TIF MADAME. LA 000188» D'ORLÉANS
ohe; il rencontra en chemin nn inconnu avec lequel il entra en conversation : il paraissait être de bonne compagnie, et racontait avec esprit toute sorte d'aventures. Ayant appris du moine qu'il était chargé des recettes de son couvent , qui possédait des terres auprès de Luiarche, cet homme lui dît qu'il était de cet endroit, et qu'il revenait d'un voyage ; puis il dit au moine : c Le chemin que vous avez pria est trop long, j'en connaÎB un beaucoup plus court à travers la forêt i > Quand ils furent arrivés dans ce bois, l'homme descend, saisit le cheval du moine par la bride et lui demande son argent. Le moine répondit qu'il avait cru se trouver avec un honnête homme, et qu'on ne demandait pas ainsi la bourse aux gens. L'inconnu répondit qu'il ne s'agissait pas de discourir» et qu'il fallait laisser la bourse ou la vie. i Je ne puis, répliqua le moine, porter de l'argent sur moi; mais si vous voulez me laisser descendre, pour que j'aille trouver mon valet , je vous remettrai mille francs. > Le voleur laisse le moine mettre pied à terre ; celui-ci va trouver le valet, prend mille francs qui étaient dans une bourse, mais en même temps il se munit d'un pistolet, et le cache dans sa large manche. Il revient auprès du voleur et lui jette la bourse en disant : voilà l'argent. Le voleur se baisse pour la prendre, mais dans ce moment le moine le renverse roide mort d'un coup de pistolet, remonte à cheval, va trouver la justice et raconte son aventure : on envoie le guet avec lui ; ils trouvent le cadavre encore sur le sac d'argent parterre; ou le fouille, et on trouve dans la poche du voleur six sifflets de diverses grandeurs ; on prit le plus
8'î CORRESPONDANCE
grand et on siffla. Voilà qu'il accourt sur-le-champ dix aulres voleurs armés : ils se sont vigoureusement défendus ; deux ont été tués et tous les autres arrêtés.
14 Mût mi.
Le jeune roi est tombé hier matin de son lit, mais un valet de chambre qui l'a vu tomber s'est rapidement jeté par terre, de sorte que le roi est tombé sur lui et ne s'est pas fait mal. Le roi s'est ensuite caché sous le lit et, par malice, il est resté quelque temps sans parler, donnant ainsi de l'inquiétude à ses gens.
Parfois la Dauphine n'était pas laide, lorsqu'elle avait de belles couleurs... Si elle n'avait pas eu une aussi grande passion pour sa perfide Bessola, elle aurait pu être heureuse; mais celle-ci, pour la maîtriser constamment et pour se maintenir ainsi auprès du roi et de la Maintenon, a rendu celte pauvre princesse la créature la plus malheureuse qu'il y ait au monde.
Mon fils assure fort qu'il ne pense pas à faire l'abbé Dubois cardinal et que l'abbé lui-même n'y songe pas.
Ume de Maintenon me reprochait toujours que c'était une honte pour moi de ne pas avoir d'ambition el de ne vouloir me mêler de rien ; je lui répondis : « Si une personne s'était livrée a beaucoup d'intrigues * pour être Madame, est-ce que son fils ne courrait pas
DE MADAME la duchesse d'orléans. 313 lui permettre ensuite de jouir tranquillement de son rang? Figurez- vous donc qu'il en a été ainsi de moi, et laissez-moi en repos. » Elle dit : « Vous êtes opiniâtre. » Je répondis : « Non, madame, mais j'aime mon repos, et je regarde voire ambition comme pure vanité. » Je crus que celte femme ne pouvait manquer de crever dans sa peau, tant elle était fâchée. Elle dit : < Mais essayez, on vous aidera. * Je dis : c Non, madame ; quand je songe que vous, qui avez cent fois plus d'espritquemoi, n'avez pu vous maintenir à la cour, que vous aimez tant, que serai-je moi , pauvre étrangère, qui n'entend rien aux intrigues et qui ne les aune pas? » Elle se mil en colère et dit : t Allez, vous n'êtes bonne à rien. >
La feue reine aimait extrêmement le jeu ; elle jouait à la bassette, au reversi et à l'ombre, quelquefois à la petite prime ; mais elle ne pouvait jamais gagner, car elle n'avait pas su bien apprendre les règles du jeu. I4MOHT1T,
La vieille guenipe s'est tenue complètement retirée; personne ne peut dire qu'elle se soit mêlée de In moindre chose ; cela me fait croire que cette femme a encore quelque projet dans la tète, mais je ne puis deviner ce que ce peut être.
La taille de M™ la Duchesse la jeune est monstrueuse ; c'est une méchante diablesse fausse en tout point ; elle a beaucoup d'esprit et elle est extrêmement
dangereuse: Elle agit avec tant d'habileté, que son mari est bien avec elle, quoiqu'il n'ait aucune passion pour elle; chacun vit comme il l'entend; il n'y a, dans ce couple, aucune jalousie... Elle combine une foule d'intrigues avec la jeune princesse de Conti, qui est doublement sa cousine ; elle entend admirablement l'art de brouiller les gens. On assure que son mari et elle font lit à part.
ÎBtplembre 1117.
Le jeune roi a de l'esprit, c'est sûr, mais il devrait vouloir parler davantage. 11 a inventé nn ordre qu'il donne aux jeunes garçons qui jouent avec lut ; c'est un ruban bleu et blanc, d'où pend un morceau ovale de métal émaillé, sur lequel est une étoile et la figure d'un petit pavillon placé sur la terrasse sur laquelle il joue.
T leptembre 1TIT.
Je crois que la guenipe, qui est maîtresse du doc de Lorraine, lui a donné un philtre, comme a fait la Neidscbin à l'électeur de Saxe, car lorsqu'il ne la voit pas, il est trempé d'une sueur froide, et pour que le cocu de mari reste tranquille et calme, le due lait tout ce qu'il veut.
9 Mfilembre 11)1.
La Dauphine {duchesse de Bourgogne) pouvait faire croire à son mari tout ce qu'elle voulait. Il était tellement épris d'elle que, pourvu qu'elle lui fit bonne mine, il était comme en extase et tout liors de lui; lorsque le roi voulait la gronder, il paraissait tellement désolé qu'il fallait que le roi s'apaisât; la vieille tante
DE MADAHS LA DtCHISH D'ORLEANS. 315
(K**ie Maintenon) se montrait aussi extrêmement troublée, et le roi avait aaaex à faire pour la tranquilliser. Afin d'avoir du repos, le roi laissait la vieille maîtresse de diriger tout cela, et ne se préoccupait plus de rien.
Nangis, qui commandait le régiment du roi, ne dé* plut pas à la Dauphine, mais il avait plus d'inclination pour la petite La Vrillière... Le Dauphin aimait Nangis, et il croyait que ce n'était que pour lui faire plaieir que sa femme parlait à Nangis; il était persuadé que son favori avait une galanterie avec M* a de laVnUière.
Paris, 9 septembre 1711.
Je vous envoie un modèle pour le jeu de hocca, et je vais vous en expliquer les règles ' ; nous y jouons maintenant à un bien petit jeu , à dis sous , mais du temps du feu roi , on y jouait toujours avec des louis, d'or. L'archevêque de Reims', un jour; en suivant en
' 11 y a ici deux paires relatives à la marche de M Jen s nom les supprimons, car elles ne présentent aucun Intérêt.
1 Charles-Maurice Le Tellier, frère de Louvoit. 11 mena nne vie fort mondaine et 11 est le héros de plusieurs aventures racontées par M»* de Sévlgné evee sa grâce habituelle. 8a coursa a Saint-Germain (lettre du & février 1674) est un récit charmant, Saint-Simon le représente comme ■ magnifique et avare, tort de la eour, habile en affaires , et très-entendu pour les tiennes. * Voir aussi une note de H, Walckenaêr dans son édition de La Bruyère, p. (19 à. Par suite de ia faveur Inouïe dont 11 était redevable à son frère, 11 se trouva, A vingt- sept ans, archevêque de Reims , mais 11 se comportait en oolonel de dragons plutôt qu'en prélat. C'est contre lui qu'est dirigé en grande partie un libelle fameux par son insolence : Le Cochon nàtri ; on tonnait deux éditions de eelte satire, l'une smu date, l'autre
carrosse U chasse du sanglier et tenant la banque, y perdit deux mille louis en une demi-heure; mais U est rare que le banquier perde.
Je suis bien charmée que Heidelberg soit rebâti el qu'on travaille derechef au château ; mais ce qui me vexe, c'est que l'on construise un couvent de jésuites au lieu du commissariat. Les jésuites ne sont pas à leur place à Heidelberg, non plus que les cordeliers. On m'a dit qu'ils résident près de la porte d'en-haut; mon Dieu , combien de fois ai-je mangé des cerises sur la montagne avec un bon morceau de pain à cinq heures du matin ! J'étais alors plus gaie qu'aujourd'hui.
10 septembre 1717.
Bien des jeunes membres du Parlement, qui avaient reçu des lettres qui les avaient montés contre mon fils, n'avaient pas voulu laisser passer i'édit; mon fils les
avec celle de 1C89; l'une a vingt-huit pages, l'outre Irente-dem ; elles sont toutes dem très-rares el trèwecherchées des bibliophiles; od lésa pavées, dans quelques ventes, depuis solianledli jusqu'à cent vlngt-sli francs. 11 en a paru, en 1860, une réimpression, imitant eiaclemeut les éditions eliévirlennes et tirée i cent exemplaires (Paris, imprimerie de Psnckoucke). D'après une tradition déjà ancienne, l'auteur de cet Indécent pamphlet aurait été arrêté en Hollande et renfermé, jusqu'à sa mort, su Mon t-SnlBt -Michel dans une cage de fer ; mais la chose est fort douteuse et le nom de cet auteur lui-même est resté un problème. Voir les notes des catalogues Plxerécourl, n° 1587, et Leber, n* 4478, ainsi que V Analecia-biblioii de 11. Ou Roure (Paris, Techener, 1838), t. II, p. 413, et le Dictionnaire des anonymes de Barbier. Dés le début de cet ouvrage qui est un dialogue entre Scarron et Farclière , le premier affirme que ss femme est une coquine qui s vécu avec le maréchal d'Albret.
a Tait venir et. leur a parlé avec tant de force que tout s'est calmé aussitôt.
«nn.
Le roi avait meilleure opinion de mon cerveau que je ne méritais ; il a voulu à toute force me faire régente avec mon fils'. Dieu soit loué qu'il n'en ait point été ainsi! je serais bien vite devenue folle... Le roi avait coutume de dire : « Madame ne peut souiïrir les mésalliances ; elle s'en moque toujours. »
H septembre 1717.
Lorsque l'abbé de Tessé eut démontré au pape que ses gens avaient jugé sans lire nos papiers, et qu'ils avaient reçu cinquante mille écus du grand-duc pour me faire perdre mon procès, le pape se mit à pleurer et dit : t Ne suis-je donc pas bien malheureux d'avoir à me confier à de pareilles gens ï i Cela montre bien quel homme c'est que ce pape.
15 septembre 1717.
Mon fils connaît bien la musique ; il a composé deux ou trois opéras qui sont tous fort jolis. Son capitaine des gardes, La Fare, en a fait les paroles '.
1 11 est permis de révoquer en doute celte assertion. Louis XIV Connaissait certainement combien sa belle-sœur était peu au fait des affaires publiques, Indiscrète et incapable d'une application soutenue. Eile aurait mandé i tous ses correspondants les secrets de l'État.
* Charles-Auguste, marquis de La Fare, mort en 1TIÎ; ses poésies peu nombreuses ont un caractère de douce Insouciance et d'aimable gnifté. L'opéra de Pentkie est un de ceux dont le duc d'Orléans fit la musique.
ÎT.
ia NpiM'bN un.
Le petit roi a été désespéré lorsque Mme de Venta* dour l'a quitté; elle lui a dit : ■ Sire, je m'en vais revenir ce soir, soyez bien sage en mon absence. -~ Son, ma chère maman, dit-il, si vous me quittes. * U ne s'est pas du tout occupé des autre» femmes.
17 leptembre 1717.
Ce qui corrigea Mma la Dauphiue, ce fut le mariage de Mmo de Berri. Elle vit que cette jeune personne ne se faisait pas aimer, et que tout allait de travers ; elle coqcut alors le désir de mener une autre conduite que sa cousine et de se faire estimer; elle changea donc tout a fait de conduite, se retira en elle-même, et devint aussi raisonnable que précédemment elle l'avait été peu: elle avait beaucoup de jugement ; elle connaissait parfaitement ses défauts, et elle sut s'en corriger d'une façon étonnante.
17 Mptembre 1717.
Hu* de Berri plaisante souvent elle-même sur sa figure et sur sa taille. Elle a de l'esprit, ce n'est pas douteux, et elle n'est pas du tout difncultueuse. Elle s la chair ferme, ses joues sont dures comme une pierre. Si elle avait été bien élevée , .elle aurait bien tourné, car elle a bon cœur et de la capacité.
Pari», 19 septembre 47 17.
Jen' avais jamais su que vous eussiez quelques réclamations à adresser à mon fils; pourquoi avez-vous si longtemps gardé le silence à cet égard? Il est fort
SE 1ADAHI LA mJCHBBSE D'ORLÉANS. 318
naturel que chacun réclame ce qui peut lui être du, mais la difficulté ert de payer toutes les dettes du feu roi; elles se montent à plus de deux cents millions; il s'écoulera du temps avant que cette somme se trouve. Me doutée pas qu'a l'occasion je ne parie de mon mieux en votre faveur, mais vous faites bien de ne pas remettre vos intérêts dnns mes mains, car personne au monde n'entend les affaires moins que moi.
L'électrice palatine est maintenant en Italie. J'ai reçu hier une lettre de notre duchesse de Hodène ; elle m'écrit que lorsque l'éleclrice est arrivée à Trente, elle y a trouvé une cour entière que son père a envoyée à sa rencontre : deux cents gardes nobles et quatre dames du plus haut rang. Je savais que sa mère ne voulait pas permettre qu'elle traversât la France , et en éela elle avait bien raison ; la France n'est pas du tout le pays qui convient aux électeurs et aux électrices ; ils y sont comme le poisson hors de l'eau, et ils y font une sotte figure. On dit que lorsque la princesse a vu chez ceux qui l'attendaient un air si pauvre et des costumes si singuliers, elle a beaucoup pleuré.
21 septembre 1717.
J'ai beaucoup entendu parler de H. de gernstorf par
une personne qui, précédemment, ne l'avait pas jugé
défavorablement, par la duchesse de Hecklenbourg,
qui était sœur du duc de Mecklenbourg' ; elle m'en a
1 Le» recueils manuscrita cuulienntinl diverses diaosonErclatises i ca personnage qui séjourna quelque teujjjjj a Paris ; uouj noua en tiendrons â un aeul couplet :
Venttdour Et tlecklcolMiir^ Sont toujours tout leul» au court ;
320 COHBGSPONDÀKCE
l'ail un grand dloge; <ile prétendait que c'était elle qui l'avait donné au duc George-Guillaume.
