C0HRESP6NDANCB
soyons mal l'un vis-à-vis de l'autre. Si j'ai quelque chose à lui dire au sujet de sa conduite, je lui dis nettement ma façon de penser, et je né me gène point; il montre un grand respect pour moi.
31 mai nie.
J'ai vécu en très-bonne intelligence avec le Dauphin pendant plus de vingt ans, et il avait grande confiance en moi, jusqu'à ce que H°" la Duchesse s'emparât de lui; dès lors il a changé entièrement - avec moi ; et comme après la mort de Monsieur, je n'ai plus chassé avec Son Altesse, je n'ai plus eu que peu de relations avec lui jusqu'à sa mort, et il s'est conduit comme s'il ne m'avait jamais ni vue ni connue. S'il avait eu un bon esprit , il aurait préféré la princesse de Conti à M™' la Duchesse, car elle avait un bien meilleur cœur, et elle l'aimait sans intérêt, tandis que l'autre n'aimait rien au monde et ne songeait qu'à ses plaisirs , à ses intérêts et à son ambition; aussi, pourvu qu'elle atteignit son but, elle se souciait fort peu du Dauphin, qui, par condescendance pour elle, a donné une preuve bien claire de sa faiblesse.
31 mit nie.
M010 la Duchesse (de Bourbon) peut boire beaucoup sans être ivre ' ; ses filles veulent l'imiter, mats elles
1 • Madame la Duchesse ne connaît de plaisirs qu'à table; le
■ vin est son Hlppocrène, et quand elle a un peu trinqué , elle • fait les plus jolie vers du monde, et n'épargne ni le roi, ni le
■ petit duc son mari, m qui que ce soit au monde a [Lettre* de Jf-rne Dunoyer, 1730, t. I, p. 13).
DE MADAME LA DTtCRSSSS O'ORI.ÉANS. ÎS9
n'y réussissent pas; elles ne sont pas maîtresses d'elles-mêmes comme M»» leur mère, et elles se trouvent bientôt ivres... On croirait que malgré toute ion ambition, elle ne songe qu'à s'amuser et à divertir les autres. Elle sait si bien se plier aux goûts des gens, que chacun peut croire qu'elle trouve le plus grand plaisir à être avec lui ; mats dès qu'elle est dans une autre société, elle tourne en ridicule celle qu'elle vient de quitter.
îï mal 1716.
Ha fille ne manque pas de faire ses adieux lorsqu'elle approche du terme de sa grossesse; elle s'attend à mourir, mais tout se passe bien... Lorsque la jalousie est entrée dans l'esprit, il n'y a pas moyen de l'arracher; il faut de bonne heure savoir prendre son parti. Ma fille ne laisse rien remarquer, mais elle souffre Bornent intérieurement, et il ne peut pas en être autrement; elle chérit tendrement ses enfants. La femme que le duc aime et son mari ne lui laissent pas un lîard ; ils le ruinent entièrement. Craon est un cocu, un misérable et faux personnage. Le duc de Lorraine sait bien que ma fille est instruite de tout, mais je crois qu'il lui sait gré de ne pas le tourmenter et de tout prendre en patience ; il vît bien avec elle, et elle a tant d'affection pour lui que, pourvu qu'il lui dise une couple de bonnes paroles, elle est tout à fait contente et joyeuse.
I» mai nie.
Je ne puis nier que mon fils n'ait une grande inclination pour les femmes ; il a une sultane- reine ,
240 COailESPONDASCE
M™ de Parabëre. Sa mère, M™* de ta Vieuvflle, était dame d'atour près de la duchesse de Beny; c'est là qu'il a fait sa connaissance. Elle est veuve , de belle taille, grande et bien faite; elle a le visage brun et elle ne se farde pas; une jolie bouche et de jolis yeux ; elle a peu d'esprit, mais c'est un beau morceau de chair fraîche...1 Mon Gis est devenu effroyablement délicat, il ne pourrait plus se mettre a genoux sans tomber en faiblesse.
si mai me.
Quand mon fils boit un peu trop, il ne fait pas usage de fortes liqueurs, mais devin de Champagne'. Il ne se soucie pas de la chasse.
fi Juin ni 6.
Le cardinal de Richelieu, malgré tout son talent, a eu de grands accès de folie ; il se figurait quelquefois qu'il était un cheval : il sautait alors autour d'un billard, en hennissant et faisant beaucoup de bruit pendant une heure, et en lançant des ruades à ses domestiques; ses gens le mettaient ensuite au lit, le couvraient bien pour le faire suer, et, quand il s'é-
1 II est plusieurs fois question, dans les Mémoires de Saint- Simon, de M™ de Farabère « qui a vécu si publiquement avec le régent et depuis arec tant d'autres. * On dit qu'on jour, rendant visite a Duboka, elle avait bous sa jupe un bâton dont elle régala tête-à-tête les épaules du visité, pour se venger de ce qu'il avait mal parlé d'elle an régent.
1 De nombreux témoignages attestent l'intempérance du régent. Sa trouvant un soir encore plus Ivre que de coutume, il eilgeait absolument que La Fare, son capitaine des gardes, lui coupât la main droite.
DE MADAME LA DUCHESSE Il'oilLÉANS. S4l
veillait, il n'avait aucun souvenir de ce qui s'était
passé'.
û juin 1116.
Lorsque le grand Condé était amoureux de W d'Épernon, il alla à l'année et il s'habitua & de jeunes cavaliers; quand il revint, il ne pouvait plus souffrit les dames ; il donna pour excuse qu'il était tombé malade el qu'on lui avait tire tellement de sang, qu'on lui avait ôté toute force et tout amour. La dame qui aimait sincèrement -le prince ne se paya pas de cette réponse; elle chercha à savoir ce qui en était, et lorsqa'elle connut la véritable raison de cette indifférence, elle en éprouva on tel désespoir qu'elle se retira au couvent des grandes Carmélites, renonça entièrement au monde et se lit religieuse '.
1 Nous avons consulté de nombreux écrits relatif» à Richelieu uni rien trouver qui confirme l'étrange récit de Madame. TnUemant des Riant, si fertile en médisances et en anecdotes hasardées, est muet A cet égard.
■ M. Monmerqué, dam ton édition des Petits Mémoires du tomte de Coligny, 1838, note, p. 49, observe que Madame se trompe sur les causes de la retraite nui Carmélites de MH* d'Ëperuon. Cette aimable personne ne paraît pas avoir en d'Inclination pour le prince de Condé ; elle honorait d'nne bonnéle et tendre amitié lé chevalier de Flesque, tué au siège de Mardick. Peu ■près elle se fit carmélite. [Mémoires de Mme de Molteville, 1751, t. I, p. 309.} C'est Wie du Vigeon qui a été aimée du grand Coudé.
Cne clianson du temps, en latin macaroni que, contiendrait une sorte d'aveu, mais doit-elle être regardée comme authentique? Leducd'Engliicn, descendant le Rhône en IC43, avec le marquis de Lu ilouasaye, tut surpris par un violent orage et Ut, dit-on, ce couplet :
Corui miicUl, Uuhkui,
Ali ! D.'UI kvne ! quoil li-ni|]ili!
«juin m*.
M"" d'Orléans paraît plus vieille qu'elle n'est, car elle met beaucoup de rouge et elle a le nez et les joues pendantes ' ; il lui est resté de sa petite vérole qu'elle branle la tôt© comme une vieille femme. Elle est tellement paresseuse qu'elle ne saurait faire deux pas ; elle voudrait que les alouettes lui tombassent toutes rôties dans la bouche, et, comme nous ne sommes pas dans le pays de cocagne, cela n'arrive pas. Elle voudrait bten gouverner, mais elle ne comprend pas la véritable hauteur, elle a été trop mal élevée pour cela; elle sait vivre comme une simple duchesse, mais non comme une petite-fille de France,
18 Juin IT1S.
Le feu roi disait : ■ J'avoue que je suis piqué quand
La M ou s sa y c riposta ainsi :
Secune tuai noilra vil»,
Sumui enim Sodomite, '
Igw tanlum periluri,
Liuderiri.
■ Le b qu'il eU et Je le maintiens h..... but Tes aaints
Évangiles, • dit le marquis de Collgny, mais il ne faut pat accueillir sans méfiance ce témoignage d'un ennemi passionné qui écrivait : « Je ne reprends Jamais la plume que ma première pensée ne soit pour dire pis que pendre deM.leprlncé de Condé... Je proteste devant Dieu que je n'ai Jamais connu une ame si terrestre, si vicieuse, ni un cœur si ingrat, ni si traître, ni si malin. »
' Elle avait de la beauté, de beaux bras, de belles mains, mais peu de proportion dans les traits. (Souvenir» de M=» de Cavlus.)
M MADAME; LA DUCHESSE d'obLÉANS. 243
je vois qu'avec toute mon autorité de roi, en ce paya-ct, j'ai eu beau crier contre les coiffures trop hautes, pas une personne n'a eu la moindre envie d'avoir la complaisance, pour moi, de les baisser. On voit arriver une inconnue, une guenille d'Angleterre, avec une petite coiffure basse : tout d'un coup toutes les princesses vont d'une extrémité à l'autre ' . >
J'ai entendu dire que ces deux amants (le roi de Sicile et M"* de Verrue) passaient des jours entiers à >e quereller... Il est certain que notre bonne reine de Sicile est une personne vertueuse et la patience même. Le roi est beaucoup mieux avec Sa Majesté depuis qu'il n'a plus de maltresse; car la dévotion a adouci son' cœur et son caractère.
Je crois que Madame a eu plus de malheur que de torts; elle avait affaire à de bien méchantes gens sur le compte desquelles je pourrais dire bien des choses si je voulais. Madame était fort jeune, belle, agréable, pleine de grâce; elle se trouva entourée des plus grandes coquettes du monde qui étaient les maîtresses des ennemis de Madame; ils ne cherchaient qu'à la jeter dans le malheur et qu'à la brouiller avec Monsieur. M" de Goatquen était la maîtresse du chevalier de Lorraine sans que Madame le sût, et le maréchal de Turenne devint épris de cette dame. Madame avait confié au maréchal le secret de toutes les négociations secrètes avec. l'Angleterre ; il le dit & M™ de Coatquen
1 Ceci h rapporte i une révolution dans le* modes qu'introduisit ladj Sandwich, ambassadrice d'Angleterre.
qu'il croyait sincèrement dévouée a Madame. Celleci alla, dans la nuit, trouver le chevalier de Lorraine Ct. lui révéla tout. Le chevalier en prit occasion d'exciter Monsieur contre Madame; il lui dit qu'on le faisait passer auprès du roi pour un pauvre homme, incapable de savoir se taire et ne jouissant d'aucune confiance, puisqu'il était laisse à l'écart, tandis que les plus grandes affaires de l'État passaient par les mains de sa femme.
Monsieur voulait que Madame le mil au fait de tout; elle ne voulut pas lui raconter les affaires du roi son frère; c'est ce qui les brouilla. Elle fut irritée, elle fit chasser le chevalier de Lorraine el son frère H. de Marsan, mais il lui en coûta la vie.
n juin 1710.
Les bâtards du feu roi, voulant qu'on pût juger leurs prétentions et celles des princes du sang, ont attiré à eux beaucoup démembres de la noblesse, et ils ont ensuite adressé une supplique tout à fait injuste contre les ducs et pairs. Mon fils n'a pas voulu recevoir leur pétition et leur a fait défendre de se réunir, parce que, dans leurs assemblées, il n'était question que de projets de révolte. Malgré cela, ils ont continué de s'assembler par l'entremise du duc du Maine et de sa femme, et ils sont devenus tellement insolents qu'ils ont envoyé à mon fils un mémoire et un autre au parlement, où il est établi que la noblesse seule a le droit de décider les contestations des princes du sang contre les princes légitimes. Trente nobles ont signé ce mémoire. Mon fils en a fait arrêter six des principaux;
trois ont été envoyés à la Bastille et trois à Vincennes. ils se nomment MM. de Châtillon, de Rieux, de Beaufïemont, de Polignac, de Clermont et d'O : ce dernier Tait partie de la maison du comte de Toulouse, dont il est gouverneur. La femme de Clermont est dame auprès de la duchesse de Berry ; elle n'est pas des plus fines et elle a dit tout haut devant la duchesse de Berry : • Que les choses aillent comme elles pourront, mon mari et moi, nous donnerons notre vie et noire tête pour le comte de Toulouse, » ce qui montre clairement que tout ceci est suscité par les bâtards. Je dois remarquer combien ces gens sont ingrats. Châtillon était un noble très-pauvre dont le père avait une petite charge auprès de M. Gaston (duc d'Orléans, frère de Louis XIII) ; c'était un de ces emplois qui ne permettent pas à ceux qui en sont revêtus de dépasser l'antichambre et qui ne leur donnent pas le droit de monter dans les carrosses de leur maître; les vrais descendants de l'ancienne maison de Châtillon ne voulaient pas reconnaître le Châtillon qui a épousé la fille d'un procureur; ils soutenaient qu'il n'était point descendu de la véritable maison de Châtillon, mais seulement d'un de ses bâtards. Son fils était cadet dans les gardes du corps du roi ', et lorsqu'en été les jeunes officiers allaient se baigner, ils amenaient avec eux le jeune chevalier de Châtillon pour garder leurs habits, et ils
1 Noua trouvons ilana les recueils manunerila un couplet assci plat relatif h ce personnage :
I* eheralierdeChatillon, Ksi un (art aimable garçon ; Disant cela, Pou n» dit gué™, Jjirs, là, luire Ion, lai».
lui donnaient un écu pour qu'il eût de quoi souper. Monsieur prit ce pauvre homme dans sa maison, lui fit obtenir le cordon bleu, l'engagea à recommencer son procès, lui donna de l'argent, et fit si bien qu'il gagna sa cause et qu'il fut déclaré membre de la maison de Ch&tillon Mlle prit pour capitaine des gardes, lui accorda une forte pension que mon tils lui a continuée en lui laissant aussi son logement au Paluis- Royal, et c'est dans ce même logement que cet ingrat a tenu ses réunions contre mon fils. Le grand-père de Rieux avait négligé que le roi en lui écrivant signa mon cousin ; mon fils lui a rendu cet honneur, a donné à son frère une charge dans la gendarmerie et lui a encore fait d'autres grâces.
Châtillon a soulevé toute la noblesse contre mon fils, voilà la façon dont il a reconnu ses bienfaits. L* femme de mon fils est consolée et contente, parer qu'elle pense que les affaires de son frère vont bien.
Pari», 33 juin IT16.
Les intentions de mon fils sont toujours droites et bonnes ; s'il survient quelque chose qui ne devrait pas être, à coup sur c'est l'œuvre d'un autre que lui. 0 est trop bon et n'est pas assez méfiant, aussi est-il souvent trompé, car de méchantes gens qui connaissent sa bonté en abusent effrontément. Il est sur que mon fils a assez d'instruction pour trouver moyen de
' Saint-Simon en parle k plusieurs reprisée : • C'étolt l'homme de France le mleui fait ; sa figure fit bb fortune chu Monsieur ■ (t. IX, p. 180; voir aussi t. XIX, 4Î); « Il n'acoit ni pain, ni sens, ni esprit» (t. V, p. 331],
DE MÀDÀJfK U DUCHESSE D'ORLÉANS. 247
De jamais s'ennuyer. 11 connaît fort bien la musique et il ne compose pas mai; il peint très-joliment; il sait plusieurs langues et il aime à lire. U est instruit dans la chimie et il comprend sans peine les sciences les plus difficiles. Tout cela n'empêche pas qu'il ne trouve de l'ennui à tout.
» juin nm.
