toutes autour de moi ; mais lorsque je pense en-
suite que c'est impossible, je suis toute triste. Comment est-il possible que vous tous souveniez si bien de tous les plats que j'aime? 11 yabientrentosixansquenous n'avons mangé ensemble; rien que de lire ce que tous me dites là-dessus m'a donné de l'appétit.
Fontainebleau, 16 septembre 1707.
Le duc de Savoie n'aurait pas dû traiter si mal les Provençaux s'il voulait les attirer à lui ; il aurait dû se rappeler qu'on ne prend pas les mouches avec du maigre: le pillage, l'incendie, le viol l'ont rendu tellement odieux, qu'on se battait contre lui avec un acharnement extrême, et qu'on aimait mieux mourir que de se rendre ' . Je reçois en ce moment des nouvelles d'Espagne qui me donnent de l'inquiétude: mon ■fils a été atteint d'une forte fièvre. Tous ses gens ont été malades. 11 m'écrit qu'il est d'ailleurs hors d'affaire, et que ce n'est que le résultat de la fatigue.
Verwillei, SI octobre 1707.
Nous avons reçu hier la bonne nouvelle que mon flls
1 Les recueils manuscrits contiennent àc nombreuse* pièces de me mr l'expédition malheureuse du due de Savoie, mais elles ■ont, pour la plupart, Tort plates ; nous n'y avons remorqué que le couplet suivant comme empreint de malice :
Feru-tu dei uttliei, Saioyird, toui tel jorni !
J» toii aveu donlriir t» dernière incartade i la m prendrai Toulon,
Don, don, Que lorsque l'on verra, ié, là,
106 CORRESPOSDANCH
a pris d'assaut la ville de Lérida ; la défense aurait été des plus vigoureuses : les femmes et les moines étaient venus combattre sur la brèche, mais les nôtres ont tout enlevé ; la garnison et les habitants se sont réfugiés dans te château ; le prince de Darmstadt a prié mon fils de permettre aux moines et aux femmes d'en sortir, mais mon fils n'a voulu laisser sortir personne : il a répondu qu'il ne voulait pas se priver d'adversaires aussi courageux, et que, puisqu'ils avaient si bien défendu la ville, il serait charmé de les voir défendre aussi le château. Nous espérons que là famine les forcera à se rendre. Ce ne sera pas un petit honneur pour mon fils d'avoir pris une ville qu'avaient attaquée inutilement deux généraux célèbres, Monsieur le Piince et le duc d'Harcourt.
Versai! le», î* novembre JT01.
Je suis honteuse de ne vous avoir pas répondu plus tôt; mais, depuis huit jours, j'ai reçu tant de visites et de lettres de félicitations à cause de la prise de Lérida, que je ne sais plus où j'en suis. Dès que ce moment de presse sera passé, j'écrirai plus régulièrement; aujourd'hui j'ai encore cinq longues réponses à écrire avant de me mettre à table. Puisque les hussards de Vil lais font des courses jusqu'aux environs de Francfort, vous faites très-bien de ne pas voyager sans escorte.
Il est absurde Qu'on veuille en Allemagne entraver nos correspondances; ni vous ni moi ne nous mêlons de politique. Je suis bien aise d'apprendre que la bonne ville d'IIeidclberg ait été ai bien rebâtie; Dieu veuille
DS MADAME LA CUCIiESSR D'ORLÉANS. 1*17
la préserver de nouveaux malheurs! Depuis la mort de H. Lotirais, on ne brûle plus comme de soit temps; j'espère Binai que la ville ne sera plus incendiée.
Yerulllu, 10 Janvier 1108.
Je voudrais savoir ai l'église du Saint-Esprit et le pont du Necker sont rebâtis? Pourquoi l'électeur ne fait-il pas réparer le château ï il en vaut bien fat peine. Heidelberg est en fort bon air, mata il eit encore meilleur au château que dans la ville.
Versai Ile», 13 jaliïler 1708'.
Écrivez à W" de Degenfelt qu'elle peut envoyer son fils ici, j'en aurai soin. Dites-lui qu'il faut qu'il ait un passe-port, autrement il ne pourrait venir; il faut aussi bien expliquer combien de gens il amène avec lui ; quand vous m'aurez écrit tout cela, je vous enverrai le passe-port. Vous ne me dites pas si vous avez reçu les deux bouteilles du remède du docteur Gendron que j'ai envoyées. Dites bien i votre sœur de ne pas m'écrire tant que ses yeux ne seront pas tout a fait guéris.
Meudtfii, 3 lerjUmbre 1108.
Vous croyez que dans l'armée il n'y a pas beaucoup de gens qui aient le vice abominable si répandu chez les Français, mais vous vous trompez fort : les Anglais ne valent pas mieux et sont tout aussi corrom-
1 Les manuscrits examinés par H. Memel ne renferment qtfun tris-petit nombre de lettre» écrites en 1708.
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pus. Vous me faites rire quand vous croyez que ce - péché n'existe pas en Allemagne ; je vois que voua n'êtes pas au fait des choses : sans mon frère Charles- Louis qui intervint, le petit prince d'Eisenach, qui a été tué en Hongrie, aurait tué le prince de Wolfenbuttel, qui voulait lui faire violence. Charles-Louis m'a assuré que toute l'Autriche était infectée de ce vice. L'infidélité Chez les hommes est regardée comme rien du tout, et l'infidélité chez les femmes est aussi chose bien commune en ce monde. Tout le reste que vous citez n'est que des faiblesses humaines auxquelles on ne peut échapper, parce que nous sommes tous des créatures humaines : si nous étions tous parfaits, nous n'aurions pas besoin de la passion du Christ, qui est nécessaire pour couvrir nos fautes.
Versailles, îfi. octobre 1708.
Je suis fort affligée et j'ai bien mal à la tète et aux yeux, car j'ai perdu hier une bonne et fidèle amie, la comtesse de Beuvron ; je vous promets de vous écrire dorénavant chaque semaine, car depuis que cette pauvre femme est morte, à laquelle j'écrivais chaque jour de longues lettres , j'aurai plus de temps. Elle avait du mérite, de l'intelligence et m'était fidèle, et c'est ce qu'on trouve rarement. Je suis bien peinée que l'électeur ne fasse pas réparer ce pauvre cher château d'Heidelberg; c'est vilain de la part de celui qui est le chef de la race.
Versailles, 1" novembre 1708.
Sans vouloir se vanter, on peut dire qu'il y avait
DE MADAME LA DUCHESSE D'OBLÉANS. ICO
plus de politesse à notre cour qu'à celle d'à présent : rien de ce qui regarde le temps jadis ne me déplaît, et vous me faites un vrai plaisir d'en parler; j'aime à apprendre ce qu'il y a de nouveau et à voir ainsi la différence. Êles-vous assez simple pour croire que les jeunes gens, à l'époque actuelle, vivent sans maltresse!' en avoir n'est pas du tout un déshonneur.
Vcruflte, 17 noTembr* nos.
Je ne serai jamais fatiguée d'avoir de vos lettres; au contraire, je suis toujours bien aise quand j'en reçois, car j'ai toujours le cœur allemand, et j'éprouve constamment un sincère plaisir à savoir ce qui se passo dans notre bon Palatinat.
Verwllles. I&dfeambrt 1708.
Quand nos bons et braves Allemands veulent imiter ce qui se fait de bien en France, ils sont dignes d'éloges, mais il est ridicule de prendre pour modèle ce qui est ici condamné; les hypocrites ne sont que trop nombreux en ce pays, el tout ce qu'il y a de plus rÉpréhonsible se couvre sous ce manteau, ce qui est une in'ure pour la dévotion.
Hvlj, 9 février 1700.
Une de mes petites chiennes a sauté sur la table, s est saisie de ce papier, et a déchiré un mot, comme vous le voyez : la dame qui a fait cette belle action s appelle Caudace, née Robe, et ce dernier nom lui a uté donné parce que sa mère, Charmille, est accouc»ùe sur ma robe. Madame la princesse (de Condé)
1 10 CORHESP0KDAKCB
était avec moi ; nous causions ensemble, assises fiur un canapé : voilà que Charmille, qui était derrière moi, 8e met à te plaindre et a remuer, comme elle faisait toujours lorsqu'elle voulait être caressée. Madame la princesse me dit : « Vostre chiene ce demaine, qu'a-telle?» Je dis : ■ Elle veux que je la caresse. > Je passe la main derrière moi pour la caresser, et je la trouve toute mouillée; elle venait à l'instant de mettre has ses petits chiens sur ma robe, qui était étalée autour de moi. Madame la princesse en rit de bon cœur ; mais c'est une vieille histoire, et il y a trois années de cela.
11 y a eu beaucoup de gens gelés dans les campagnes; des bandes de loups font aussi d'affreux ravages : ils ont dévoré le courrier d'Alençon et son cheval ; devant la ville de Mons, deux loups ont attaqué un marchand : un lui sauta à la gorge et commença à déchirer son justaucorps ; il cria ; deux dragons qui se promenaient hors de la ville vinrent au secours du marchand; l'un tire son épée, et en perce le loup de part en part; le loup laisse le marchand, saute sur le dragon et le saisit par le cou. Son camarade s'empresse de venir à son secours, et il abat le loup, mais déjà la cruelle béte avait étranglé le dragon. Le second loup vient par derrière, terrasse l'autre dragon et le mord par derrière. Lorsqu'on arriva de la ville pour prêter assistance, on trouva deux dragons et un loup étendus morts; l'autre loup s'était enfui.
Versailles, 18 février tlOB.
J'ai reçu la triste nouvelle que notre tante, la prin-
cesse Louise de Maubuisson, était entln morte après une longue maladie' ; elle avait un Age après lequel il était difficile d'aller bien loin, car elle avait quatre- 'ingt-six ans et neuf mois ; aa perte m'a cependant affligée jusqu'au fond du cœur. La bonne princesse m'aimait mieux que ses autres nièces. Je crains aussi <nu cette mort n'affecte vivement notre chère tanto l'électrice et que sa santé n'en souffre.
Versailles, 2 mars 1709.
Je n'ai do ma vie vu une époque aussi triste : les gens du peuple meurent de froid comme des mouches. Les moulins se trouvent arrêtés, et cela a fait mourir beaucoup de gens de faim '. Hier, on m'a raconté une douloureuse histoire au sujet d'une femme qui a volé un pain à Paris, dans la boutique d'un boulanger: le boulanger veut l'arrêter; elle dit en
1 Celte abbease, dont Madame parle souvent, était Louise* Hollandlne, fille de l'électeur palatin Frédéric V, roi de Bohême. Née en ifil!, elle embrassa le catholicisme en 1650, et fut nommée atsbease de Manbulss™ en 1604. Dans quelques antre» lettres qu'on verra plus tard, Madame donne dei mtoun de ta tinte ia piuS mauvaise opinion.
1 Ces calamités fournirent l'occasion de se moquer des ministres très-peu capables qui gonremalent alors. Noue citerons & Ri égard on couplet que renferment les recueil» manuscrits ;
Après ici cruelles horreurs
D'ùnhiw rfrujuble, Noua crojioos goiter If a donwurs
D'an printemps igreabl
Qui gourme les Mttsal
112 fORIiESFONDAXCE
pleurant : * Si l'on connaissait ma misère, on ne voudrait pas m'enlever ce pain , j'ai trois petits enfants tout nus; ils demandent du pain; je ne puis y tenir, et voilà pourquoi j'ai volé celui-là. > Le commissaire devant lequel on avait conduit la femme lui dit de le mener chez elle; il y vint, et trouva trois petits enfants empaquetés dans des haillons et assis dans un coin, tremblants de froid comme s'ils avaient la fièvre; il demanda à l'aîné : « Où est votre pèreî > L'enfant répondit : « Il est derrière la porte. > Le commissaire voulut voir ce que faisait le père derrière la porto, et il recula saisi d'horreur : le malheureux s'était pendu dans un accès de désespoir. Pareilles choses arrivent chaque jour. On m'écrit de Paris qu'une jeune fille avait prédit l'époque de sa mort, et qu'elle avait annoncé en outre que cette année il y aura une grande bataille livrée près de Béthune, que les Français remporteront la victoire, et qu'une paix générale en sera la conséquence. Reste à savoir si la prophétie se réalisera; mais ce qu'il y a de sûr, c'est que la jeune fille est morte le jour et l'heure qu'elle avait annoncés. On dit aussi que parmi les sauvages du Canada il y en a qui connaissent l'avenir. Il y a dix ans qu'un gentilhomme français, qui a été page du maréchal d'I lumières, et qui a épousé une de mes dames d'atour, amena avec lui un sauvage en France. Un jour qu'on était à table, le sauvage se mit à pleurer et à fairedes grimaces. Longueil (ainsi s'appelait le gentilhomme) lui demanda ce qu'il avait et s'il souffrait. Le sauvage ne fit que pleurer plus amèrement. Longueil insistant vivement, le sauvage lui dit : « Ne me force
DE MADAME LA DL'CHESSB O'ORLÉAKS. 113
pas à le dire, car c'est toi que cela concerne, et non pas moi. » Pressé plus que jamais, il finit par dire : «J'ai vu par la fenêtre que ton frère était assassiné en tel endroit du Canada, » par telle personne qu'il lui nomma. Longueîl se mit à rire, et lui dit : «Tuesdevenu fou. » Le sauvage répondit : « Je ne suis point , du tout fou ; mets par écrit ce que je t'annonce, et tu verras si je me trompe. > Lougueil écrivit, et six mois après, quand les navires du Canada arrivèrent, il apprit que la mort de son frère était arrivée au moment exact et à l'endroit où le sauvage l'avait vu en l'air par la fenêtre. C'est une histoire très-vraie.