Î2 leplembre 1717.
Le vice d'aimer les jeunes garçons est la plus grande passion du ducdeVillars; votre cher oncle, le joli prince d'Eisenach, voulut une fois lui faire donner des coups de bâton, parce qu'il lui avait fait une déclaration d'amour. La maréchale de Villars court beaucoup après le comte de Toulouse; mon fils est aussi fort dans ses bonnes grâces, mais il n'est pas discret. Le maréchal de Villars vint un jour me rendre visite, et comme il prétendait se connaître en médailles, il me demandai voir tes miennes. Baudelot', homme très-honnête et savant, qui en a la charge, fut obligé de les lui montrer; ce n'est pas l'homme le plus avisé, et il n'est guère au fait de ce qui se passe à la cour. Il avait fait une dissertation sur une de mes médailles, pour prouver, contre d'autres savants, que la tète à cornes qui y est figurée, est celle de Pan et non pas de Jupiter Ammon. Pour prouver son érudition, le bon Baudelot dit à M. de Villars: < Ah! monseigneur, voici u:ie des
Ce n'est pu que l'imour
1 Charles-César Baudelot de Dairval, ai en 1648, mort en 1723. Il consacra m île à l'étude de l'antiquité, et en 1705 II fut admis i l'Académie de* Inscriptions. Son livre de \' Utilité des voyages, publié en 1686, a été plusieurs fols réimprimé. Boie prononça son éloge, Inséré dans les Mémoires de t 'Académie des Inscription*, t. V. Voir aussi les mémoires de Wcéron, t. XVII.
plus belles médailles que Madame ait; c'est le triomphe de Cornificius : il a toutes sortes de cornes. C'était un grand général comme vous, monseigneur. II a les cornes de Junon et de Faune. Cornificius, comme vous savez, monseigneur, était un général habile. > Je l'interrompis : « Passons, lui dis-je ; si vous vous arrêtez à chaque médaille, vous n'aurez pas assez de temps pour les montrer toutes. ■ Mais, plein de son sujet, il répondit : < a Ah! madame, celle-ci en vaut bien une autre. Cornificius est, en vérité, une des plus rares médailles du monde. Considérez-la, madame, regardez ; voilà Junon couronnée qui couronne ce grand général. » Quelque chose que je pusse dire , je n'empêchai point Baudelot de prier de cornes au maréchal, t Monseigneur, reprit-il , se connaît en tout, et je voudrais bien lui faire juger si j'ai raison de dire que ces cornes sont plutôt celles de Faune que de Jupiter Ammon. > Toutes les personnes qui étaient dans la chambre se tenaient pour ne pas éclater de rire. Quand on l'eût fait exprès, on n'aurait pu s'y prendre plus fortement. Quand le maréchal fut parti, je me rois à rire aussi. J'eus bien de la peine à convaincre Baudelot qu'il avait mal fait.
38 septembre 1717.
Mon fils a eu de la Desmarest une petite fille; elle aurait bien voulu lui mettre sur le corps un autre enfant, mais il a répondu : t Non, celui-ci est trop arlequin. > Elle lui demanda ce qu'il voulait dire par là; il répondit : « Il est de trop de pièces différentes. » Je ne sais pas si elle ne l'a pas donné à l'électeur de Ba-
vière, qui y avait aussi travaillé de son coté, et auquel cela a coûté la plus belle et la plus magnifique tabatière qu'où puisse voir; elle était garnie de gros diamants.
Mon Sis aîné s'est appelé le due de Valois; nuis comme ce nom est malheureux, Monsieur n'a pas voulu que mon second fils le portât, c'est pourquoi il a reçu le nom de duo de Chartres, qu'il a porté jusqu'à le mort de son père; alors il a pris le nom de duc d'Orléans, et son fils est devenu duc de Chartres.
H septembre lin, La mère du prince de Conti se fait bâtir un hôtel fort loin de celui de son fils. Lorsqu'ils sont bien ensemble, on renvoie les ouvriers ; mais lorsqu'ils sont brouillés., on presse l'ouvrage aveo une vigueur toute nouvelle, de sort» que le public est toujours en mesura de voir sur quel pied la princesse et son fils sont en-
sombi*,
SS septembre IT17.
Nos princes n'ont point de costume particulier' lorsqu'ils vont au parlement ; ils sont simplement en manteau, ce qui , selon moi , a l'air tout à fait bourgeois, d'autant plua qu'ils portent aussi le collet sans cravate. Les membres de la maison royale n'ont point
' On pwit eaniulter sur 1m détails que donna Madame, le cérfiitumial /ronpou, par GwJefroy, 1649, ! vol. In-folio; ttt ouvrage curieux est reste inachevé ; la bibliothèque de l'Institut possède le manuscrit du tome 111, contenant les pompes funèbres; elle garde aussi tous les matériaux recueillie en 108 volumes ptor la aoniptiilUoii de et Ctràmaiël.
DE MADAME LA DUCHESSE n'oRLÉANS. Sî3
de prérogative sur les autres ducs qui sont admis à siéger au parlement, si ce n'est pour les sièges et parce qu'ils peuvent traverser le parquet, ce qui est interdit a toute autre personne. Quand le président leur parle, il ôte son bonnet, mais il parle couvert à (eus les autres assistants. C'est là le sujet d'une grande querelle que les princes du sang ont eue avec les bft* tards (en rot). Les présidents au parlement ont de longues robes couleur de feu, et autour du cou elles sont doublées d'hermine.
Il est certain que la comtesse de Soissons, Ange* liqtte-Cunégonde, fille de François-Henri de Luxembourg, a beaucoup de. vertu et de capacité, biais t comme tout le monde, elle a aussi des défauts. On peut bien dire d'elle que c'est une pauvre princesse. Son mari, Louis-Henri, chevalier de Soissons, était fort laid ; il avait une longue figure, les yeux très-près du hes, et un Mes horriblement long et fait comme un nw d'épervier ; il était jaune comme un citron ; il avait la bouche trop petite pour un homme et pleine de dents gâtées, et il sentait affreusement mauvais; il avait de grosses vilaines jambes , les genoux et les pieds en dedans ; il avait une très-mauvaise démarche et saluait fort mal; nulle grâce dans ses manières; il était plus petit que grand ; il avait de beaux cheveux et en grande quantité : tel était le comte de Soissons. Hais lorsqu'il était enfant il était fort bien ; j'ai vu de ses portraits faits à celte époque. Si le fils de la comtesse de Soissons lui avait ressemblé, il aurait été fort joli, car tous ses traits sont fort beaux ; les yeux, la bouche et le tour du visage ne peuvent être mieux ; le
nez est un peu trop gros, et la peau n'est pas fine.
Quiconque ressemble de figure au prince Eugène ne peut certes pas être beau ; il est encore plus petit que son frère aîné; tous ces frères, excepté le prince Eugène, n'ont pas valu grand' chose. Le prince Philippe, qui était le second frère, était aussi un singulier personnage; il est mort à Paris de la petite-vérole. 11 était très-blond et très-laid ; il avait mauvaise grâce et il avait toujours l'air effaré; il avait un grand nez d'épervier, une grande bouche avec de grosses lèvres pendantes. le le trouvai aussi laid que son frère aîné. Un troisième frère, qu'on appelait le chevalier de Savoie, s'est tué en tombant de cheval. Le prince Eugène était le plus jeune de tous ces princes. 11 y avait deux soeurs qui étaient toutes deux laides; l'une est morte, l'autre est encore en Savoie dans ce moment. L'aînée avait la ligure d'un monstre, et de plus elle était naine ; elle a jusqu'à sa mort mené une conduite fort déréglée; elle s'est enfuie avec un abbé qui s'appelait l'abbé de Bourlie, et qui était un vaurien et un extravagant. Il l'a épousée à Genève, et ensuite il l'a quittée sans façon. Enfin elle est morte.
Lorsque le prince Eugène était jeune, il n'était pas bis-laid; il s'est enlaidi en vieillissant; il n'a jamais eu bonne mine ni l'aie noble ; il n'a pas de vilains yeux, mais son nez gâte sa figure; il a deux grandes dents qui lui sortent de la bouche ; il est toujours malpropre, et il a des cheveux gras qu'il ne frise jamais.
1« octobre 1717.
On ne veut pas convenir ici que l'ambassadeur do
DR MADAME LA DECHEflSR D'ORLÉANS. $35
Perse ait été un fourbe; c'était un homme de piètre mine, voilà ce qui est sûr, mais il avait de l'esprit. Sou audience a été quelque chose vraiment magnifique. I) avait fait mettre dans une caisse une femme mariée qui était grosse de ses œuvres, après lui avoir fait abjurer le christianisme. Le mari n'était pas non plus un personnage fort recommandante, c'était un bâtard du premier aumônier de mon fils, l'abbé de Grancey, qui avait toujours eu chez lui un petit sérail. L'ambassadeur avait demandé que personne n'ouvrit ta caisse percée de trous où il avait fait emballer cette femme; il disait qu'il y avait dans cette caisse des livres écrite par le prophète Mahomet, et qui seraient souillés si des chrétiens s'avisaient d'y toucher; mais on n'a pas tenu compte de sa recommandation , et la dame fut découverte . On prétend qu'on lui a donné dix mille louis d'or, mais c'est ce que je n'ai pu croire ' .
Ce n'est point par jalousie pour sa sœur que nu petite-fille se fait religieuse, mais de crainte d'être tourmentée par sa mère et sa sœur qu'elle redoute fort, et en ceci elle n'a point tort. Elle n'aime point les personnes qui sont en grande faveur auprès de sa mère, et elle ne peut se résoudre à les flatter ; elle ne fait pas grand cas non plus des frères de sa mère; telle est la source de leur zizanie.
a octobre nn.
il est vrai que le roi a dit à Louvois des choses dures,
1 L'authenticité de cette unbauade de Perse, est un problème Atatulqne. Voir lea Mémoira 4e Dwcto», 1>0S, 1. 1, p. 1*4.
9&6 eOftRBSNMDÀNCa
mais il n'est pas frai qu'il ait voulu le frapper : le roi en était incapable . Louvois était un diable, rude et impertinent, mais il a servi le roi avec habileté et fidélité et mieux que tout autre, sans s'oublier cependant luimême, car il a grandement fait sa main. Il s'était fait exécrer de tout le monde par sa brutalité et ses réponses grossières. Il n'avait aucune politesse et il était détestable'.
6 octobre 1717.
M1** Ut Princesse, qui est 'née et qui s été élevée ici, D'à pu avoir autant de répugnance que nwj pour la mariage' de son fila avec une bâtards (dv roi) ; mate elle s'en est biep repentie depuis... Or no peut mener use conduite plus régulière que la sienne.
5 octobre 1717.
Ce qui montre qu'on ne peut échapper & sa destinée, c'est que te roi a épousé la vieille guenipe. Longtemps avant qu'il ne eotjuût la Scarion, il disait un jour à MM. de Créqui et de La Rocbefoueauh : < L'astrologie est bien fausse; on a fait mon horoscope en Italie % et
* C'est ce que disait un chansonnier de l'époque:
n eit taajoan furibond, Le soupèse, 1* camper», II ta taftjaan fucibawl.
Et « par uuli et pu bonds.
Quint au soin quo Louvois prit de sa fortune personnelle, le témoignage d'un contemporain s'accorde avec celui de Madame: « Le marquis de Louvois a amuse* des richesse» innuiment pfna grandes que son père (Le Tellier), quoiqu'on les fasse monter à vingt millions ■ ( Brlenns, Mémoire», t. H, p. 376).
1 Henri 1Y fit tirer l'horoscope dà Lauls XIII par m* m*.
DE MADAME LA BOCHEWB D'oHLEÀNS. 327
on me mande qu'après avoir vécu très-longtemps, je dois aimer une vieille p....n jusqu'au dernier jour de ma vie. Y a-t-il grande apparence a cela î » ! 1 riait a s'en rendre malade, et cependant la chose est arrivée.
a octobrt n n.
Mon fils prétend que sa fille n'a sur lui aucune influence... Quoiqu'il parle bien des choses de science, on voit facilement que cela ne lui cause aucun plaisir, «t au contraire lui donne de l'ennui. Je lui en ai souvent fait la remarque ; il convient qu'il a d'abord grande envie de tout connaître, mais sitôt qu'il connaît ce qu'il étudiait, il n'y trouve plus nulle satisfaction.
L'abbé de Saint-Albin meurt de chagrin de ne pas être légitimé; mon fils lui préfère l'enfant de lu Séry. 11 ne veut pas le reconnaîtra parce qu'il est fils de la Florence, qui a mené une conduite des plus déréglées; il craint qu'on se moque.de lui en le voyant reconnaître tant d'enfants différents. L'abbé Danois est l'ennemi juré de Saint-Albin, et il a beaucoup fait pour empêcher mon fils de le reconnaître. Le chevalier d'Orléans'est fort joli, mais un peu moqueur; il contrefait tout le monde; il tient cela de sa mère.
deeln LarWière. On eut grand soin de tenir un astrologue cacM prèa de la chambre d'Anne d'Autriche, quand elle mit Louis XIV au monde. Un horoscope manuscrit de ce monarque se connerve à la Bibliothèque de Lyon. II existe uu livre peu commun ; L'Horoscope de Lonii XIV prédit par l'oracle François/ Paris, 1 662 (pai Meogau) j ut thème d# nativil» du roi est sur le titre.
8 octobre 1717.
Quand le duc de Créqui voyait une femme qui lui paraissait légère, il disait : c Je ne voudrais pas avoir perdu ce que celle-là cherche ' ! V
J'ai eu le malheur de fâcher le margrave Jean-Fré-
1 C'est pour Créquy, tné A la bataille de Lama en 1702, que fat fait ee Joli couplet:
SI j-iioii irai Is béante Qui Ht régner ■onlenge.