Oy avait un Français réfugié en Hollande qui m'écrivait comment allait l'affaire du prince d'Orange; je m'imaginai que je rendrais service au roi en lui communiquant ce qu'on m'annonçait; je le fis. Le roi m'en sut gré et me remercia ; le soir il dit en riant : i Mesministres soutiennent que vous êtes mal instruite et qu'on ne vous a pas écrit un mol de vérité. » Je répondis : c Le temps apprendra qui est le mieux instruit dos ministres de Votre Majesté ou de celui qui m'écrit; mes intentions ont été bonnes, monsieur. > Quelque temps après, lorsqu'il fut bien constaté que le roi Guillaume était en Angleterre, H. de Torcy vint me dire que je devrais lui faire part des nouvelles que je recevais; je lui répondis ; < Vous avez assuré tu roi que je ne recevais que de fausses nouvelles; sur cela j'ai ordonné qu'on ne m'en écrive plus, car je n'aime pas à débiter de fausses nouvelles. » Il rit comme il faisait toujours, et il dit : « Vos nouvelles se sont trouvées fort bonnes. > Je répondis : < Un grand et habile miiùstro doit en effet en avoir de plus sûres que moi , et il sait tout. * Le roi me dit ; < Vous vous êtes moquée de mes ministres. > Je répondis : € Je leur rends ce qu'ils m'ont prêté. >
H. de liùuvois seul était bien servi par ses espions, mais il n'épargnait pas l'argent;, tous les Français qui étaient en Allemagne ou en Hollande étaient des espions à ses gages; maîtres de danse ou d'escrime, écuycrs, serviteurs, dans toutes les cours. Apres sa mort on n'a pas continué ce système ; voilà pourquoi les ministres d'aujourd'hui sont si ignorants.
Lauzun a les idées les plus étonnantes du monde, et tout ce qu'il dit prend une tournure divertissante ; par exemple, voulant faire savoir au roi que H. le comte de Marsan s'attachait fort à M. de Chamillard, alors ministre, il dit : a Sire, j'ai voulu changer de perruquier et prendre celui qui est le plus à la mode, mais je n'ai pu l'avoir, car il y a déjà quelques jours que H. de Marsan le tient renfermé chez lui, afin de faire des perruques pour toute la maison et tous les amis de M. de Chamillard. > H dit cela du ton du monde le plus simple et comme s'il n'y avait pas entendu malice.
3 juillet 1710.
Il est certain que l'histoire de Théodora dans Procope ' ressemble à celte de la guenipe. 11 y a aussi
1 Le parallèle est charge ; Théodora, fille d'une couriisane du plut bai étage, avait elle-même mené publiquement une conduite des plus déréglées, lorsque Justinien , séduit par set charmes et la vivacité de son esprit, l'épousa, après en avoir fait sa maîtresse. Elle disposa a son gré de l'autorité souveraine, que l'aveuglement et la faiblesse de l'empereur ne lui disputaient pas. C'est dans set Anecdote! ou Histoire Mérite que Procope (voir l'article que luua consacré le savant Dauuou dans la Biographie universelle, t. XXXVI) s raconté sur Théodora de* anecdotes d'un caractère tel, que les ancians éditeurs
m NADANE LA DUCHESSE D'OltLÉANS. 249
dans l 'histoire de Suède une dame de ce genre , une Hollandaise nommée Sigbritle, qui devint la femme de Christian II, roi de Suède, de Danemark et deNorwége. La ressemblance est tellement frappante , que je fus toute saisie quand je lus cela. Je ne puis comprendre qu'on l'ait laissé imprimer ici. Par bonheur pour l'abbé de Vertot, qui a écrit cette histoire, le 'roi n'a jamais aimé à lire ; autrement le pauvre ulM eût, à coup sur, été mis à la Bastille. Beaucoup de gens ont pensé qu'il avait fabriqué un récit à plaisir pour faire une plaisanterie, mais il jure fort et ferme qu'il n'a mis que ce qu'il a trouvé dans les annales de la Suède.
• juillet 1116.
M»8 de Montespan assistait une fois à une revue; quand elle fut auprès des soldats allemands, ils se mirent à crier : Konigt Hure, Hure! (voilà, voilà la catin, lacatin du roi!) Le soir, le roi lui demanda comment elle avait trouvé la revue; elle répondit : « Parfaitement belle; je trouve seulement que les Allemands sont trop naïfs d'appeler toutes choses par leur nom , car je me suis fait expliquer ce que signifiait ce qu'ils criaient. ■
N. B. Le duc d'Antin est le seul des enfants de M°" de Montespan qui ait été affligé de la mort de leur mère.
s juillet me.
J'ai lieu d'être satisfaite de mon fils; il vit bien avec moi et ne me donne nul sujet de me plaindre de
onl retranché divers passages insérés eu 1715 par La Monnoye dani le Ménagiana.
250 COHRBSHMDAIKE
lui. IL me témoigne beaucoup d'égards, et je connaît peu de gêna en lesquels il ait plus de confiance qu'en moi.
t juillet me.
Au moment où je termine ma lettre à la princesse. de Galles, on est venu n'annoncer que M™' d'Orléans était en mal d'enfant; il était juste onze heures lorsque mon carrosse fut prêt; a midi trois quarts j'entrais dans l'antichambre et on me dit à voix basse : « Il y a prés d'une heure que S. A. R. est accouchés très-heureusement. > Hais cela fut dit d'un ton ri triste que je ne pus douter que M™' d'Orléans n'eût mis au monde une septième fille , et c'est malheureusement ce qui est arrivé,
11 juillet 1715.
11 est bien dommage que la jeune princesse de Conti ne soit pas avec des gens pieux et honnêtes, car elle a un fort bon naturel; mais elle est entourée d'une mauvaise compagnie, et die' a pour mari un vilain fou mal élevé ; elle n'a de tous les cotés sous les yeux que de mauvais exemples; cela la g&te entièrement, et cela empêche qu'elle ne veille elle-même sur sa réputation, comme elle devrait le faire.
13 Juillet 1T1B.
l'ai vu mon fils fort irrité contre mylord Slairs, parce qu'il croit que ce lord lui rend de mauvais services auprès du roi {d' 'Angleterre) , et qu'il a empêché le roi de conclure une alliance intime avec la France et la Hollande. On lui a reproché d'avoir laissé partir lé Prétendant ; mais en cela il n'y a nullement de fit
foute : il s fidèlement et loyalement exécuté ce que le traité porte , c'est-à-dire de n'assister en rien le Prétendant, et de ne lui fournir ni argent ni armes.
Il pense que les Anglais ne voient pas avec plaisir que leur roi s'allie avec la France.
13 Juillet 1716.
On dit ici que Madame n'avait point de beauté , mais elle avait tant de grâce que tout lui allait bien ; «De n'était pas capable de pardonner : elle voulut faire chasser le chevalier de Lorraine et elle y réussit, mais il ne l'a pas manques. Il a envoyé de l'Italie le poison pu- un gentilhomme provençal qu'on appelait Morel, et,' pour récompenser celui-ci, on l'a fait premier maître d'hôtel. Après qu'il m'eut amplement vofée , on lui a fait vendre sa charge à un prix fort élevé. Ce More) avait de l'esprit comme un diable, mais c'était on homme sans foi ni loi. U m'a avoué à moi-même qu'il ne croyait a rien. Quand il a été au moment de mourir, il n'a pas voulu entendre parler de Dieu, et il a dit en parlant de lui-même : « Laisses ce cadavre, il n'est plus bon à rien. > Il volait, il mentait, il jurait, il était athée et sodomite; il en tenait école, et U vendait de jeunes garçons comme des chevaux; il allait au parterre de l'Opéra pour y faire ses marchés. Il est très-vrai que Madame a été empoisonnée, mais sans que Monsieur le sut. Lorsque ces coquins tinrent conseil entre eux pour décider que l'on empoisonnerait la pauvre Madame , ils discutaient s'ils devaient ou non en prévenir Monsieur. Le chevalier de Lorraine dit : € Non, ne le lui disons pas ; il nu sau-
ruit se laire. S'il n'en parle pas La première année, il nous fera pendre dix ans après. • Et l'on sait que ces misérables ajoutèrent : « Gardons-nous bien de le dire à Honneur, qui le dirait au roi, qui nous ferait pendre. »
Ils ont fait croire à Monsieur que les Hollandais avaient donné à Madame un poison lent dans du chocolat. On voit ainsi que cette méchante Gordon n'a eu aucune part à cette affaire; mais elle a calomnié Madame auprès de Monsieur ; elle en a dit beaucoup de mal à tout le monde, et lui a rendu tous les mauvais services qu'elle a pu : voilà la vérité.
Le chevalier de Lorraine avait mauvaise mine, parce qu'il avait deux fois eu le mal français; mais auparavant il avait fort bonne mine et était un bel homme, bien fait; si l'intérieur avait été aussi bien que l'extérieur, je n'aurais de ma vie rien eu à dire contre lui. Le maréchal de Turenne était un grand général et il avait de grands talents pour la guerre, maîsàla cour il jouait un triste rôle. D'Effiat n'avait point empoisonné l'eau de chicorée, mais la tasse de Madame, et c'était bien imaginé : car Von a bu l'eau de chicorée , mais personne ne boit dans notre tasse. La tasse ne fut pas rapportée aussitôt qu'on la demanda; elle s'était égarée, à ce qu'on dit; on avait voulu avoir le temps de la nettoyer et de la faire passer au feu. Un valet de chambre que j'ai eu et qui avait été au service de feu Madame (il est mort maintenant) m'a raconté que le matin , tandis que Monsieur et Madame avaient été 11 la messe, d'EEÏiat vînt nu buffet, il trouva la tasse et la frotta avec un papier. Le valet
DE MADAME LA DECHBSSE DOBLÉANS. S53
de chambre lui dit : « Monsieur, que faites-vous » notre armoire et pourquoi touchez-vous à la tasse de Madame '! » H répondit : < Je crève de soif, je cherchais à boire, et voyant la tasse malpropre, je l'ai nettoyée avec du papier. > Le soir, Madame demanda de l'eau de chicorée ; aussitôt qu'elle eut bu, elle s'écria qu'elle était empoisonnée.. Ceux qui étaient 14 burent de la même eau, mais non de celle qui était dans la tasse ; ils ne purent donc avoir aucun mal. 11 fallut la porter au lit ; elle se trouva de plus mal en plus mal, et mourut deux heures après minuit dans d'effroyables souffrances'.
Jf! Juillet 17 16.
Je suis d'avis que la duchesse de La Vallière a tou-
1 H, Walckenaér, dam set Mémoire* sur H»" de SeWgna ((■ 111, p. 220 et 481 ), n'hésite pas à regarder comme positif l'empoisonnement de Henriette d'Angleterre ; ce fut le chevalier de Lorraine qui, de son exil à Rome, envoya le poison à ses wmpikes, le comte de Benvron et le marquis d'EOiat. Voir les nombreux auteurs qu'il cite à cet égard, et notamment les Ltltru de M™" de Sévigné (12 février ICI!), les Négociations relatives à la succession d'Espagne, rédigées par M. Mignet(t. III, p. 18», 186, SOS), la Biographie universelle (I. XX, arl. de M.Monmerqué], M.Slsmondiest, de tous les historiens, celui qui s le mieux raconté cette mort ; Il hésite dans son opinion, et ne semble pas bleu persuadé que le duc d'Orléans ne fût paa coupable; puis il Incline ensuite vers le choléra- mo rtfui. Mais les caractères de l'agonie de la princesse n'ont point le caractère de celte maladie. Selon M. Walckenaér, le poison est constaté par la description de l'état des viscères, dans le procès-verbal d'autopsie, quoique ce. procès- verbal conclût qu'il n'y a pas eu d'empoisonnement. Saint-Simon, t. VI, p. 2*5, raconte l'empoisonnement ■ de Madame et le râle de d'ËIHat tout comme la Palatine; il nomme, p. 244, Beuvron, capitaine des gardes, comme un des complices. Voir aussi La Place, Pièce) intéressantes et peu connues, t. I, p. 208.
jours bien aimé le roi ; la Monteapan l'a aimé par ambition, la Soubïse par intérêt, -et la Maintenon par l'un et l'autre motif. La Fontange l'a beaucoup aimé aussi , mais an héroïne de roman ; elle était terriblement romanesque. Ludre l'a aussi aimé, mais cet amour a bientôt passé. Pour M1" de Monaco, je' ne voudrais pas mettre la main au feu qu'elle n'ait pas couché avec le roi. Pendant que le roi était amoureux d'elle, Lautua tomba pour la première fois en disgrâce; il avait une affaire réglée avec sa cousine, mais en secret. 11 lui avait défendu de voir le roi , et une ' fois qu'elle était assise par Uireet qu'elle entretenait le roi, Lauxun, qui, en sa qualité de capitaine des gardes, se trouvait dans la chambre, fut saisi d'une telle, jalousie qu'il ne put se contenir, et que, faisant semblant de passer, il marcha si rudement sur la main que M10» de Monaco avait appuyée contre terre qu'il faillit l'écraser; le roi, qui p^r là remarqua la chose, le réprimanda; Lauzun répondit avec arrogance; alors il fut envoyé pour la première fois à la Bastille '.
1» Juillet 17l«.
H. le Dauphin vécut très-bien avec sa femme durant deux ou trois ans, c'est-à-dire tout le temps que la vieille fut satisfaite*" de la pauvre Dauphine; mais dès qu'il y eut un peu de froideur entre elles , alors la vieille Montehevreuil se mit à dire au Dauphin que sa
■ • Le rot eut envie de M"" de Monaco; son cousin Lauzun, du temps qu'elle étolt fille, avolt eu ses bonnes grâces; tl étolt encore fort smoureui d'elle, et il parla au roi sur son chapitre avec tant de hauteur et de fierté qu'il fut mis à la Bastille. ■ (Mémoïrei de La Fare.J
DE MADAME LA DUCHESSE u'uKLÈANS. 255
femme ne l'aimait pas; qu'elle n'avait d'attachement que pour la Bessola ' ; que tout le monde le regardait comme un sot, puisqu'il passait toute la journée dans une chambre ou l'on parlait plus en allemand qu'en français; que la Bessola était la confidente des galanteries de la Dauphine ' ; que pour la ramener à lui, il fallait qu'il lui donnât de la jalousie et fit des parties de plaisir avec les filles d'honneur. Je tiens tous ces détails de la Dauphine elle-même , car son mari , qui l'aimait encore , lui raconta tout ; mais la vieille sorcière revint si souvent à la charge et donna au Dauphin tant d'occasions dans les promenades, qu'il finit par devenir fortement amoureux deM^deRambure*, qui fut depuis M"** de Polignac ; dèB que cet amour commença, toute amitié pour la Dauphine disparut.
M Juillet nie.
J'ai souvent entendu la Mainlenon dire en plaisan-
1 Femme de chambre allemande que 1* Dauphine avait amenée arec elle, et qui avait une grande influence sur sa malberne.
• La Dauphine mena toujours nue conduite Irréprochable; noua liions dans lei Mémotru de ta cour de France, par «««de La Fayette (1131, p. 199), que M. delà Trémollle, s'élant avisé d'en faire l'em ou reus publiquement, elle lui Bt défendre de se présenter devant elle.
' • Elle étoit vive, hardie, avec 'l'esprit qu'il faut pour plaire rani être belle. » ( Souvenir* de Mm* de Cnylna. ) Sa mère, la marquise de Ramlmre., eet fort maltraitée dans la fronça devenue italienne, qui lui reproche d'aimer le jeu, de s'encanailler aisément, et qui raconte en fort grande détails aon Intrigua avec le duc de Caderousse. La marquise de Hontehevreuil, née Boueher d'On#y. était une des persouue* lee plu* en fareur. auprès de M"" de MaJnteaon.
250 CORRESPOND AKCE
tant : « J'ai été trop loin, et trop près des grandeurs pour savoir ce que c'est ' ; »
ÎJ juillet ms.