Mtrlj, S mal 1708.
Lundi, j'ai à écrire aux deux reines d'Espagne, ainsi qu'à la duchesse de Savoie, et à travailler avec mes hommes d'affaires pour régler les payements et les comptes. Mardi, je recevrai les visites des ambassadeurs et des envoyés, et après midi j'écrirai à ma fille et à trois de ses enfants qui m'écrivent déjà. Mercredi, j'écris à la duchesse de Hanovre et à Hodène, et je réponds aux lettres qui sont sous ma main. Jeudi, j'écris encore à Hanovre, et je vais quelquefois à la prière du soir et au salut, ainsi que le dimanche. Vendredi, j'écris derechef à Luné ville ; samedi est le seul joui' où je n'aie aucun courrier.
Vendues, 8 juin 1700.
Je suis bien aise pour les pauvres habitants du Palatinal que l'électeur se soit résolu à mieux traiter ses sujets. Quand ceux qui ont été dans la Pensylvanie
114 OOMUSSPOSOANCE
l'apprendront, ils reviendront bientôt. Je désire aussi de tout mon cœur que l'électeur tous contente ; il est bien sûr que ai j'avais eu le bonheur d'être un homme, et si j'étais devenu électeur, vous auriea eu pleine satisfaction et mes sujets aussi.
Je suis ici fort délaissée, car tous, jeunes et vieux, courent après la faveur ; la Haintenon ne peut me souffifr ; la duchesse de Bourgogne n'aime que ce que cette dame aime; j'ai fait de mon mieux pour me concilier cette personne toute-puissante, mais je n'ai pu y parvenir. Je suis ainsi exclue de tout, et je ne vois le roi qu'à souper. Je ne peux agir que d'après ht volonté des autres; j'étais moins liée lorsque Monsieur vivait. Je n'ose pas coucher hors de Versailles sans la permission du roi; je n'ai donc pas tort de me souhaiter auprès de vous dans notre cher Pakuinat, mais Dieu ne veut point qu'ici-bas on soit pleinement satisfait. Amélie et vous êtes libres, mais vous avez de mauvaises santés; moi je suis dans l'isolement, mais j'ai, grâce à Dieu, une santé parfaite. Vous vous trompez bien si vous croyez qu'on n'entend pas ici des lamentations: nuit et jour on n'entend pas autre chose ; la famine est telle que des enfants se sont mangés les uns les autres. Le roi est tellement résolu à continuer la guerre qu'il a hier remplacé son service d'or par de la vaisselle de faïence ; il a envoyé tous les objets qu'il avait en or à la Monnaie, afin de les convertir en louis.
VcMûille*, 13 juillet 1700.
Je suis très-vexée aujourd'hui, j'ai bien des ennuis: un trésorier m'a horriblement volée ; cela me donne
beaucoup d'ouvrage, On est trop intéressé dans ce pays; il en résulte que toutes les charges se vendent et s'achètent, de sorte que fort souvent elles tombent dans les mains de fripons. C'est vraiment pénible et fâcheux ; mais, comme dit le proverbe : ■ Où la gesvre (la chèvre) est liée, il faut qu'elle broutte. »
Ventilte, 30 Juillet 1700.
Je n'ai rien de neuf à vous dire, si ce n'est que je me trouve dans un grand labyrinthe, car mon trésorier m'a volé plus de cent mille écus et me laisse sans un liard, ainsi que mes gens. En attendant qu'on lui fasse rendre compte, il est impossible de vivre sans une obole; mais c'est ma destinée d'être toujours livrée à toutes sortes de contrariétés. On continue de répandre des chansons contre le roi et contre la cour, mais il ne faut pas en parler par la poste ' .
1 Les recueils manuscrit» renferment nombre de cet chanson» dont parle Madame ; noua en reproduirons ici quelques-unes qui portent la date de 1709, et que noua croyons inédite» : Apres le retour de ïorcy,
11 falloiC prendre un bon paru",
Ou reiolut U guerre ; On reforme le Bourguignon,
iroit pourtant bien ki
Biribi, Il (icod de Birbari,
Mari?, 34 noùi 1100.
Je voudrais que vous pussiez êlre ici avec nous pour voir comment les jardins sont beaux ; mais il faudrait
De Blême que Totre guen La. faridoudaiae, lafarld
Biribt, A la façon de Bu-birl,
Cantimio» la pierre; La faridondaine, la faridoodoD,
Four bicu régler a, Et finir nos mi*
" Le marccLal d'bielUi* et l'abbé de Polignac,
pouvoir s'y promener avec des gens agréables et bons, et non avec des personnes qui se haïssent el se méprisent mutuellement, sentiments qu'on rencontre ici
Xt partout lia ont réuni,
Biribi, A 1* façon de Barbari,
KM Mi.
Le» Osant d'Êgjpts on «lient,
Tant gèle, Pair Infecte, Que d'impMa, qued'édîta sanglant* 1
Multotieri, fiera iDKdel, Scorbut, famine et d'Argeuaon, La faridondaine, La faridandon,
BIriW, A la façon de Barbari,
Mon moi.
Voui me demande i des nomellea
Sa «empile nielle mehreaae,
Malgré le mol qui nom oppreue, Ko irut point qu'on fane la paii.
Le Dauphin, bourgeois de Yeraaillea, Chaise, mange et le divertit; La Chonin, cette Tieille médaille,
plus aisément que ceux de l'amitié. Mercredi dernier, je fus à Paris; tout y était en alarme à cause de la discite du pain. Comme j'allais au Palais-Royal, on me
criait : 11 y a une révolte; il y a déjà quarante personnes de tuées. Une heure après, le maréchal de BoufQers et le duc de Crammont avaient tout apaisé : nous allâmes tranquillement à l'Opéra, et samedi nous revînmes & Versailles.
14 Hi>t«nbr« 1709.
Nous avons, il y a quatre jours, perdu une bataille près de Mons '. Le carnage a été horrible et la perte énorme de part et d'autre ; on ne voit que des larmes et des figures au désespoir. M" Dangeau, qui est née deLoweinstein', a son fils unique atteint d'une bles-
Le petit-Bis un grand poltron,
6a I U belle taille I Que jb iom pillai, puiicct Frufoil,
rourtu queg"ii« du >iu. .
La palme de l'iiMolence tetle peut-être i hihj dpIgmiaiM que Loiiiéojft de Brienne attribue à Biibsv, et qui fa H alliKton au lumôm rie Dieudonné conféré k Loui» XIV, lots de ta oauuni* :
Ce roi si grand , >i fortoni, " Plut tage que Céiir, plui vaillant qu'Aleiindre,
Hûlall l'il Touloil le reprendre.
1 La bataille de Malplaquet.
* Nous en avons déjà parlé i ajonton* que cette dame Jnuis-
sure terrible. On lui a coupé la cuisse, et on ne sait ' s'il en réchappera.
Je crains que H*" de Degenfelt n'ait aussi perdu un fils dans cette horrible journée; je suis bien peînée à cause de toutes les douleurs dont je suis témoin et da tous les gens de ma connaissance qui ont succombé. La landgrave de Darmstadt est morte, et je crois que l'é)ectrice douairière palatine ne tardera pas aussi à la suivre. On peut appliquer à ces deux princesses le vieux vaudeville :
Dan li rue de la Tonrnelle Un coup de foudre est tombé* :
Il n'a pu eaué de ceriellea.
Car il n'ai a pu Ironie.
Elles n'avaient ni l'nne ni l'autre beaucoup de bon sens. Je me souviens encore parfaitement de la vieille
sait a la cour d'une haute considération. Mme de Malntenen la prit en affection ; Saint-Simon vante sa vertu, et dit que « dan» unmartage du goût du roi et peu du sien, elle vécut comme un ange. » Quant à son fils, qui portail le nom de Courcillon, c'ér tait, d'après les mémoires du temps, nn original sans copie; beaucoup d'esprit, un fond de gaieté et de plaisanterie Inépuisable, une débauche effrénée, une effronterie à ne rougir do rien. À. la suite de sa blessure, son père voulait qu'il prit un confesseur; le Dis demanda le père de La Tour, oratorien, qui déplaisait A Louis XIV. A ce nom, Dangeau frémit des pieds jusqu'à la tête, et il ne fut plus question de confession. Le père de La Tour lui-même ne fut pas à l'abri des traits lancés )pr les coupleliers habitués a ne rien respecter. Les recueils manuscrits présentent, sous la date de 1691, les vers que voici ;
11 fait vêlir la Honti'ipau O'étniuiue et de bure,
DB MADAME LA DUCHES5E dWéaNS. 121
électrice palatine ; je l'ai -vue à Heidelberg, lorsqu'elle était encore duchesse de Neubourg, elle avait d'étranges proverbes; elle embrassait son mari devant tout le monde et l'appelait mon angelli. Je doute que l'affaire de mon trésorier puisse s'arranger sans que j'y perde, car le coquin a très-certainement volé plus d'argent qu'il n'en possède. Mon fils ne me paye jamais ce qu'il devrait me donner. Ses campagnes en Espagne, où on l'a laissé manquer de tout et où il a été forcé de tout payer avec son propre argent) l'ont absolument ruiné : ce qu'il a été obligé de dépenser est affreux. Le roi ne lui a jamais envoyé un sou : voyages , campagnes, sièges, il a fallu qu'il fît les frais de tout. Je n'ai de ma vie vu une époque aussi malheureuse et aussi misérable que celle où nous nous trouvons : Dieu veuille qu'une bonne paix vienne cliangcr tout cela !
Il" est assez ordinaire aux Franciscains de prêcher d'une façon ridicule; je n'ai jamais entendu parler du père Abraham'.
Vertatlle*. 1S octobre 1700.
J'ai reçu vos lettres d'Heidelberg et de Francfort, et j'y ai répondu, mais mes lettres pour vous, chère Louise, sont toutes dans le paquet pour ma tante que l'on gfrde si longtemps qu'il y a de quoi nous rendre toutes folles; c'est à quoi les ministres et les toutes-
1 Abraham de Sainte-Claire, de l'ordre des Augustin», mort à Vienne en 1709, ee rendit fumeux par ses sermons où il matait des plaisanterie? et des petits contes ; son originalité comique le faltait écouter.
122 C0R8ESP0NDAHCB
puissantes dames réussissent beaucoup mieux qu'à
gouverner ce royaume.
VsnallUi, 16 oclobia 1709.
Tout ce qu'on voit et entend est chose affreuse; nous nous trouvons dans une bien funeste époque : si l'on sort, ou est suivi d'une foule de pauvres qui crient à la famine; tout est payé avec des billets; il n'y a plus d'argent nulle part, et toute satisfaction est détruite jusqu'à ce que viennent de meilleurs jours.
YMMilto. % MTtnbn H».' La vieille dame qui est ici en si grande faveur me. déteste : j'ai fait de mon mieux pour obtenir sa bienveillance, mais je n'ai pu y parvenir; elle m'a voué, ainsi qu'à mon fils, ce qu'on appelle une haine implacable. Il faut suivre ce qui est raisonnable et marcher dans son droit chemin : Dieu mettra ordre à tout cela.
Marly, 9 novembre 1709.
Est-il possible que vous n'ayez jamais vu de grandes chasses ï J'ai vu prendre plus de mille cerfs et j'ai fait aussi des chutes graves ; mais sur vinglnôx fois que je suis tombée de cheval, je ne me suis fait mal qu'une seule.
J'ai vu hier un personnage que je désirais voir depuis longtemps, en ayant beaucoup entendu parler, l'électeur de Bavière ; il est ici tout a fait incognito ; il ne fait ni ne rend de visites; malgré son incognito, le roi l'a mené en voiture voir les jardins. Dans une demi-
de MADAME LA ddchesse d'om.éans. 129 heure, nous irons entendre la musique; ce n'est pas neuf, car on ne chante que les vieux opéras de Lully ; il m 'arrive fort souvent de m'endormir.
YentalllM. 1G novembre 1709.
De mon temps, madame votre mère n'avait pas d'antre maison que la maison suédoise en sois, qui était devant le premier pavillon ; mais je ne pute croire sue si vous partiel plainte à l'électeur, il laissât les moines rester en possession de la maison qu'ils vous ont prise; il ne pourrait sa refuser i vous rendre justice, mais il est vrai que les prêtres prennent où ils peuvent et ne s'inquiètent à qui cela appartient.
Versailles, T décembre 1709.
Ma belle-fille entre dans ls sixième mois de sa grossesse et elle est toujours souffrante ; je ne puis m'é~ loigneT on instant; je crains qu'elle n'ait encore une fille. Dieu veuille qu'elle nous donne un garçon comme celui qu'elle a déjà eu : c'est on charmant enfant ; je l'aime mieux que ses trois sœurs ensemble; mais il est bien délicat, et j'ai peur qu'il ne vive point.