Ouii j'étoi» comme Cintt,
Toul cela seroit pour Créqui, Dut-il urètre infidèle ,
Cm vert eurent un grand succès, et les recueil* manuscrits en présentent des imitations assez nombreuses ; nous en citerons deux couplets :
Slj'anislaflgare,
La naiuance de Chitillon,
Et l'tiprit de Volnue, HfAtlaéiaMN naraula«,
Du roi l'ami fidèle,
nit
M"* de Val Use. était une des belles personnes de l'époque. Ces couplets en Inspirèrent un autre dont le sel consiste dans les contre-vérités qu'il exprime :
De GeiTre et de ViUarojr
Autant d'eaprit qu'en a Ctroj,
De Fieaque la prudence, La probité du groi Hroneain,
De Ceauc la droiture, C* eeroH trop pour ta Certain ( «rince de FOptn),
Et pan pour li Kacnbure,
déric d'Anspach. Il m'apporta une lettre de feu mon frère et de sa femme ; mon frère me recommandait d'assister Son Altesse le margrave de mes conseils et de faire pour lui comme pour mon propre frère, car il l'aimait si fort qu'il le regardait comme un autre luimême. J'en conclus que je lui rendrais service en lui donnant les conseils que j'aurais donnés à mon frère. I! n'y avait pas trois mois que sa première femme était morte; il était donc encore en grand deuil. Je demandai au margrave ce qu'il venait faire en France ; il me répondit qu'il y passait pour se rendre en Angleterre, et qu'il désirait, avant son départ, faire sa cour au roi. Je lui dis : « Votre Altesse a-t-elle quelque chose à traiter avec le roi? a-t-elle des affaires dont elle a besoin d'entretenir Sa Majesté? » Il me dît que non, qu'il n'avait rien à demander; je lui répondis : « Si j'osais, je conseillerais à Votre Altesse d'envoyer auprès du roi la principale personne de sa suite, et défaire complimenter Sa Majesté en lui faisant savoir que Votre Altesse se rend en Angleterre et qu'elle n'aurait pas manqué de faire sa cour, mais qu'étant en grand deuil, à cause de la mort de son épouse, elle croît devoir, par respect, ne pas se montrer devant Sa Majesté dans un appareil aussi lugubre. > 11 répondit : € Je voudrais bien aller droit au bal, car j'aime la danse; mais, pour J aller, il faudrait que j'eusse été présenté à Sa Majesté. — Pour l'amour de Dieu, dis-je, que Votre Altesse n'aille pas au bal; ce n'est pas l'usage ici; Votre Altesse se rendra ridicule, d'autant plus que le maréchal de Grammont, qui l'a conduite chez le roi il y a quelques années, a dit qu'elle n'avait rien trouvé digne
d'éloge en Frime* qu'on petit chardonneret qui était dan* le cabinet du roi et qui sifflait des airs. Je conseillerai donc à Votre Altesse de ne pas aller vers le roi et de ne pas aller an bal. » Il se fâcha beaucoup, disant qu'il voyait bien que je reniais les princes allemands, et que je ne voulais pas les laisser présenter au roi. Je dis que mes intentions étaient bonnes, et que je l'avais conseillé comme si c'eût été mon propre frère. Il s'en alla tout en colère et se rendit chez le maréchal de Schomberg, et il se plaignit de moi. Le maréchal voulut savoir ce que j'avais dit, le margrave le lui répéta mot pour mot. Le maréchal convint que je n'avais pas mal conseillé, et il fui de mon avis ; mais cela ne servit & rien. Le margrave persista A vouloir être présenté au roi; il s'y fit conduire par le maréchal, et, le lendemain, il alla au bal. 11 était bien paré, portant le petit deuil, avec des dentelles blanches sur du noir, de beaux rubans bleus, de belles dentelles blanches et noires, et des rheingravet, qui vont trèsbien à quiconque a une jolie taille; c'était une trèsbelle parure, mais elle ne convenait pas à un veuf qui est dans le premier temps du deuil, et cela fit rire, il prétendait s'asseoir dans le cercle du roi ou personne ne s'asseoit que les membres de la famille royale, jusqu'aux petits-enfants de France; tes princes du sang même ne peuvent s'y asseoir, a plus Carte raison tes princes étrangers. Dès lors Son Altesse commença de se repentir de ne pas m'avoir crue, et elle partit des le lendemain matin.
Paris, 0 «lotira 1111.
Nous n'avoua guère de nouvelles. Vous deres savoir
que le pape a fait arrêter, à Bologne, lord PeterboiDogfa ' ; personne n'en sait la raison ; il s'est promené quatre jours déguisé en femme ; avec beaucoup de talent, cet nomme agit souteot comme un fou. On lui a demandé s'il était vrai que le roi d'Angleterre eût donné des ordre* pour faire assassiner le chevalier de 8aint*G«or ge , il a répondu que non et que le roi George était incapable de donner de pareils ordres, mais quele prince de Galles en serait bien capable.
Des couvents ne vont pas du tout à notre bonne ville d'Héide&erg; je vols arec regret qu'on donne avi capucins le bâtiment qui est dans le faubourg auprès du jardin. On appelle ici les capucin» les laquais des jésuites, car ils font toujours ce que ceux-ci veulent. Tous les jésuites sont aussi détestés à Paris que dans le Paiatinat.
1 Voir Saint-Simon, t. XXX, p. 130. Charles Mordaunl, comte de Pcterborough, un des |>iua illustres généraux de l'Angleterre à l'époque des guerres de la Succession. Il s'était rendu en tuile pour rétablir u santé, lorsqu'il fut arrêté i Bologne, le 11 septembre 1717, d'après le» ordres- donnés par ta pape Clément XI, de s'assurer de tous les étrangère qui ae trouveraient dans le voisinage d'IJrbin, où résidait alors le Prétendant, menacé, disait-on, par des complots. Né avec une imagination dallée et une activité Infatigable, lord Pcterborough se conduisait Tort peu comme le reste des hommes. Il prétendait luimême qu'il avait vu plus de rois et de postillons qu'aucune autre personne en Europe. On peut juger de la liberté qu'if metlait à «primer set Idées, par ce qu'il disait de lui-même et du général français qui lui était opposé en Espagne : ■ Nous sommes de grands ânes de combattre pour dent gros benêts. » On n publié récemment les Memoirs of Charht Mordamt, tari PeUrborwtgh , wttk sélections froms Ail corrcâpoudencé, Londres, ISSï, î vol. in-».
M octobre 1TIT.
Le prince Ragotzky ' a de grandes obligations à sa femme, car elle lui a sauvé la vie et l'a fait évader de prison. Lorsqu'on a voulu lui dire des choses un peu fortes contre elle, il a répondu : « Elle m'a sauvé d'avoir la tête tranchée ; après cela, il ne m'est plus permis de m'informer de ses actions ; c'est pourquoi on me fera plaisir de ne pas m'en parler. •
12 oclohre 1717.
La reine d'Angleterre, femme de Jacques 11, était trop bien avec H"" de Maintenon pour qu'on puisse croire que le feu roi ait été amoureux d'elle. J'ai vu un livre intitulé : V Ancien bâtard protecteur du nouveau',
' Françols-Léopold Ragotiki, prince de Transylvanie; après avoir longtemps lutté contre l'Autriche à la tête des Hongrois Boulei-és, Il tint en France en 1113, il se relira dans la maison des Camaldules deGrosboia et, éloigné sur la demande de l'empereur, chercha un refuge en Turquie; il y mourut en 1735. Saint-Simon en parle Tort au long, t. XIX, p. 183. Sa vie a éié écrite par Lenoble, Paris, 1731, et elle vient d'être l'objet d'une publication de J. Rinhoru : F. Rakotzy, Hùtorlscha charalterbild, Lelpsig, 1854.
* Voici le titre de ce libelle devenu rare : V Ancien bâtard protecteur du nouveau, ou là Prostitution de la Reine pour la protection du prince de Galles, traduit de l'anglais (sans indication de lieu), 1 703, In-JÏ. Ce livret manque sur les catalogue* de quejpuea-nnes des collections les plus riches eu écrits de ce genre. Au verso du litre, on lilcesvers:
Sor celte épineuse matière, .
N'en dltou guère et qu'il soit bon; J'aperçoil Lonia de Bourbon.
Oignon» 1« porte de derrière;
qui raconte une galanterie entre la reine et le père La Chaise; c'était nn vieillard de quatre-vingts ans qui avait l'air d'un Ane, de longues oreilles ', une grande
S'il ait Bli liai de l'Bgliie, Le cardinal ait do ki pucnU,
A la fin lo» mirant» :
Toot prendra lui rien rabattra Bar un peuple qui meurt de faim, Cul ètra Bit de Huaria, Non pe Lit-Bit de nenri-Qaatre.
1 Ce* longues oreilles sont en effet ee qui frappe dans le (lotirait du père La Chaise, portrait qui Tait partie d'un recueil de gravure* publiées en Hollande en 1691, bous le litre de : Les Héros de la ligue, ou la Procession monacale conduite par Louii XIV. Ces figures ont été reproduites dans le* Mémoires de M. de Maurepas publiés par Soulavle en 1192, et dans le Mutée de la Caricature, 1S34, livraisons 36 et suivantes. Audessous du portrait en question est placé un quatrain :
Et à ma lacté enfin je donne dn crédit.
Ua calomnies dont parle Madame ont été reproduites dans V Histoire secrète des amours du Père La Chaise, Cologne (Hollande), 1103. L'auteur de ce roman satirique avait donné, quelque temps avant , le récit , non moins tait k plaisir , de la conduite politique de ce personnage Important) l'Histoire du Père La Chaize, publiée en 1 693, obtint rapidement plusieurs éditions; les deux ouvrages forment lea deux premiers volumes d'un recueil anti-jcsilitique, publié en 1719, sous un titre bl- *arre : Jean danse mieux que Pierre; Pierre danse mieux que Jean-, ils dansent bien tous deux; 6 vol. m-iî.
Parmi le* écrits dirigés contre le Père La Chaise, on peut citer encore : Le prince assis sur une chaise dangereuse, ou le B-oy T.~C, (très-chrétien) se confiant en un jésuite qui le
botiobe, «île grosse lôte, une longue figure; c'était bien nul imaginé. Ce libelle était encore moins digne do foi que celui qui concerna le feu roi1.
13 celobre 1TIT.
M"' la Duchesse la jeune ne vaut pas grand'chose; elle est cause, par sa fausseté, que H. le Duc n'a pas épousé une de mes petites-filles; elle se mit en avant comme si elle voulait faire ce mariage, elle empêcha M™6 de Beriï, qui était sa bonne amie, d'en parler, et elle travailla pour elle-même.
17 octobre mi.
Le feu roi a contracté beaucoup de dettes1, parce
trompe, Cologne, I6S9. C'est un recueil, a&sex rare de plècei en vers et en prose, et l'archevêque de Parie, François de Harlay, s'y trouve tout aussi maltraité que le confesseur du roi.
Né en 1624, ce jésuite avait plua de soixante-cinq ans lorsque la reine d'Angleterre vint en France ; il est aisé de comprendre d'ailleurs que la malignité publique ne ménageait pas les confesseurs de Sa Majesté; les recueils manuscrits noua offrent divers couplets mr le Père Annat qui exerça de 16S4 à 1610 les bien délicates fonctions de directeur de Louis XIV ; nous noua bornerons a une citation fort courte :
lit un crime tort grand ; De peur 4a lui déplaire, Je quitte L» Tullière
1 Louis XIII parait lui-même avoir en quelques doutes sur sa paternité tardive, car lorsque le nouveau-né lui tut présenté, 11 refusa de l'embrasser selon l'usage. Cet affront altéra la santé à* la reine an point de mettre sa lie en danger. . * Bien ne donne mieux l'idée de l'état des nuanças, a la
qu'il ne roulait rien retrancher de son taxe; il a aussi amprunlé beaucoup d'argent, et ceci a été la cause dea plus grandes malversations de la part dea gêna d'affaires et des partisans, car lorsqu'un sou avait été prêt* au roi, ils eu faisaient, d'accord avec leurs créatures, ans pistole; grâce à leurs friponneries, qu'aucun frein ne retenait, ils h sont enrichis , mais la roi et le royaume sont devenus fort pauvres. Mon fils se donne jour et nuit beaucoup de peine pour tout remettre en bon état, et personne ne lui en sait gré; il a beaucoup d'ennemis, qui répandent contre lui toutes sorte» d'affreuses menaces et qui font tout ce qu'ils peuvent pour exciter contre lui la haine du peuple, ce qui leur réusait aisément, surtout parce qu'il n'est pas bigot. H est si peu intéressé qu'il n'a pas touché ce qui lui rerient comme régent; il n'en a pas pris un liard, quoiqu'il ait de grands besoins, à cause de ses nombreux enfants. Le jeune roi a autour de lui des gens qui sont très-mal disposés à l'égard de mon fils, un surtout', quoiqu'il soit son beau-frère, mais c'est le pins faux des hypocrites ; lia l'air de vouloir manger les images de tous les saints, mais ce n'en est pas moins
ioort de Louis XIV, que l'aven fait par wti MKCesseor (&M dti ï décembre n 15) : ■ A notre avénemeut * la couronne, 11 n'y
■ avait pu la moindre fonds, ni dan* le trésor royal, ni «rat « lesrwottes, pour satisfaire aux dépenses tes plus urgentus;
• nous avons tronvé le domaine de notas esaronne aliéné, les
■ revenus de l'Etat presque anéanti», les Impositions ordinaires
• employées par avance, une multitude de billets d'ordonnances
■ et d'assignations anticipées de tant de nature» différentes, et
• qui montent a des sommée si considérables, qu'à peine on
■ peut en faire la supputation. »
1 Le dur. du Maine.
le plus méchant homme qui soit sur la terre. Du temps du roi, lorsqu'il flottait quelqu'un et lui parlait avec bonté, c'était la preuve qu'il lui avait joué un mauvais tour, 11 a contribué à faire renvoyer sa mère de la cour, afin de faire plaisir à la vieille (Maintenait), et il voulait si bien empêcher qu'elle ne reparût à Versailles, qu'il fit jeter ses meubles par la fenêtre. Vous pouvez facilement imaginer de quoi est capable un b de cette humeur. le le crains pour mon fils e le diable, et je trouve que mon fils ne se tient pas assez but ses gardes à cet égard. La vieille lui en veut à la mort; tout le mal qu'on dit de cette femme diabolique est encore au-dessous de la vérité ' .
1 11 eiiate contre If ma de Mainlenon dea écrits ma nombreux ; les recueil! manuscrits contiennent dea fragments restés Inédits; nous leur emprunterons quelques passages.
■ Notre père qui êtes à Mariy, votre nom n'est plus glorieux;
■ foire volonté n'est faite ni eut la terre, ni sur la mer ; rendei-
■ non* aujourd'hui notre piin , parce que nous mourons de
• faim ; pardonnes à vos ennemis qui tous ont battu, mais ne w pardonnex pas à vos généraux, et ne nous induises pas en
■ tentai ion de changer de maître , mais délivre* -noua de la
* Malntenon. ■
Dana un uoél , t. Xi, p. 208 de la collection Maurepas, il te trouve sur V"* de Mainlenon deux vers tellement audadevx, sana doute, qu'ils ont épouvanté le copiste, 11 les a laissés en blanc. Voici quelques passages que l'on peut transcrire:
Dnid l t'tmoar ncoomlM,
Silonon deiinl idolâtre,
Pour Qmptule Hercule SU,
Antoine (imi trop Cléopilre ;
DE MAÏ.AMK LA DGCHESSS dWÉANS. 337
Paris. ÏO octobre 1T1T.