Autrefois on m'appelait toujours sœur pacifique parce que je faisais mon possible pour maintenir l'harmonie entre Monsieur et sa cousine, la grande Mademoiselle, ainsi qu'avec la grande-duchesse ' ; ils se querellaient fort souvent et comme de vrais enfants pour les plus grandes bagatelles du monde. . . Monsieur était jaloux de ses enfants ; il les tenait tant qu'il pouvait éloignés de moi; il me laissait avoir plus d'autorité sur ma fille et sur la reine de Sicile que sur mon
1 II s'en fallut de peu que la veuve de Scarron ne devint point la femme de Louis XIV. Le paralytique écrivain s'imagina que le soleil de l'Amérique pourrait rendre à tes membres leur souplesse; il s'intéressa pour mille écus dans une compagnie des Indes, qui roulait fonder un établissement dans la Guyane, et il se mit enroule au commencement d'octobre IBM. LegaielierLoret, & l'affût de tous les petits événements du jour, ne manque point de consigner celui-ci dans sa Muse Mitoriqttt; 11 annonce que Scarron :
Aller itlendre quelques jours
Arrivé à Tours, Scarron apprit que les directeurs de la compagnie avaient déjJ fait de mauvaises affaires, et que h IlollUa qui devait porter les colons en Amérique , ne partirait pas. Il revint a Paris, 11 y mourut peu d'années après; on connaît le reste de l'histoire de sa veuve.
* La duchesse de Toscane et Mademoiselle [de atonlpensler) étaient Biles de Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII.
DE MÀI1ÀME LA DUCHESSE H'OIILÉÀNS. $57
fils, mais il ne pouvait empêcher que je ne lui «fisse nettement la vérité. Ma fille n'a, de sa vie, rien fait qui pût me donner de l'inquiétude.
Feu Monsieur n'aimait pas la chasse. Si ce n'est a la guerre, il n'a de sa vie pu se résoudre à monter à cheval. H écrivait si mal qu'il m'apportait souvent, pour les lire, les lettres qu'il avait faites, et il disait en riant : ■ Vous êtes, madame, accoutumée à mon écriture; lisez-moi un peu cela, je ne sais ce que j'ai écrit. > Nous en avons souvent ri de bon coeur. n Juillet me.
Je n'ose pas penser à ce que le roi m'a dit à son lit de mort; il y avait dans sa chambre toutes les personnes qui avaient le droit d'y entrer et tous les membres de la famille royale , excepté M-* la Princesse et 54 mea ses flHeS( ]a princesse de Conti et M"*de Vendôme; ces trois dernières n'ont pas vu le roi. Il a recommandé l'union à ses filles légitimées. J'ai été la cause innocente de ce que le roi leur a dit de désagréable; en l'entendant dire : « Je vous recommande surtout d'être unis, > je crus qu'il disait cela pour moi et pour la femme de mon fils, et je répondis : « Oui, je vous obéirai, Monsieur; » le roi se retourna alors vers moi et dit d'une voix rude : « Vous croyez que je dis cela pour vous : non, non, vous Êtes raisonnable et je vous connais; c'est à ces princesses que je parle qui ne le sont pas autant que vous. »
24 julllei'ntfl.
Madame de Colonne a beaucoup d'esprit; notre roi en a été tellement amoureux que, si son oncle le cardi- ».
268 COBBESPOHDANCR
nal l'avait voulu, il l'aurait épousée. C'était pourtant louable du cardinal Mazarin de n'avoir pas voulu souffrir ce mariage '; d'ailleurs ce cardinal ne valait absolument rien du tout,
ss juillet me.
Le due du Maine pensait qu'il pourrait épouser ma fille; mais des marchands qui étaient chez M"* de Honteepan l'entendirent qui parlait à M"* de Main-
1 M. de Lnborde (Palais Mazarin, p. S0B-Ï28) donne des détails fort circonstanciés 'au sujet de l'attachement du roi pour Marie de Mandai ; Il cite de nombreuses lettres du cardinal, et réfulunl n tm Jugement qui n'en est paa moins erroné parce uu1t est devenu populaire sous la plume légère de Voltaire, il montre que le cardinal n'hésita pas UD Instant à sacrifier se* intérêts personnels & la gloire d|i roi et au bonheur de la France. Forcé de quitter Paria pour se rendre à la frontière, il exila sa nièce a La Rochelle.
■ Si noua avions trouvé dans la vie du cardinal et, en général, dans l'histoire des nommes d'État, de quelque temps et en quelque pays que ce soit, un plus bel exemple de noble abnégation et de complet dévouement, nous l'aurions cité et nous mettons au défi quiconque sait l'histoire d'y rencontrer un pendant. ■ M. de Laborde transcrit à cet égard un Long passage ùe* Mémoires ie l'abbé de Choisi (1727, t. 1, p. 85); nous y renvoyons. La correspondance de Guy Patin nous offre aussi trois lignes a citer : • La reine a envoyé eues les religtewt pots
■ faire prier Dieu, suu qu'il plût à sa sainte boulé de détourner
■ le ro) d'un dessein qu'il a. N'est-ce pas celui-là d'épouser la • nièce du Ifaiarlnri (Lellre du !l Juin 1655,1.11, p. 183.)
Bayle a consacré le chapitre uxi ries Questions tf un provincial à établir quel'entrevue du roietde Marie deMancInin'ast qu'une fable romanesque. Marie n'était point Jolie, comme le portrait qu'en a tracé M»» de Hotteville (Mémoires, t. IV, p. 4SI ) en' fait fol, mais elle était séduisante et spirituelle. Sa séparation d'avec son mari , ses arenture» bàarres, ne doivent pas nous occuper ici.
DE MADAMR U MKflUSB U'OilLÉASS. 259
tenoB de ce mariage; ces dames ne pensaient pu que des gens du commun pussent les comprendre ; ils prirent la parole et dirent : « Mesdames, ne vous y jouex pas; il vous en coûtera la vie si voire faite» ce mariage. > Cela empêcha la chose; H"" de Maintenon fut effrayée, elle alla trouver le roi et le pria de ne plus y penser.
M Juillet 111*.
Le chevalier d'Orléans est fils de la Sery qui a été une de mes filles d'honneur; le margrave d'Anspach en a aussi été amoureux. Mon fils a acheté pour le chevalier au maréchal de Tessé la charge de général des galères; il le fera chevalier de l'ordre de Malle afin qu'il ne puisse se marier, car mon fils ne veut pas que de ses bâtards provienne une race, et il a (hit on abbé de celui de ses bâtards qu'il n'a pas reconnu et qui ressemble tellement à M"* de Valois que, si on les voit l'un près dé l'autre, on ne peut douter qu'ils ne soient frère et sœur. Le chevalier ne ressemble à personne, ni à son père, ni à sa mère, ni à ses frères, ni à set sœurs; je ne sais où mon fils l'a péché; c'est un bon enfant et il iie" manque pas d'esprit. L'abbé a dix-huit ans; il est fils de la Florence, qui était une fort belle personne, danseuse à l'Opéra. Mon fils a eu aussi de la comédienne Desmares une fille qui a quatorze ans; la mère joue encore chaque jour.
4 tout 111 s.
Le roi était tellement attaché aux vieux usages de
la maison royale qu'il n'y aurait rien changé pour tout
an monde. M"* de Fiennes avait l'habitude de dire que
dans la maison royale ou louait si bien aux usages cl
coutumes, que la reine d'Angleterre était morte avec un loquet sur la tête. C'est un petit bonnet que prennent les enfants lorsqu'on les met au lit.... Quand le roi voulait quelque chose, il ne permettait pas que l'on raisonnât; il fallait faire de suite et sans réplique ce qu'il avait commandé. 11 était trop accoutumé au tel est notre bon plaisir pour souffrir des observations. Il était fort sévère pour l'étiquette qu'il avait établie chez lui'.
4 août 1710.
La fille de la comédienne ressembla un peu à sa mère ; on l'a élevée à Saint-Denis dans un couvent, mais elle n'a pas du tout les goûts d'une religieuse. Lorsque mon fris la fit venir, elle ne savait pas qui elle était, et lorsqu'il lui dit qu'il était son père, elle fut transportée de joie, car elle s'imagina être la fille de la Sery et la sœur du chevalier ; elle pensait ainsi qu'elle serait reconnue; mais quand mon fris lui eut dit que cela ne pouvait être et qu'elle était la fille de la Des* mares, elle se mit à pleurer amèrement.
Le chevalier d'Orléans est un bon enfant, mais il
> H. Barrière, dans son Essai sur les mœurs et les usages du dix-septième siècle {en tête des Mémoires de Brienne, 18!B, 3 vol. ln-8), donne, d'après le Trotté des droits du roi et de la couronne de France, de curieux délai!» sur l'étiquette dont Louis XIV avait réglé les plus minutieux détails. * Quand
■ on parcourt ce singulier code qui, dans leur palais , dans
■ leur intérieur le plus Intime, aaservlsaant tes princes, les prtn-
■ cesses et le monarque lui-même aux règles du service, no'
■ leur laissait le libre usage ni de leurs bras, ni de leurs mains,
■ ni de leur volonté, on ne sait s'il faut sourire ou s'il faut Isa * plaindre. Il y a de quoi guérir de l'envie d'être roi. a
i)E MADAME LA DUCHESSE n'ORLEAMS. 261
n'est ni joli ni beau '. Il est dommage que l'abbé soit un bâtard, il est bien élevé, il n'est point laid de figure; il a. beaucoup d'esprit et il a fait d'excellentes études,
S soûl ni 6. Un officier de marine, homme de beaucoup d'esprit et nommé H. Hautmont, avait fait les vers suivants contre le cardinal Mazarin, qui le fit mettre pour dix* huit mois à la Bastille :
Cherchant un aoweau Brela ;
J'ai une fois été terriblement grondée dans un petit voyage de Manheim à Heidelberg. l'étais assise dans le carrosse auprès de Son Altesse, feu mon père et un envoyé de l'Empereur, le comte de Koenniyseck était en face de moi; j'étais alors aussi maigre et aussi légère que je suis maintenant grosse et lourde. Un cahot me fit perdre l'équilibre, je tombai sur la figure du comte; ce n'était pas ma faute, mais je n'en fus pas moins vertement réprimandée, car Son Altesse n'entendait pas la raillerie; il fallait tenir devant elle la chandelle droite.
< Ce chevalier survécu! de longues année» à «on frère: il mourut nu Temple à l'Age de qnartmle-slx ans. ■ Il était fort aimable et avait été extrêmement débauché; mal* depuis deux an* 11 s'était jeté dan» une dévotion si austère qu'elle l'a plu» épnUé que ses débauches. On dit qu'A force de faire des aumônes II laisse beaucoup de dettes. » {Journal de Barbier, Juin 1118, t. Itl, p.S6.)
Une actrice de l'Opéra, qui est morte, M11* d'Uzé', a été fort en faveur auprès de mon fils; mais il ne Ta pas longtemps gardée. A sa mort, on a trouvé que, bien qu'elle ait eu des enfants, ni elle, ni sa mère, ni sa grand' mère, n'avaient jamais été mariées.
A Harly, le roi n'avait pas la moindre cérémonie. 11 n'était permis ni aux ambassadeurs, ni aux envoyés d'y venir; il ne s'y donnait pas d'audience; il n'y avait pas d'étiquette et tout courait pêle-mêle. A la promenade, le roi faisait mettre le chapeau aux hommes, et, dans le salon, il était permis à tout le monde, jusqu'aux capitaines et sous-lieutenants de la garde à pied, de s'asseoir. Cela m'a donné tant de dégoût pour le salon que je n'ai jamais voulu y rester.
il noût ni 6.
On ne attirait mieux danser et avec plus de grâce que M"" la Duchesse [de Bourbon) et ses filles; mais la mère danse .encore mieux que les filles. . . Dans cette maison la malice passe pour de l'esprit. Les trois sœurs, M""-' la Duchesse, Mnis d'Orléans et la princesse de Conti sont toutes trois comme si elles n'étaient pas sœurs; il n'y a entre elles ni attachement, ni confiance réciproques; elles vivent entre elles sur un pied de cérémonie comme des personnes étrangères.
1 On trouve daa» )et Mélanga de BoiBjuurdain(i807, 1. 1), ■u iujel de Mlle actrice el du ragent, une anecdote que uoui nom diapeiueroD* de truuurire.
DE YADAWB LA MJCHRSSC n'OBLÊANS.
H11* de Chartres danse bien, chante encore mieux; elle a une voix étendue et belle; elle déchiffre la musique à livre ouvert et elle comprend parfaitement l'accompagnement. Elle chante sans faire les moindres grimaces. Elle persiste fermement à se faire religieuse, mais je ne puis croire qu'elle en ait la vocation, car elle a tous les goûts d'un garçon ; elle aime les chiens, les chevaux, la chasse, les coups de fusil ; elle ne craint rien' au monde et ne se soucie nullement de ce qu'aiment les femmes. Elle ne se préoccupe pas du tout de sa figure, quoiqu'elle ne soit point laide et qu'elle toit bien formée,
13 août lllS.
Monsieur n'a jamais inquiété sa femme au sujet de sa galanterie avec le roi son frère ; il m'a raconté toute la vie de Madame, et il n'aurait pas, passé cela sous silence, s'il l'avait cru '.Je crois donc qu'en cette circonstance on a été injuste .envers Madame. C'aurait été vraiment par trop fort : le frère et le neveu, le père et le fils ensemble, c'aurait été effroyable!
1 VolclcommentM|necle La Fayette, dans aon HUtoIre d« Madame Henriette, «'exprime sur ce point délicat: 'Elle ne pensa plus qu'A plaire au roi comme belle-sœur ; je croît qu'elle lui plut d'nne autre minière , je tmi aussi qu'elle pensa qu'il ne loi piatwtt que comme un beau-Mre, quoiqu'J lu) plût peut-Jtre davantage, niais enfin, comme ili étoient tout deux infiniment aimable», et ton* deux née avec des dlepoiitions galante*, aiflto m vejolent ton le* (ours au milieu du plaliln et des diiertlnemenii , Il paroi aux yeux de tout le monde qu'ils MOiont l'na peur l'antre (et agrément qui précède d'ordinaire les grande* Dsaenau. »
264 CORIIEBPONDANce
13 mûi me.
M, le Dauphin ressemblait beaucoup à la reine. Il a eu de la comédienne Raisin une fille qu'il n'a jamais voulu reconnaître. La princesse de Conti qui, depuis la mort de Monseigneur, a pris soin de cette enfant, l'a mariée à un gentilhomme nommé d'Avaujour. Le Dauphin était tellement fatigué du duc du Haine qu'il avait juré que, de sa vie, il ne reconnaîtrait aucun de ses bâtards.
Il août 1116.
La vieille guenipe n'a pas eu beaucoup de temps pour lire, car elle avait fort à faire à lire toutes les dépêches qu'on lui adressait pour lui rendre compte de tout ce qui se passait à Paris et à la cour. 11 y avait parfois des paquets de vingt à trente feuillets ; elle les montrait au roi selon sa convenance et suivant qu'elle aimait ou haïssait les gens.
14 août me.
Henri IV fut averti une fois qu'une de ses maîtresses lui était infidèle . Elle avait donné rendez- vous au duc de Bellegarde1, lorsqu'elle pensait que le roi ne viendrait pas chez elle. Le roi fit épier le moment où son rival serait auprès delà belle, et, lorsqu'il le sut, il alla la trouver. Elle était au lit et se plaignait d'un grand mal de tête. Le roi lui dit qu'il fallait qu'elle lui donnât a souper, car il avait grand'faim. Elle répondit
1 Roger de Termes, duc de Bellegarde, né en 1663, mort en 1636. Il passe pour noir été l'amant de Gabrielle d 'filtrées, dont il eut la maladresse de faire k Henri 1Y un portrait séduisant. Le rot lui enleva le belle, et le favori fui exilé.