La toute-puissante dame d'ici ne se fis pas à moi; elle a toujours été contre moi. Du temps de Monsieur, ses favoris craignaient que je ne fusse me plaindre au roi de ce qu'ils pillaient Monsieur, ne ce qu'ils me donnaient beaucoup de chagrin et de ce qu'ils menaient une vie déréglée; ils voulurent avoir la dame de leur coté, et ils lui dirent qu'ils connaissaient sa vie, et que si elle n'était pas des leurs, ils diraient tout ou roi. (j'ai su par la dame elle-même qu'us étaient
d'accord, mais elle ne m'a pas dît les motifs de cette union, que j'ai apprise par un ami du chevalier de Lorraine.) Elle m'a persécutée toute sa vie, et elle ne me fierait pas un cheveu, parce qu'elle croit que je suis aussi vindicative qu'elle, ce que je ne suis nullement; elle est donc bien aise de me tenir éloignée du roi. Il y a aussi une autre cause ; c'est l'affection qu'elle a pour la duchesse de Bourgogne. Gomme elle sait bien que le roi, que j'aime et respecte fort, n'a aucune antipathie pour moi et que mon humeur naturelle ne déplaît pas à Sa Majesté, elle a peur qu'à mon Age je ne préfère m' attacher au roi plutôt qu'à une princesse aussi jeune que la duchesse de Bourgogne ; voilà pourquoi elle veut me tenir éloignée du roi, et c'est ce qu'elle fait par tous les moyens possibles , et il n'y a pas possibilité d'y rien changer.
Versailles, 15 février 1T1I).
Je viens d'auprès de la duchesse de Bourgogne qui, à huit heures un quart, est accouchée d'un prince que l'on nomme le duc d'Anjou ; elle a promptement accouché, n'ayant été qu'une heure en mal d'enfant, mais elle a horriblement souffert, car l'enfant se présentait par derrière ; il a fallu le tirer par les pieds.
Je trouve mon petit-fils si délicat que je ne puis croire qu'il vive longtemps; il est d'ailleurs grand pour son âge, mais en tout faible et délicat; les enfants sont plus gentils, selon moi, lorsqu'ils sont un peu volontaires, c'est une marque d'esprit. La princesse fait bien de corriger son fils et de ne pas souffrir qu'il balte sa petite sœur, mais au contraire qu'il la
DB HADAMB LA DUCBKSSE D ORLRASS. 125
caresse. Quand mon fils était petit, je ne lui ai jamais donné de soufflets, mais je l'ai fouetté si fort, qu'il s'en souvient encore. Les soufflets sont dangereux.
VeraaillcB, 13 mars 1710.
La mort du duc de Wolfenbûttel m'affecte dans l'âme, mais de l'humeur dont est le prince héréditaire, il s'en consolera bientôt avec ses pages; notre frère Charles-Louis vous a raconté comment il fut une fois spectateur de l'humeur amoureuse de ce prince; il lui sauva la vie, car le prince s'était mal adressé et avait attaqué quelqu'un qui n'était pas de cette hu-
Ytrallla, 3 «rtl 1110.
J'avoue que le changement de religion du duc Antoine Ulrich m'a fort étonnée ; la raison que vous indiquez ne peut être la vraie, car cette conversion ne lui rapportera pas un liard . Il a mis le temps à prendre son parti, puisqu'il s'est décidé à agir ainsi dans sa sois a nie- dix- septième année : on peut dire qu'il n'a agi qu'après un mûr examen.
VerwJllw, n avril 1710.
J'ai entendu dire que le clergé voulait donner au roi vingt-sept millions; les ecclésiastiques sont riches en ce pays : l'archevêché de Reims seul rapporte soixante-cinq mille livres ; il y en a bien d'autres qui en rendent autant.
VarHilln, T Juin 1710.
J'ai à vous annoncer le mariage de ma petite-fille
avec le duo de Beny. Lundi, le toi vînt dans-nu chambre, à Marly, et m'annonça qu'il le déclarerait publiquement le lendemain. On m'en avait fait part la veille, avec recommandation expresse de n'en pas souffler mot à âme qui vive. Hardi, j'allai à Saint- Cloud complimenter la princesse; mercredi, elle vînt à Marly : sa mère et moi nous la présentâmes au roi, qui l'embrassa et la présenta à Bon futar éponx. Elle aura quinze ans le 20 août, et elle est déjà de deux doigts plus grande que moi ; le duc a juste neuf ans de plus qu'elle. On a (ait demander les dispenses à Rome, et sitôt qu'elles seront arrivées, le mariage aura lieu. l'avoue qu'il me cause une joie très-sincère.
Versailles, 6 juillet 1710.
Ce soir, à cinq heures, le contrat sera signé dans le cabinet du roi; le mariage aura lieu le 11 au matin, sans aucune pompe ; mais le soir il y aura une grande réception et souper du roi avec toute la famille royale. C'est une histoire fort drôle que celle de la façon dont ce mariage s'est fait, mais elle ne peut s'écrire par la poste : c'est à la haine qo*on le doit plutôt qu'à rattachement ; du reste, cette union est mieux assortie que celle que contracta la landgrave de Homberg, car ici le mari a neuf ans de plus que la femme, ce qui vaut mieux que lorsque c'est la femme qui est plus âgée que le mari. On me racontait qu'à Metz, dans l'église réformée, une vieille dame s'était présentée un jour pour faire bénir son mariage, et que le mari était un adolescent qui avait l'air fi jeune, que le ministre demanda; »Pt ésentez-vous cet enfant pour êtrebaptiaéï*
Lt landgrave, avec son mari de dix-huit ans, méritait bien qu'on lui en dit autant.
Je bavarderais volontiers encore avec vous, mais j'ai déjà rempli vingt-un feuillets destinés à ma tante.
Vcivallle», Il juillet 1110.
le connais les Mon tlesun et les Lostanges ;• les premiers ont toujours été catholiques, les seconds étaient ■ réformés, mais ils se sont faîte catholiques. Le roi a eu pour pages deux des Montlesun; l'un est mort, l'antre est exempt des gardes du corps. De telles gens n'ont d'ordinaire aucune importance; de ce qu'ils font fort mal la révérence, il ne faut pas conclure qu'ils ne sont pas de qualité; les jeuiHM.gess aujourd'hui se piquent de ne rien savoir et de ne rien pouvoir faire ; le jeune de Tonnerre, qui est d'une des meilleures maisons, fait la révérence plus mal que -n'importe quel paysan qui va derrière la charrue ; ne rien savoir, ne rien pouvoir, être grossier et lourd, c'est la gentillesse de l'époque actuelle.
Versai! le», 6 octobre 1710.
Je suis comme voub, je ne puis imaginer qu'on sa remarie; je n'y comprends qu'un seul motif, c'est lorsqu'on meurt de faim, et qu'on volt par la à se procurer un peu de pain.
Le Hanovre semble être devenu une petite Angleterre, puisque tout y est plein d'Anglais qui s'y accrochent; ma tante m'a écrit au sujet du bel Anglais dont vous parlez, mais ce cavalier doit avoir été mal élevé, puisqu'il a voulu s'asseoir en présence de l'élec-
128 CORRESPONPÀKCE
l«ur; un Français n'aurait pas fait pis; ils ont pria l'habitude à présent' de s'asseoir partout.
Harlj, 6 novembre 1710.
Il faut que je vous dise que j'ai eu avant-hier la peur la plus effroyable que j'aie jamais ressentie de ma vie. Pour vous la raconter en peu de mots, je vous .'-dirai, ma chère Louise, que, mercredi dernier, comme nous avions tous été célébrer la Saint-Hubert, que nous avions déjà pris un cerf, et que nous en courions un autre, je vois quelqu'un qui tombe de cheval, le crus d'abord que c'était un piqueur qui nous accompagnait, et je voyais bien qu'il était gravement blessé, car il avait de la peine à se relever. Lorsqu'on le releva et que je pus voir son visage, je reconnus que c'était mon fils ; pensez combien je fus saisie : je le pris dans ma calèche, mais la douleur était affreuse ; nous ne pouvions savoir si le bras était cassé ou seulement démis; il s'est trouvé qu'il n'était que démis, mais c'était près de l'épaule où mon fils a été deux fois blessé, el où on lui a coupé des nerfs; voilà pourquoi il a tellement souffert : on lui a remis le bras, et il n'a plus eu de douleur. On l'a saigné ; il est maintenant rétabli. Il ne garde pas la chambre; il a le bras en écharpe, et il va partout; il était assis près de moi il n'y a qu'une demi-heure,
B«rlj, 6 Terrier 1111.
Je regrette d'apprendre que vous vous Êtes habituée au café : rien au monde n'est plus malsain. Je vois tous les jours des gens qui ont été forcés d'y re- '
noncer, à cause des grandes maladies qu'il a causées ' . La princesse de Hanau, fille du duc Christian de Birkenfelt, en est morte après d'horribles souffrances : on a trouvé après sa mort que le café avait causé dans son estomac une centaine de petits ulcères. Que cela vous serve de leçon.
Venallle», 18 mari Mil,
Notre Seigneur punira l'électeur palatin de son injustice à votre égard; je voudrais que l'on m'eût parlé de voire vaisselle d'argent ; vous l'auriez bientôt recouvrée. C'est une honte d'agir avec vous comme il le fait; on m'a aussi tout pris à moi; les cheveux se dresseraient sur votre tête si je vous racontais comment, en toute circonstance, on a agi vis-à-vis de moi et comment on agit encore, mais il est inutile d'en parler; c'est d'ailleurs si incroyable que si je le racontais, je ne gagnerais rien qu'à me faire regarder comme une personne hypocondrc et atteinte de vapeurs noires. On m'a soigneusement coupé lus ailes, si bien que 101*8 même que je serais mon seigneur et maître, je ne pourrais voyager.
Morly, 16 avril ITI1.
Nous avons éprouvé un grand malheur : monsieur le Dauphin est mort vendredi à onze heures du soir ',
' Le Journal de Dangeau, en annonçant la Nontberon, lieutenant général d
par l'usage du café qu'il faisait lui-même.
1 Saint-Simon s'est surpaie lui-même dans la peinture de la cour Ion de la mort du Dauphin, de la douleur réelle do quelques-uns, de la douleur affectée du plus grand nombre, de la
comme on le croyait hors de danger ; il avait une fièvre pourprée, qui s'est tout à coup changée en petite vérole, et il y a succombé : le roi a passé la nuit près de lui, mais nous a fait défendre d'y venir. J'ai été voir ses enfants, que j'ai trouvés dans une affliction qui aurait attendri des rochers. Le roi est extrêmement affecté, mais il montre une fermeté et une soumission à la volonté de Dieu qu'on ne saurait exprimer. 11 parle à tout le monde et met ordre à tout avec résignation. Ce qui le console, c'est que le confesseur de Monsieur assure que sa conscience était dans un état très-satisfaisant; il avait communié à Pâques , et il est mort dans des sentiments trèsreligieux. Le roi s'exprime d'une façon si chrétienne qu'elle va au coeur, et j'ai pleuré hier toute la journée.
joie qne ressentaient bu fond du «sur ceux qui connaissaient et craignaient ce prince. Nous citerons les lignes suivantes :
• Madame, rhabillée en grand habit, arriva hurlant?, ne sa-
• chant bonnement pourquoi ni l'un ni l'autre, les inonda tons » de ses larmes en les embrassant, fit retentir te château d'un
• renouvellement de cria, et fournit un spectacle bisarre d'une « princesse qui se remet en cérémonie en pleine nuit, pour
■ tenir pleurer et crier parmi une foule de femmes en désha-
■ Iiillé de nuit, prusqu'en mascarade ■ (t. XVI, p. 241).
Des libelles du temps attribuent la mort du Dauphin au poison que lui fit donner M™« de Halutenoo, Irrités de ce qu'il s'opposait a ce qne le mariage contracté avec Louis XIV fût déclaré. On treuve dans les recueils manuscrits un quatrain qui n'est point une autorité historique :
G-gît le sin <tc KRHhn,
Mmly, H avril 1111.
Je suis indigne d'entendre de beaux sermons, car je ne puis m'empècher d'y dormir; le ton des prédicateurs m'endort de suite ; à Heidelberg je n'aimais pas à aller à l'église française, car cela me semblait toute autre chose que dans l'église allemande ; le style de Harot me semblait plus bouffon que dévot. Nous sommes ici dans le plus grand deuil, car je crois tous noir raconté comment le pauvre monsieur le Dauphin est mort inopinément. Sa maladie était horrible ; la duchesse de Villeroi n'a parlé à Versailles qu'à son mari, qui avait été dans la chambre de monsieur lo Dauphin, et son habit s'est trouvé tout infecté.
Marly, 7 mal 1711.
Le roi est bon chrétien, mais très-ignorant dans les choses de 1» religion ' : il n'a, de sa vie, lu la Bible;
1 D'après Saint-Simon, ■ Louis XIV demeura tellement Ignorant que les choses les plus connues d'histoire, d'événements, ils fortune, de conduite, de naissance, de lois, Il n'en sut Jamais *a mot- La roi mou i peine lire et écrira. ■ Transcrivons à cet égard ce qu'a dit un écrivain Judicieux : a Louis s'était
• rerusé aux leçons et n'avait jamais montré aucun goût pour
• la lecture. Jusqu'à la fln de sa vie, il savait Fort mal l'ortbo-
• graphe, mais sou entendement était juste et bon -, il était ■ doué d'une grande force de volonté, capable d'application et
• de suite, et ta résolution d'accomplir dans toute son étendue
• sa tache de roi ne se relâcha jamais ■ (S. de Slsmondi, Uiilairt de* Fronçait, t. XXV, p. S ).