Si vous veniez ici, je suis sûre que tous ne vous y plairiez pas; la débauche est générale et vraiment affreuse. La princesse de Galles ne m'a pas encore annoncé la mort de la duchesse d'Eisenach, qui s'était faite piétiBte; cette secte n'était pas du tout mon fait. La duchesse d'Hanovre m'écrit que Langallerie est mort de faim , il est resté vingt-un jours gana boire ni manger. En mourant il n'a point recommandé son âme
B'époute
r la TieiUe
Penl-ou,
•ui être i
i.liriqu»,
Rire d-m
•i conriqot
lie eainte i
Comme i
ne l'empin
Si nom ne mourioni
pu da lai
Il m fui
droit cre.e
rdtrira.
Mon Dieu, l'étrange eaal Ne m'entendei-toue ps»I On ent recours à un assez panvre Jeu de renia pour ae moquer de la favorite, qu'au début de ta puissante on avait spirituellement désignée sous le nom de Mme de Maintenant ;
An Dtuphin Irrité de ioir comme ton! n. Mon S!a, disait Louii, que rien ne mut étonne, Nom rosi ntiendronl notre eouronoe ; lé Dauphin it'^ianUit : Sire, UoLiienon. l'i.
..:■,.:■ ,,CtHiyIc
338 CORHIBMNDAME
à Dieu; mais, tB voyant près de sa an, il a pris le portrait de sa femme et lui a parlé avec une telle tendresse, qu'il a fait venir des larmes à tous les assistants. C'est une mort bien triste, et l'objet d'une telle passion en était bien peu digne, car son infidélité était notoire et des plus scandaleuses.
Mon Sis n'est ni joli ni laid, mais il n'a pas du tout les manières propres & se faire aimer ; il est incapable de ressentir une passion et d'avoir longtemps de l'attachement pour la même personne. D'un autre coté ses manières ne gant pas assez polies et assez séduisantes pour qu'il prétende à se Caire aimer. Il est fort indiscret et raconte tout ce qui lui est arrivé; je lui ai dit cent fois que je ne puis assez m'étonner de ce que les femmes lui courent follement après; elles devraient plutôt le fuir. Il se met à rire et me dit : < Vous ne connaissez pas les femmes débauebéas d'à présent Dire qu'on couche avec elles, c'est leur faire plaisir. »
P*m, î+ octobre 1717.
J'ai connu une dame qui, par suite de sa jalousie! l'égard de son mari, avait perdu la raison, au point qu'elle assassina ses deux frères qu'elle aimait beaucoup ; elle jouait fort bien de la guitare, et lorsqu'elle avait on de ses accès de fureur, on lui donnait une guitare, et dès qu'elle l'accordait et qu'elle se mettait à en jouer, elle redevenait calme. Langallerie s'était brouillé ici avec le ministre : il avait fait imprimer un livre pour montrer que le ministre de la guerre
avait' trahi le roi; il fut tfès-irrité de voir qu'on ne lui donnait pas l'avancement auquel 11 prétendait, et que d'autre* loi étaient préféras; il prit ion congé et passa *tt l'empereur.
En France et en Angleterre, les ducs et les lords ont un orgueil tellement excessif qu'ils croient elro SB-dessUs de tout; si on les laissait faire, ils se regarderaient comme supérieur» aux princes du sang, et la plupart d'entre eux ne sont pas mémo véritablement nobles '. l'ai une fois joliment repris un de nos ducs. Comme il se mettait à la table du roi, devant le prince de Dette-Ponts, je dis tout haut : « D'où vient que M. le duc de Saint-Simon presse tant le prince de Deux- Ponts T a-t-ll envie de le prier de prendre un de ses fils pour pageï» Tout le monde se mit si fort à rire, qu'il fallu qu'il s'en allât*.
1 Cette a*»eitlon n'est pas tout A lait dépourvu* d'exactitude, nuit ton examen exigerait du détails qui ne peuvent trouver pUee dans cette note. L'Idée émise par Madame a élé reprise nieswnaoap d'emportement révolutionnaire dans tm écrit de Maure : Liite des nom» de famille et patronymique» de* Ci devant duc», tnarquit, eomtet, etc. Cette satire, hérissée de mensonge» et d'erreur*, fit beaucoup de bruit et de «eandtle si nso, et elle reparut ave* diverse» modification», sous dam ou trois titre» différents. M.Paul Lacroix en a entrepris une réfutation forte de science et défaits. (Voir les Ditttrtatttm» i«r W*lq*ei point» mrtmtx de ÏHlttoire de Franc*, Paris, 1*41,1*1,
* Ori comprend qne Saint-Simon ne se soit pas aodcM de consigner dans se» volumineux Mémoire* le récit d'une aneodele qui blessait sa vanité. Elle était excessive, et ou a pu dira avee kMM qu'en Francs 11 ne voyait que la nobleaae, dans la nobUit* que Isa ddée et pâtre, et parmi les duc* et pairs que lut. Ce n'eu pu Ul le moment d'apprécier tes aeril* Ua» letcjteb
Lord Peterborough ne veut pas sortir de prisai jusqu'à ce qu'il ait obtenu réparation de l'affront qui lui a été Tait. Moi, si j'étais en prison, et qu'on me laissât libre d'en sortir, je m'en irais au plus vite, et je dirais ensuite ce que je voudrais dire; mais avant tout, je reprendrais la liberté. Ce lord est un extravagant Iresdrôle; je croîs qu'il aimerait mieux mourir que de se priver de dire ce qui lui passe par la tète et de faire des malices aux gens qu'il déteste.
35 octobre (T1T.
le n'ai jamais eu les manières françaises et je n'ai jamais pu les prendre ; j'ai même toujours tenu à honneur d'être une Allemande et de conserver les manières allemandes qui sont ici du goût de peu de gens.... Je n'ai pas à me plaindre publiquement de la conduite de la femme de mon fils, elle se conduit fort convenablement à mon égard.
Il octobre 1TIT.
Je ne mange en fait de soupe que de la soupe au lait, à la bière ou au vin ; je ne peux souffrir le bouillon, et je suis tout de suite malade s'il se trouve un peu de bouillon dans un des plats que je mange ; mon corps
on connaîtrait mil le règne et la cour de Lonli XIV. Renvojoni à ud article de H. de Slsmondl, dans la Bévue encfclopédiq**, t. XL111 ; i deux articles dans la Revue /rançaiie, n" XI, septHuibre 1839, et n° XV, mai 1830; * une notice de M, de Sainte- Beuve, Caia cries du lundi, t. 111. H. Feuillet de Concbes s'occupe depuis longtemps de réunir des notes , de* documents, dm maiérism pour ont édition nouvelle et soignée de cet Mémoire!. (Voir te Bulletin 4e la Société 4e ï Biliaire de fronte, 1SM, p. 181, et 1146, p. 28B.)
enfle, j'ai des coliques, et il faut que je me fasse saigner ; des boudins et des jambons me remettent l'estomac....
C'est par pure affection que j'ai évité de prendre le pas sur feu l'Électrice, mais j'ai fait une grande différence avec la duchesse de Hecklembourg ainsi qu'avec notre duchesse de Hanovre, et je n'ai pas hésité. Je n'ai pas voulu non plus passer devant Son Altesse ma mère, et j'aurais même porté la queue de sa robe, comme j'avais coutume de le faire dans mon enfance, mais elle n'a pas voulu le souffrir.... Lorsqu'il y avait de grandes fêtes, Monsieur me faisait mettre du rouge; je le faisais à contre-cœur, car je n'ai jamais aimé la parure et je n'aime rien de ce qui me gène.
38 octobre 111 T. L'abbé Perrault a fait une fondation en l'honneur de la maison de Coudé; il a réglé que, tous les ans, l'oraison de Monsieur le Prince serait prononcée dans l'église des Jésuites où son cœur est enseveli '. Je ne dirai pas de ce prince qu'il a gagné des batailles, qu'il s'est montré très-courageux à la guerre et très-timide à la cour; c'est chose connue de la France entière.
1" novembre 1711.
J'aime l'abbé de Saint-Albin et il le mérite, car d'abord il m'aime sincèrement et ensuite il se conduit
1 On ■ publié diverses oraisons funèbres du prince de Conde ; celles de Boasuet et de Bounlaloue sont connues de tout le monde ; celles que composèrent l'évéque de Cbâlons et le père Mirtineiu, l'une et l'autre composées en 1687, rentrent dans 1« classe très- nombreuse des livres que personne ne Ht. ÎB.
fort bien. Il a de l'esprit, il est raisonnable et il n'a point de sotte cagoterio. Il n'eut pas en faveur auprès de mon fils autant qu'il le mériterait, mais il est le meilleur garçon du monde, bien élevé, pieu* et vtr- Wou»; il eat instniit, il sait beaucoup «t ne «'en fait point accroire. Il ressemble à feu Konaour plus qu'a ma fila, mais l'en voit bien d'où il provient ; mon fil» ae peut le renier ; il est bien dommage qu'il ne soit pas enfant légitime de mon fila.
L'abbé Dubois so trompe fort lorsqu'il pense que je croie qu'il n'a pas contribué au mariage de mou flls. Je suis persuadée que lui seul l'a fait. Il est vrai qu'au commencement il était pour moi , mais après que la vieille l'eut mandé trois ou quatre fois auprès d'elle, il changea bien vile. Si depuis le roi l'a pris en haine, ce n'était pas pour cet objet , mais pouf un tripotage ett il s'était mêlé avec le père La Chaise. Monsieur était aussi tttêcoiïte nt de la chose que moi, mais le roi et la vieille gnenlpe le tirent menacer de chasser ses favoris; cela le fit consentir à tout', il s'est repenti en* suite, mais' il était trop tard.
S BûtBHibre tltT.
Mme d'Orléans n'aime que ses parents du coté maternel'. Elle ne peut comprendre qu'il y ait plus
1 C'est ce que confirme Salnt-Simua. « L'intérêt de H. du Haine effaçait tout autre dans son cœur et dans son esprit, et ce qui va jusqu'il l'increvable, en même temps que c'est la plus exacte vérité, c'est que la béatitude anticipée de l'autre monde «il été pour elle en celui-ci, si elle avait pu voir le duc du Haine établi roi de France, su préjudice d« son mari et de sua Dis, beaucoup i>lu» si silo avait pu y contribuer *£ t. XXlU, p. **)•
d'honneur pour elle à soutenir les intérêts de son fils que ceux de ses frères. Elle soutient qu'il y a dans tout Mb beaucoup de malice de la pert de son neveu, M. le Dm (dé Bourbon), qui déteste ses oncles (ta frire* de M^'d'Orléam).
Cest une chose affreuse ce que la pauvre princesse (du Contf) a eu S souffrir de son mari ; il était, quoique sans aucun motif, jaloux comme le diable. Elle ne savait jamais avec certitude où elle devait passer la trait ; quand elle s'était figurée qu'elle resterait à Versailles et qu'elle s'était arrangée en conséquence, il la menait a Paris ou à Chantilly ; lorsqu'elle croyait rester à Chantilly ou à Paris, il la conduisait & Versailles ; elle était continuellement tourmentée comme une ame en peine. Elle m'a impatientée souvent, car, au Heu de jouir du repos que lui procura enfin la mort du prince, elle pleurait sa mort et faisait des vœu* pour qu'il vécut encore, dût-elle être tourmentée derechef.
7 noTemftre 111T.
Je crains fort pour mon fils auprès de ces dames
qu'il fcéqueule ; il y a déjà été une fois brûlé Il
n'avait que dix-sept ans lorsqu'on l'a marié ; c'était un tout petit garçon. Si on ne l'avait pas menacé de renfermer dans un vieux château, à Villers-Cotteret, et si os ne lui avait pas donné l'espoir de voir M" la Duchesse autant qu'il voudrait , on ne l'aurait pas fait consentir à ce maudit mariage.
SHat-Chmd, HwNBlm MIT.
M Tondrais que vous apprissiez à jouer aux échec»;
la première Dauphin» avait un page âgé de douze ou treixo ans, fils d'un mailrc d'hôtel de quartier, qui éfait supérieur aux joueurs les plus habiles. Feu H. le Prince fit un jour une partie avec lui , et croyait gagner ; mais ce fut le page qui remporta la victoire. Quand le Prince vit qu'il était échec et mat , il se mit dans un tel transport, qu'il saisît sa perruque et la jeta à la tête de ce petit garçon. Ici on joue surtout la bassette, le pharaon et le lansquenet , et on y joue trèsgros jeu ; si quelqu'un en paraissait contrarié, il serait mal reçu.
Je m'étonne que l'on n'ait pas imprimé la relation du mariage de l'Électeur ; on publiait à Heidelberg des relations de ces choses-là avec tous les détails. L'Opéra a sans doule été italien; car en Allemagne, on n'aime que la musique italienne; je ne puis la souffrir; il me semble que le bruit qu'elle fait est comme celui des chats qui miaulent sur les toits.
Je vous remercie de la médaille d'argent que vous m'avez envoyée •, elle vient fort à propos ; j'ai ainsi le docteur Luther en or et en argent. Je suis persuadée que Luther aurait mieux fait de ne point faire d'Église séparée, mais de se borner a s'opposer aux abus de ta papauté ; il en serait résulté bien plus de bien. En revenant à ce que j'avais commencé à vous dire mercredi , je vous assure que mon fils a plus d'ennemis que d'amis ; son beau-frère et sa femme travaillent avec la plus grande ardeur à soulever contre lui la haine du peuple. Mme du Maine a fait circuler des écrits contre mon fils. Tous les enfants de la Moulespan sont une méchante race. Le petit roi a une jolie
DE MADAME LA DUCHESSE fl'ûBLÉANS. 344
figure fit beaucoup de jugement ; mais c'est un méchant enfant ; il n'aime au monde que sa gouvernante ; il prend sans motif do l'aversion pour, les gens, et il leur dit volontiers des choses blessantes. Je ne suis pas dans ses bonnes grâces, mais cela ne m'inquiète guère; car lorsqu'il sera en âge de régner, je ne serai plus de ce monde et je ne dépendrai pas de ses caprices. Lorsque je recommande à mon fils de se tenir sur ses gardes contre ces méchantes gens, il se met à rire et me répond : * Vous saves bien, madame, qu'on ne peust Evitter ce que Dieu vous a de tout temps destines ; ainsi , sije le suis à périr, je ne Le pourris Evitter ; ainsi je feres que ce qui est raisonnable pour ma Conservation, mais rien dextraordmaire '. » Mon fils a beaucoup étudié; il a une bonne mémoire, et il s'exprime bien sur toutes sortes de sujets ; il parle surtout fort bien en public ; mais il est homme, et il a ses défauts tout comme un autre. Ils ne font tort qu'à lui, et il n'est que trop bon à l'égard de tous les autres.