DS MADAME LA DUCHESSE Voitl.fi ANS. 365
qu'elle n'avait pas songé à souper et qu'on n'avait gardé pour elle qu'une paire de perdrix. Le roi répliqua que c'était bien et qu'on apportât les perdrix. On *■ apporta encore bien autre chose, car un souper avait été préparé pour le duc de Bellegarde. Quand les perdrix arrivèrent, le roi en prit une, la mit sur un morceau de pain et jeta le tout sous le lit. La dame fut effrayéa et dit : • Sire, que faites-vous? » Le roi répondit en riant : ■ Madame , ne- faut-il pas que tout le monde viveï» Il se leva ensuite et se contenta de lui avoir fait peur ',
i&aoûi me.
J'ai vu M. de La Hothe (le Vayer); avec tout son talent, il allait vite comme un fou. 11 portait des bottes fourrées, un bonnet doublé aussi de fourrures qu'il ne quittait jamais, un grand rabat et un habit de velours noir*.
n août ni <i.
La vieille guenipe ne manque pas de capacité; elle parle fort bien quand elle veut. Elle n'aimait pas qu'on
* Tallemant {Historiettes, 1. X, p. 73) raconte un Irait semblable de François 1er et de Briisac, amant de lu duchesse d'Ëtampes, mais avec quelques dlfférencei : le due, sur le point d'élre surpris, se jeta dans un cabinet dont la ciel fut retirée ; le roi demanda des confitures qui étaient dans le cabinet, et Bris. aac sauta par la fenêtre (voir Dreut du Radier, Anecdote* des reines et régentes de France, 1808, t. VI, p. 21). Les deux anecdotes sont peut-être apocryphe*.
* La Moihe le Vayer , écrivain paradoxal et hardi. 11 a joui d'une grande réputation qu'il méritait, à certains égards. 11 est l'objet d'un Essai de M. Etienne, i 849. Voir aussi le Dictionnaire des sciences phtloiofhiguet, 1. 111, p. *B8 , et l'Analecta-
miwn, t. il, p. au.
266 OOMMtBPOHIMIfCB
lui donnât le titre de marquise; fille voulait qo'on t'appelai H"* de Mainteuon tout court.
Elle a montre de toutes les façons la haine qu'elle avait contre moi; par exemple, quand la reine d'Angleterre allait & Mari y et qu'elle faisait des promenades à pied ou en voiture avec h! roi, lorsqu'on revenait, la reine et la princesse d'Angleterre, H*** la Danphine et les princesses allaient «ne le roi , et j'étais la seule qu'on renvoyât.
il uùt nie.
La seconde Dauphine était délicate et mène malingre; le docteur Chirac assura jusqu'à la fin qu'elle guérirait, et, en effet, si on ne l'avait laissée se lever pendant qu'elle avait la rougeole et qu'elle était en sueur, et si on ne l'avait saignée du pied, «Ile vivrait encore. Immédiatement après la saignée, au lieu de rouge comme du feu, elle devint pâle comme une morte et se trouva extrêmement mal. Quand on la fit sortir du lit, je m'écriai qu'il fallait au moins attendre que la sueur fut passée pour la faire saigner. Chirac et Fagon s'obstinèrent et se moquèrent de moi. La vieille guenipe vint à moi et me dit : ^Voulez-vous être plus habilequetousces docteurs qui sont làï> Je répondis: ■ Non, madame, mais il ne faut pas être fort habile pour savoir qu'il faut suivre la nature, et puisqu'elle incline à la sueur, il serait bien mieux de suivre celte voie que de faire lever une malade en transpiration pour la faire saigner. > Elle haussa les épaules et sourit ironiquement; j'allai de l'autre coté et je ne dis plus vn seul mot'.
1 « Le public voulut que 1» dueheue de Bourgogne tut BMrtt
24 Mût nie.
*" de Montespan était très-amusante et on ne s'ennuyait jamais avec elle. Elle aimait extrêmement le jeu'.
I" (eplrmbre 1118.
Mon docteur n'est pas un charlatan et n'aime pas les remèdes ; mais mes gens, qui sont très-intéressés, craignent que ma mort ne leur fasse perdre leurs charges, de sorte qu'ils le tourmentent afin qu'il me donne des drogues. La peur qu'a eu la princesse de Galles au sujet de l'accident arrivé à la comtesse de Btickeburg, dont elle croyait la jambe cassée, est bien naturelle, mais je crains qu'il n'eu résulte quelque chose de fâcheux pour l'enfant dont elle est enceinte. Nous avons eu ici , ces jours-ci , un exemple terrible
poat noir prit du Ubac d'au une tabatière qu'elle avoit perdue pendant trois semaines, et qu'elle retrouva sur.ea toilette. ■ [MéémHrf* de Maurepas, 1. 1, p. 6t. ) « On la crut eurpoisonnée ; il est aujourd'hui démontré qu'ils furent tués par les médecins, véritables assassina de ce temps où l'art de guérir était resté en arrière de tous les autres ; les saignées arrêtèrent l'éruption de la rougeole. Les deuils de leur fin ne laissent point de doute s cet égard. ■ ( Notice déjà citée. Insérée dans les Mélange» de te Société de* bibttop/Meê. )
> On Ht dans lea Lettre» Inédite* de Feuçuièrsi, Parti, Lelaua, 1840, t. IV, p. Î2'I : t Le jeu de M°™ de Honleapan est monté à un tel excès, que les pertes de cent mille escus sont communes. Le Jour de Noël elle perdoit sept cent mille escus; elle Joua sur trois cartes cent cinquante mille plstoles et lea gagna, et, à ce Jeu-la, on peut perdre ou gagner cinquante ou en liante fois en uu quart d'heure. * Nous voyons dans le Supplément aux Mémoire* de Bussy, 1734, p. 76, qu'en une nuit H»e de Montespan perdit quatre cent mille ptstulea contre la banque, et les regagna a la lin,
268 C0RRG3P0NDANCB
de ce genre : la jeune marquise de Béthune, sœur du duc de Cèvres, est heureusement accouchée d'un beau garçon ; mais comme elle avait été fort effrayée en voyant dans une église un mendiant auquel un cancer avait rongé toute la chair de la poitrine, il s'est trouvé que l'enfant avait sur la poitrine et sur la figure un mal comme une toile d'araignée. Il est mort après avoir été baptisé. On a cent exemples de ce genre, de sorte que je m'inquiète à l'égard de la princesse de Galles.
4 septembre 1116.
La guenipe n'a jamais pu pardonner au roi de ne l'avoir pas déclarée reine. Elle s'est donnée devant le roi d'Angleterre pour tellement pieuse et humble que la reine la prenait pour une sainte. La vieille guenipe sait bien que je suis une Allemande qui n'a pu, de sa vie, souffrir une mésalliance, et elle s'est figurée que c'était à cause de moi que le roi ne voulait pas déclarer son mariage : de là vient la haine qu'elle me porte. Tant que la reine a vécu, elle ne m'a point baïe; depuis la mort du roi et depuis que nous avons quitté Versailles, mon Sis n'a pas vu la guenipe un seul instant.
5 septembre I7IG.
La vieille guenipe n'a jamais permis que je me mélasse de quoi que ce fut, car elle ne voulait pas que j'eusse des motifs de causer avec le roi. Ce n'était pas une jalousie due à de l'amour, mais elle savait que je parle toujours avec sincérité, et que ne sais pas mettre un lien à ma bouche; elle craignait que je ne voulusse ouvrir les jeux du roi et lui montrer la conduite désordonnée de la dame : ce n'était pas mon intention.
DB MADAME LA DUCHESSE D*OElLÉANS. 360
8 •eplembre me.
Les maîtresses du feu roi n'ont pas terni sa gloire autant que sa vieille guenipe qu'il avait épousée; elle a attiré sur toute la France les plus grands malheurs. Elle a occasionné la persécution des réformés; elle a tait renchérir les grains et elle a causé la famine; elle a aidé les ministres à voler le roi ; elle est coupable de la mort du roi, à cause de tous les tracas qu'elle lui a donnés avec la Constitution ; elle a fait le mariage de mon fils et voulu mettre les bâtards sur le trône; en somme elle a tout ruiné et mis en confusion. Le roi aussi a souvent été mal servi par ses ministres'.
ISieptembre ma.
l'aï vu la première femme de chambre de la reine, la Beau vais; elle était borgne. Elle a vécu encore quelques années après mon arrivée en France. Elle est la première qui ait appris au roi comment il faut agir avec les dames; elle était bien au fait de la chose, car elle a mené une vie déréglée '.
' On ne les épargna pas dans les couplets alors à la mode. Une citation aufllra ( 1 896 ).
Le babillard chancelier.
Et le fada Pelletier, Croialy, le triale Pomponne, Sont l'appui de la couronne ; lamponi, lamponi, eamaradei, tampon.
Après quai Tient Barbeiieui,
rampons, lamponi, eamacadei, lamponi.
1 Tous les mémoires du temps, dît H. de Laborde, toutes les
20 sepiwDhro ma.
La fausseté passe ici pour de l'habileté et la franchise pour de la niaiserie. Je ne suis ni rusée ni adroite, et j'ai souvent entendu dire ; vous êtes trop d'une pièce.
î! septembre 1716.
Je vous dirai franchement pourquoi je ne veux me tnéler de rien;, je suis vieille; j'ai besoin de me reposer et ne me soude point de me tourmenter; je ne veux point entreprendre ce que je ne serai pas en mesure de mener à bien; je n'ai point appris à gouverner; je n'entends rien à la politique ni aux affaires de l'État, et je suis beaucoup trop âgée pour apprendre des choses aussi difficiles. Mon fils a, grâce à Dieu, assez de capacité pour mener les choses sans moi; d'ailleurs, j'exciterais trop la jalousie de sa femme et de sa fille aînée qu'il, aime mieux que moi ; il en résulterait des querelles perpétuelles, et c'est ce qui ne me convient nullement. On m'a bien tourmentée, mais j'ai tenu ferme; j'ai dit que je voulais donner un bon exemple, à la femme et à la fille de mon fils; ce royaume a, pour son malheur, été trop gouverné par des femmes jeunes ou vieilles. 11 est temps qu'on laisse les hommes me-
blslolres de France, ont fait honneur à la dame de Beauvals du
premier amour de Louis XIV. Elle était borgne et sans beauté, mal» elle avait une propreté excessive et un tempérament de feu, ce qui nous explique, et le nombre de ses amants, et la violente effrénée de ses amours. La Bruyère fait allusion, sous le nom d'Ergaste, au baron de Beauvals, son fils. Un passage de l'agenda du cardinal Malaria, 1G1U, montre qu'il était fort prévenu contre elle. EilelutdiS^auéeiwmuntiinëuituil. [Attu&irei de Monglal. J
ILEA.3S. 871
ner les affaires; j'ai donc pris le parti (le no me mêler de rien. En Angleterre, les femmes peuvent régner, mais en France, pour que les choses aillent bien, il faut que le» homme» seuls gouvernent. Quel avantage y aurait-il pour moi à me tourmenter nuit et jour! Je ne demande que la paix et le repos. Tous tes miens sont morts; pour qui irai-je me mettre en peineT Ma vie est presque terminée; il m'en reste seulement assez pour pouvoir m'apprèter à mourir tranquille, et il est difficile dans les grandes affaires publiques de conserver une conscience paisible.
14 wplembre 1716.
Je suis née à Heidelberg au mois de septembre ( 1 652). Lorsque je peux, par ma recommandation, aider de pauvres gens auprès des conseils qui décident ici les affaires, je m'y emploie de toat cœur ; si cela réussit, j'en suis bien aise; sinon je pense que telle était la volonté de Dieu, et je suis contente.
15 septembre ] 7 1 0.
Si la duchesse de Berri n'était pas ma petite-fille, j'aurais toutes, tes raisons du monde d'être contente (Telle, car elle vil fort poliment avec moi; je ne veux pas en dire davantage..,. Elle a pour résidence de veuve le château d'Àmboise.... Elle sait fort bien la musique qu'elle a étudiée & fond; sa voix n'est pas forte mais agréable, et elle chante avec beaucoup de justesse.
S oclobra 1718.
Le feu roi n'a jamais pensé que son testament fût maintenu. Il a dit à plusieurs personnes : < On m'a
fait écrire mon testament et plusieurs choses; je l'ai fait pour avoir du repos, maïs je sais bien que cela no subsistera pas. *
1* octobre 1716-
Les moines de Saint-Mihiel ont en original les Mémoires du cardinal de Retz ' et les ont fait imprimer. On les vend à Nancy. 11 manque beaucoup de choses dans cette édition ; mais il y a à Paris une dame, nom- ' mée M" de Caumartin, qui a ces mémoires en manuscrit sans qu'il y manque un mot , mais elle s'entête à ne pas les laisser voir, de sorte qu'on ne peut compléter L'ouvrage.
16 octobre 1716.
Quand un ambassadeur fait son entrée à Paris, il en fait quelques jours à l'avance prévenir l'introducteur des ambassadeurs, et on envoie lui faire les compliments ordinaires. On envoie aux ambassadeurs des rois le chevalier d'honneur; à ceux de Venise et de Hollande le premier écuyer, et s'il est malade ou rr>
1 La première édition des Mémoires du cardinal de Reti, Nancy, 1TI1, 8 vol. ln-12, présente en effet des lacunes nombreux» qui n'ont élé remplies dans aucune des nombreuses réimpressions qnt se sont succédé Jusqu'en 1 836. Le texte fut alors établi d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale, et publié dans la Collection du Mémoires pour servir à l'histoire de France éditée par MM. Mlchaud et Poujouht, 3e série, t. 1. C'est aussi d'après ces manuscrits qu'a été donnée l'édition complète de Paris, 181!, ! vol. in-18. Mous n'avons point a irons occuper ici de ce personnage célèbre ; nous renverrons aux JSeeherches historiques sur le cardinal de Rets, par M. MuSMt- Patliav, i80T,in-8, ainsi qu'àdcui articles de M. Sointc-BcuïC, Causeries du lundi.
DE MADAME LA DUCHESSE n'oKLÉANS. 273
tenu par quelque autre circonstance, le premier maître d'hôtel ; c'est aussi celui qu'on envoie à l'ambassadeur de Halte.
19 octobre 1116.
Il n'est pas étonnant que le feu roi et Monsieur aient été élevés dans l'ignorance. Le cardinal Mazarin voulait régner; s'il avait fait instruire les deux princes, on ne l'aurait plus ni estimé, ni employé ; voilà ce qu'il voulait prévenir : il avait l'espoir de vivre plus longtemps qu'il n'a fait. La reine-mère trouvait bon tout ce que le cardinal faisait ; il lui convenait d'ailleurs aussi qu'on eût besoin de ce prélat. C'est un miracle que le roi ait pu devenir ce qu'il a été '.
1 Des libellâtes répandirent en effet la bruit que le cardinal laissait le jeune rot dans l'ignorance. Suu» citeront le témoignage de l'on d'entre eux, d'après H. de Laborde : le chanoine Claude Jolj, grand-chantre de Notre-Dame, avait des prétentions à la place de précepteur du roi ; Il écrivit un TOlume de Mt pages pour prouver qu'on avait eu tort de ne pas lui confier ce* Importante! fondions : « Il n'a pas esté difficile au cardinal Haiarln, encore qu'il lût mal habile homme en toutes choses, hormis l'art InfAme de fonrber, d'imiter en cela ces corrupteurs da princes qui l'ont précédé. • (Préface du Accueil de ixaximei véritable* et importante» pour l'intfltution du roi contre la faune et pernicieuse politique du cardinal Ma- *wfo.)