L'impression défavorable et exagérée qui résulte des paroles de Saint-Simon se modifie complètement lorsqu'on lit les six volumes publiés en tSOS, sous le titre Impropre i'Œuvret de louis XIV. M. Sainte- Beuve en a (ait l'objet d'une appréciation
132 CORRESP0S6A.NCB
il croit tout ce que lui disent les prêtres et les faux dévots; il ne faut donc pas être surpris s'il s'est égaré. On lui dit qu'il doit agir de telle manière; il ne sait mieux faire, et il croirait se damner s'il écoutait d'autres conseils que ceux de ses conseillers ordinaires.
Marlj, Ï8 mai 1711.
Lorsque j'entends nommer la ville d'Ulrecht, je me rappelle le temps de ma jeunesse lorsque j'y lis un voyage; plût à Dieu que je fusse encore à cette époque et que je connusse ce que j'ai appris depuis ! Rien de neuf ici : l'électeur de Bavière vint hier, mais je n'eus pas l'honneur de voir Son Altesse, car elle entra dans le cabinet du roi, où les personnes comme moi ne sont pas reçues, et je ne vais point dans le salon où l'on joue : les joueurs n'aiment pas qu'on les regarde ; ils croient qu'on leur porte malheur. Ce matin, l'électeur est allé à la chasse : je l'ai vu et je lui ai parlé ; mon Dieu , qu'il est changé depuis l'année dernière! son nez s'est abaissé sur sa bouche, de manière à rejoindre presque son menton ; il paraît avoir beaucoup vieilli, quoiqu'il conserve encore une bonne
intéressante. Noua lui emprunteront quelques lignes ; ■ Louis
• n'avait que du bon sens, nuis H en avait beaucoup; peu
■ instruit dans les lettres, avec une éducation fort négligée, il < avait reçu celte Instruction bien supérieure qu'un esprit juste
■ et droit et qu'un cœur éievë puisent dans les événements où
■ l'on est de bonne heure en Jeu. La forme de son esprit est
■ d'être judicieux et raisonneur; il est positif, Il aime les affaires,
■ y trouve de l'agrément par l'utilité, et tient compte des faits
■ dans le plus grand détail. ■>
DB MADAME LA DUCHÈSSB D'ORLÉANS, ifâ
mine et une taille bien faite, le lui remettrai votre lettre, mais ma recommandation auprès de lui ne signifie; pas grand'chose; il ne peut me souffrir, et devant moi il est embarrassé comme un enfant. Ceci vient de ce qu'il veut faire la cour au Toivy et aux autres personnages qui ne peuvent me souffrir : il est digne d'excuse, car il a grand besoin de ces gens-la, autrement il mourrait de faim. Je vous remercie de m'avoir envoyé la relation de la mort delà landgrave; j'en ai été fort affligée. Ce que disent les mourants n'est pas parole d'Évangile : la duchesse de Wolfenbultel avait annoncé à son mari qu'il ne lui survivrait pas une année entière, et cela n'est point arrivé.
YersalLle», 30 Juillet 1111.
Une recommandation de ma part auprès de l'électeur de Bavière serait bien inutile; je ne suis pas du tout dans ses bonnes grâces ; il ne peut me souffrir ; je suis peines de ce qu'on ne le traite pas comme l'on devrait; je lui veux du bien et il est ingrat; il y aurait bien des choses à dire entre nous là-dessus, mais pas par la poste, car nos lettres sont lues par bien du monde.
Marly, 31 Janvier 1112.
J'avais espéré que je trouverais un jour où je pourrais vous répondre bien à fond et en règle ; mais il m'est survenu tant de désagréments que je n'ai pu trouver un instant pour vous écrire. Une maudite femme de chambre, dont Mm* de Berry avait fait sa favorite, a pris la peine de brouiller mon fils avec sa
femme et Mm* de Berry avec sa mère; celle-ci, qui avait tant de droits d'être fâchée, a porté aes plaintes au roi. La femme de chambre a été chassée ; j'ai été mêlée en tout ceci parce que le roi m'a ordonné de gronder M"" de Berry si elle ne se conduisait pas convenablement. Vous pouvez bien croire que j'ai tout fait pour raccommoder les choses, mais cela m'a valu bien des ennuis. Mon Dieu! je n'entendrai donc parler toute ma vie que de choses pénibles et jamais de ce qui pourrait me faire plaisir, mais cela me mènerait trop loin.
Versailles, 5 mai 1712.
Je vous remercie de la part que vous prenez à mes chagrins, à cause de la mort des hauts personnages que nous avons perdus, et aussi à cause des calomnies affreuses que l'on a répandues contre mon fils, qui est innocent. Les fabricateurs de ces mensonges sont confondus, et demandent maintenant pardon; mais n'est-il pas horrible qu'on invente de pareils bruits?
Marly, 18 juin 1713.
Je me souviens très-bien de H. SIeûnitz et de sa femme; le bruit courait qu'il avait deux femmes: celle que j'ai vue n'était pas belle. Quant au comte de Platen, je le méprise fort, et s'il n'avait pas été attaché à la cour de Hanovre, et si son père et sa mère n'avaient été mes bons amis, il pourrait bien être encore à la Bastille, sans que j'en eusse souci. C'est un drôle insolent et débauché chez qui je n'ai jamais trouvé rien de bon. Il est bien possible qu'il ait le
mal français, car une des plus coquines (huren) a couru en poste après lui de Paris à Fontainebleau ; il n'est pas surprenant qu'il soit tout plein de vilaines
Tenailla, S décembre 1T1Ï-
Je ne peux souffrir ni le thé, ni le café, ni le chocolat ; ce qui me ferait plaisir, ce serait une bonne soupe à la bière, mais c'est ce qu'on ne peut se procurer ici : la bière en France ne vaut rien.
J'espérais que le roi ayant pris hier médecine1,
1 C'était cliex le grand roi une habitude fort régulière. On peut consulter une curieuse et piquante dissertation de H. Paul Lacroix (le bibliophile Jacob), Intitulée: Concordance de f/tat sanitaire de Lout» XIV avec le* événement* de «m régné ( n» 6 des IHisertation* sur quelque* point* curieux de l'Histoire de France, Pari», 1B39).
■ Trois médecins de Louis XIV ont pris la plume, chacun 1
* son tour, pour enregistrer les Indispositions de leur auguste « client, le nombre et les formulée des médecines et des lave- « ments composé» pour lui, et en même temps les éloges adu- < lateurs adressés à ee grand roi, avec accompagnement de ■ seringue» M de mortiers. Vallot, d'AcquIn et Fagon sont le»
* auteurs du plut étrange Journal manuscrit qu'on puisse imat giner. La Bibliothèque possède ce burlesque et grave mémo-
* randum des victoires et des flux de ventre de Louis XIV ■ (Supplément français, n" 127, l). Quand le roi, au début de son régne, assista an siège de Stinte-Ménehould, il souffrait fort de coliques; mais Vallot, qui ne le cédait en rien au Purgou de Huilera, Imagina un traitement radical, • que le roi suivit mus cesser de monter achevai etde continuer sesgrandes entreprise». » Ce traitement se composait de dix lavements de différentes aortes. A la suite du départ de Marie de Hanolnl, qui avait gagné le cuor du prince, sa santé fut singulièrement altérée : Vallot eut recours a sa panacée habituelle; le n
S. M. ne chasserait pas ce matin, et que j'aurais ainsi le temps de vous écrire une lettre raisonnable, mais le diable aux contre-temps (comme on dît ici) est venu se mettre encore à la traverse. Nous avons eu chasse ce matin; je ne suis revenue pour diner qu'à midi : j'ai répondu à ma tante el écrit quatorze feuillets; il me reste ainsi peu de temps de libre.
Marly, 10 mil 1713.
J'ai vu une fois ici un duc de Meiningen; on me l'avait représenté comme beau, je le trouvai très-laid; des yeux ronds et d'un bleu clair, un visage blême; c'est celui qui est mort, mais non, je suis folle, je crois que c'est la duchesse qui est morte et non le duc. Ordinairement lorsqu'on se marie par amour, il vient ensuite de la haine; c'est ce que j'ai vu de mes yeux. Lorsqu'on se farde beaucoup la peau, on la gâte
fols des pieds, six foin des bras et purgé quatre fols ; le nombre (les lavements ne noua est pas connu, mail on peut l'imaginer en raison du nombre des saignées et des purgatifs. A l'occasion de la disgrâce de Fouquet, Vallot observe que > le roi, qui a'é-
■ tait attaché avec beaucoup d'assiduité el de prudence à prendre
■ une entière connaissance de tout ce qui regardait la gloire et
■ lebiendesonÉiat, se voulut purger encore une fols et rendit
■ beaucoup de bile. *
Saint-Simon nous apprend que les Jours de médecine du roi revenaient tous les mois au plus loin, et il consigne dans ses Mémoires (III, 149) que • le comte de Portland, ambassadeur d'Angleterre, alla faire sa cour au roi qui prenolt médecine. Le roi le lit entrer après l'avoir prise, ce qui élolt une distinction fort grande. > D'aprèBle/ountrtJdc Dangeau(i*r décembre IC8S), c'était lo dernier jour de la lune que s'effectuait la purgalion mensuelle de Sa Majesté.
complètement ; c'est ce qui est arrivé a ma mère ; je ne me suis de ma vie piquée d'être belle et. ne me suis jamais inquiétée de ma peau, autrement je n'aurais pas, durant trente ans, chassé en tous les temps comme je l'ai fait.
Marlj, 15 juillet 1713.
Le prince Ragotzi est ici sous le nom de comte de Charouht ; c'est un brave homme : il est toujours de bonne humeur et il a de l'esprit; il a beaucoup lu et il a des connaissances sur tout ; il m'a demandé à voir mes médailles et mes pierres gravées ; je les lui ai montrées avec grand plaisir '.
Je ne puis souffrir de voir des Allemands qui méprisent leur langue naturelle, au point de ne pas vouloir parler ni correspondre avec d'autres Allemands; cela me met en colère. Si je n'entendais de tous cotés vanter la reine de Prusse comme une princesse trèsvertueuse, je craindrais qu'avec les idiomes étrangers elle n'eût pris aussi les défauts des étrangers et qu'elle n'approuvât plus nos bons vieux principes allemands.
Marlï, IS Juillet ni3.
11 me paraît étrange que tous les membres de la famille de Wolfenbuttel soient ainsi dispersés; l'un ù Salsthal, l'autre dans une de ses terres, l'autre à Brunswick ; ils ont ainsi peu de commerce ensemble. Je pense bien, comme vous, que la duchesse de Bevern
1 11 existe une description des principales pierres gravées du cabinet d'Orléans, rédigée par les abbés Lachau et Lebloud. Paris, mo-Sf, ! ni. petit In-folio.
est la plus heureuse des trois sœurs' ; l'impératrice mène une existence contrainte et ennuyeuse; la femme du czarowitz est fort à plaindre, car dès que le eiar fera mort, la Moscovie redeviendra sauvage; mais pouvoir rester dans sa famille, près de ses parents, c'est ce que je regarde comme le plus grand bonheur du monde; dans les pays étrangers , on est toujours suspect; si l'on est bien avec les grands, on inspire de la jalousie et on trouve des centaines de gens qui ne s'appliquent qu'à vous nuire; si l'on est mal, tout se réunit pour vous écraser; je pourrais, sur tout cela, écrire un gros livre , mais j'en dirais plus qu'il n'est nécessaire, d'autant plus que toutes mes lettres sont lues, et puis onze heures sonnent et il faut que je me mette à écrire à ma tante.
Marly, S aoftt 1113.
Le fabac est une chose horrible; j'espère bien que vous n'en prenez pas : je suis furieuse quand je vois ici
» Ile'agitdsstroiapriHeesâeideBtuiisMict-WolfeiilHiltïliruce d'elles, Elisabeth, épousa l'empereur d'Allemagne, Charles VI, et l'on attribua à ce mariage la conversion au catholicisme do son grand-père, Antoine Ulrich, dont Madame a Tait mention (lettre du S avril 11 10). Antonte- Amélie devint duchesse de llruniftict-Bcvoru. Charlotle-GbrJiline-Sophie épousa le ciaro- ViiU Alexis , qui la mal traitait brutalement ; elle mourut efl 17 J S a vingt et un tus. On a prétendu qu'elle s'était enfuie secrètement, qu'on avait fait courir te bruit de sa mort et enterré une bûcha i M plaee, qu'elle avait épousé en Amérique un gentilhomme nomma d'Aubin et qu'elle était morte i Vitrv-sur- Seine, mais tous ces récils paraissent dénués de toute vérité. (Voir la Biographie universelle, t. VI, p. It&.J 11 a paru i vtolfeubuttcl, en 1845, in-8, une biographie du duc Autaine Ulrich et de l'impératrice Elisabeth, par J. Hoeck,
DE MADAME I.A DUCHESSE l)'OR[,ÉANS, 130
toutes les femmes avec le liez sale, comme si elles l'avaient plongé dans l'ordure ; elles mettent leurs doigts dans les tabatières de tous les hommes; j'avoue que cela me dégoûte fort.