16 novembre 1711.
Le feu roi tenait beaucoup a être admiré de tout le monde, surtout de ses maîtresses '. 11 avait beaucoup
1 Non* reproduisons le teila original afin de donner un* Idée de la façon dont la princesse écrirait le français. Son allemand ne faut guère mieux.
* Louis XIV existait de h famille comme de se» mlniilret les sentiments d'une obéissance exclusive, absolue. Les démonstrations de soumission et de respect furent poussées à un point o,ul dégénérait en une espèce de culle. On trouve dans un livre en quelque aorte offlciel, et dédié au roi, de curieux détails à cet égard. Quand le* grandes dames, surfont les princesses du sang.
d'eaprit raturai, mais il était fort ignorant et U en avait honte; aussi fallait-il tenir 1m savante poorgeni ridicalM... Il m pouvait souffrir qu'on parlât poli- . tique.
Saint -Gland, 16 norêmbra 1717.
Toutes les grandes dames qui contractent des mésalliance» en sont bien récompensées ; elles sont ordinairement malheureuses dans, leur mariage et maltraitées de leurs maris ; c'est le cas de la princesse de Deux-Ponts, qui a épousé son écuyer. Elle s'en trouve bien mal, mais je ne la plains nullement, elle Ta bien mérite. Je ne puis m 'empêcher de rire quand je pense comme je l'avais exactement avertie à f avance de ce qui arriverait. Elle était avec moi à l'Opéra et voulait à toutes forces que son écuyer vînt s'asseoir derrière elle. Je lui dû : « Pour l'amour de Dieu, que Votre Altesse reste tranquille et qu'elle ne se tracasse pas ainsi de (ierstorf; elle ne connaît pas encore ce pays;
passent dans la ciambre du roi, elles font une grandi; rérâebea anXit fa S* Uaieslé(l'Sitat de la France en 1691, 1. 1, p. 293). Saint-Simon a pu dire qu'il n'avait tenu qu'a Louis XIV de se faite adora ; t diverse» reprises, Il ■ peint avec vigueur l'orgueil de o« monarque : ■ Les flatteries lui plaUoient à un tel point que les plua grossières même étolent bien reçues, le» plu* basses étolent la* mieux savourées, et ce n'éhrit que par U qu'on apprecaoit de lui.,,.. La souplesse, la bassesse, l'air admirant» craignant, dépendant, rampant, et plu» que tout, de néant, «talent In uniques moyens de lui plaire. » Divers éarits de rdpnqiii formant d'étranges monuments de cette adrdaUoBi os p. ut signaler, entra autres singularité* de ce genre, le Nouuoam Pmtkém, ou te Rapport dei dwinltt* du payenitme et du Mroi dt l'antiquité aux vertu* tt aux actiorH «te Lotàt fa G*«trJ,psr de Vertronj Paris, lfl»6, tn-(.
t« MADAMB LA WICHFSSS D'ORLÉANS. 347
lorsqu'on se préoccupe n fort de se* gens, on donna lieu de crôire qu'on a de l'amour pour eux. > Elle répondit : « Est-ce qu'on ne peut pu porter da l'intérêt à ses gens? > Je dis : « Oui, on peut les mener à l'Opéra, WMSOB s'a pat besoin de les avoir auprès de soi. ■ Je ne savais pas alors que j'eusse deviné aussi juste.
H. Bendenrftter ' est un galant homme qui sait vivre comme il faut et qui n'a point les rebutantes manières autrieMennes ; il ne parle point le dialecte autrichien, mais en bon allemand. Lorsque j'étais ici , la foire BaimVGermain commença. Il vint un géant qui voulait se faire voir pour de l'argent, mais ayant rencontré M. Bendenritter, il dit : < Voilà qui est fait; ia nlnu' pas me montrer a la foire, car en voilà un qui *e montre pour rien. Je ne pourrais rien gagner pour cette fois. > Et il s'en alla. M. Bendenritter a plu ici a tout le monde. Le comte Zinzendorf, qui lui a succédé, ne lui ressemble pas : c'est un parfait Autrichien pour les manières, la figure et le parler. Lorsqu'il visite, à Versailles, la grande et la petite écurie, M. le Grand (icuyer) fit venir vingt pages qui savaient voltiger et tes fit exercer dans leurs camisoles; lorsque le comte Zinxendorf vit cela , il en fut si transporté, qu'il en était comme hors de lui et qu'il de pouvait manger. Il a aussi introduit aux Tuileries la mode d'appeler les pages par des signes. Lorsqu'on raconte cela à mon fils , il ne pouvait le croire : il alla luimême aux Tuileries et donna le signal : il vît alors ac-
1 Ambassadeur d'Autriche i la cour de France.
348 COMESPONDÀNCB
courir une foule de gens en livrée, parmi lesquels était un de ses propres pages. Celui-ci fut saisi d'effroi et il fat de suite chassé.
Stint-Uood, 18 noiembre 1T1Ï.
M™ de Berri ne mange guère à dîner, et il est impossible qu'il en soit autrement , car elle se fait apporter, avant de se lever, toute espèce de choses a manger; elle ne bouge pas de son lit avant midi; à deux heures, elle se met à table, elle n'en sort guère avant trois heures; elle ne fait aucun exercice; à quatre heures, on lui apporte encore des alimente de tout genre, dés fruits, de la salade et du fromage; à dix heures , elle se met à souper ; entre une ou deux heures, elle se couche; elle boit l' eau-de-vie la plus forte.
Toute la jeunesse de l'un et de l'autre sexe mène en France une vie des plus répréhensibles ; plus elle est déréglée, mieux cela vaut. C'est peut-être fort gentil, mais j'avoue que je ne puis le trouver tel. Ils ne suivent pas mon exemple d'avoir des heures réglées , et je suis très-décidée à ne pas prendre pour modèle leur conduite, qui me semble celle des cochons et des truies >.
La princesse de Galles ne peut souffrir que l'on dise que l'électeur de Saxe se soit fait catholique depuiscinq ans ; mais il est positif que son grand-chambellan , le comte de Cos, en avait fait la confidence au roi. le crois bien que l'intention du roi de Pologne
' Saniseh uni mie uhwtine.
est que rien ne soit changé dans son électoral, et que les choses restent, par rapport à la religion, dans l'état où elles se trouvent; mais si une fois les prêtres y mettent le nez , il ne sera plus maître d'empêcher le gâchis.
10 novembra 1117.
On ne peut dire lequel est le pire du duc ou de la duchesse du Haine, mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il n'y a pas au monde de couple plus faux.
Salnt-Cloud , l&norembn 1T17.
On a mis une poudre dans l'œil malade de mon Sis, et cela avait causé des douleurs intolérables à des personnes qui souffraient comme lui ; il aurait donc du en souffrir, mais il n'a rien ressenti; il a ri et s'est amusé comme à son ordinaire. H. Gendron ' a commencé un traitement pour son œil et il s'en est bien trouvé, mais Gendron était trop sévère pour lui : il détendait les petits soupers et ce qui s'ensuit, mais cela le contrariait , ainsi que ceux qui sont de ces petits soupers et qui y trouvent leur profit ; on lui a donc proposé d'autres remèdes qui ont remis son œil dans un mauvais état.
Mon fils sait faire la cuisine ; c'est une chose qu'il a apprise eu Espagne. Il est bon musicien , comme tous les musiciens le reconnaissent; il a fait deux opéras qu'il a fait représenter dans sa salle et qui avaient du
1 Médecin du duc d'Orléans, mort en IUO, àl'»ge de quatreïtofrt sept ans. Il fut l'ami de Bolleau, et Vollalre l'a comparé ■ Esculnpe.
350 CMLBXSMWtUNCE
mérite, mais il n'a pas voulu qu'on les représentât en
public.
Saint-Clou cl , 1T iiorembre 111T.
Saint-CIoud n'est qu'une maison d'été ; beaucoup de mes gens y ont des chambres sans cheminée ; ils ne peuvent donc y passer l'hiver, car je serais cause de leur mort , et je ne suis pas assez dure pour cela ; ceux qui souffrent m'inspirent toujours de la pitié. Si la chose ne dépendait que de moi , je resterais bien ici l'hiver plutôt que de retourner au Palais-Royal , où je suis logée fort à l'étroit : je n'y ai qu'une chambre chaude et un cabinet ; niais il font se conformer à l'usage, et toute ma via j'ai préféré le parti le pins raisonnable a celui qui me présentait le plus d'agrément. Je ne crains ni n'évite ni le chaud , ni le froid ; mon SU est oosune moi; il aune un temps chaud, il faut que la chaleur soit bien forte pour que nous nous en plaignions et pour que nous soyons en sueur. Mon goût ne- me porte pas à voir beaucoup de monde, et la foule me cause plus do répugnance que de plaisir. J'aime bien mieux être seule qu'avoir à me donner le tourment de chercher ce que j'aurai à dire à chacun ; car les Français trouvent mauvais qu'on ne leur parle pas, et alors ils s'en vont mécontents; il faut donc se mettre en peine de es qu'on peut leur dire; je suis donc contenta et tranquille lorsqu'on me laisse dans ma solitude; je n'aime point à faire de visites; je hais les cérémonies et tout ce qui en a l'air.
Toute l'Angleterre doit avoir manifesté une grande joie à l'occasion de l'heureuse délivrance de la prin-
DB MADAME LA ItUCHBBSR D'ORLEAHS. 301
cesse de Galles ; mais les Anglais sont tellement faux , que je ne voudrais par leur confier on seul cheveu. Le duc de Schornberg doit être bien vexé de n'avoir qu'une fille, et le comte de Degenfelt aussi; mais ils sont, l'on et l'autre, assez jeunes pour avoir encore beaucoup de Ois. La princesse de Galles * bien toott princes et trois princesses.
Aussitôt que j'ai eu un instant de libre, j'ai été dans la chapelle prier peur mon fils , qui se trouve un peu mieux de son œil ; il ne pouvait pas distinguer les couleurs, et lorsque j'étais avec lui , le cardinal de Polignae étant venu le voir, mon fils a trèa-bien discerné la robe rouge ; il y a donc un mieux sensible. Tant qu'il a été .dans les remèdes , il s'est bien préservé de ses excès dans le boire, le manger et l'inconduite de tout genre; mais je crains bien qu'après sa guérison il ne reprenne sa vie désordonnée. Les dames débauchées ' se remettront à lui courir après et à le ramener à leurs petite soupers ; alors son œil s'enflammera de nouveau. Après une visite a, mon fils, j'ai été me mettre à table, et, après dîner, j'ai pris ma Bible et j'ai lu quatre chapitres du livre de Job, quatre psaumes et deux chapitres de saint Jean. J'ai remis les deux autres à ce matin.
Du temps du feu roi, les prétentions des courtisans étaient tout autre chose qu'à présent; le roi pouvait se montrer aussi généreux qu'il voulait , il était seigneur et maître de son argent; mais mon flls est forcé de faire des économies, car les dettes sont effroyables *'
* Dabeauchtrte damm.
* C'est m que cuUIirmc ttoplilea l'A'ïaî iêntrtilda dette» dt
elles dépassent de deux cents millions les revenus du roi. La vieille vilaine a fait tout ce qu'elle a pu pour perdre le royaume.
Je plains de tout mon cœur les pauvres Saxons et la reine ; elle éprouve bien des souffrances durant sa vie. Je ne puis souffrir la fausseté du roi de Pologne, car il agit sans tenir aucun compte de ses serments. C'est ne se montrer nullement chrétien que de tourmenter tes gens pour des motifs de religion, et je trouve cela affreux ; mais lorqu'on examine la chose au fond , on trouve que la religion n'est la que comme un prétexte; tout se fait par politique et par intérêt. Chacun sert Hammon et non le Seigneur.
Snlnt-Clonil, !8 novembre 1T 17.
Depuis six mois, et à la suite d'un coup terrible que mon Gis s'est donné à la figure, un de ses yeux s'est tout enflammé et rempli de sang : il a consulté un oculiste qui lui a indiqué de bons remèdes, et il lui a promis surtout de se régler pour le boire et le manger, etc., etc. ; mais il n'a pu s'y résoudre, et il a continué sa vie habituelle. L'état de l'œil a empiré; mon fils recourait à tout ce qu'on lui proposait , mais ne voulait interrompre ni ses plaisirs , ni ses affaires, qui lui donnent beaucoup à lire et à écrire. Hier, il s'est laissé saigner et purger ; aujourd'hui , il a fait l'essai d'une poudre que lui a donnée un curé ' qui la tenait
Y État à la mort du feu ni Louis XIV, leur réduction et payement, Paris. 1130, In-*.
' Il se nommait Moubsu et était curé i Ruell. • Le Î5 novembre, il entreprit S. A. R-, et traie jouis après, elle commença I voir un peu mieux « (Mémoires de la Régence, t.], p. 411).
DE MADAME LA DUCJtBSSE D'OHLEAN». 353
d'un Allemand ; cette poudre a commencé par causer une grande inflammation ; il faut qu'il en fasse usage deux ou trois fois. Je crains vraiment qu'il ne finisse par perdre la vue, et vous pouvez croire dans quelle inquiétude cette idée me jette.
Pour répondre à d'autres pointe de votre lettre, js vous dirai qu'ici il n'est pas permis de communier dans sa chambre, sauf le cas de maladie ; je suis fort disposée a entendre des sermons dans le temps de l'Avent ; mais, après dîner, cela m'est impossible ; car si je vais entendre prêcher aussitôt après avoir mangé, il ne dépend point de moi de ne pas m'endormir.
La princesse de Galles est, grâce à Dieu, heureusement accouchée d'un garçon ; il est fort ordinaire que des grossesses se prolongent, comme la sienne, jusqu'au dixième mois. Quant à moi, j'ai eu trois enfants, mais sans rien d'extraordinaire ; je ne me suis jamais blessée ; je les ai portés jusqu'à la Un du neuvième mois ; au commencement, j'avais chaque jour des dé* faillances ; mais cela ne m'empêchait pas de continuer mon chemin. Je suis une fois restée dix heures livrée aux souffrances les plus intolérables. J'ai perdu mon premier enfant. Mon médecin, le vieux H. Esprit, l'a lue comme s'il lui avait tiré un coup de pistolet dans la tète ; mais tout cela est de l'histoire ancienne. («décembre ml.
Le cardinal (Uazarin) était amoureux d'une dame qui était chez la reine. Je l'ai connue; elle logeait au Palais-Royal et on la nommait H*" de Brégy1. Elle
1 Charlotte Siumaiw de Cbutn, corateue d* Brigy ou lîré-
était très-belle, et beaucoup-dé gens ont été amoureux d'elle, mais c'était une honnête femme; elle a serti fidèlement la reine et a fait que le cardinal a mieux vécu avec la reine qu'auparavant. Elle avait beaucoup d'esprit. Monsieur l'aimait à cause de la fidélité qu'elle avait pour ta reine.