Les calomnies de la Fronde reprirent cours * la fin du règne de Lotus XIV. On Ht dans le Bretiarum poltticum lecundnm rubricaa Mazarinas: ■ Le cardinal voulait régner tout seul,
* c'est pourquoi 11 l'a lait aussi mal élever que prince le pût ■ astre. ■
H. de Laborde combat l'opinion de M. Barrière, qui a écrit dans les H^oires de Briennef/feiairciMmmi», t. I, p. 3»0):
* Louis XIV fut élevé peut-titre avec plus de négligence encore
* que ne l'avait été ion père. 11 semblait que Hasarln eut pris
S74 COBRESKMUUJICE
23 octobre 1116, Mon fils avait un sous-gouverneur qui lui a donné l'abbé Dubois, qui est un homme fort instruit ; il comptait l'éloigner de mon Ois aussitôt que celui-ci aurait terminé ses études, et il ne voulait pas qu'il fût un seul instant auprès de mon fils, si ce n'est à l'heure des études; mais le pauvre homme ne put exécuter son projet, car il fut atteint d'une forte colique dont, pour mon malheur, il mourut en quelques heures1. L'abbé se présenta alors ; on n'avait aucun autre précepteur sous la main ; il resta donc auprès de mon fils, et il pouvait si bien s'exprimer comme un honnête homme que je l'ai regardé comme tel jusqu'au mariage de mon fils; c'est alors que j'ai découvert toutes ses fourberies... Si cet abbé était aussi bon chrétien qu'il est habile, ce serait un homme excellent, mais il ne croit à rien et cela fait de lui un homme faux et scélérat. Il est instruit, ce n'est pas douteux, et il a donné de l'instruction à mon fils; mais j'aimerais bien mieux qu'il ne l'eût jamais vu; alors ce malheureux, mariage, que je déplore encore, n'aurait pas eu lieu. Excepté
■ à tâche de laiiaerwn esprit tans cnltora, et d'éteindre toute* • les dispositions généreuses qu'il avait reçues du ciel. >
Cette assertion n'est fondée que iur tes ridicules Mémoire* de LaPuite; ils ont pourtant induit en erreur M. Mlgnel,
1 Saiut-feiniuu en pmle ;il le nommait Saint-Laurent, • bomow de peu, eoiuv introducteur daa ambassadeur» «dm Monsieur, l'homme de son siècle le plus' propre a élever un prise» et à former un grand roi... ■ Pour geurerneni de son nercu, le roi nomma Cajeui, bran et très-Jionnéto gnnttt beosme , gui buvait bien et ne savait rien au deli. ( Mémiiret, l 1, p. 41 , et H» P.Ï9.)
DE MADAME LA DUCHËSSB n'oRLÉANS. 275
l'abbé Dubois, il n'y a aucun prêtre qui soit en faveur auprès de mon fils.
Î5 octobre 1718.
Le bon roi était vieux, il voulait du repos et ne pouvait en obtenir; il faisait alors ce que voulait sa vieille guenipe la Maintenon; ee moyen était employé souvent, car la vieille, qui est une sorcière rusée, avait observé qu'on le faisait ainsi céder, et elle en profitait.
H*" de Montespan avait pour maxime que les rois ne devaient pas aimer leurs parents à la bourgeoise, et elle avait voulu inculper ee principe au roi, afin qu'il eût plus d'attachement pour elle et- pour le* bâtards que pour nous. La vieille guenipe avait encore renchéri là-dessus au point qu'il n'y avait que ses amis et ses créatures qui pussent être en grâce et en faveur.
SSotfobrc il lé.
le taquine souvent M™* de Berri, et je lui dis qu'elle se figure qu'elle aime la chasse, mais qu'au fond elle aime seulement à changer de place ; elle ne se soucieque de la lin delà chasse, et elle aime mieux celle au sanglier que celle du cerf, parce qu'elle y trouve l'occasion de manger de bons boudins et des saucisses... Elle ae divertit tant qu'elle peut : un jour elle chasse, un autre elle se promène, un troisième elle va à la foire, quelquefois elle se rend aux danseurs de corde ou bien à la comédie et parfois à l'Opéra, mais toujours en écharpe et sans corps.
29oclobre 1716.
Nous avons eu peu de reines en France qui aient été entièrement heureuses. Marie de Médicis est morte en
exil. La mère du roi et de Monsieur a été malheureuse tant que son mari a vécu. Notre reine, Marie- Thérèse, a dit à son lit de mort que dans toute sa vie, depuis qu'elle était reine, elle n'avait eu qu'un jour de véritable contentement.
L'électeur de Bavière m'a souvent Tait faire bien du mauvais sang, car il faisait ici les choses les plus sottes ; par exemple, il allait jouer et manger chez M. d'Antin, et il prétendait qu'il ne pouvait se mettre à table avec aucun des enfants de sa sœur, tandis qu'un souverain, sans être électeur, pouvait manger avec M"" la Dauphine et avec moi. S'il l'avait demandé, cela aurait eu lieu; mais il s'est contenté de manger chez d'Antin ou de Torcy avec des dames de la table du roi. Cela me donne encore de l'impatience quand j'y songe. Le roi riait de bon cœur de ma colère, et lorsque cet électeur avait fait- quelque nouvelle bévue, il m'appelait dans son cabinet et me disait : ■ Que dites-vous de cela, Madame? > Je répondais : < Tout est chez cet électeur de même parure. » Elle roi riait de tout son cœur '.
1 L'alliance que ce prince, dépourvu de laleofs, conclut avec li France pendant la guerre de la Succession, lui détint funeste, et le» chansonniers exercèrent leur malice 4 cet égard. Voici quelques passages que noue croyons inédits.
L'amitié du rai trèi-chretien
L* grand purécbtl Jt Tallard
6 novembre 111G.
Autrefois on ne prenait jamais ici le deuil pour des enfants au-dessous de six ans, mais M. le duc du Haine ayant perdu une petite tille d'un an, la vieille guenipe nous fit donner ordre par le roi de prendre Ions le deuil, et depuis on le prend pour les enfants d'un an.
A V. DE HARL1NG,
0 novembre nie.
Lorsque les gens ont vécu comme H. Leibnitz et ont mené une conduite telle que II. Harling me représente la sienne, je ne puis croire qu'il ait eu besoin d'avoir des prêtres autour de lui ; ils ne pouvaient rien lui apprendre, car il en savait plus qu'eux tous. Une habitude ne forme pas une véritable crainte de Dieu, et la communion, considérée comme le résultat de l'habitude* n'a aucune valeur morale, si le cœur est dépourvu de sentiments louables. Je ne doute pas du
Lu fa ri don daine, Il faridondos, El sui confédéré» aussi ,
Hribi, A U façun de Barbaii, Baiière n'eil point drni l'erreur De le joindre & la France,
tout du salut de M. Leibnitz, et je trouve qu'il a été heureux de ue pas avoir eu à souffrir longtemps. 10 novembre 1716.
Quand mon fils a reproché tout doucement à la Maintenon qu'elle le décriait, et l'a engagée à rentrer dans sa conscience, puisqu'elle savait que ce qu'elle disait était des méchancetés, elle a répliqué : « J'ai répandu ce bruit parce que l'ai cru. * Mon fils lui a répondu : « Non, vous ne pouviez pas le croire, sachant le contraire. > Là-dessus elle a répondu avec insolence, et j'admirais la patience de mon fils : ■ Est-ce que la Dauphine n'est pas morte? — Ne pouvait-elle pas mourir sans moi? repartit mon fils; était-elle donc immortelle? > Elle répliqua : « J'ai été si au désespoir de cette perte, que je m'en suis prise ù celui qu'on me disait en être la cause. » Mon fils lui dit : « Mais, Madame, vous savez le compte qu'on a rendu au roi; que ce n'est pas moi, et que M"* la Dauphine n'a point été empoisonnée du tout — 11 est vrai, répliqua-t-elle, je n'en dirai plus rien '. >
10 novembre 1710.
Le feu roi me raconta une histoire au sujet de la reine de Suède, Christine; elle ne mettait jamais de coiffe de nuit, mais elle s'entourait la tête avec une serviette. Une fois qu'elle ne pouvait dormir, elle fit faire de la musique auprès de son lit. Comme le concert était de son goût, elle avança soudain la tête hors
1 Fagon, premier médecin dn roi par la «Mit de M"« de-lfalntenon, avait dit au roi que la cause de la mort de la Dauphine
était le poison {Mémoires de Saint-Simon),
DE MADAME U DCCflESSE D'ORLÉAKS. 379
de ses rideaux et s'écria : « Mort diable ! qu'ils chantent bien. > Les castrats elles Italiens» qui ne sont pas des plus braves , furent tellement épouvantes à l'aspect de celle étrange figure qu'ils demeurèrent muets, et il fallut que la musique cessât. On voit encore à Fontainebleau, dans la grande salle, le sang de l'homme qu'elle a fait massacrer. Elle ne voulait pas que tout ce qu'il savait sur son compte vint à être connu, et elle pensait que les choses se divulgueraient ai elle ne lui faisait pas oter la vie. Il avait déjà commencé à jaser pw jalousie, car un autre était venu le supplanter dans ses bonnes grâces. Elle était très-vindicative et livrée à toutes sortes de débauches, même avec les femmes. $i elle n'avait pas eu autant d'esprit, personne n'aurait pu la souffrir. Elle était redevable de ses vices à des Français, et surtout au vieux Bourdelot, qui avait été médecin du grand Condé, et qui l'a fortifiée dans tous ses dérèglements. Elle pouvait parler de. choses que les plus grands débauchés seuls peuvent imaginer. Elle a forcé M°" de Brégy à des turpitudes, et celle-ci n'a pu se défendre.. On a regardé cette reine comme une hermaphrodite. Les Français qui étaient avec elle à Stockholm étaient des gens fort dépravés; ce sont eux qui l'ont amenée à tous ces désordres. Le duc Frédéric- Auguste de Brunswick était charmé do Christine ; il disait que de ta vie il n'avait trouvé aucune femme qui eût autant d'esprit et qui fût aussi agréable et aussi divertissante ; il ne trouvait jamais le temps long auprès d'elle. Je lui dis que j'avais entendu dire qu'elle parlait de la façon la plus licencieuse; il répondit que c'était vrai, mais qu'elle
savait si bien arranger les choses qu'elles n'inspiraient pas de dégoût1. Cette reine rie pouvait plaire aux femmes, car elle les méprisait toutes en général.
10 novembre 1116.
Notre reine était de la plus grande niaiserie ', mais la meilleure femme et la plus vertueuse du monde, qui avait de la grandeur el savait bien tenir une cour. Elle croyait tout ce que le roi lui disait , le bon et le mauvais. Elle avait de vilaines dents noires et galbes. On prétend que cela venait de ce qu'elle prenait tou-
' Leg Mémolrt* de H»" de MoltevIUe représentent Christine comme elle rat toujours, ridicule dans son accoutrement, Indéoente dans ion maintien, libre dans ses manières, dans aea gestes, dans se» discours. Cependant m™ de Sfotteville ne raconte rien d'aussi fort que ce qu'a rapport é Brienne ( Mémoire*, 1838, t. II, p. 243), On ne sait ce qui doit surprendre le plus, on de l'effronterie de, Christine qui tenait un pareil langage A la reine devant les damea de la cour , on de l'indulgence extrême do la duchesse de Longuetllle qui, dévote et janséniste, souffre cependant que Brienne lui redise ces étranges paroles, et qui en rit aux éclats.
Amelot de la Houssave s'exprime ainsi dans ses Mémoires (t. II, p. 351):
a Bourdelot et le chirurgien Soreau ont fait leur fortune itm la reine Christine en sauvant les apparences de sa virginité par des remèdes abortifs. «On peut consulter, mais avec précaution, dem écrits publiée en Hollande : Histoire de la rie de la règne Christine, 1667, et Recueil de quelque! pièces curieuse* servant à l'esclaircissemcnt de l'Histoire de la règne Christine,-
* Marie-Thérèse ne mettait pas l'orthographe , comme le montre on billet Inséré dans V Histoire de Colbert, par M. Clément, p. îao. Du reste, cette Ignorance ou cette négligence était alors chose générale. Saint-Simon mentionne « ht bétlse et l'étrange langage de la relue. »
DE NADAMR LA DUCHRSSK D'uRLÉABS. 381
jours du chocolat; souvent elle mangeait aussi beaucoup d'ail. Elle était grosse et petite, et avait une belle " peau blanche. Quand elle ne marchait ni ne dansait, elle paraissait assez grande. Elle mangeait fréquerament et longtemps, mais c'étaient de petits morceaux, comme si c'eut élu pour un petit serin. Elle ne pouvait renier son pays; elle avait beaucoup de manières espagnoles. Elle aimait le jeu outre mesure ; elle jouait la bassclte, le rêverai et l'ombre, et quelquefois la petite prime ; mais jamais ellene gagnait , parce qu'elle n'avait pu apprendre à bien jouer.
11 nOTembra nie.
M. le Dauphin (le fils de Louis XIV) n'a jamais rien véritablement aimé ni haï, mais il était méchant ; son plus grand plaisir était de faire de la peine aux gens; lorsqu'il avait quelque pièce à faire à quelqu'un, U commençait à le traiter avec bonne grâce. 11 a été en tout le caractère le plus inconcevable qu'on puisse miaginer. Lorsqu'on s'imaginait qu'il était en colère, on le trouvait souvent de fort bonne humeur; lorsqu'on le croyait fâché, il se montrait content ; jamais on no devinait juste.
13 novembre 1T10.
L'abbé Dubois agit comme s'il' croyait que lui et moi nous sommes parfaitement d'accord, et quelque chose de désagréable que je puisse lui dire, il tourne tout en plaisanterie... Je lui rends justice; il a beaucoup de capacité, il parle bien et il est do bonne compagnie, mais il est faux et intéressé comme le diable; il ressemble à un jeune renard, sa fausseté se voit dans ses yeux,
'ih.
282 CORHESPQNDÀ.NCE
11 novembre 17 ta.
Il y a bien dea années que le bruit courait à Saint Cloud que l'esprit de feu Madame se montrait auprès d'une fontaine où elle s'était assise dans les grandes chaleurs ; car cet endroit est très-frais. Un soir, un laquais du maréchal Clérambault étant allé puiser de l'eau à la fontaine, vit quelque chose de blanc sans visage; ce fantôme, qui était assis, se leva au double de sa hauteur ; le pauvre laquais s'enfuit tout saisi d'effroi ; il assura, en rentrant, avoir vu Madame, tomba malade et mourut. L'officier qui était alors capitaine du château, s'imaginant bien qu'il y avait quelque chose là-dessous, se rendit quelques jours après à la fontaine, et voyant marcher le fantôme, il le menaça de lui donner cent coups de bâton, s'il n'avouait ce qu'il était. Le fantôme dit : « Ah ! monsieur de Lastéra, ne me faites point de mal, je suis la pauvre Miilipinette. > C'était une vieille du village, âgée de soixante-dix-sept ans, n'ayant plus une seule dent dans la bouche, les yeux malades et bordés de rouge, une grande bouche, un gros nez ; en somme elle était hideuse. On voulut la conduire en prison, j'intercédai pour elle. Comme elle vint pour me remercier, je lui dis : Quelle rage vous tient de faire le fantôme au lieu de vous aller coucher? Elle répondit en riant : Je ne puis avoir regret à ce que j'ai fait; à mon âge on dort peu; il faut bien avoir quelques petites choses pour réveiller l'esprit. Tout ce que j'ai fait dans ma jeunesse nem'a pas laiit,iéjouieuue défaire le fantôme. J'étais bien sûre que ceux qui n'auraient pas peur de mon drap blanc auraient peur de
mon visage. Les poltrons faisaient tant de grimaces que j'en mourais de rire. Ce plaisir nocturne me payait de la peine d'avoir porté la botte toute la journée.