Fontainebleau, 30 septembre (713.
Les Anglais ici m'ont donné à comprendre que Wlre neveu1 a, sauf respect, lemal français. Envoyez-le à Paris : on y guérit celte maladie mieux qu'en tout autre endroit du monde. Lord Oglethorpe m'a promis d'obtenir pour lui un congé du duc d'Ormond ; il restera à Paris jusqu'à ce qu'il soit guéri : pensez bien à cela, car il faut, dans la maladie, ne pas perdre de temps. Je ne puis vous écrire davantage, car on m'appelle pour aller à la comédie : je vais voir le Misanthrope, celle des pièces de Molière qui me fait le plus de plaisir.
Vemaille*, 1B octobre 111*.
Je me réjouis avec vous, ma chère Louise, de ce que votre neveu est guéri, et je désire de tout mon cœur que Notre Seigneur Dieu veuille vous le conserver de longues années, et qu'il puisse voir ses arriére-neveux, Puisque vous êtes si tendre pour votre neveu , qu'au riez-vous été si vous vous étiez mariée , si vous aviez eu des enfants et un mari? vous seriez morte d'inquiétude.
* Il portait le ttoe de lord Bartwlcp. II «ait Aïs de Caroline, mit toHMBfuim de Mndme, et mariée iu Cl* unique du dna ùe Schuuiberg , comme nous l'ayons dit daus notre avantpropM.
140 COURESFOHDANCE
Verssillo», 36 octobre 1713.
Si votre neveu n'avait eu que la petite gallanterie ', c'eût été moins qu'un mal de poitrine , mais il a eu la grande, et c'est tres-dangereux; il y va de la vie.
Marlj, & novembre 1713.
J'ai été tellement frappée de la perte de votre pauvre neveu, que je n'ai pas eu le cœur de vous écrire un mot. Je ne sais ce que je dois vous dire, car, en pareil cas, il n'y a que Dieu qui puisse nous consoler. Je sais que vous avez une vraie piété ; vous vous en remettrez donc à la volonté de Dieu; je sais bien à quel point il est dur de se résigner à perdre ce à quoi le cœur est attaché.
Vei-Mllls», 8 février 1714.
Le comte de Broglie m'a envoyé votre lettre et copie de la réponse qu'il vous a faite ; c'est un homme fort estimable : s'il peut vous être utile, il le fera volontiers; il n'est pas intéressé comme le maréchal de Villars.
h 11. DE HARLING.
VeruMet, 10 février 1T14.
Je n'aime plus le jeu par bonheur pour moi ; car je
ne suis pas assez riche pour jouer toute ma fortune,
comme font d'autres personnes, et je n'ai aucun goût
pour un petit jeu ; quoique je ne joue pas, le temps ne
■ Sic dont le texte original.
DE MADAME LA DUCHESSE u'OKLÉASS. Hl
me paraît point long, lorsque je suis dans mon cabinet; j'ai une assez belle suite de médailles d'or, ma tante m'en a donné d'argent et de bronze; j'ai deux ou trois cents pierres gravées antiques ; j'ai aussi beaucoup de pièces en cuivre que j'aime également beaucoup; jelis avec plaisir; je ne m'ennuie donc pas, qu'il fasse beau ou mauvais temps; j'ai toujours quelque chose à faire et j'écris aussi beaucoup; le dimanche, j'écris à ma tante notre chère électrice, et à ma tille en Lorraine, le lundi en Suisse et à la reine d'Espagne, le mardi en Lorraine, le mercredi à Hodène, le jeudi encore à Hanovre, le vendredi en Lorraine, le samedi je complète ce que je n'ai pas pu écrire dans la semaine. Quand donc, un jour, j'ai écrit vingt feuillets à S. A. la princesse de Galles, et dix ou douze feuillets à ma fille, vingt en français à la reine de Sicile, je suis alors tellement fatiguée que je ne puis mettre un pied l'un devant l'autre.
A LA COMTESSE LODISE.
Marly, 10 mal 1714.
Nous avons perdu le pauvre duc de Berry, qui n'avait que vingt-sept ans, et qui était gros et bien portant, si bieu qu'on avait cru qu'il vivrait cent ans. 11 a abrégé lui-même sa vie par ses imprudences; mais je ne veux plus parler de ces tristes sujets, car cela fait mal au cœur et ne sert de rien.
Versailles, 21 mal 1114.
C'est un grand bonheur pour moi que le duc de
llorry eût cessé depuis bien des années de m'aimer, autrement je n'aurais pu me consoler de sa perte. J'avoue qu'au premier moment, et même quelques jours après, j'en ai été fort émue; mais, ayant fait réflexion que, si j'étais morte, il n'eut fait qu'en rire, je me suis promptement consolée.
Martj, 10 Juillet 1714.
Je ne peux exprimer la douleur où me plonge la mort de ma tante ' , et j'ai de plus le supplice d'être forcée de refouler mon chagrin, car le roi ne peut souffrir de voir auprès de lui des figures tristes; il faut donc que j'aille à la chasse.
Murly, 22 Juillet 17 U.
Je serais facile a consoler, si je n'avais pas d'antre peine que celle que me cause l'accouchement prématuré de madame de Berry, qui a mis au monde un enfant mort : l'enfant n'est pas à plaindre, car il est salement auprès de Dieu, notre Seigneur; la mère est lralclie et bien portante. Je ne la trouve point mal-
1 La princesse palatins Sophie, veuve du premier électeur de Hanovre et mère de George I«r, roi d'Angleterre, mourut 1 quatre-vingts am. Elle était fille de la sœur du roi Cbarles 1er.
■ C'étoit une princesse d'un grand mérite, qui asoii élevé Ha- • dame, laquelle était tille de son frère, et «voit conservé un
■ extrême attachement pour elle ; tonte ta vie elle lui écrivit
■ deui fuie par semaine de vingt à vingt-cinq piges par <mU-
■ naire. C'étnit h clic à qui elle écrlvolt ces lettres s) étranges,
■ que le roi vil, et qui la pensèrent perdre è la mort de Mon-
■ elenr. Elle fut affligée an dernier point de la perte de cette
■ tanic • (Saint-Simon, XX, 2is),
heureuse d'être sans mari et sans enfants; elle a un rang plus élevé que celui qu'elle eût pu ambitionner : elle est la première en Franco ; elle a 250,000 francs de revenu de plus que moi ; je n'ai que 450,000 francs, et elle en a 700,000 ; elle est donc, comme vous le voyez, fort riche, et son état de maison n'est pas plus considérable que le mien, ce qui lui donne du superflu. Elle est jeune, en bonne santé, tellement aimée de son père et de sa mère, qu'ils font tout ce qu'elle veut ; elle a, en fait de bijoux, tout ce qu'on peut voir de plus beau. Je ne découvre donc pas en quoi elle pourrait être malheureuse : si elle était reine, elle n'aurait que plus de sujétkm et ne serait pas plus heureuse.
tariy. 9 août 1114.
On espère que Barcelone sera bientôt pris; on s'est emparé du chemin couvert. Une circonstance que je trouve drôle, c'est la gasconnade du gouverneur Villareal. Quand on l'a sommé de se rendre, il a répondu qu'il donnerait lui-même le signal de la capitulation : il était décidé, lorsqu'il ne pourrait puis se défendre, à se placer sur un baril de poudre et à se faire sauter; il a, en attendant, fait arborer un drapeau noir semé do tètes de morts ' . Vous aurez vu dans les journaux l'acdUent arrivé à la duchesse de Vendôme dont lecarrosse a
1 Le siège de Barcelone fat en effet des plus remarquables ■oui te rapport de l'acharnement de la défense; la ville était alors au puuvoir de bandes d'enragés qui se décernaient a eux-mêmes le titre de matadorta (tueurs), titre qu'Us justifiaient très-bien (Voir Alcala Galia.no, Hbloria 4e Etpana, Madrid, 1845, w-S, t. V, p. 237).
144 CORRESPOfcnANCË
versé : la glace s'est brisée et lui a balafré toute la figure; elle a au dos une forte blessure ; tous ses gens sont blessés, un de ses laquais a l'épaule cassée, un autre la jambe. Elle avait été faire compliment à sa sœur, la duchesse du Haine, de ce que vous aurez aussi vu dans les gazettes: le roi a déclaré au parlement que tous ses bâtards étaient élevés au rang de princes du sang, et capables de lui succéder en cas d'extinction de la branche légitime. Le prince de Vandemont, que ma tante estimait si fort, est mort mercredi d'une attaque d'apoplexie; c'est tout ce que j'ai de nouveau à vous écrire. Il y aurait aussi bien d'autres choses à dire, mais, comme toutes les lettres que je mets à la poste sont ouvertes, je n'ose pas parier davantage.
Fontainebleau, 1" septembre 1714.
Nous sommes ici depuis avant-hier : nous avons couché à la maison du duc d'Antin ', qu'on appelle Petit-Bourg ; c'est un séjour charmant ; le jardin surtout est magnifique.
Je ne suis pas venue avec le roi, car, deux jours avant de partir de Versailles, j'avais attrapé un fort rhume de cerveau, accompagné d'une toux terrible.
1 Fils do Mme de Montespan ; 11 est souvent question de lui dans les chansons de l'époque. On lui reprochait d'être peu cou-. rageu*. Menacé d'une attaque d'apoplexie, il se fit un jour saignor; aussilôt on lui décocha le quatrain suivant.-
Four parvenir au pin haut ring, Far prudence Épargne M>n taog,
DE MADAME LA DUCHESSE d'oRLÊASS. 1 -Î5
J'ai craint de dégoûter le roi et de faire rire la jeunesse, qui m'aurait vue cracher et moucher; je suis donc venue dans ma voiture avec mes dames et mes chiens. Hier on a chassé, mais je n'y ai point été ; autrefois c'eut été pour moi une grande peine que de perdre une belle chasse, maintenant je n'en ai aucun souci. FonUineblnu, 10 lepLsmbrs 171*,
La princesse de Parme ne peut pas être stérile, car ce ne sont pas les Italiennes qui cessent sitôt d'avoir des enfouis, mais les Portugaises : celles-ci sont nubiles dès la neuvième année, mais il n'en est pas ainsi «les dames d'Italie ; d'ailleurs, la mère de cette princesse est Allemande des bords du Rhin, et elles manquent rarement de devenir enceintes. On m'a envoyé de Parme une relation où je vois que le duc a donné à sa nièce et belle-fille (car elle est l'une et l'autre) deux pendants d'oreilles avec une croix de diamants, le tout d'nne valeur de cent cinquante mille francs.
FonlalQt bleuu, 50 septembre 1714.
Vous croyez que toute ma vie se passe en parties do plaisir et en divertissements : pour vous détromper, je vais vous dire comment mon existence est réglée. Je me lève ordinairement à neuf heures ; je vais où tous pouvez deviner; je fais ensuite mes prières, et je lis trois chapitres de la Bible , un de l'Ancien Testament, un du Nouveau et un psaume; je m'habille ensuite et je reçois la visite de beaucoup de personnes de la cour. A onze heures je rentre dans mon cabinet, je lis ou j'écris. A midi je vais à l'église; ensuite je dine seule, ce qui m'amuse fort peu, car je ne trouve k il
rien de plus ennuyeux que d'être seule à table, entourée de gens qui regardent ce que vous vous mettez dans la bouche ; et quoique je sois ici depuis quarantetrois ans, je n'ai pu encore m'habituer à la détestable cuisine de ce pays. Après mon dîner, qui se termine ordinairement à une heure trois quarts, je passe dans mon cabinet, je me repose une demi-heure, et je me mets ensuite à lire et à écrire jusqu'au moment du souper du roi ; parfois mes dames font auprès de tua table une partie d'ombre ou de brelan. Madame d'Orléans, ou la duchesse de Berry, ou quelquefois mon fds, viennent mo trouver à neuf ou dis heures. A dix heures trois quarts, nous allons nous mettre à table et nous attendons le roi, qui n'arrive quelquefois qu'à onze heures et demie ; nous soupons sans dire un mot; on passe ensuite dans la chambre du roi, on y reste le temps d'un Pater; le roi fait ensuite une révérence et passe dans, son cabinet; nous l'y suivons; mais moi je n'y vais que depuis la mort de la dernière Danphine; le roi cause avec nous; à minuit et demi, il nous dit adieu, et chacun se retire dans ses appartements; moi je vais me coucher, et madame la Duchesse commence à jouer ; le jeu chez elle dure toute la nuit jusqu'au jour. Lorsqu'il y a comédie, j'y vais à sept heures, et ensuite au souper du roi; quand il y a chasse, c'est à une heure ; je me lève à huit et vais a l'église à onze.
Fontainebleau, 33 septembre 1114.
J'ai vu deux fois lord Peterborough; il a tenu de drôles de discours ; il a de l'esprit comme un diable,
mais une tète fort étrange, et il parie d'une singulière façon.
Je suis vraiment vexée de ce que la vieille et odieuse duchesse de Zell soil encore en vie, tandis que notre chère électrice est morte sitôt.
Fontainebleau, H octobre 11 H.