2 décembre 1717.
Je suis bien aise que mes lettres vous aient été remises; M. de Torcy n'est pas du tout mon ami; s'il trouvait l'occasion de nie nuire, il ne la laisserait pas échapper; mais je ne m'en tracasse guère. Hon fils me connaît bien; il sait combien mon attachement pour lui est sincère ; il serait doue difficile de nous brouiller. Il ne sert à rien de cacheter les lettres avec de la cire; ou a une espèce de composition faite avec du vif-argent et d'autres substances qui enlèvent la cire, et lorsque les lettres ont clé ouvertes, lues et copiées, on les régis, une des femmes lu plue spirituelles de la cour d'Anne d'Autriche; née en iGiD, elle mourut le 13 avril 1693. Son mari, qu'elle épousa. 1 quatorie ans, fut ambassadeur en Pologne et ai Suède. Tallemant la dépeint comme • coquette en diable, la plut tn-ande'faconnièreetla plus vaine créature qui soit au monde. ■ 11 rapporte une lettre écrite par elle à la reine Christine, qui lui avait offert une province entière il elle voulait se rendre dan» Ht États, et il s'est donné le plaisir de placer dans setiftitoriettw quelques détails scandaleux sur le compte du mari et de la femme.M""* de Uoltevllle affirme que lacomlesse prétendait «voir le cardinal Maiarin an nombre de ses adorateurs. Les Lettre» et
peéttet de la comtesse de B Lejde, 1880, donnent une assez
triste idée det talents littéraires de cette dame ; on recherche toutefois ce volume parce qu'il s'annexe à la collection de» Etictira. Consulter un article de H. Lanioureus, nouvelle Biographie universelle, t. VU.
DE HADAIB LA DUCHESSE d'ohlÈAKS. 35$
cacheté ri adroitement que personne ne peut découvrir « elles ont été ouvertes. Mon fils sait fabriquer cotte composition; on l'appelle garnit.
Ma fille se flatte d'être ici le 10 février; mais je ne le crois pas. Je vols bien que son mari a envie de ce voyage; mais il a un favori dont la femme est ta maltresse du duc; Us le rongent jusqu'à la chemise et ne permettront pas ce voyage, afin de mettre dans leur sac l'argent qu'il conterait. Lorsque l'intérêt gouverne, on ne peut compter sur rien. le Serai bien aise de revoir nu fille; mais une longue expérience m'a appris que les choses qu'on désire le plus en ce monde tournent souvent aussi mal que possible.
9 décembre 1711.
Ha fille ne peut avoir une chaise à bras en ma présence, on celle de mon fils et de sa femme; le duc de Lorraine ne peut pas non plus en avoir une où je suis ; mais, quant au reste, on vivra sans cérémonie. Les enfants de mon fils ont le titre de princes du sang; le duc de Chartres est premier prince du sang. Tous ces princes, garçons ou filles, ont été fort mal élevés; on les a toujours laissés faire toutes leurs volontés; M™ d'Orléans ne s'est jamais occupée un seul instant de ses enfants ; son fils seul a eu le bonheur de trouver un bon gouverneur, de sorte qu'il a été élevé chrétiennement et convenablement. 11 est certain que de toute ma vie je n'ai vu fils de princes ou mêmes fils de nobles élevés aussi mal que le sont ces enfants. C'était pourtant la même gouvernante que celle qui a été auprès de ma fille, qui, grâces à Dieu, n'a pas été élevéo de la sorte. Je lui ai demaodéuBe J'ois pourquoi
elle ne donnait pas à mes petits-enfants l'éducation qu'elle avait donnée à ma fille; elle m'a répondu: < Madame, lorsque j'avais des plaintes à vous adresi ser, vous m'avez soutenue ; mais lorsque je me suis « adressée à M™* d'Orléans, elle n'a fait qu'en rire. • Voyant cela, j'ai laissé aller les choses à sa guise. » Eu Allemagne, on laisse les princesses agir selon leurs caprices. J'ai toujours entendu dire, au sujet de la vieille électrice de Saxe, qu'elle s'enivrait ; mais c'est la seule qui ait donné lieu à cette imputation.
10 décembre 1717.
On a écrit qu'étant en Hollande le roi renonça à cette conquête par générosité, et je sais aussi sûrement que je connais mon nom qu'il est revenu uniquement et seulement pour revoir M™ de Hontespan et pour être auprès d'elle. Je connais dans l'histoire encore beaucoup d'autres exemples d'événements qu'on attribue à de grands motifs de politique et d'ambition, et qui ont pour cause les plus minces bagatelles du monde. On a dit de notre roi que son ambition était telle, qu'il voulait se faire maître absolu du monde entier, et que c'est pour cela qu'il avait commencé la guerre avec la Hollande; mais je sais Ires-positivement que cette guerre n'a été entamée que parce que M. de lionne, alors ministre d'État, était jaloux du prince Guillaume de Furstenberg, qui avait une intrigue avec sa femme, ce dont il était instruit. Ce fut pour le chasser qu'il commença les querelles qui ont amené une guerre '.
' HiMdâ Lionne était, d'après Saint -Simon, t. VII, p. 180,
DE NADAKK LA DUCHESSE d'ORLÊABS. 357
lî décembre 1117,
M" de Montespan et sa fille aînée peuvent boire considérablement sans être ivres un seul moment. Je les ai vues un jour avaler des rasades du plus fort rosoli de Turin, sans compter ce qu'elles avaient déjà bu; je pensais qu'elles allaient tomber sous la table, maïs c'était pour elles comme de boire de Veau....
une femme de beaucoup d'esprit, de hauteur et de magnificence. Le» pampbleU et les chansons du temps donnent une fliseï ftcbeuae opinion de M vertu. Ce que Mutisme affirme tur les causes de la guerre de Hollande se retrouve dans divers libelle! de l'époque, mais c'est une allégation sans nul rondement. Le beau travail historique de H. Mignet, sur les négociations du ' règne de Louis XIV, établit, d'après les correspondantes diplomatiques, qu'avant d'envahir In Hollande en 1611, Louis XIV négociait depuis quatre ans la ruine de cette république avec ont persévérance qui ne se démentit pas un seul Instant et avec L'habileté la plus profonde. Il conclut des traités d'alliance offensive avec le roi d'Angleterre, l'électeur de Cologne et l'é- . véque de Munster , pour l'attaquer en même temps par mer et par terre, des traités de neutralité avec l'empereur et divers princes de l'empire, pour qu'ils la laissassent envahir sans la défendre, un traité de coopération éventuelle avec le vol dr Suède. Louis XIV partit de Saint-Germain le 28 avril 1611, pour entrer en campagne, et de Lionne, * le continuateur des grands desseins de Henri IV, de Richelieu et de Mazarln, • étall mon neuf mule auparavant, le 1™ septembre 1611.
Le travail de H. Mignet, concernant les préparatifs de cette Euerre.se trouve dans les III' et IV* volumes des Négociations relatives à la succession d'Espagne sous Louis XIV, publication qui bit partie du grand recueil des Documents inédits tur Militaire de France, mis au jour sous les auspices du gouvernement et qui forme déj.i quatre-vingts volumes environ. Un extrait de ce qui est relatif à la guerre de Hollande a paru dans '» Revue des Deux-Monde*, 1" décembre 18*1.
Porta, 16
11 est arrivé hier, tout près d'ici , une aventura tragique. Un abbé de qualité, que l'on appelle l'abbé de Bonneseuil (Boneuii), et qui était un grand joueur, après avoir gagné 4,000 francs, dîna chez une dame qui est sa parente ; il se fit la nuit rapporter dans une chaise à son logis, où il avait laissé son domestique qui le sert depuis quatorze ans. 11 était une heure environ après minuit lorsqu'il rentra chez lui ; il demeurait juste au-dessus de la boutique d'un cordonnier. Ce matin les ouvriers du cordonnier, étant venus à leur travail , virent que du sang tombait du plafond ; la femme du cordonnier monta , trouva la clef à la porte de l'abbé ; elle entra , et vit un spectacle si affreux qu'elle prit la fuite en criant. On accourut à ses cris, et l'on trouva l'abbé et son laquais assassinés ; on leur avait complètement coupé la tête. On a trouvé aussi dans la chambre une petite épée et un couteau de chasse, mais Bans taches de sang. Plus de mille personnes sont venues voir cet affreux spectacle. On ne sait si le crime a été commis par des voleurs, car on a trouvé dans la poche de l'abbé sa montre et sept pistoles, et dans une armoire un millier de francs; on ne peut pas non plus comprendre comment la chose a pu s'accomplir, car on n'a pas entendu le moindre bruit, et les meurtriers n'ont pas laissé de traces. 11 n'y a pas, depuis hier, comme vous pouvez penser, d'autre sujet de conversation '. Après cette horrible tragédie, il faut que je vous raconte une anecdote fort
1 Saint-Simon parle do cette «Ehlie, t. XXX, p. 8ii ,
«tmique, qui s'est passée la semaine dernière et dont on s beaucoup parlé. Un cordelier, qui paraissait Agé de dix-huit ans, allait de Rouen à Paris; il entra dans une hôtellerie et se mît à table aveo beaucoup dé monde. Tout d'un eonp il est saisi de douleurs violentes; on le porte sur un lit, et un moment après on «tend crier dans la maison : c Le cordelier accouche ) eh! vhe! au secours! » et puis un instant après, «il est accouché d'une fille. > On ne sait pas encore-quelle mt la personne qui s'était déguises d'une façon si étrange '.
Parie, » Napalm HIT.
11 est bien vrai que les maîtresses dt mofi (Us, ai elles l'aimaient véritablement , se préoccuperaient de ta vie et de sa santé ; mais je vois bien , ma chère Louise, que tous ne connaissez pas les Françaises ; rien ne les dirige, si ce n'est l'intérêt et le goût de la débauche ; ces maîtresses ne voient que leur plaisir et l'argent ; de l'individu elles ne donneraient pas un cheveu. Gela m'inspire un dégoût complet, et si j'étais à la place de mon fils, je ne trouverais rien de séduisant dans de pareilles liaisons; mais il y est accoutumé; tout de la part de ces femmes lui est égal , pourvu qu'elles le divertissent. 11 y a aussi une chose que je ne puis comprendra : il n'est nullement jaloux ; il souffre que ses propres serviteurs soient en rapport avec ses maltresses '. Cela me semble affreux et prouve,
* U»* twime déguisée en ermite irmucha le 2+ Taveler 1*5) Nr le eoane d'eaa de Monterai], à ce que raconte la Gatette feUret.
* Noue adouclsaoni la crudité db telle germanique ; Leydt itass teine Eygene bedlnten bey seinen maitTtsttn iUfm.
bien qu'il n'a- pour elles aucun amour. 11 est tellement habitué à boire et à manger avec elles, et à mener cette vie crapuleuse, qu'il ne peut plus s'en arracher. Cela m'affecte souvent jusqu'au fond du cœur; mais j'espère que Dieu le tirera enfin de ce labyrinthe et l'arrachera des mains do toutes ces méchantes gens , qui ne veulent qu'obtenir de lui de l'argent'. C'est assez parler de ces vexations. Le petit roi méfait chaque année une couple de visites , fort contre sa volonté : il ne peut me souffrir ; je crois que c'est parce que je lui ai dit plus d'une fois qu'il ne convenait pu à un aussi grand roi que lui d'être mutin et opiniâtre comme il l'est.
Je m'étonne que le duc de Schotnberg n'ait pas été voir sa fille à l'occasion de ses couches. Je ne sais plus comment va le monde; on ne tient plus compte des devoirs de famille. Je ne suis pas surprise que le comte de Degenfelt aime tant sa petite fille; tous les pères
' Nous empruntons à M. Barrière, le spirituel éditeur des Tableaux de genre et d'histoire (1828), une appréciation judicieuse de la conduite du régent :
■ Les désordres du neveu eurent on tout antre caractère que
* les faiblesses de l'oncle. Nulle vois n'eut jamais sur l'esprit t du régent assez d'autorité pour l'arracher a ses plaisirs, sup- « posé que l'on pût appeler de ce nom des dérèglements dont
* 11 faisait gloire. La vanité y avait au moins autant de part
■ que la corruption. Quand on sut qu'il n'y avait plus dans son « Intimité de festin sans Ivresse et de plaisirs sans débauche,
■ les courtisans les plus tempérants s'arrangèrent pour avoir € des vices, comme, vers la fin du règne précédent, lis se eboi-
■ Bissaient des vertus. Hais le régent ne fut pas la dupe de cette « hypocrisie d'un nouveau genre; il ne les en estima pas ds>
* vanlage, malgré leurs désordres, et il continus de aa livrer
DR MADAME LA DUCHESSE n'oBLÉANS. 361
aiment leurs filles plus que leurs garçons ; c'est le contraire pour les mères. Ces deux jeunes époux ont d'ail- ■leurs le temps d'avoir à foison garçons et filles.
Paris, S3 décembre 171T.
L'œil de mon fils ne va ni mieux ni plus mal; le curé a bon espoir de le guérir : c'est toujours la suite du coup qu'il s'est donné, il y a dix-huit mois, en jouant A la paume '. 11 est incapable de se soumettre à la diète plus de deux ou trois jours ; beaucoup boire est mauvais pour les yeux. Les dames boivent ici encore plus que les hommes , et , ceci entre nous, mon fils a une maudite maîtresse qui boit comme un trou et qui lui est infidèle; mais, comme elle ne lui demande pas un cheveu , il n'en est pas jaloux. Je suis fort tracassée dans la crainte que, de tout ce commerce, il ne gagne quelque chose de pire; Dieu l'en préserve 1 11 passe toutes les nuits dans cette maudite société, et reste à table jusqu'à trois ou quatre heures du matin ; c'est assurément fort mauvais pour sa santé. Je prie Dieu bien sincèrement pour sa conversion. 11 n'a pas d'autres défauts que ceux-là, mais ils sont grands. Lord Stairs a été malade, et à la mort ; mais aujourd'hui il est beaucoup mieux. Sa femme s'est fait beaucoup d'honneur par le soin qu'elle en a pris ; elle
1 Duclo» dit, dans mt Mémoire», que le mal n l'œil du prince ne venait point d'us eoup i la paume, mais d'un coup d'éventail que la marquise d'ArpaJoH donna au régent, en repoussant des libertés fort insolentes qu'il voulait prendre avec elle. D'à. pré» la Vie privée de Richelieu (écrite par Faute), un coup de coude de m™ de La Rochefoucauld , avec laquelle le régent s'éit terriblement, fut la cause du mal; T. I, p. 111.