19 novembre 1716.
Si mon lits a un œil malade, cela vient de l'accident qu'il a éprouvé lorsqu'il n'avait que quatre ans1. De près il y voit bien et peut lire les écritures les plus fines; mais à la distance de la moitié de longueur d'une chambre, il ne peut reconnaître personne s'il n'a pas de lunettes.
30 novembre 1710.
H"" d'Orléans se farde outre mesure avec du rouge
d'Espagne; nous la taquinons souvent à ce sujet; elle ne fait qu'en rire... Elle met. beaucoup de temps a manger, à se mouvoir, à tout ce qu'elle fait... Elle est fort superstitieuse; il y a quelques années, une religieuse vint à mourir à Fontevreaux, M™0 de Boitar; Quand M"1* d'Orléans perd quelque chose, elle promet des prières à cette religieuse pour la retirer du feu du purgatoire , et elle se figure ensuite qu'elle ne peut manquer de retrouver ce qu'elle a égaré.
31 novembre 1710.
L'électeur de Bavière avait avec lui son maréchal,
le comte d'Arco, frère de celui qui a été marié d'une façon si étrange à la Popel, maîtresse de L'électeur1 et
1 En 1676, le due de Chartre» tut malade; 1« rot en pleura, Monsieur fut au déieupotr, et Madime tira L'épéc du chevalier de llcuvron pour se tuer. (Buesy-RtiUrlin.)
■ .Saint-Simon, t. X.W1I, p. 1 13. parle de M™ d'Arco ; elle mourut a P«rii, « où elle donnuit à jouer but qu'elle pouvait. »
284 CORRESPÛNDÀNCB
mère du chevalier de Bavière ; il n'a jamais pu se trouver seul avec elle. Ce maréchal était aussi distingué que son frère était nigaud ; il était désespéré de ce que le prince jouait un râle aussi ridicule et misérable ; le pauvre homme venait me trouver et me raconter ses chagrins; quand les choses allaient un peu mieux , il venait aussi m'en rendre compte, mais je crois qu'on lui a défendu ensuite de me rendre visite, car je ne l'ai plus revu jusqu'à sa mort. Aucun de tous les personnages de la suite de l'électeur' ne sont plus venus me voir ; je pense qu'on leur avait donné des ordres h cet égard. Toutes les, manigances de cet électeur ne plaisaient pas du tout au roi ; il me disait : « Que ditesvous de cela? l'approuvez-vous? > Je répondais en me fâchant que c'était la chose la plus ridicule du monde, et le roi riait de tout son cœur. L'électeur faisait si grand cas des grisettes que, lorsque le ioi donna des noms aux avenues dans la forêt, il voulait à toutes forces qu'il y eût l'allée des Grisettes, ce que le roi ne jugea pas h propos. 1) a laissé de sa race dans' les villages. On m'a montré deux tilles qu'il avait laissées enceintes en parlant,
I" décembre 1716.
Le jeune roi a des ycus noirs comme du jais, et co qu'on peut appeler un beau regard; ses yeux sont bien plus doux qu'il ne l'est en effet, car il a une petite tète violente. Il a déjà une vanité effroyable, et il sait fort bien ce que c'est que le respect.
a décembre 1716.
Mon iils prétend que sa fille n'a aucun pouvoir
bot lai. Il était enchanté de commander l'armée d'Espagne; aussi tout a été de son goût dans ce pays; cela lui a valu la haine de In princesse des Ursins, qui a craint que mon fils ne fit tort à son autorité , et qu'il ne gagnât plus qu'elle la confiance des Espagnols. Pari», 11 décembre 1716,
On dit que la princesse de Galles a été au moment de périr, parce que l'accoucheur anglais s'opposait à ce qu'une sage-femme allemande approchât de la princesse, et pendant ce débat, sa vie courait les plus grands dangers. Je voudrais savoir si cela est vrai.
Pari», 15 décembre me.
On dit qu'une dame d'honneur de la reine d'Angleterre, une veuve, se trouve enceinte du fait du prince de Galles ; je vous prie , ma chère Louise , de me dire si c'est vrai ou non. Si la chose est vraie, je' plains de tout mon cœur la princesse. Quoiqu'elle ne se soit jamais montrée jalouse , un pareil éclat, dans sa propre maison, ne peut lui convenir. Tous ces Anglais- sont des cerveaux étranges, et je regretterais infiniment qu'il survint quelque chose de désagréable à la princesse. On a bien raison de dire que des catins ne vient jamais rien de bon '.
lSdiecmbra nie.
Ce bossu de Fagon', favori de la vieille guenipe,
1 Von Uuren kompt nie nichtt gutts. Proverbe allemand que nous reproduisons avec, l'orthographe île la ilucheaae.
* Mort en 1693, à Tige de quatre-vingts ans. 11 avait AU nommé on 1672 premier médecin de Louis XIV;
286 C01U1EBP0KDAKCE
disait que ce qui lui déplaisait dans le christianisme, c'était de ne pouvoir élèverai* Uaintenon un temple et un autel afin de l'adorer '.
M décembre 1718..
Le roi était galant, mais souvent débauché; tout lui était bon, pourvu que ce fussent des femmes; paysannes, filles de jardiniers ', femmes de chambre, dames de qualité, pourvu qu'elles fissent seulement semblant d'être amoureuses de lui.
* Bien avant m loute-pulasanee , elle avait des flatteurs. L'homme la pins caustique de l'époque écrivait ; > Je «al» la a générosité de Mme Scarron, ton honnêteté et sa vertu, et je ■ suis persuadé qne la corruption de la cour ne la gâtera jab mail, m Lettre de Bussy à M™« de Séïigné , datée de Paria, 13 décembre 1613, publiée par M. Lud. Lalanne, Bibliothèque de VÉcole des chartes, 3* série, t. IV, p. 157.
* Voir les Mémoires de Saint-Simon, 1. 1, ch. nv, les Aventure» da d'Assouey, l. Il, etc., an sujet d'une jardinière, modeste mère du premier et du moini exigeant des bâtards de Louis XIV, Benserade se permit de reprocher au roi ses ardeurs fougueuses avec une franchise dont Louis ne lui sut pas mauvais gré; le poète plaça les vers suivants dans le Ballet des Plaisirs, datuépar Sa Majesté le *• jour de/ebetier 1055; lia sont adresses au roi représentant un débauché ;
Util d'en laer comme «U, El de courir par-ci par-là, Sani moi inciter a quelqu'un*.
Que ton! vous mit bon, tout égal, La blonde autant comme la brune ; Ah ! Sire, c'est un tort grand mal.
Velr aussi La Beaumelle, Mémoires pour ternir à l'histoire de M™ de. Maintenon, 1755, t. ], p. 2 1 7 . Citons aussi quelque* lignes qne nous empruntons à une curieuse dissertation de H. Paul Lacroix) Concordance de l'état sanitaire de Louis X1¥ avec lu événements dt son règne ( Dissertation sur quelque* points curieux die ïbiitoira de France, u" VI, 1 898). ■ Louis XIV
UE MADAME LA l)UCH«SSH D'oitLKANS. 287
30 décembre Il 10.
Sans la vieille giienipe, le duc de Bcrrl ent été bossu comme les autres jeunes princes à qui le duc de Beauvilliers avait fait porter des croix de fer... Le carac- ■ 1ère du duc de Berri a changé tout d'un coup; on dit qu'il lui est arrivé ce qui arrive à beaucoup d'enfants de Paris qui montrent beaucoup d'esprit dans leur jeunesse, et qui deviennent ensuite slupides.
1 junte ITI71
La vieille Beauvais, première femme de chambre de
la reine-mère, était dans le secret de ion mariage
avec le cardinal Maitrin ; cela obligeait la reine à
pister par tout ce que voulait cette femme ' ; de là est
mit dan* le sang une ècreté qui se révéla dès «a naissance par to gâta et des érjsIpHes, «ans qne les médecin* parvinssent h détruira ce principe d'éruption cutanée. C'était là eerUtnemeni nns des cause» organiques de son caractère orgueilleux, obstiné, tapote. Irritable) c'était là aussi te foyer de ne* amours. Il Tant le dire, en démandant pardon de celte hypothèse triviale atn dames et a la dignité de l'htitoire, al l/iuis XIV ne fut pas venu an monde couvert de gale, et s'il n'eut pet tari le lait d'un timbre infini de nourrices, Il aurait Imité un père qui lirai! avee des pincettes un billet doux caché dans la gorge de M1»* de îlautefort, et lea noms de Manrinl, de La Taillera, de Xtetteipan, tte Fontanges et de taal d'autres 11'éreJUeraierU aucun souvenir de galanterie et de libertinage, r
' • C'étoit une femme avec qui les plus grands ont longtemps compté, et qui, tonte vieille, hideuse et borg net se qu'elle était devenue, a, de temps en temps, continu' de paraître à la coor, en grand habit , comme une dame, el d'y être traitée avecdiBliïK'iion Jusqu'à sa mort, -{yotada Journal de Dangtau.) La reine l'aimait fort et ne l'appelait que Calant ; ello-ne manquait ni d'esprit, ni d'expérience. 1* marquis de n dielleu épousa par amour sa fille, et, * la rccnm'naulinlion de .lu rclne-merc, lo roi
388 CJBRESPOXDANCC
venu que lea premières femmes de chambre de ce pays-ci ont tant de droits dans nos appartements.
13 janvier 1111.
Un gentilhomme du Palatinat qui avait longtemps servi dans les Indes racontait que, dans une des cours de ce pays-là, le premier ministre et le garde des sceaux avaient l'un contre l'autre une haine effroyable; un jour, ce dernier voulant se servir des sceaux, ne les trouva plus dans la cassette. It fut. saisi d'effroi, car sa Vie et sa tète étaient fort compromises. 11 alla trouver un ami qui lui était dévoue et lui demanda ce qu'il y avait à faire en cette circonstance. L'ami lui demanda s'il avait des ennemis à la cour : « Oui, répondit le garde des sceaux, le premier ministre est mon ennemi acharné. Tant mieux ! dit l'ami ; allez vite mettre le feu à votre maison , ne prenez que la cassette où sont renfermés les sceaux, remettez-la vite au premier ministre; elle ne peut être déposée en meilleures mains. Retournez ensuite chez vous afin de sauver ce que vous pourrez. Quand l'incendie sera Uni, allez chez le roi et priez-le d'ordonner au premier ministre de vous remettre les sceaux ; faites que la chose ait lieu en présence du roi ; si les sceaux se retrouvent dans la cassette, tout est au mieux ; s'ils n'y
lai donna la capitainerie de Saint-Germain ( Mémoire* de Chois; ). On lit dans lea Lettre» de Gui-Patin : * La marquise de Richelieu est fille de H"» de Bea avais, première femme de chambre de la reine; on dit que le pire de cette madame de IJeauraia et oit on Tripier de la halle ; d'autres disent encore moins que fripier, mais seulement crocueteur ■ { Lettre du t nui 1GC3, t. Itl, p. 433).
sut pas, prenez-vous en au ministre, accusez-le de les avoir volés; vous perdrez ainsi votre ennemi et vous recouvrez les sceaux. » C'est ce qui est arrivé en effet, et les sceaux se sont retrouvés.
15 Juriar 1117.
Aussitôt qu'un enfant du roi vient au monde, il se nomme Enfant de France ; on l'emmaillotte et on lui met au cou le cordon (de l'ordre du Saint-Esprit) ; mais il n'est fait chevalier de l'ordre qu'après sa première communion , et cela a lieu avec les cérémonies habituelles.
16 JuiTiar 1117.
Il ne peut y avoir dans le monde entier de mains plus vilaines que les miennes. Le roi me l'a souvent reproché et m'a fait rire de bon cœur; comme je n'ai jamais de ma vie pu me vanter d'avoir quelque chose de joli, j'ai pris le parti de rire moi-même de ma laideur, et cela m'a réussi , car j'ai souvent trouvé des sujets de rire.
I8]anlarl7t1.
Le roi d'Espagne est un bon et paisible personnage; il parle peu et il aime extrêmement sa femme; il lui
laisse tous les soucis et il ne se tracasse de rien 11
est dévot ; mais s'il ne l'était pas, il serait fort débauché, car il ne peut se passer de femmes ; voilà pourquoi il aime si fort toutes ses épouses. Ce bon roi n'est pas assez délicat pour faire des différences; pourvu qu'il ait une femme daus son lit, tout lui est bon. UjintlerlTll.
Tant que le roi a été jeune, toutes les femmes ont
290 COPmÉSPONDAltCE
coufn âpre» laij mais 1) 8 renoncé h ce genre de vie quand il S'est imaginé qu'il était devenu dévot. Le véritable Motif éMt que la vieille sorcière le surveillait si bien qu'il n'osait plus regarder personne ' . Elle le
1 Lés libeWRes et les chansonnière continuèrent de prétendre ose, dans, sa vieillesse, le roi se livrait i la galanterie. Lea recueils manuscrits renferment, sous la date de 1710, une chanson qui ireie reproduite dans le Nouveau SUcte de IMU XIV, t. rï, p. ïfl.
CUMIo» If! exploita iosm
IM nuire inïiBcïhla LOaîl,
Qui, septuagénaire,
frm pîrtca, M mt Eh bien!
Ce trait, relatif s Mme de Cavius, est une calomnia stupide. tin sonnet de la même époque fait aussi allusion aux prélenddes amours du roi.
Otseï Joats, ennemis, d'idaulter ma permute : Si voua ne nrpinei su métier de Belloie, Je voua surpaaie Mua ta métier de Venue.
En 1698 on avait publié en Hollande les Amours de Louis le Grand el de mademoiselle du Trou, comédie satirique où Mme je Malntenon est vivement attaquée. Celte pièce, réimprimée plus tard avec des augmentations, a reparu dans les Mélanges Ae Boisjourilain, 1. 1, p. 74-lîï.
dégoûta Misai de tout le monde pour l'avoir et le gouverner toute seule, et cela bous prétexte de prendre soin de son âme.
■DM*!" "I*.
J'ai entendu raconter qu'en Angleterre on regardait mon oncle, le feu prince Rupert ', comme un grand sorcier, et un gros chien noir qui l'accompagnait pour le dîabie- Quand il vint à l'armée et qu'il marcha à l'ennemi, des régiments entieis s'enfuyaient devant lui à cause de cela.
1 Orrler IT1T.
Quoique fea Monsieur ait beaucoup reçu de moi , j'ai été obligée de tout lui céder : bijoux, menblM, tableaux, enfin tout ce qui m'est venu de ma famille; jfn'avals pas autrefois les moyens de vivre selon mon rang et de soutenir ma maison, qui est fort considérable... On m'a maltraitée; mais c'est un peu la fauta de U princesse Palatine, qui a si oui fait dresser mon
contrat de mariage
Tontes les madames ont des pensions du roi ; mais somme elles sent établies sur l'ancien pied, cela ne donne pas les moyens d'arriver au bout de l'année,
& férrler 1717.
Des femmes do chancelier n'ont ici le tabouret que
• RU Un Frédéric, élactsur palatin, et d'flltabeln, Alla aînée da Jacques l'r. U défendit aiee beaucoup de rigueur. M de lalent la «ou de Charlei !■», et mourut en isia. Il l'oeraps auldament d'oipériences de «bunle et de physique, *imi que de la . pratique des art* méeuunui. On lui doit pl&slwin invention* importantes.
le matin, lorsqu'elles viennent à la toilette; le soir, elles doivent se tenir debout ; cela vient de ce que, du temps de la reine Marie de Mcdieis, il y avait une chancelière qui était en grande faveur; mais elle avait de mauvaises jambes et ne pouvait se tenir debout; la reine la faisait venir tous les matins et lui permettait de s'asseoir ; depuis, cet usage s'est maintenu.