Vous aurez appris la prise de Barcelone. I approuvé que des peuples soient fidèles à un maître, tant qu'il se montre digne de leur affection; mais lorsqu'on en a été abandonné, il serait convenable de ne pas faire répandre tant de sang et de se soumettre paisiblement ; mais les maudits moines craignaient de ne pas pouvoir vivre autant à leur guise sous le roi de France et de ne pas être aussi respectés qu'ils l'étaient; aussi ontils prêché dans toutes les rues qu'il ne fallait pas se rendre; si l'on suivait mon avis, on mettrait ces coquins aux galères, au lieu des pauvres réformés qui y pâtissent.
Fontainebleau, lu octobre ITH.
C'est malheureusement la dernière lettre que je vous écrirai de mon cher Fontainebleau; nous en partons mercredi, et lundi la dernière chasse aura lieu dans cette belle forêt; je sens que le grand air et l'exercice me font ici beaucoup de bien ; cela chasse et dissipe les idées tristes, et rien n'est plus contraire à ma santé que la tristesse. Jeudi dernier on chassa on cerf qui était un peu méchant ; tin gentilhomme se glissa sur un rocher derrière lui et le blessa à l'épaule, de sorte que le cerf né pouvant plus donner de coups
148 COBRESPONDÀNCE
de tête n'était plus dangereux. 11 y avait derrière ma calèche une autre voilure où étaient trois ecclésiastiques, l'archevêque de Lyon et deux abbés ; craignant d'être attaqués parle cerf, deux d'entre eux sautèrent hors de la calèche et se couchèrent par terre à plat ventre; je regrette de n'avoir pas vu cette scène qui m'eût fait rire, car nous autres, vieux chasseurs, nous n'avons pas ainsi peur d'un cerf ' .
Madame la Princesse entre en ce moment ; aussitôt qu'elle sera partie, je me remettrai à vous écrire. — Elle vient de sortir après être restée une bonne heure; elle était avec sa petite-fille, mademoiselle de Clermont; on ne peut voir une' plus charmante figure; des gens qui ont vu madame de Hazarin disent qu'elle lui ressemble, mais elle est plus jolie.
A M. DE HARLING.
1« novembre 1714.
. Quant a ce qui concerne notre roi en Angleterre, j'ai de la peine à me réjouir de sa situation élevée, car je ne confierais pas aux Anglais un seul de mes cheveux. J'ai éprouvé récemment ce que valent les beaux discours que mylord Peterborough a apportés ici. Je voudrais que notre électeur, au lieu d'être roi en Angleterre, fût empereur romain, et que le roi d'Angleterre qui est ici fût en possession du royaume qui lui
1 Hj« cependant de* aiemples de graves accidents survenus aux chassée royale»; le comte de Salnt-Hérem et le comte de Helnn furent tues par des cerfs aux abois.
revient de droit. Je crains que ces Anglais, qui sont fort inconstants, ne fassent avant longtemps une besogne qui ne sera nullement de notre goût. Il n'est pas facile de devenir roi d'une façon aussi brillante et d'être cou- . ronné au milieu des cris de joie de la nation entière, comme il est arrivé au roi Jacques, et cependant son peuple Ta ensuite persécuté si impitoyablement qu'il a a peine pu trouver un petit lieu de repos, après des souffrances sans nombre. Si l'on pouvait se fier aux Anglais, je dirais qu'il est bien que le parlement soit au-dessus du roi George, mais plus on lit les révolutions d'Angleterre, plus l'on reconnaît la haine éternelle qu'ils ont eue à l'égard de leurs rois et leur inconstance.
Vcrtailln, 3 novembre 1TH.
J'ai déjà lu quatre pages de la Gazette, mais je n'ai pas encore trouvé l'endroit que je cherche; je continuerai de le chercher. Ah! je viens de le découvrir; nia chère Louise, on a très-mal traduit nu harangue, lorsque je présentai au roi le prince de Saxe. De ma vie je n'ai dit au roi sire, mais toujours monsieur ; les enfants de France (comme on les appelle) ne disent jamais au roi sire, mais ce sont les petits-enfants de France, comme par exemple mon fils, ma fille, etc., qui commencent à lui donner ce litre. Voilà ce que je dis au roi : « Monsieur, voicy le prince électoral de Saxsen, qui souhaite que je le présente à Votre Majesté. » Le prince se présenta alors avec une très-bonne mine, fort distinguée , et fit au roi son compliment sans le moindre embarras; il a gagné par là tout à fait l'an-
probaiioii du roi et de toute Ta cour; le roi lui a répondu très-poliment. Si toutes les correspondances qu'on a en Allemage venant de la France né valent pas ■mieux que celle qui raconte comment j'ai présente le prince; les correspondants gagnent fort trial leur argent. Le général Lutzehburg a ici une sœur, M™' Des Alleurs; vous la connaissez peut-être; car son mari, qui révient de Turquie , où il était ambassadeur, a longtemps été ambassadeur à Berlin', ou vous avez bien pu le voir du temps de la feue reine; oh à dit qu'il avait été un peu amoureux de cette belle reine; pour revenir à sa femme, je dirai que lé général fera bien de se concerter avec elle, car elle a de l'esprit comme le diable; mais je vois que le prince électoral est si bien surveillé, qu'on ne le laisse parler seul ni à un homme, ni à une femme. On ne peut avoir plus de politesse que le palatin de Lithuanie; H. Hayen sait aussi très-bien vivre et parait un homme distingué: Je le trouve raisonnable en tout point , si ce n'est sur la religion ; là il est d'une simplicité extrême ; il aurait bien voulu que je consentisse à parler à son prince, mais je lui ai dit que prêcher n'est pas l'affaire des femmes, et que Notre Seigneur rie m'avait pas envoyée comme un apôtre, de sorte que je ne parlerai jamais au prince de religion. Il tient encore ferme comme un mur, et ne se laisse pas persuader. On le
' Pierre Puçhot, marquis Des Alleurs, fut envoyé extraordinaire auprès de l'électeur de Brncdebourg( depuis 1688 jusqu'à ITOU En 1111, il remplaça, a ConsUmtinople, M. de Ferric-l, . plu6 connu pour avoir ramené en France M»« Aiisé que par ses foccèd diplomatiques.
conduisit avant-hier a vêpres ; il- vint tandis que l'on chantait un psaume en musique ; il l' écouta, et, aussi- Ut que ta musique eut cessé, il sortit. Le roi d'Angleterre (George I") m'avait fait dire, par M. Martini, qu'aussitôt qu'il serait en Angleterre il m'écrirait et serait en correspondance avec moi; hier, H. Prior m'apporte une lettre du roi , mais elle n'était pas de sa main , elle était écrite par un secrétaire; c'est ce que je n'aurais pas attendu après le compliment de M. Martini ; mais je ne dois pas en être étonnée, lorsque je pense comme ce roi a toujours été pour moi; c'est l'inverse de sa mère; quoi qu'il advienne, je me rappellerai toujours que c'est le 111s de ma tante, et je lui souhaiterai toute sorte de prospérité, c'est ce que je lui écris aujourd'hui; la princesse de Galles m'afflige ; je l'estime sincèrement, car je trouve chez elle de trèsbons sentiments, chose rare à l'époque actuelle.
Marlï, S novembre 1714.
Je vis en ce monde comme si j'étais tout à fait seule; je rie reverrai plus ma fille de ma vie; mon Us est occupé dans sa famille ; il ne vient me voir que lorsqu'il y a beaucoup de monde avec moi, ou lorsque j'ai le plus de lettres à écrire, et il le fait exprès pour ne pas avoir d'entretien particulier avec moi. Mon parti est bien pris là-dessus. Je ne lui reproche' point son indifférence' 9 mon égard; je le laisse, lui et sa famille agir, aller, venir bien à leur fantaisie, et je ne me mêle de rien. Je rends visite à sa femme et à sa fille, comme si c'était des princesses d'un sang
À LA COMTESSE LOUISE
Mnrly, il novembre 1714.
Il m'est arrivé avant-hier mie drôle d'aventure qu'il faut que je vous raconte. Comme nous étions arrivées au rendez-vous (de chassé), il me prit une horrible envie de pisser ; je me fis conduire d'un autre côté de la fotèt, et je me mis derrière une baie épaisse; mais le diable voulait faire des siennes. J'avais à peine commencé à pisser qu'il envoie le cerf droit où j'étais; cela fut d'autant plus fâcheux pour moi que tous les chasseurs suivaient; il me fallut remonter bien vite dans la calèche, mais Une maudite racine m'accroche le pied et je tombe de tout mon long sur le nez ; je ne me fis aucun mal, car il y a tant de feuilles dans le bois que l'on y est comme dans un lit de plumes. Je fus pourtant forcée de crier au secours, car j'étais tellement empêtrée que je ne pouvais me relever seule, et je restai ainsi pendant la chasse, qui dura juste deux heures et qui fut très-belle.
On ne m'a pas du tout défendu de lire la Bible; j'ai partout des Bibles; celle de Mérian est ici, celle de Lunebourg à Versailles, et à Fontainebleau une autre qui est en deux tomes. Quand je vais d'un endroit à un autre, je marque sur un petit morceau de papier à quels chapitres et psaumes j'en suis.
Verwillet, 18 novembre 1114.
Le petit Dauphin a mauvaise mine lorsque les dents lui font mal, mais lorsqu'il se trouve bien, c'est un bel enfant ; il a de grands yeux très-noirs, te visage rond, uue jolie petite bouche qu'il lient cependant un
DE MADAME LA BCCHRSSB O'OBLÉÀltS. 153
peu trop souvent ouverte, un nez si bien fait qu'il serait difficile d'imaginer mieux, de jolies jambes, ainsi que les pieds; en somme, il est plutôt joli que laid, et il a toujours été plus beau que son petit frère, mais celui-là était plus vif et plus fort. Des enfants uniques, lorsqu'ils sont délicats, sont mal élevés; ils le sont bien mieux lorsque la mère a déjà eu d'autres enfants qu'elle a du élever; je ne m'étonne donc pas si les princesses de Hanovre sont bien élevées. Notre Dauphin comprend déjà les cartes de géographie aussi bien que le ferait un homme '.
Je ne peux comprendre, ma chère Louise, comment vous vous êtes décidée si facilement à traverser la mer. La personne qui pourrait me décider à m'ernbarquer serait bien habile, car il n'y a rien d'aussi effroyable pour moi que la mer.
Morlj, 33 novembre 11 14.
Je ne peux supporter le café, le chocolat et le thé, et je ne puis comprendre qu'on en fasse ses délices; un bon plat de choucroute et des saucissons fumés font, selon moi, un régal digne d'un roi, et auquel rien n'est préférable : une soupe aux choux et au lard fait bien mieux mon affaire que toutes les délicatesses dont on raffole ici.
Versailles. I décembre 1714.
J'ai eu mercredi une frayeur si effroyable que je
1 11 existe eamme témoignage du étude» géographique* de Louis XV dorant ion enfance , un volume de sa composition, Imprimé i YenaJllM en 1 7 1 S : Cours du principaux Jleuua et rivière* de l'Europe. Un joli portrait du Jeune monarque, gravé pu J. Andran, donne seul aujourd'hui quelque prix i ee livre.
194 C0RBE9P0HDÀNCB
li'én sills pas encore remise. J'étais, après dîner, dans mon cabinet, lorsqu'un valet de chambre de mon fils est venu ; il était pile comme un mort, et il dit : € Ah! madame, Monsieur s'est trouvé si mal qu'il vient de s'évanouir; il est sans connaissance. * Vous pouvez aisément vous figurer, ma chère Louise, quelle horrible peur cela m'a causée; je veux courir vers ses appartements, mais je tremblais si fort qu'il fallut nie soutenir; je ne pouvais marcher. J'étais si pale et si changée que mes dames crurent que je venais de m' évanouir. Ce qui m'avait si fort effrayée, c'est qu'à quatre ans mon fils avait eu une attaque d'apoplexie bien réelle, et comme il n'y a maintenant rien de plus commun que ces attaques, je m'attendais à trouver mon fils mort. Quand j'arrivai dans sa chambre je vis qu'il n'avait point mauvaise mine, il avait l'air de rire; les traits pas contractés ; certes, j'avais les traits bien plus décomposés que lui. Grâce à Dieu, il n'avait rien eu qu'un évanouissement, qui provenait de ce qu'en dépit d'une toux abominable il avait mangé comme un loup chez sa fille et avait bu encore davantage, comme cela se pratique toujours là; rentrant ensuite chez lui, il s'était endormi auprès d'un grand feu, dans une chambre très-chaude; en se réveillant, il s'était trouvé incommodé (ce qui n'est pas difficile à croire), et if lui avait pris une faiblesse.
Veruillet, 31 décentra 1714.
Après mon diner, je me suis proriténéë ûfle demiheure dans ma chambre pour faire la digestion, et je me suis amusée avec mes petites bêtes, car j'ai dans
DE MADAME LA DUCHESSE p'ORLÉÀNS. 155
mon cabjnet deux perroquets, un serin et buit petits chiens.