362 CORRESPOXDÀHCK
n'a bougé d'auprès de lui ni jour ni nuit; on ne sait comment elle a puy résister. Vous avez bien raison, ma chère Louise, de faire son éloge.
Notre chère princesse de Galles m'inspire tant de compassion, qu'hier j'en ai pleuré. S» sortie de Saintlames, comme la comtesse de Buckenburg me le décrit, est une chose vraiment déplorable ; elle a eu plusieurs Évanouissements coup sur coup, lorsque ses trois petits princes , tout en pleurs, ont pris congé d'elle; cela m'a tout à Tait touchée.
Je n'ai pas de cuisiniers allemands , je n'en ai que de Français; j'en ai, depuis peu de temps, un qui a servi le maréchal de Chamilly tant qu'il a été à Strasbourg; il sait assez bien apprêter la choucroute, mais elle n'a pas le goût frais comme chez nous. Rien n'est ennuyeux, selon moi, comme de manger seul, et ici il faut s'y résigner ; j'aime bien mieux Saint-Cloud, car, à la campagne, on dîne toujours en compagnie, Le feu roi dînait toujours à Marly avec beaucoup de monde.
Pnri», ! Janvier 1718.
Mon fils est tellement absorbé par les affaires de l'inlérieur, que M. Zachmann n'a encore pu recevoir d'audience. La Bretagne est au moment de se soulever loul entière ; on y envoie des troupes. Mon fils est bien à plaindre ; il a bien du tracas ; depuis six heures dn matin jusqu'à huit heures du soir il est au travail ; pas moyen de lui parler; ensuite, pour se distraire un peu, il fait les repas dont je vous ai parlé.
On dit que les assassins de l'abbé sont découverts. Son valet avait une femme qui le trompait et qui ai-
mut un soldat aux gardes. lis formèrent lé projet d'assassiner l'abbé pour s'emparer de son argent. La femme a été arrêtée ; elle a tout avoué, mais le coquin de soldat s'est sauvé.
Cest la faute de l'électeur de Bavière si l'on fait en France si peu de cas de lui ' : il s'est abaissé lui-même, SB lieu de se placer au niveau qui lui revenait ; il s'est contenté de dîner avec les princes et princesses du sang et de les suivre à la chasse ; au lieu de rechercher la société des dames de qualité, il s'est entouré de ■risettes.
* janvier il 18.
H. de Louvois était d'un li <V médiunt caractère ' ;
1 Cet électeur entretenait quinze cents chevaux et quatre mille chiens. Se» foliée prodigalités contribuèrent beaucoup k Inl taire perdre ses Étala- Il tut tour à tour, et toujours mal à WPM, l'allié ou l'antagoniste de la France. Dangeau dit dans ■en Journal, en date du 8 décembre 1694 : « L'éleoleur de Ba-
* vitre, avee qui noua somme* en guerre, prépare a Bruxelles 1 de grandi divertissements pour recevoir l'éleclrice; il veut ■ '"1 donner un opéra magnifique, et le roi a permis a beaucoup
* 4a chanteurs et de danseurs de Paria d'y aller ; il y va ainsi
* beaucoup de tilles de l'Opéra. »
1 H. Clément [Gouvernement de Louis XIV, 1846, p. 53) apprécie Judicieusement Louvois : « Fier, hautain, absolu, mêle
* intègre et Juste, Il traita les grands seigneurs de l'armée comme
* Richelieu avait traité ceux qui vivaient sur les marches du
* tr&ne, et Colbert ceux de la finance. * Montesquieu a été bien rigoureux lorsqu'il a dit que les plua mauvais elloyens de I* France furent Richelieu et Louvois. Quand vinrent le* déaaabea qui affligèrent la On du règne de Louis XIV, on sentit quelle PWe avait occasionnée la mort de Louvois. Un couplet pris dans un* chanson faite en 1708 en fournit la preuve :
OublioM tort le mal iwffcrt , Dtiuoul lui BOBTtuI briult...
3M CORRBSPONDANCE
il haïssait son père el son frère ; et comme ils étaient mes bons amis, j'avais à porter le poids de leur iniquité. Ce qui augmentait encore sa haine, c'est que, comme il avait maltraité mon père, il savait bien que je ne pouvais l'aimer. Il craignait que je ne me vengeasse : voilà pourquoi il a toujours excité le roi contre moi. C'était là le seul, point pour lequel il tombait d'accord avec la vieille vilaine,
Paris, fi janvier 17IB
Écrire ne me fait aucun mal ; il faudra que je sois morle depuis longtemps quand il en sera autrement ; il ne se passe pas un seul jour sans que j'écrive. Entre l'Angleterre et ici il se perd beaucoup de lettres ; quatre des miennes ne sont pas parvenues à la princesse de Galles ; il ne faut donc pas vous étonner, ma chère Louise, si la lettre que vous a écrite la comtesse de Buckenburg s'est égarée. L'abbé Dubois est parti pour l'Angleterre après la Noël; je lui écrirai demain el le chargerai de présenter mes compliments au comte et à la comtesse de Degenfelt. Si nos braves Allemands avaient beaucoup d'argent, ils se corrompraient peut* être et vivraient comme les autres nations. Ce qui cor-
Btppelou LoaToii de l'enfer, Tout repreodra »n branle.
CommC preuve du peu de scrupule do ce ministre, nous citerons sa lettre au maréchal d'Estrades, en date du 16 Janvier 1B14, dans laquelle tl parle du baron de Llaols, auteur de divan écrits politiques contre les prétentions de Louis XIV. Louvoie redoute ce pamphlétaire, et 11 dit que « ce sentit on grand
■ avantage de pouvoir le prendre, et même 11 n'y aurait pas
■ grand Inconvénient de le tuer. »
M NADAH LA DOOKS» D'OXLÉANS. 865
rompt ici les gens , c'est l'intérêt «t une débauche anreuse.
10 Janvier llll.
J'ai été fortement contrariée lorsque j'ai du congédier mes filles d'honneur. J'en avais quatre ou cinq avec leur gouvernante et sous-gouvernante ; elles m'amusaient, car c'était de jeunes personnes fort gaies1. La vieille guenipe craignait que parmi ces demoiselles il ne pût s'en trouver quelqu'une qui plût au roi ; elle avait devant elle l'exemple de Ludre et de Font-ange. Je n'ai gardé mes filles d'honneur qu'un an après la mort de Monsieur ; le roi a toujours aimé les femmes, si la vieille ne l'avait pas tenu si court, il lui aurait échappé, malgré toute sa dévotion.
Purin, 13 janvier 171&.
Les dernières tempêtes ont amené de grands malheurs en Hollande et dans la Frise; trois villes ont été submergées, et vingt mille personnes ont péri ; c'est effroyable. Je suis bien affligée de ce qui se passe à Saint-James et je crains que les choses n'aillent de mal en pis; personne ne saura ce que vous mandez à ce sujet. Les Anglais ont toujours été une méchante race ; mais, depuis leur roi Guillaume, ils se sont encore gâtés et sont tombés dans de grands vices ; on a, observé que tous les insulaires étaient constamment plus faux et plus méchants que les habitants de la terre-ferme.
' Le» flllM d'honneur attachées a la mot turent souvent nn motif de scandale ; en lei supprimant, Louis XIV fit acte d'une isge Justice.
366 coxrwwondahci
On a plu* que jamais besoin des grâceade Dieu, cm c'est une terrible époque que la nôtre; on n'entend parler que de querelles, de discussions, de vols, de meurtres, de vices de tous genres ; le vieux serpent, le diable, a été délivré de ses chaînes et régne dans l'air; il faut donc que tous les bons chrétiens se livrent à la prière. La guérison de l'œil de monflls ne marche pas; il ne veut se ménager en rien et il me fait perdre patience. La prîneesse de Nassau-Siegen n'est pas la femme de ce prince de Nassau qui est un peu fou et qui rode à Paris, où 11 meurt de faim. Chaque semaine je reçois une lettre de lui et je n'y réponds jamais, car je ne suis nullement en mesure d'aider ces princes. le n'ai juste que ce qui m'est nécessaire, et, pour ma situation, je suis plutôt pauvre que riche. Pourquoi le prince de Nassau ne retourne-l-il pas en Allemagne? Ici il ne fait que faire rire tout le monde à ses dépens. Ce sont de singulier! personnages que lui et son frera, celui qui a épousé la sœur du marquis de Nesle. Il voulait à toute force que je lui disse pourquoi sa femme ne peut pas le soutlrir; il seul horriblement mauvais de la bouche ; je lui ai dit que je croyais que c'était la le motif de cet le aversion ' .
Vous ne perdez rien Âne pas voir le prince de WaV deck; il est tort laid et parait très-peu intelligent ; je
1 Nous Heoiw dans le Journal de Dangeau, 4 mal 1710: « On a ml* a la Bastille 11"» de Nassau, sœur du marquis de
■ Neata- C'ait h (ami Ile qui ■ demandé qu'an l'y mit. San mari
■ l'accuse de choses effroyables, et avoit présenté il y a quelque!
■ Jours au roi un plaçât «ni 11 prioit S. M. as lui permettre de
* convaincre sa femme d'adultère , et de pouvoir attaquer ea
* justice ceux qui l'avolent commis avec elle. •
DE MADAME LA DtiCHISS* n'OHLÉANS. 367
ne sais cependant pas au juste ce qui en est, car je n'ai pas beaucoup causé avec lui.
Parti, SOJanïlop niR.
Je suis bien aise que voua me rendiez un aussi bon témoignage au sujet de mon cousin le prince de Hegae- Pbilipsthal, car on m'avait assuré que le landgrave Philippe avait fait élever ses fils comme des paysans, et qu'il vivait lui-même comme un bourgeois hollan-. dais.
J>»m, ïîiiDflurini.
Je craiguaii que la paix, dont nous avons tant besoin, ne fut troublée, car l'empereur et le roi d'Espagne pourraient avoir bien des choses à démêler ensemble ; mais je crois que nous pourrons maintenant chanter, comme dans l'opéra de Thésée :
Oua U gue tru »«of Imite ftue eu d'wtfia R»U»,
0 Minene uvaiite, a (uerriere Pilas, o guerrier» Pal» '. m
Je ne §eraia pas fâchée que l'empereur chagrinai un peu le pape, il a grand besoin que son orgueil soit humilié. Je ne lis jamais ce qui concerne le pape ; je n'ai donc pas vu la lettre qu'il a adressée a l' électeur de Saxe ; et puis d'ordinaire, ces lettres sont en latin, dont je ne comprends pas un mot.
Je ne sais, au sujet du roi de Pologne', d'autre
1 Autre échonilUoQ de l'orlho graphe de la prineewe. Il s'agit de l'opéra de Quinault, musique de Lu.lly, représenté pour la première fols le 1 î Janvier 1S1 S, et qui se mainllut longtemps sur l»acéne. Ha élé retouché par MoniTonville eu 1767, et par Cossecen 17S1.
1 Auguste II, électeur de Saie, nom ma mi de Pologne ta
prophétie que celle qui annonce qu'il sera le dernier de sa race, et il y a grande apparence qu'il en sera ainsi; car un homme aussi débauché que lui doit, a cinquante ans, être plus tombé qu'un autre à soixantedix. Mon cousin le landgrave de Cassel m'a écrit luimême que sa beltc-fille était enceinte. Il y avait ici, il y a quelques années, un noble nommé Boyer, qui s'occupait de la découverte du mouvement perpétuel, mais il n'y parvint pas, et mon fils disait que la chose était impossible. J'ai appris l'incendie de Neuburg; c'est le théâtre qui a brûlé.
Parti, t «nier nia.
Je crois vous avoir mandé que l'assassin de l'abbé de Bonnœîl et de son laquais s'était poignardé après avoir été arrêté; l'abbé lui-même menait une vie désordonnée ; non-seulement il jouait, mais encore il avait des maîtresses ; le gros jeu a toujours amené avec lui * bien des malheurs; c'est une affreuse chose. Le petit jeu a, comme vous dites fort bien, fait plus de bien que de mal, et empêché bien des médisances, chose qui est plus multipliée ici qu'en aucun heu du monde; mais il faut dire la vérité, les femmes sont trop effrontées et trop étourdies, surtout celles des grandes maisons; elles sont pires que celles des mauvais lieux'. Cest une honte que ce qu'on raconte qu'elles ont fait
1K37 ; 11 était fort ami du luxe el des plaisirs, et 11 eut de MM maîtresse» une multitude d'enfants naturels (plus Je trois cents, dit-on) , entre autres le célèbre Maurice, comte de Saxe, que lui donna la comtesse do Krcnli-smarck. Il mourut et 1733, âge1 de
1 AU die in den huren haùtiem.
SE MADAME LA DtCRKESE s>*OHLÉAHS. 360
publiquement bu bal ; on devrait les enfermer ; on ne peut comprendre la patience du mari ; son grand-père a, pour des motifs bien moins graves, fait enfermer sa femme dans un château où elle est morte '. Il y a de quoi rougir quand on voit comment se conduit cette maison ; la belle-mère, la mère, la fille, mènent toutes une vie scandaleuse; mais c'est leur affaire et non la mienne ; je regrette seulement qu'elles me soient alliées de si près, et qu'elles aient une grand'mère aussi respectable, qui meurt de chagrin en voyant ce qui se passe.
Mes dernières lettres d'Angleterre sont du 16 janvier ; tout n'y était dans un triste état. On dit a Paris que les réfugiés ont fait leur possible afin d'exciter l'un contre l'autre le roi et le prince de Galles, dans l'espoir qu'un régent serait désigné par le parlement, et qu'ils échapperaient ainsi à l'autorité du prince. Cela parait très-vraisemblable; mais il me semble que le père et le fils devraient s'apercevoir de ce calcul et en conclure que tout doit les porter à se réunir, sinon
. ' Ceci £0 rapporte à des scandales survenus dans la maison de Condé. Le grand Condé avait épousé, malgré lui, Claire Clémence de Maillé, nièce de Richelieu, morte te lu avili 1G04 : quoiqu'elle fut fort belle, H la négligea ; elle vivait retirée , paraltult peu a. la cour ; soupçonnée d'intrigues avec dta gens de aa maison, elle tut enfermée.
Lord Manon, dans son Hittoire du prince de Coudé, a soutenu que la princesse était Innocente, qu'elle avait été calomniée et Indignement persécutée par son mari et par son fils. M. Wulckenaër a combattu celte façon de voir ; Il pense que la rigueur employée contre la princesse lut motivée par la nécessité de pourvoir h l'honneur et au Intérêts de la maison du premier prince du sang {Mém, nu- M"' de Stvigaé, t. V, p. 380).
370 «ORKEWONBAHCE
il peut tai résulter de grands malheur». Iln'wtiumtmds aucun motif qui puisse amener un fils & ne pas H souraettre Àson père, lorsque, de plus, ce père est son roi. Je crois qu'il n'a jamais existé entre eux beaucoup de tendresse ; notre chère électrice disait que c'était le fils qui avait tort. L'abbé Dubois est tombé malade en Angleterre, ce qui l'a empêché de voir le comte de De-
Pwta, 10 février 1711.