0 terrier nn.
Le marquis de Villequier, fils du duc d'Aumont, Ht il y a quelques jours une visite à la marquise de Nesle. 11 vint dans la tête de celle-ci de lui demander s'il était vrai qu'il était amoureux de sa femme. Villequier répondit : « Je n'en suis pas amoureux ; je la vois même fort peu ; nos humeurs diffèrent beaucoup : elle est sérieuse, et moi j'aime la gaieté et les plaisirs. Je l'aime d'une amitié fondée sur l'estime, car c'est une des plus honnêtes femmes de France. » Madame de Nesle à laquelle on ne peut donner pareils éloges, crut que le marquis voulait lui faire un auront, et s'en plaignît & M. le Duc, qui lui promit de la venger. Quelques jours après, il invita le jeune Villequier a dîner chez le marquis de Nesle même ; il y avait , outre madame de Nesle, le marquis de Gèvres ' , madame
' Le marquis de Gèrres a dû une célébrité fâcheuse à l'étrange procès que lui intenta sa femme, pour cause d'Impuissance, procès dont lea pièces recueillies à Rotterdam , en 1714, lempliseent deux volumes formés de neuf cents pages. Il avait épousé MUe Hueranl, "'le d'un maître des requêtes, extrêmement riche. Saint-Simon parle ds ce procès qui amusa tout Paris, t. XIX, p. 14, t. XXI, p. 136. Le père du marquis, le due de Gènes, renchérissait sur le laisser-aller de l'époque en fait d'ortho-
DE MADAME LA DUCHESSE d'OBLÉANS, 293
de Coligny et d'autres. Pendant le dîner, H. le Duc commença tout à coup à dire ainsi : « Bien des gens croient être à couvert du cocuage, mais c'est une erreur. J'ai cru me mettre à l'abri, en épousant un monstre : cela ne m'a servi' de rien, car un vilain Du Challar, pins laid que moi, me fait cocu. Pour le marquis de Gèvres, il ne le deviendra point, parce qu'étant impuissant, il ne saurait se marier; mais vous (à H. de Nesle), vous l'êtes de tel et tel, etc. » Nesle, qui ne le croyait pas, quoique cela soit très-vrai , se mit à rire de tout son cœur; puis, s'adressant àVillequier, il lui demanda : « Et vous , ne croyez-vous pas l'être, Villequierï » Celui-ci se tut. M. le Duc continua : « Vous l'êtes du chevalier de Pesay. » Villequier rougit ; cependant il dit : « J'avoue que, jusqu'à présent, je n'ai pas cru l'être, mais, puisque vous me mettez en si bonne compagnie, je n'ose m'en fâcher. » Je trouvai que madame de Nesle n'avait pas été bien vengée.
il «Trier nn.
Mon fils était si content de commander une armée, que tout lui a plu en Espagne ; de là est venue la naine que la princesse des Ursins lui porte; car elle
graphe, ainsi que le montre an billet écrit de u main, et que
M.Pelgnot a fidèlement reproduit {Documents et détails sur les dépenses de Louis XIV, 1827, p. 44); • Monsieur me trouvant obllje de raiidri: mine bonne paitv de largan que mais autant ont pris de peu.il qui! sont an campanc cela moblijc a vous euplier très humblement de me Faire ta grâce de commander Monsieur quant II loua plcra que l'on me pay la capitenery de Moutaui vous asseurant que tous moblije rea Tort sansi blement. ■
Si.
0„„„Googlc
394 CORRBSPOHDANCE
s'est figuré que mon fils empiéterait sur son autorilô et qu'il gagnerait plutôt qu'elle la confiance des £«[*. goals,
Le baron Gœrz a voulu ici tromper mon fils; mai» mon fils ne s'est point fié à lui et ne lui a pas permis d'acheter un seul navire, de sorte que les espérances du baron ' se sont dissipées.
IG février 11)7,
Quand mon fils n'avait que quatorze ou quinze ans, il n'était pas laid ; mais depuis, le soleil d'Italie et d'Espagne l'a si fort bruni ■ que son teint est devenu d'un rouge foncé. 11 n'est pas grand et cependant il est gît» ; ses mauvais yeux font qu'il touche parfois, et il a une mauvaise démarche, je l'aime du fond de mon âme , mais je ne puis comprendre que des femmes soient éprises de lui, car il n'a nullement les manières de la galanterie, et U n'est pas digérât.
ÎSttTTiBP ITI7.
J'ai été obligée de céder mes joyaux à mon fils, autrement je n'aurais pas eu assez pour vivre selon mon rang et entretenir ma maison, qui est fort grande, et, à mou avis, c'est une chose plus reconnu arçdable que d'être parée de pierreries Lorsqu'on dresse le contrat de mariage, selon la coutume du Paris , tout est en commun ; mais le mari est maître de la communauté' On ne compte que ce que l'on a apporté dans l'avoir conjugal.
Lorsqu'on se flattait que je gagnerais mon procès à 1 II était tenu en France pour eenrlr le» Intérêt», du préten-
DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. jt{$
Rome et que je recevrais de l'argent , la vieille me fit dire, au nom du roi , que je devrais m'engager, si je gagnais mou procès, à donner aussitôt à mou fils la, moitié de nja fortune, et que, si je ne le faisais pas, je devais m'aUendre à la disgrâce du roi ; je me mis & rire et je dis que je ne savais pas pourquoi l'on nie fai» sait des menaces, que je n'avais nul autre héritier que mon fila, qu'il était convenable, s'il me survenait quelque bien, qu'il attendit ma mort pour en avoir la propriété, et que le roi était trop juste pour m'en vouloir ai je ne faisais que ee qui était équitable et convenable. Là-dessus vint la nouvelle que j'avais perdu mon procès, ee -qui, pour les motifs que je viens de dire, ne me chagrina pas.
58 Terrier nil.
La guenipe cachait au roi tout ce qui pouvait le chagrin0' dans I» affaires étrangères ou dans les événements du royaume, mais elle l'a tourmenté continuellement avec la constitution ' et avec les bâtards qu'elle a toujours voulu élever plus haut que le roi même ne l'aurait désiré ; elle l'a tourmenté aussi par suite de sa haine contre moi et contre mon fils; mais quant à lui, il ne nous haïssait pas.
La reine d'Apgleterre (veuve de Çharlet fr) avait contracté un mariage clandestin en épousant son che-
* La constitution Untgenitiu, rendue par Clémeqt XI, et qui condamne cent une propositions extraite! du Rëflexlcmt morales du père Qjiïunel; l'acceptatiou de la bulk du pape donna lieu en France A de long» et vifs débats fort oublié» aujourd'hui.
296 CORRESPONDÀKCE
valier d'honneur, qui la traitait fort mal. Tandis que cette pauvre reine n'avait ni bois ni nourriture, il avait dans son appartement un grand feu et il donnait de grands repas. 11 s'appelait mylord Jcrmyn , comte de Saint-Albans; il n'adressait pas une seule bonne parole à la reine.
Du temps d'Henri IV, les bâtards de ce roi avaient le pas sur tous les princes de la maison de Lorraine; niais, le lendemain de la mort du roi, le duc de Verneuil, voulant passer devant le duc de Guise, celui-ci le prit par le bras et lui dit.: « Gela était bon hier, mais cela ne vaut rien aujourd'hui. ■ Il le tira en arrière et passa devant lui.
19 nui 1117.
Je suis irritée lorsque je songe combien on a mal parlé du feu roi, et combien Sa Majesté a été peu regrettée de tous ceux à qui elle avait fait le plus de bien.
Mon fils a bien recompensé son abbé Dubois; il lui a donné la charge de secrétaire du cabinet du roi, qu'avait feu M. de Caillières et qui rapporte 22,000 livres de revenu ; il lui a aussi donné une place dans le conseil de régence pour les affaires étrangères.
Le dnc de Berri était au commencement passionné pour sa femme ; celle-ci, qui était adroite, s'aperçut de son intrigue et déclara à son mari que s'il voulait- con-
DE MADAME LA DUCHESSE O'oflLÉANS. 397
tinuer à vivre avec elle de bonne amitié et comme ils avaient fait d'abord, elle le laisserait se conduire à sa guise et qu'elle ferait comme si elle ne se doutait de rien ; autrement elle irait se plaindre au roi, et la personne serait chassée si loin , que de sa vie il ne la reversait ni n'en entendrait parler. Il a parfaitement vécu avec elle jusqu'à sa mort, lui a laissé foire toutes ses volontés , et il est décédé épris de la femme de chambre. Un an avant sa mort, il l'avait mariée, mais avec la condition que son mari n'aurait aucun rapport avec elle. 11 l'a laissée enceinte, ainsi que sa femme ; toutes deux sont accouchées après sa mort; M"'* de Berry, qui n'était pas du tout jalouse, a pris soin de la mère et de l'enfant.
J'ai reçu aujourd'hui une grande visite, celle de mm héros, le Czar. Je lui trouve de très-bonnes manières, en prenant cette expression dans le sens de celles d'une personne sans façon et nullement aHectée. 11 a beaucoup de jugement ; il parle un mauvais allemand, mais il se fait cependant comprendre sans peine et il cause très-bien. Il est poli à l'égard de tout le monde et il est fort aimé '.
1 On troure de» détail» îur le séjour du Cxu k Paris, dans Saint-Simon, t. XXVIII , p. 131, dans les Mémoires de la Sépence (par le chevalier de Plossens, H3T, t. 1, p. 818) et dans 'es Mémoires de Loutille, t. II, p. 341, qui met en latin le récit d'une de» prouesses de ce monarque. Ce qu'il buvait et mangeait était inconcevable, au dire de Saint- Simon. Sa condulie fut loin d'être toujours exempte de reprochée. Voir aussi ks nouveaux Essai* tur Paris, par Coudra;, t. III, p. SS3.
zPtl COttHESPONOÀNCIi
17 nul mi.
Hue d'Orléans serait la plus fausse de toutes les personnes du monde, s'il n'y avait pas sa fille, H11* de Valois; celle-ci est pire encore. Je trouve affreux de trouver une fausseté aussi horrible dans une personne aussi jeune... MllB de Valois ne se soucie pas de moi et ne peut me souffrir.
îl mai 1717.
La grande princesse da Coati est, de toutes ses filles
du côté gauche, celle que Je roi a le plus aimée.
Le mariage de l'électeur de Bavière avec la princesse polonaise montre bien que l'on ne peut échapper à sa destinée; ce n'était pas du tout une union convenable pour ce prince. On m'a raconté qu'on l'avait embarqué et marié sans que lui-même le aùt ; ses conseillers avaient été gagnés avee de l'argent, et ils ont si bien poussé la chose qu'elle s'est trouvée faîte sans qu'il s'en doutât pour ainsi dire.
!"juiql7l7.
MmB de Ventadour est devenue ma dame d'honneur il y a au moins seize ans, et elle m'a quittée deux ans après la mort de Monsieur ; c'était un tour que me jouait la vieille guenipe pour nie faire enrager, parce qu'elle savait que j'aimais cette dame ; elle est bonne et agréable, mais ce n'est pas la femme la plus adroite du monde. La vieille l'avait tracassée comme un diable ; elle, a employé feu M™ de Soubise, qui était une
DE MADAME LA ftHCftfesSÏ d' ORLÉANS. 299
adroite gorettre, et dont le fils avait épousé la fille de !H>e de Yenladonr ■ , pour déterminer, a force de menaces et de promesses, la pauvre femme • faire ee qu'on voulait d'elle. Pour la récompenser, ou l'a nommée gouvernante.
La reine de Sicile me demandait une fois si je ne me promenais plus avec le roi, comme de son temps. Je lui répondis par «et vers :
LeTorcy porta cela à la guenipe comme si je pariais d'elle, et au fait c'était la vérité ; le roi me bouda longtemps pour cet objet.
* Charlott é-Eléonore-MsdeUlne de La Motte-floudancourt , ilu- •*W« de V en tadoar.
1 Hetcuie-Mérladet de ttoaan, prince de Siruîrtse , mir lé en 1604 arec Anne-Geneviève de Levlft-VenUdour. Lee reoneui manuscrite n'épargnent pai toujours cette dame. Hou trouvons «a tere k la date de tdfll :
Bobsn panlt fort tranquille De u trauM, tt nt dH ri*u; Je connais certain blondis.
Dana un couplet de 1600 elle l'exprime elle-memei et ce wuplet, c'eat elle qui l'aurait fait, s'il fallait s'en rapporter a "ne note du tempe :
Se pria- Il qii'oii ail oublié Cgmme j'en moii «ni ÛUî 1
10 juin 17 17.
J'aime les gens sérieux ; la pauvre dauphine ^e Bavière m'envoyait tous les jeunes étourdis parce qu'elle savait combien ce caractère me déplaisait, et elle riait ensuite aux larmes de mon air chagrin.
Il juin 17 17.
J'ai été bien aise quand feu Monsieur, après la naissance de sa fille, a fait lit à part, car je n'ai jamais aimé le métier de faire des enfants. Lorsque Son Altesse me fit cette proposition, je lui répondis : « Oui, de bon cœur, monsieur; j'en serai très-contente pourvu que vous ne me haïssiez pas et que vous continuiez à avoir un peu de bonté pour moi. » Il me le promit, et nous fûmes tous deux très-contents l'un de l'autre.
C'était aussi fort ennuyeux que de dormir auprès de Monsieur; il ne pouvait souffrir qu'on le troublai durant son sommeil ; il fallait donc que je me tinsse sur le bord du lit, au point que parfois je suis tombée comme un sac. Je fus donc fort contente lorsque Monsieur, de bonne amitié et sans aigreur, me proposa de coucher chacun dans son appartement séparé.
Je n'ai eu que cent louis d'argent pour le jeu jusqu'à la mort de ma mère. Lorsque feu Monsieur a reçu l'argent du Palatinat, il m'en a donné le double.
11 juin 1717.
Deux jeunes duchesses ne pouvaient voir d'assez
près leurs amants, et elles se sont avisées d'un tour
original. Ce sont deux sœurs, et elles ont été élevées
dans un couvent à quelques lieues de Paris. Une refr
DE MADAME LA DUCHESSE d'oïILÉASS. 301
gieuse vint à mourir dans ce courent; les dames prétendirent qu'elles étaient très-affiigées, et qu'elles avaient eu beaucoup d'attachement pour la défunte ; elles demandèrent permission de lui rendre les derniers honneurs et d'assister à ses funérailles, ce qui leur fut accordé avec de grands éloges pour leur bon naturel. Lorsqu'elles vinrent au couvent, il se trouva pour la cérémonie funèbre deux prêtres étrangers que personne ne connaissait. On leur-demanda qui ils étaient; ils répondirent qu'ils étaient de pauvres ecclésiastiques qui avaient besoin de protection, et comme ils savaient que deux duchesses devaient venir à l'occasion de l'enterrement, ils s'étaient rendus afin de solliciter leur patronage. Les duchesses dirent qu'elles voulaient les interroger, et qu'ils pouvaient, après la cérémonie, venir les trouver dans leur chambre. Les jeunes prêtres s'y rendirent et ils restèrent avec les dames jusqu'au soir. L'abbesse trouva l'audience trop longue, et fit dire aux jeunes prêtres de s'en aller; l'un résista et se mit en colère, l'autre ne fit qu'en rire. Ce dernier était le duc de Richelieu, l'autre le chevalier de Guéménée, fils cadet du duc de ce nom. Ce sont ces cavaliers qui ont eux-mêmes raconté cette aventure.
13 juin 1717.