Remerciez pour moi H. Butiner, pour ht belle médaille d'or qu'il m'a envoyée par souneveu, H. d'Hoym1. Verwilles, * Janvier ITI5.
le ne trouve pas du tout beau de la part du roi d'Angleterre de vous savoir à Londres et de ne vous avoir rien fait dire ; quand même il n'y aurait pas sa parenté avec vous, il serait tenu, à cause de sa mère, de vous faire des politesses et de vous rechercher, mais je vois que ce bon roi ne s'occupe guère des per sonnes que sa mère a aimées. Que voulez-vous? chacun a son caractère, et ce n'est pas à cinquante-quatre ans que l'on se corrige. Votre beau-frère voudrait bien, comme le seigneur Harpagon, marier sa fille Bans dot, mais cela n'arrive plus, et les messieurs sont tout aussi épris des beaux yeux de la cassette que des charmes des dames. Je regrette, pour votre nièce, qu'elle ne s'établisse pas dans notre cher pays ; un brave et honnête Allemand vaut mieux que tous les Anglais mis ensemble,
Vermines, 10 Janvier 1716.
Nous avons été hier à la chasse du cerf ; le temps
1 Chsrtes-Angusle, comte d'Huym, ministre plénipotentiaire en France du roi de Pologne, Auguste II. On a peu de détails sur sa vie, mais son nom est fort connu desblbliophlles.il avait réuni une magnifique collection de livres qui fut vendue publiquement, après son décès, en 1738; on les reconnaît i ses armoiries et Ils sont fort recherchés des amateurs. Le Bulletin au bibliophile (Paris, Techewr, 1838, p. 161 et SIS) contient de curieux détails sur celle bibliothèque célèbre.
156 CORHESMWllANCE
n'était pas beau; il y avait un tel brouillard qu'on voyait à peine à quatre pas devant soi; on n'apercevait le cerf et les chiens que comme des ombres, mais ils se conduisirent bien et prirent le cerf dans cinq quarts d'heure.
Avant-hier il est arrivé de grandes nouvelles au sujet de la princesse des Ursins ; celle qui à si long' temps gouverné l'Espagne et qui avait été au-devant de la nouvelle reîne, dont elle devait être la gouvernante. Son orgueil l'a perdue : elle avait écrit des lettres contre la jeune reine, à laquelle on les a remises ; lorsqu'elle est allée au-devant de la reine, elle n'a descendu que la moitié de l'escalier, elle a critiqué la toilette de la reine, l'a blâmée d'être restée trop longtemps en route, et a dit qu'à la place du roi, elle pourrait bien la renvoyer. Là-dessus la reîne a ordonné à un officier des gardes du corps d'ôter cette folle de sa présence et de l'arrêter; elle a en même temps envoyé un courrier au roi, avec de grandes plaintes au sujet de la dame. Le roi a répondu qu'elle pouvait faire ce qu'elle jugerait à propos. Alors à onze heures du soir la princesse a été mise dans un carrosse avec une seule femme de chambre, des laquais et des gardes, et l'ordre a été donné de la mener de suite en France, ce qui a été effectué',
1 Voirie» Mémoire* de Ducloa et de Saint-Simon, (. XXII, p. 15" t\ aulr-, ainsi que l'article consacré dans la Biographie universelle [t. XLV1I, p,îi8) à Anne-Marie de La Trémollle, princesse du lirai™, née en 1619, morte à Rome en lïîî. Un critique célèbre, H. Sainte-Beuve, lait de cette femme remarquable l'objet d'unebien inltfressiiiitenoticc( Couteriei du lundi, t. V, p. 319-350} ; il Juge avec «agacité • la catastrophe qui la
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Je ne puis la plaindre, car elle a toujours persécuté mon fils d'une manière horrible; elle avait persuadé au roi et à la reine, qui est morte, que mon fils voulait les détrôner et qu'il avait conspiré contre leur vie; ce qui est tellement faux que, quoi qu'elle ait pu faire, die n'a jamais pu justifier le moins du monde ses accusations. Cela fait que je ne m'afflige guère du mal* heur qui lui arrive, et c'est bien naturel. Je m'inquiète de savoir si ce méchant diable viendra ici, car il ne manquera pas de jeter contre mon fila et contre moi tout son poison, dont Dieu veuille nous préserver. Je vous instruirai de ce qui surviendra de neuf à l'égard de cette vieille dame.
Nous avons reçu aussi la triste nouvelle que l'archevêque de Cambrai ■ est mort depuis quelques jours; ilesttrès-regretté; c'était un grand ami de mon Ils. Le bon maréchal de Chantilly, qui était un trèsbrave homme, est mort il y a deux jours'.
prtriflla eu pouvoir, et qui c»t restée un des événements les plut singuliers, lu plu dramatiques et les plut Inexpliqués de l'histoire. M"1" de* Urslni retrouva d'ailleurs dans cette chute foudroyante toute M farce, tout son sang-froid, sa modération apparente; on n'entendit de sa bouche ni une plainte, ni nn reproche inconvenant, ni une parole de faiblesse. *
1 Fénelon, mort le 1 Janvier, à l'âge de wixanle -quatre ans. D'après Saint-Simon, t. XXIV, p. Ut, il avait empêché W* de Xaiuienon d'être déclarée reine, el ce fut le motif de la haine qu'elle lui apporta.
1 Noël Bouton, marquis de Chantilly, né en 1H3G, créé maréchal en 1703, mort tans postérité le S janvier nia. Saint- Simon en parle, t. XX, p. 1 3î, et le représente comme un grog et grand homme, le meilleur, le plus brave et le plus rempli d'honneur. Dans sa jeunesse II avait servi en Portugal, et c'est a lui que furent adressées les fameuses Lettre* portugaiiti. I. H
11 y a ici un prince d'Anhalt-Zeits, qui m'a apporté de grands compliments de la part du prince de Galles; mais le roi ne m'a pas fait dire un seul mot; notre duchesse de Hanovre, qui est à Modène, n'est pas mieux traitée que moi. Je ne sais d'où provient ce manque d'égard, car si j'étais protestante, il ne pourrait pas être roi, car j'étais plus près de la couronne que lui, et ce n'est que par ma maison et par sa mère qu'il est roi. Je vous prie, ma chère Louise, de bien remercier, en mon nom, le prince de Galles et de lui dire que je lui suis très-obligée. Lorsque le roi Guillaume vivait encore et que la princesse Anne n'était que la plus proche héritière du trôné, elle m'écrivait, par l'intermédiaire de mîlord Portland, mais je vois bien que le roi actuel ne veut avoir aucun commerce avec moi, et c'est ce dont il faut se consoler.
Je suis toujours obligée d'écrire tellement à la hâte, que j'oublie la moitié de ce que j'ai à dire. M"* de Molausse est une personne de mérita que j'estime fort, et je suis bien aise qu'elle soit votre amie. Il est lard et j'ai encore trois lettres à écrire ce soir; excusez donc les défauts de celle-ci ; je n'ai le temps ni de la relire ni de U corriger.
Versailles, M janvier 1115.
Nous avons eu ici, durant quatorze jours, un froid terrible, mais depuis hier le temps s'est radouci; il en était grand besoin, car Paris était tout gelé; ta Seine étant glacée, il ne pouvait pas arriver de bois, et ce qu'il y a de fort drôle, c'est qu'on s'envoyait en et rennes du jour de l'an de petits fagots de bois comme des
bijoux ; c'était reçu avec beaucoup de reconnaissance.
M" d'Orléans n'est pas dans l'habitude de faire des garçons; elle a six filles et un seul fils; le pauvre enfant est tout délicat, et quoiqu'il ait douze ans, il n'est pas plus fort qu'un enfant de neuf.
Vous aurez vu dans les gazettes dés détails sur la disgrâce de la princesse des Ursins. Je suis très-vexée qu'elle vienne ici, car elle est la plus grande ennemie de mon (ils, et ce qu'elle a fait conlre lui Tait dresser les cheveux sur la tête.
Vcrsoille., 1 fëvrlcr 1T1S.
iîilord Stairs m'a remis avant-hier la botte avec le bézoard de Coa que la princesse de Galles m'a fait l'honneur de m'envoyer. Je lui en suis infiniment obligée, et je tous prie, ma chère Louise, lorsque vous verrez la princesse, de lui exprimer toute ma reconnaissance, qui est bien du fond du cœur et que je ne saurais exprimer faute de mots. Peu de choses, en ce monde, m'ont autant touchée que les bontés continuelles que cette princesse m'a témoignées et qui prouvent bien tout l'attachement qu'elle avait pour ma tante, car je n'ai pas l'honneur d'être personnellement connue de Son Altesse. Quant au bézourd> les Jésuites en font àGoa; mon fils en a de pleines boites, que ces pères avaient envoyées a Monsieur. Je m'étonne qu'en Angleterre on veuille prendre quelque chose qui vient des Jésuites et qu'on y ait confiance. Je l'ai dit à milord Stairs, et cela l'a fait bien rire. Je me* rappelle que la duchesse de Bouillon, qui est morte l'an dernier, en déroba un jour deux morceaux
chez Monsieur et se sauva avec ; Monsieur, qui t'avait vue faire, courut après elle pour les reprendre ; ils se battirent tout de bon; la victoire resta enfin à la duchesse; c'était fort drôle.
Nous n'avons rien de neuf ici. On ne parle d'autre chose que de l'ambassadeur persan qui a fait hier son entrée à Paris1. C'est le plus drôle de corps qu'on puisse voir. 11 a avec lui un devin qu'il consulte à tout propos pour savoir quels sont les jours et les moments heureux ou malheureux. Si on lui propose de faire quelque chose et si le jour ne se trouve pas heureux, il entre en fureur, il grince des dents, tire son sabre et son poignard et veut tout exterminer. Mais on m'appelle pour aller a l'église et je ne peux ainsi, pour le moment, vous en dire davantage,
Versailles, II min nia.
Le cardinal de Bouillon est mort à Rome la semaine dernière; ce n'est pas une grande perte, car il était
1 D'après Dirigeai] , Mlle ambassade tut toujours fort équivoque; H parait que le gouverneur d'une du provinces de la Perse avait envoyé ce prétendu diplomate pour des iCuUrea de négoce entre des marchanda; pour se faire défrayer, Il contrefit l'ambassadeur; le ministre Pontcharlrain ne voulut p» dévoiler 11 friponnerie afin d'amuser le roi et de lui faire croire que le Sophl lui envoyait un ambassadeur. Il faut toutefois observer que d'après la Biographie vniveiïelle (article Mehemet- Kiza-Bey),tt d'après les Mémoire» inédits du baron de Brcteuil, introducteur des ambassadeurs, en la posseesiOD de M. Leber (voir son catalogue, n° 5463), l'ambassade fut très-réelle, en dépit de l'humeur étrange et de laconduilo bizarre du diplumale oriental. Il a paru un Journal kittorigtte du voyage el da atienlvrtiâv cet envojé, par Lclèvrcde Fonti'nny, Paris, ITiS.
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faux comme le diable, foncièrement méchant et horriblement débauché; en un mol, il ne valait rien, et c'est la meilleure oraison funèbre qu'on puisse en faire'.
Je passe a ce que vous me dîtes au sujet de votre nièce : votre confiance en moi me touche infiniment, et je vous dirai que le mariage en question me semble convenable, pourvu que le futur ait de quoi mettre sa femme en mesure de vivre selon son rang ; alors, et si ces jeunes gens s'aiment, tout ira bien; nuis s'il n'a pas les moyens de vivre selon son rang, il n'y a plus à y penser; car c'est mon opinion, ma chère Louise, que l'amour s'en va avec le temps, et alors viennent des tracas et des brouilles; et puis il est arrivé un tas d'enfants qu'on ne peut élever selon leur position, et au lieu que le mariage ait réuni des gens qui s'aiment, il a mis en face l'un de l'autre des ennemis acharnés. J'en ai vu plus d'un exemple, et voilà pourquoi je vous avertis de la sorte.
Lord Peterborough prétend rester capitaÙK des gardes du roi d'Angleterre ; il pourrait signer comme font ici les nonnes qui mettent après leur nom : religieuse indigne; et c'est ainsi qu'il écrirait après son nom : capitaine des gardes indigne. Hais cinq heures sonnent, et il faut que j'aille trouver le Dauphin.
Yerwtllet, 19 avril ma.
Je suis aujourd'hui, comme on dit dans notre cher
' Ce JngemsDt ie>Are est confirme par Saint-Simon f rolr I, Ull,p. us) qui, dan» ses Mémoire! , parte trèa-aoaf eot de
ce cardinal.
161 * CORRESPÔNDMfCE
PftlSliltatj fâcheuse comme tins punaise, et j'en al certes bien sujet; mais je ne veux vous en donner qu'un échantillon. Le roi voulant récompenser la princesse des Ursius qui s'est horriblement conduite a l'égard de mon fils, et qui a cherché à le faire passer pour un empoisonneur, lui a donné 40,000 francs de pension. Il y a deux autres choses qui me mettent tout en colère et qui ne valent pas mieuit que celle-là. De semblables injustices dégoûtent de la vie ; mais il faut de taire et he rieh dire de ce qu'on pense.
Versailles, SI avril 1715.
La mort du prince de- Sicile m'occasionne la plus vive peine, à cause de la reine sa mère, qui est une princesse du plus grand mérite et dlune éminente vertu1. J'ai reçu hier de Sa Majesté une lettre qui attendrirait un rocher. Elle prend son malheur trèschrétiennement; elle dit qu'elle n'a pas encore la force de se résigner à la volonté de Dieu qui la frappe, mais qu'elle espère, avec le temps, réussir à mieux se soumettre aux décrets de la Providence. Cette reine n'avait que deux ans lorsque je vins en France ; elle n'a pas eu, pour ainsi dire, d'autre mère que moi; aussi elle m'aime comme si j'étais sa mère, et je la regarde Comme mon enfant. J'ai aussi beaucoup aimé sa soeur, la reine d'Espagne, mais comme une sœur, car je n'avais que dix ans de plus qu'elle.
On m'a raconté une drôle d'histoire sur l'Angleterre ; vous saurez peut-être si elle est vraie. On dit
' Lu don de Savoie prit* le ïï septembre nia, le Utre de roi de Sicile en vertu de la paii d'Ulrecht.
que le prince de Galles assistait à une comédie, et qu'on y a joué la dernière reine Anne, en l'imitant très-bien : elle s'enivrait et se laissait tomber sur une chaise; alors nri lord a saUté sur le théâtre, en tirant son épée, il en a frappé l'acteur au visage. Le prince i crié à son capitaine des gardes de Taire tirer sur le lord; mais tout le parterre s'est soulevé eri criant que si un seul coup de fusil était tiré ce serait le signal de la destruction de tout ce qui est du parti du roi; le capitaine des gardes a dit au prince que tirer de la sorte était chose reçue en Hanovre, mais qu'eu Angleterre c'était tout différent. On dit que le prince de Galles est complètement brouillé avec son père, qu'ils ae se parlent pas, et qu'on a remis au prince une sorte de pétition dans laquelle on lui dit que s'il a quelque honnêteté, il doit bien reconnaître que le royaume ne lui appartient nullement, et qu'il revient au souverain légitime qu'on appelle le prétendant; et qui est fils de Jacques tout aussi assurément que le prince est iils du comte de Koenigsmarck. Ce serait terriblement insolent'.
1 Un sombre mettre couvre encore t'intrigue amoureuse du comte Philippe de Koeui^smurck avec Sophie-Dorothée, femme ife George 1" , alors électeur de Hanovre. L'éclat de l'esprit, l'Élégance des manières, une rare beauté, distinguaient ce séduisant gentilhomme. Sorti de chez lui un soir, â dix heures, il ne reparut jamais. Nul duule qu'il ne fut assassiné. L'ëleclrice fut enfermée dans un château fort pour le reste de sa vie. On a publié à Londres, en 1845, ses Mémoires d'après les archives secrètes du Hanovre. H. Chastes en a fait, dans la Revue des Deux-Mondes (i945, t. XI, p. 338], l'Objet d'une notice à laquelle nous devons renvoyer lé lecteur rurieui de détails sur cet tragique* événements, Cette même Revue a publié (t. II, de
Au fait, l'Angleterre est un singulier pays, et nulle part au inonde on ne trouve des gens comme les Anglais; il y a ici un envoyé de Gènes qui a un tel mécontentement à leur égard, qu'il dit que non-seulement il ne voudrait, pour quelque raison que ce fût, vivre parmi eux, mais encore qu'il serait désolé que son portrait s'y trouvât.
Veranillei, 3 mal 1715.
Après dîner, mon petit-fils le duc de Chartres est venu me voir, et je lui ai donné un spectacle approprié à son âge; c'était un char de triomphe que traînait un gros chat, et où était placée une petite chienne nommée Andrienne ; un pigeon sertde cocher, deux autres font les pages, et un chien sert de laquais et est assis derrière. 11 s'appelle Picart, et quand la dame descend de voiture, Picart abat le marchepied. Le chat se nomme Gastille. Picart se laisse ainsi seller; on lui met une poupée sur le dos, et il fait tout ce qu'on fait faire aux chevaux au manège.
J'ai aussi une chienne qu'on appelle Badine, qui connaît toutes les cartes, et qui apporte ce qu'on lui demande; mais en voilà assez sur ce badinage.
1853, p. 6* 1-685), an long article de H. Blue de But*, intitulé le Dernier des Koenigsmarct. On peut recourir aussi, nul* avec quelque déDnnce, à l'ouvrage de PoelîniU : Histoire secrète de lajirincesied'Altcn, duchesse de Hanovre, 1*11, et t un volume publie' à Berlin en ibî5 : Fredtgunde, oder Den&wtirdigkeittn sur gcttcimtn Geschichtt des Mwutoveriteften Hofes. G'cet ta traduction d'un manuscrit français qui contient beaucoup de particularités sur la vie de Sophie-Dorothée, née le 15 septembre 1GG6, mariée le 31 novembre iGBï, morte le IS novembre llïfl.
M MADAME LA DUCHESSE d'oRLÉA.VS. 161V
L'Angleterre est certainement fort redevable à la duchesse de Portsmouth ; c'est la meilleure femme de ce genre que j'ai vue de ma vie ; elle est fort polie et d'un commerce très-agréable. Du temps de Monsieur, nous l'avions souvent à Saint-CVoud ; aussi je la connais très-bien ' .
1 MU* de Kérouallea. Louis XIV, par lettres patentes du mou de décembre 1 013, donna à cette maîtresse de Chule» H I* terre d'Aubigny-sur-Niève (en Berry), et (ha d'avance le tort du enfanti qu'elle pourrait donner au roi d'Angleterre, connue Il aurait (ait des siens propres. H. Walckenaèr [Mémoîrei tvr jtfn* de sévigné, t. III, p. 384) a publié une lettre de Louis XIV sa père de la duchesse, qui avait maudit sa Bile.
■ Les services importants que la duchesse de Portsmouth a
■ rendus A ta France m'ont décidé a la créer pairesse, tous le
• titre de dnebesse d'Aublgny, pour elle et toute u descen-
■ J'espère que vous ne aères pas plus sévère que votre roi, et
• que vous retirerez la malédiction que vous avez cru devoir » faire peser sur votre malheureuse fille. Je vous en prie en
■ ami, et tous le demande en roi. LOUIS. ■
Le Journal de Dangeau raconte ( 1S novembre 1690) que le roi porta à 30,000 livres la pension de lï.OOO qu'il avait accordée à cette duchesse ; elle s'était retirée en France après la mort de Chartes II, et, quoique déjà vieille, elle ne fut pas à l'abri de la malice des chansonnier». Un des couplets d'un .\oH de 160b nous est signalé comme la concernant.
On <it mis dueboK
Agée de cinquante ini,
D'à sir pieu de tendresse
S'Mrimii sottement :
Ctoirsi-je, ben poupon, que d'Elbeuf m'a trahie! D'Autraguëa, ce dit-on, duo, don, À.ec lui fait «la, la, U,
Maiite senteur le nie.
Elle avait d'abord voulu être maîtresse do Louis XIV ; elle se rejeta sur Charles 11. On publia son HUtoire itcrèCe, Londres
Versailles, 10 nui 1115.
Vous no pouvez être étonnée, ma chère Louise, si j'ai bien souvent raison d'être triste; carvousavezdû lire ta longue lettre que j'ai envoyée à ma tante, notre chère électrîce, par monsieur de Wersebé ; la rancune que la vilaine ' a contre moi ne finira qu'avec sa vie ; tout ce qu'elle pourra imaginer pour me rendre de mauvais offices et pour me chagriner, elle n'y manquera pas. Elle m'en veut plus que jamais, parce que je n'ai pas voulu voir sa grande amie, que la reine d'Espagne a chassée; mon fils m'avait priée de ne pis la voir, car elle a pour lui une iliimiliê furieuse, el elle à voulu le faire passer pour un empoisonneur. Il ne s'est pas contenté de démontrer son innocence ; il a voulu que toutes les pièces de l'enquête fussent portées au Parlement, afirt d'y être conservées, il est donc bien naturel que je me refuse à voir une pareille
(Hollande) I 600 ; c'est unde cea nonibroui libelles du temps qui offrent un mélange de vérités el de calomnies. Il a reparu avec des additions sous le titre de Mémoires secret), Paris, 1805, ï vol. iu-l 2.
Saint-Simon, t. XXX, v. i, p. 32, trace le portrait de celte dnebesee; les mémoires du temps font allusion â sa liiison avec le duc d'Elbeuf, Henri de Lorraine, et Jettent sur son salon et sur celui deHme du Bouillon un opprobre qu'llsne méritaient pas.
Dis-moi, mou ober Cartignv,
Où sont lei catinlde la ville...
On en trome de toute espèce.
[Bîbl. TOJ. supplément français, n« 1016.)
Voir H. de Laborde, Palais 3Iazarin, notes, p. 37 7.
1 Zot, la vieille, la vilaine, la sorcière, et même, il faut l'avouer, la truie, tels sont le» noms sous lesquels Madame désigne constamment M"* de Nstntenon, qu'elle délestait.
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femme; mais noua avons un proverbe qui dit avec raison : Qui se ressemble s'assemble, comme dit le diable au charbonnier. 11 faut donc que je prenne patience, et que je n'aie pas l'air de ressentir tout le mal qu'on nous fait.
Vemillcs. 15 mai 1715.
La personne qui est ici toute-puissante (M"' de Maintenon ) est piquée de ce que la reine d'Espagne ait écrit au roi seulement, et qu'il n'y ait pas eu de lettres pour elle; sûrement elle fera ce qu'elle pourra pour marquer son déplaisir ; mais la reine est loin d'ici et ne lui demande rien. Vous pouvez croire que j'envie bien les 40,000 francs que le roi a donnés à la méchante femme dont je vous ai parlé; mais il ne donne phis rien pour indemniser les gens de ce qu'ils ont perdu, et il dit : « Ce sont les malheurs de la guerre. »
Quant au prince de Schwarzenberg, je n'en dirai rien, si ce n'est que le séjour d'Angleterre est encore phis désagréable et plus fâcheux pour les princes allemands que celui d'ici, car on ne leur y accorde aucun rang, il est positif que si milord Peterborough parle en Angleterre de son roi et du prince de Galles, comme il en parlait ici, il mérite bien d'être exilé de la cour.
Vcmllle», 18 mai IT16.
J'ai oublie, hier matin, de vous dire que le roi avait donné à l'électeur de Saxe de très-beaux diamants, un d'eux vaut à lui seul dix mille éçus; voilà tout ce que je sais de neuf.
Venallles, 10 mit 1715.
Soyez sûre, ma chère Louise, que lorsque cela me sera possible, je vous écrirai de longues lettres, et vous ne devez m'en avoir nulle reconnaissance, car je le fais avec bien du plaisir. Ah! ma chère, il n'y a plus que vous dans l'Allemagne entière qui vous intéressiez à moi; tous les autres sont morts; quand j'y pense, il me semble que je suis tombée des nues. Ici on se fait comme un point d'honneur de ne pas aimer ses parents; on dit que c'est bourgeois. Le mariage de mon cousin le prince héréditaire de Hesse-Citssel est accompli; je pense que H. Degenfelt, qui est auprès de lui, vous en aura envoyé la description; s'il l'a fait, je vous prie de m'en faire passer une copie; ce devait élre magnifique. Il me semble que notre bon roi de Suède ferait mieux de conclure une bonne paix que de faire constamment la guerre.
Venante», 1 Juin 171$.
La bague que ma tante, notre chère électrice Sophie, a recommandé de me remettre me sera bien précieuse, et je ne la recevrai pas sans pleurer ; je la porterai toute ma vie et je recommanderai, dans mon testament, qu'après ma mort on la remette au prince de Galles; de la sorte, elle sera toujours dans les mains de personnes que ma tante a aimées et dont elle a été chérie. Je ne doute pas qu'on ne vous ait rendu de mauvais offices auprès du roi George, puisque la manière désagréable dont il vous a traitée est si marquée ; vous devriez avoir un éclaircissement avec lui, et le désabuser de ce qu'on a pu dire sur
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vous. On le représente comme un homme juste; il faut donc qu'il ait été trompé.
lUrlj, 14 Juin 1716.
Ce matin, entre huit et neuf heures, comme je me lavais les mains, mon fils est venu dans ma chambre et m'a fait un très-beau présent. Il m'a donné dixsept médailles antiques d'or, aussi belles que ai elles sortaient de la Monnaie. Elles ont été trouvées auprès de Modène, comme vous avez pu le lire dans les galettes de Hollande ; il les a fait secrètement venir de Rome. Cette attention de sa part m'a fait le plus grand plaisir, non pas tant pour la valeur du présent que pour l'attention.
Marlj, 18 juin 1715.
Jusqu'à mercredi, il me sera impossible d'écrire; j'irai ce jour-là, à neuf heures du malin, à Paris, au Palais-Royal, déjeuner avec mon petit-fils, le duc de Chartres, et M"* de Valois; ensuite j'irai avec eux deux au collège des Jésuites, afin de voir jouer une comédie par des élèves qui sont tous des enfants de condition. Parmi eux il y a un garçon que mon fils a eu de laSery, qui était une de mes filles d'honneur';
1 ■ Une Mule dei maîtresses du duc d'Orléans a para le capiivcr un peu; elle étoit de Rouen, d'une fort honnête famille, et a été connue uns le nom de comtesse d'Argenton ; m beauté n'étoit pu parfaite, mnla elle avolt beaucoup de grand* agréments, un air vif et nindcste, un esprit doux, une vraie tendresse pour son amont} elle n'aima que lui et l'aima ardemment • (rie de Philippe d'Oiléaia, pur La Moine, dit de La Huile, 1130, t. I, p. 32).
Nous avons trouvé, dans le tome XXXIX de la collection Maurepa», un couplet Tait par le régent Eur sa maîtresse; nous ne
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