H. le Prince {de Conti) est amoureux de la Polignac et elle l'est de M. le Duc [de Bourbon), qui ne peut ims encore oublier Mrac de Nesle, quoiqu'elle lui ait donné son congé et qu'elle ah pris à sa place ce grand veau, le prince de Soubise. On prétend que celui-ci dit : i. 36
« Dé tjtioi se fâche M. te Bac; H'di-jë dortc pas periflii fi M™* dé Nesle de coucher arec M. le Duc qtiatid il viendrai » tant on est tel délicat daos lès amours. ,
UJnlolTJT. ' Le comte de Vcrinandois était agréable, bien élevé, mais il louchait un peu. Je sais bien que le bruit t couru que M. le Dauphin l'avait débauché, mais je parierais bien ma- tète que ce n'est pas vrai, car M. le Dauphin n'était pas de la secte; il n'aimait que les femmes ; ceux qui ont débauché le pauvre H> de Vermandois sont le chevalier de Lorraine et son frère, le comte de Marsan.
Le chevalier avait toujours tellement neuf d'êttu chasse qu'il avait inspiré à Monsieur l'idée de faim épier toutes mes actions et toutes mes paroles, afin de savoir, si je ne tramais rien contre le chevalier et set créatures,
16 juin 1717.
Mme de Soubise était fine , dissimulée et très-méchante ' ; elle a pitoyablement trompé la bonne reine,
1 Anne de Rohan-Ctinbot, princesse de Soubise, merle en il Ou. M°>e de Cajlus raconte dans ses souvenirs l'intrigue la roi avec cette princesse. 11«"> de Montespan la découvrit pu l'exactitude de Mme je Soubise à mnltre des pendants d'oreilles en émeraudes chaque fois que son mari allait à Parla. Celait le signal du rendea-vous. On peut consulter i cet égard le* LeUra de Um' de Sévlgné, les Souvenirs de Mme de Caylus, les Mémoires Se Saint-Sloion (t. III, p. 219). Un couplet du temps, taisent allusion a son intrigue avec le roi, se permet une insinuation qui est une calomnie gratuite :
Bî t'en 11 crainte d'un époai, Qui wiii Iiit combattre an monarque,
DE VADAHB LA MCHPSSB «'ORLEANS. 803
mtik ttm V$ bien jugée, car elle s mis aujeur toutes ses faussetés, et l'a pour ainsi dire démasquée devint tout le monde.
31 Juin un.
La Hontespan, la guenipc et toutes les femmes de chambre ont fait croire à M"» d'Orléans qu'elle avait fait beaucoup d'honneur à mon fils en consentant à l'épouser. Elle ne peut supporter nulle contradiction au sujet de sa vanité comme fille du roi. Elle ne comprend pas quelle différence il y a en(re des.enfants légitimes et des bâtards.
Mme d'Orléans est d'un caractère orgueilleux et plein de vanité; mon fils l'appelle souvent en plaisantant M™ Lucifer; elle n'a eu nulle peine à se persuader de tout ce qu'on lui a dit de flatteur pour elle. . ■ Elle croit fermement que mon fils lui préfère sa fille, la duchesse de Barri. La fille n'a pas grande affection pour sa mère'.
îHjuinian.
J'ai connu un gentilhomme allemand, qui est mort depuis longtemps, et qui m'a juré que M"w>la Duenesee ' n'est pas fille du roi, mais du maréchal de Noailles. Il
On renverrait demain chei lui .
' U duchesse d'Orléans {Jemme du régent] était peul-êlre «ï qu'il y avait dans le inonde de plus orguellleui, et la personne aussi qui avait le plus de vue et de suite dans l'esprit et de Wnaolté dans ses volontés ( Saint-Simon, t. XIV, p. ?jjo).
■ Louise-Francisque, femme de Louis 111, duc de Bourbon.
304 corrhspordànce
a marqué l'heure où il 8 vu entrer le maréchal chez la Montespan, et Mme la duchesse est née juste neuf mois après. Cet Allemand s'appelait Bettendorf, il -était brigadier dans les gardes-du-corps ; il montait la garde chez la Montespan quand le capitaine de la première compagnie se rendit chez elle.
Mme la Duchesse -n'est pas plus belle que ses filles, mais elle a plus de grâces, meilleure mine et des manières plus agréables : son esprit se montre dans ses yeux et la malignité aussi1. Je dis toujours qu'elle ressemble à une belle chatte, qui, tout en jouant, fait sentir ses griffes. Personne n'a un port de tête comme elle. On ne peut danser mieux, et avec plus de grâce, que Mme la Duchesse et ses filles; cependant la mère danse mieux. Je ne sais comment elle fait, sa démarche boiteuse lui va bien.
I juillet HIT.
]£ cardinal Mazarin, s' étant aperçu que le roi avait moins de vivacité que Monsieur, craignit que celui-ci ne devint trop savant , il avait donc ordonné à son précepteur de le laisser jouer et de ne pas le laisser continuer ses études. * A quoi pensez-vous, monsieur La Mothe (Le Vayer), disait le cardinal, de faire un habile
' Jeune encore, celle princesse était celle que Louis XIV aimait le mieux de ses filles naturelles. > Sa gaieté extraordinaire
■ amusait le roi. Elle était très-jolie avec beaucoup d'esprit,
■ plaisante, railleuse, n'épargnant personne, te réjouissant • d'une bagatelle, cotfTant son genou comme une poupée quanti « elle n'avait rien à fa re • [Mémoires de Chotsy). Saint-Simon en parie fort souvent ; Il dépeint ses grâces, ses qualités, ses défauts, t. XII, p. 2Î.
DE MADAME LA DUCHESSE d'OKLÉANS. 305
homme du frère du roi? s'il devenait plus savant que le roi , il ne saurait plus ce que c'est qu'obéir aveuglément. >
15 juillet ITIT.
Le jeune roi est bien fait ; il a la taille la plus droite qu'on puisse voir et de beaux cheveux bruns en abondance. Le maréchal de Villeroi le tourmente ; il ne veut pas qu'il vienne me voir sans lui ; cela trouble le pauvre enfant et le fait pleurer. Sa figure est jolie, mais il ne parle qu'aux personnes dont il est habituellement entouré.
Sï Juillet 1717.
le crois que si on examinait de près H. le ©ne, on lui trouverait bien d'autres défauts que son trop grand penchant au badinage ; il a cependant beaucoup de
bonnes qualités et beaucoup d'amis Depuis que
M"» la Duchesse a pris le parti de son fils contre ses frères et neveux, M. te Duc témoigne de l'attachement à sa mère ; auparavant , les choses n*allaient pas si bien..... Il est poli et sait bien vivre, mais son génie n'a pas beaucoup d'étendue; il n'est pas non plus fort instruit, mais il a de la hauteur et de la noblesse dans le caractère, et il sait garder son rang.
SB juillet un.
Mon fils est savant sans être pédant ; il sait une quantité de contes plaisants qu'il a appris en Italie et en Espagne ' ; il les raconte avec esprit ; cependant il
1 Le duc d'Orléans donnait parfois ù son langage une hardiesse rare à la cour de Louis XIV ; après lo perle do la batailla de Hocbatett, le maréchal de Tallard reçut le gouvernement do
306 C0RBESP0BDÀNCB
est plus de mon goût lorsqu'il est sérieux , car cela est plus dans son naturel. Quoiqu'il parle de choses savantes, on voit cependant sans peine qu'au lieu de lui faire plaisir, elles l'ennuient. Je lui en ai souvent fait des reproches ; il m'a dit que ce n'était pas sa faute, qu'il prenait du plaisir à s'instruire de tout, mais que, dès qu'il savait une chose, elle ne lui faisait plus aucun plaisir.
s soûl |7JÎ.
Je dis tous les jours à mon fils qu'il est trop bon ; il en rit et me demande s'il ne vaut pas mieux être bon que méchant. Je ne sais où il a pris sa grande patience ; Monsieur n'en avait guère, ni moi non plus.
Quand un des enfants de la Montespan mourut, le roi fut sensiblement touché; mais il ne fut point ému de la perte du pauvre comte de Vermandois, car la Montespan et la vieille avaient fait croire au rot que cet enfant n'était pas à lui, mais à Lauzun '; mais il eût été à désirer que tous les bâtards du roi eussent étéà lui aussi sûrement que celui-là ; M"0 de La Valliêre n'était pas une maîtresse étourdie et volage, et elle l'a bien montré par son repentir et sa pénitence jusqu'à la fin de sa vie. C'était une personne tout à fait agréala Franche -Comté ; le duc dit qu'il fallait bien donner quelque chose a un homme qui avait tout perdu ; ce mot fut rapporté an roi et lui déplut beaucoup.
1 Le roi avait rétabli l'office d'amiral de France en faveur du comte de Vermandois; A «a mort il le donna au comte de Toulouse, alors âgé de cinq ans,
DE MADAME LA BliCHE&SE n'uRLËANS. 307
bJc, bonne, douce, tendre'. Elle n'avait pas aimé le roi par ambition, mais elle avait pour lui une passion sincère, et de sa vie elle n'a aimé personne si ce n'est
loi.
lien fils n'est pas beau : il a de grosses joues, il est petit, gras et fort rouge; mais il me Bemble qu'il n'est pas désagréable. Lorsqu'il danse ou qu'il est a cheval, il a fort bonne mine, mais lorsqu'il va comme à son ordinaire il ne parait pas à son avantage.
Du temps de la reine et de la première dauphipe, il n'y avait à la cour que modestie et dignité. Ceux qui étaient débauchés en secret affectaient en public la retenue; mais depuis que la vieille guenipe s'est mise à gouverner et qu'elle a introduit tous les bâtards dans la maison royale, tout est allé sens dessus dessous.
ta moi nu.
H. de Louvois était d'un très-mauvais naturel; il haïssait son père et ses frères, et c'étaient mes bons amis; je devais donc supporter le poids de leur iid-
i ull* de La yulllère avait le teint beau, lu cheveux blondi, le sourire agréable, les jeux bleus et le regard ai tendre et en même temps si modeste, qu'ils gagnaient le cœur et l'estime au même moment ; au reste , assez peu d'esprit qu'elle ne laissait pas d'orner tous les jours par une lecture continuelle. Point d'ambition, point de vices, toute renfermée en elle-même et dans ■a passion, qui a été la seule de sa vie; l'humeur douce, libérale, timide, n'ayant Jamais oublié qu'elle Taisait mal, espérant tou- Jours rentrer dans le bon chemin. [Uémoiret de Chois;.}
308 C0RRESP0N0ANCE
quité; ce qui a augmenté sa haîne conlrc moi, c'est qu'il a maltraité mon frère, de sorte qu'il savait bien que je ne pouvais l'aimer. 11 craignait que je ne voulusse me venger, c'est pourquoi il a toujours cherché à exciter le roi contre moi, et c'était le seul point pour lequel il fut d'accord avec la vieille.... Je crois qu'il a été secrètement du complot ourdi par Langhans et Winkler pour faire mourir mon pauvre frère ; car lorsque le roi eut pris le Palatinat, je demandai que l'on arrêtât ces deux personnages ; le roi en donna l'ordre, maïs Louvois fit passer un contre-ordre et ils furent remis en liberté. Mais Notre Seigneur Dieu s'est chargé de venger mon pauvre frère, car Langhans est mort dans un affreux désespoir, et Winkler, devenu fou, s'est lui-même brisé la tête.
Feu le prince de Conti avait de l'esprit, du courage, était agréable dans toutes ses manières et se faisait aimer; mais ses mauvaises qualités étaient qu'il était faux, qu'il n'aimait que lui-même et qu'il se livrait fort à la débauche avec les hommes; c'est ce qui lui a coûté la vie, car, comme il était d'une constitution faible, il a pris à Fontainebleau des canlharides qui l'ont empoisonné. Il a été an moment de devenir roi de Pologne'.
1 Né le 30 avril 166*, ce prince mourut le "2! février 1709. On trouvera, dans les Mémoires du marquis de Lassay, de longs détails nu l'élection du prince de Cuntl comme roi de Pologne. Saint-Simon en parle aussi avec détail. Le prince se souciait Tort peu de cette couronne. Il mourut dans de grands sentiments de piété. ■ La goutte l'avoil réduit au lait pour toute nourriture.
DE NADAKB LA DUCHESSE D'OHLÉANS. 309
Il août 17 IT.
Le prince Eugène fait peu de cas des daines; on ne peut dire que, durant son séjour ici, une seule dame lui ait plu ou qu'il ait paru manifester plus d'empressement pour une plutôt que pour une autre; il n'a point passé ici autrefois pour aimer les dames, mais pour avoir été la maîtresse d'autres jeunes gens, aussi l'appelait-on M"" Simoni et Mm* Puttana. Quand il a eu un peu d'argent, il s'est fort bien conduit; mais c'est chose affreuse à penser que les bruits qui courent sur son compte sont peut-être vrais, car on dit que pour un écu on pouvait faire de lui ce qu'on voulait. Madame sa mère n'a eu de lui nul souci; elle l'a laissé courir comme un galopin; elle aimait mieux risquer Bon argent au jeu que d'en employer pour son fils; c'est ainsi que sont ordinairement les femmes dans ce pays-ci.
Paris, II août ITIT.
Je suis heureuse de savoir, ma chère Louise, que votre santé est rétablie1. La princesse de Galles m'a fait part du mariage du prince Guillaume de liesse;' mais j'ai appris, d'un autre coté, que l'épousée était
et sa longue maladie Suit pir une hydropltle. • ( Saint-Simon. ) La Bibliothèque hiitorlqve de la France énnmère onie de ■et portraits ; celui gravé par Trouvais le représente en costume de roi de Pologne ; 11 fut supprimé et la planche rompue, dès qu'on s'aperçut qu'on avait agi avec trop de précipitation.
1 Durant la plus grande partie de l'été, Madame avait été sérieusement malade et sa correspondance resta Interrompue; on n'a retrouvé que des lettres de Mm" <je Rathaemtiauaen, d'une écriture presque illisible et donnant des détails sur la marche de
310 C0HRE8P0NDAKCB
extrêmement laide et qu'elle avait la tête singulièrement faite. Le prince sera sans doute un jour landgrave régnant, car il n'y a nulle apparence que son frère aîné ait des enfants. Lorsque M"" de Langallerie était ici, on disait que l'enfant dont elle était enceinte appartenait au landgrave ; elle n'est pas belle et elle a des manières très-affectées, comme celles des coquettes de province, car à la cour il n'y a pas d'affectation. On ne peut la voir sans rire, tant elle est ridicule. Langallerie me fait vraiment de la peine ' ; il est fort mal* " heureux. Je n'ai pas entendu dire que mon cousin le landgrave ait eu d'autre galanterie que celle-ci, mais tous les hommes, quels qu'ils soient, sont plus libres dans leurs actions que les femmes; l'un gâte l'autre, et, au fond, il n'y a là nulle honte pour eux. Le comte de Waldeck, qui s'est laissé faire prince, est le beaufrère du comte ■ palatin de Dirckenfelt. Je l'ai vu ici : je ne le trouva pap bien du tout; il est gros, épais, et il ne dit pas un mot tout le long de la journée; je ne sais si sa femme l'aime beaucoup, mais elle Ta pris bien malgré elle.
13 août 1717.
lin moine se rendit il y a quelques jours à Luzar-
t k l'égard de Philippe 4e Gentils, marquis do Langallerie, on peut consulter Saint-Simon, t. IX et XXVI j né en 1656, il mena une vie fort aventureuse, quitta le service de lu France pour passer à celui de l'Autriche, embrassa le luthéranisme, conçut le projet de s'emparer d'une île de l'Archipel, et, enfermé dans une citadelle de Hongrie, mourut mystérieusement en 1117. Quelques Buteur* prête ndenl qu'il succomba a l'ennui et au elujgris ; d'aulres gfljrment qu'il se- laissa moUFJr de faim t enfin, d'après une autre version, il eut la tête tranchée,