Le roi d'Angleterre, si j'ose le dire, traite trop durement kl princesse de Galles ; elle n'a rien fait qui justifie la défense de lui laisser voir ses enfants qu'elle aime avec tant de tendresse. Où peuvent-ils être mieux élevés qu'auprès d'une mère si raisonnable et si vertueuse ? Selon moi , c'est tout à fait blâmable. Il n'y a pas un mot de vrai dans ce que disent les journaux allemands au sujet de la petite-fille du czar; ce ne serait pas d'ailleurs la première princesse moscovite qui aurait été reine de France. Henri 1er épousa, il y a plusieurs siècles, la fille d'un grand-duc '.
13 lévrier 1718.
Nous espérons que, vendredi prochain, ma filin et son mari seront arrivés ici ; je m'en réjouis fort, mais Dieu
1 CooBulWr la curieux ouvrage du prlnte Aleiandre Leittnoïï: Rtcvtil 4e pièce* historique* mr la rein» Jjhm ou Apttt, tpwm d'Henri I", roi de France, et fille de laretlqff I", grand-duo de Rtuste, Paria. 1 B25, ia-8". La Journal de* Sat'ani* (avril 1826, p, 364) (ait de cettu publication l'objet d'un article qui a eus reproduit dani le Bulletin de M. de Fénuaae, Seteneet kitturuptet, t. VI, p. lit.
DE MADAME LA MJGHWWl? Tt'ORLÉANS. 371
veuille que tout cela se passe sans m alen contre ! Je crains la mauvaise compagnie que ma fille sera forcée de voir, el qui fera son possible pour la gâter ; il pourrait en résulter des conséquences fâcheuses, car le duc de Lorraine n'est pas aussi indifférent sur l'honneur, et n'entendrait pas raillerie si l'on venait à faire quelque historiette sur ma fille. Si j'entreprenais de la diriger à cet égard, je passerais pour un trouble-fate, pour une personne de mauvaise humeur, et on ne m'en aurait nulle reconnaissance. C'est ainsi qu'on ne peut jamais éprouver une satisfaction entière et exempte d'inquiétudes. Les débauches de la maison de Gowtf sont par trop affreuses et publiques. Ce qu'il y a d'étonnant., c'est qu'ils ont pour grand'mère la femme la pins vertueuse et la plus estimable qu'il y ait dans la chrétienté; les médisants les plus acharnés n'ont pas trouvé à mordre sur le compte de M"™ la Princesse ; mais tous ses rejetons, mariés ou non, ont la plus horrible réputation du monde. On rougit d'entendre ce qu'on en raconte et ce qu'en disent les chansons. Ha Bile a d'excellents principes, mais elle est d'humeur légère et elle est complaisante pour sa belle-soeur, laquelle, entre nous, tient un peu de la fausseté et de la malice de sa mère (Mmi de Sfontespan). Il est donc bien naturel "que ma satisfaction soit troublée.
Je comprends la raison pourquoi M"' de Degenfelt n'a pas reçu le nom de Caroline; il est peu de maisons où il n'y ait pas de semblables idées sur des noms heureux ou malheureux. Dans la maison royale, aucun des Henri n'est mort de mort naturelle ; ils ont fini prématurément et misérablement.
Il est vrai que la reine d'Espagne a d'abord extrêmement aimé la princesse des Ursins , et qu'elle a été désespérée quand cette dame a été renvoyée la première fois; ce qu'on raconte au sujet du confesseur est également vrai ; il n'y manque qu'une circonstance, c'est que le duc de Grammonl, qui était jadis ambassadeur (à Madrid), a parlé comme le confesseur et a été congédié pour cette raison. La reine avait un moyen assuré d'obtenir du roi d'Espagne tout ce qu'elle voulait ; le bon sire est terriblement amateur des femmes ' ; la reine faisait ainsi du roi tout ce qu'elle voulait; elle avait dans sa chambre un lit à roulettes; si le roi nevoulait pas fairesa volonté, elle éloignait son lit du sien ; lorsqu'il avait consenti à en passer par ce qu'elle voulait, elle le laissait entrer dans son lit, ce qui était pour le roi ta plus grande des félicités. Le confesseur du roi avait été, il n'y a pas longtemps, renvoyé d'Espagne, mais aussitôt que M"" des Ursins a été congédiée, le roi a fait revenir de Rome le confesseur, et il l'a maintenant auprès de lui.
Piris, SO février 1718.
Mes enfants de Lorraine sont arrivés; ma fille était hors d'elle-même dans l'excès de sa joie; je ne l'ai pas trouvée fort changée; mais son mari l'est horriblement. 11 avait autrefois les plus belles couleurs ; il a
■ Greulich erpicht ouf den Beltchlaf.
Philippe V perdit sa eanlé, et même sa raison, en n'abandonnant & Bon tempérament. Voir les Mémoire* de Ducloi et wruwtceuxde Louviiie.
aujourd'hui le teint d'un brun rouge, et il est plus gros que mon fils; je puis dire que mes enfants sont aussi gras que moi.
Ua fille est gaie et contente; mais son mari parait Préoccupé. Hier elle a eu un fort accès de fièvre : Dieu veuille que ce ne soit pas l'avant-coureur de la petitevérole ; car ni le duo de Lorraine, ni mon fils ne l'ont eue, et le duc ne manquerait pas de venir voir sa femme; trois de ses frères sont déjà morts de cette affreuse maladie ; je suis donc inquiète à cet égard. Je vous écrirai mercredi ce qui en sera. '
On disait hier qu'une religieuse était morte à l'âge de cent trente-cinq ans ; elle avait donc eu une bien longue vieillesse ' ; je ne la lui envie pas ; mais si l'on pouvait toujours rester jeune, ce serait autre chose, et il y aurait de quoi faire venir l'eau à la bouche.
sa février ma.
On a voulu une foi» me marier au duc de Courlande; matante, l'abbesse d'Hervord, voulait faire ce mariage. H était amoureux de la princesse Marianne, fille du duc Ulrich de Wurtemberg. Son père et sa mère ne voulaient pas lui permettre d'épouser la princesse, parce que leur intention était qu'il m'épousât. Lorsqu'il revint de France, je lui parlai de telle sorte , en me promenant avec lui à Heideiberg, qu'il ne voulut
1 Nous n'avons trouvé la circonstance qu'Indique Ici Madame, ûi dans la Galerie dei Centenaire* anciens et moderne*, par M Lejoncourt (Parla, IKiï, In-iî), ni dans l'Almamaeh de* Centenaire*, collection aasci rare dont 11 existe don» volume» ln-34 (Paria, 1381-1711).
plus entendre prtrier de mariage, mais qu'il prit fa rfe» httiofl d'aller «ramée*... t-
La vieille guenipe a tout fait pottr tfie la Dauphine ma détestât; celle-ci me disait souvent des duretés, •nivaot ainsi le conseil de la vieille, qui espérait due je m'emporterais contre la Dauphine, et que celle-ci aurait sujet de porter *tt roi plainte contre «roi, et d'attirer ainsi sur moi le courroux de Sfl Majesté ; mais je ne suis pu tombée datfs ce piège, et je ne leur ai pas donné sujet de me jôtnr un Vilain tour ; j'ai ri de tout ce qu'on me disait de Malhonnête. La Dauphine, Selon moi, n'agissait ainsi que par enfantillage, et elle se corrigerait en avançant en âge. Quand je lui parlais, eiie ne répondait pas, et elle se moquait de moi avec ses dames : « Mesdames, disait-elle, entretenez-moi, je m'ennuie, • et elle me regardait avec dédain.
Je dis en riant à la vieille guenipe : « Mme la Dauphine me traite mal ; je ne veux avoir aucune querelle avec eue, mais si la chose devient trop grossière^ je pourrais bien aller demander au roi si le bon plaisir deSaMajesté est qu'il en soit ainsi. * La vieille eut peur, car elle savait bien que le roi donnerait l'ordre d'agir avec politesse à mon égard. Elle me pria avec instance de ne pas dire au roi un mot de tout cela, et que je verrais que les choses changeraient. Depuis, il y eut en effet, du changement, et la Dauphine a mieux vécu avec moi. Si j'avais été me plaindre au roi, le roi aurait été fort irrité et aurait témoigné son mécontentement; mais la Dauphine m'en aurait détestée bien davantage; elle et sa vieille tante (comme elle l'appelait) m'auraient joué les plus vilains tours.
A M. DE BAHL1KC.
M téirtef 1718.
La pauvre princesse {de Galles) me cause une peine réelle ; d'après sa lettre du 3 de ce mois, son mari et elle ont trois fois demandé pardon au roi comme l'on demande pardon à Dieu, mais ils n'ont rien pu obtenir. Je ne puis comprendre pareille chose. Je crains que le prisée n'ait part au malheur de sa mère ; il me semble cependant que si le roi reconnaît ce prince pour son fils, il doit aussi le traiter comme son fils, et ne pas se conduire aussi rigoureusement avec la princesse qui, de sa vie, n'a rien fait contre lui, qui l'a toujours honoré et aimé comme son père. D'après oe que je vois, je ne pense pas qu'il puisse de tout ceci résulter quelque chose de bon, l'irritation est trop grande ; mais le roi ferait bien de mettre fui a pareille chose, car cela fait dire cent impertinences, et cela renouvelle de vieilles et vilaines histoires qu'il serait mieux de laisser entièrement oublior. Dieu veuille mener tout pour le mieux.
A LA COMTESSE LOUISE
Parti, 34 février MIR.
J'ai l'idée que le roi d'Angleterre croit que le prince de Galles n'est pas son Dis; car il n'est pas possible qu'il voulût agir avec son enfant de la façon dont il se conduit.
• îs W¥i-j« nis.
J'ai entendu dire qu'un point d'honneur avait poussé Rayaillae à assassiner le roi Henri IV, parce que es roi ayant séduit sa sœur et l'ayant laissée enceinte, il
376 connRSPosnANcr,
avait fait le serment de se venger. D'autres accusent le duc d'Épernon : il élait assis sur le devant de la voiture, et il s'est baissé de façon que l'assassin put faire son coup ',
17 terrier 1118.
Je ne veux pas de bien à Mercy ; il a joué un vilain tour au duc de Lorraine son maître : il vint à Nancy, et il persuada au duc de lever trois régiments, qui devaient rester sa propriété. Le duc les recruta, persuadé qu'il en serait propriétaire ; mais quand ils furent levés, Mercy pria l'empereur de les lui donner; il les obtint en effet, et il n'a pas été permis au duc d'y placer un seul officier.
(«min 1Î18.
Le voyage que le dnc de Lorraine a fait à Paris lui coûte cent mille écus.... On ne peut nier que sa maîtresse, la Graon, ne soit une personne fort agréable; quoiqu'elle ne soit pas une beauté accomplie, elle a une belle taille, une belle peau, de belles couleurs, elle est
1 II existe une tradition selon laquelle, avant d'être attaché hui chevaux qui l'écartelèrent, Ravalllac fit appeler le greffier dn parlement, et lui dicta une déposition que cet nomme aurait écrite volontairement d'une manière Illisible. Le testament de Ravaillac n'aurait point été annexé aux dossiers dn procès , et aérait tombé par dlveraes circonstances entre les mains de Ut famille Joli de Fleuri. H. de Fonlanleu , dont la bibliothèque impériale possède les précieux portefeuilles historiques, rapporta qu'un savant distingué et digne de fot lui assura avoir tu cette pièce et avoir cru reconnaître parmi des mots Indéchiffrables le nom de Ja reine et celui du duc d'Ëpernon ; Il se croyait sûr an moins du dernier nom {Portefeuilles de Fontanieu, n°* 460-7].
Cependant tons les témoignages contemporains affirment fat, RavalllM soutint sans cesse qu'il n'avait eu aucun complice.
fort Manche; mais ce qu'elle a de mieux, c'est la bouche et les dents. Ses yeux ne sont pas des plus beaux; elle a fort bonne mine et un air modeste qui plaît. Elle traite le duc de haut en bas comme si c'était elle qui fût duchesse de Lorraine et lui H. de Lunéville; elle rit d'une façon charmante et elle se conduit. vis-à-vis de ma fille avec beaucoup de politesse et d'égards ; si sa. conduite était sous les autres rapports aussi exempte de blâme que sous celui-là, il n'y aurait rien à dire contre elle.
* mar» 1T18.
A l'on des derniers bals de cet hiver, quelqu'un se fit une bosse, s'habilla comme le prince de Conti et s'assit près de lui. Le prince lui demanda : «Quiètesvous, masque? > Celui-ci répondit : « Je suis le prince de Conti. » Le prince, sans se fâcher, ota son masque, se mit à rire et dit : « Voilà comme on se trompe ; il y a plus de vingt ans que je crois l'être. » Il ne se mit pas du tout en colère, ce qui est rare.
Paru, S mtri 111g.
Les nouvelles d'Angleterre ne sont pas meilleures;' la pauvre bonne princesse est bien à plaindre : il faut qu'il y ait au fond de tout cela quelque chose que l'on ne sait pas. A Paris, où Ton fait volontiers des romans,' on dit que le motif de la haine du roi contre son fils et contre la princesse de Galles, c'est qu'il est lui-même amoureux de la nriucesse, et qy'elle n'a pas voulu l'écouter. Je n'en crois rien ; car je regarde le roi comme n'étant nullement d'une complexion amoureuse. 11 n'aime que sa personne et sa grandeur. Ces dissensions seront la cause de nouvelles factions, as.
3T8 COIRWOKDANCIt
Pwrif, 10 ma* ITtfl.
Mes enf ans de Lorraine partent dans trou jours ; j'en ai le cœur gros; ma fille «irait volontiers restée ici davantage, mais la duo a voulus' en retourner. Ha filla est, grâce à Dieu, si bien affermie dais tes bons prinetpes, quelle peut se mêler à tout» société (ans crainte de s'y gâter; mais jamais rien de pareil ne s'ait m à ee qu'est la jeunesse d'à présent, les chevaux M dressent sur la UHe. H » a une Mo qui favorisa les débauches de son père; elle n'a pas honte de lui procurer une jolie femme de chambre; la mère voit et laisse faire, afin que de son côté on la laisse tranquille1. En somme, os ne voit et on n'entend que u'homblas choses', ma fille dit que, bien que je lui eusse écrit tout cela, elle ne pouvait le croire, jusqu'à ce que, chaque jour, elle l'eût vu de se* yeui. La jeunesse M oroit plus à Dieu et oublie tout exercice de piété, aussi Dieu l'abandonne. Il est triste de vivre à une époque où les honnêtes gens ont autour d'eux un pareil entourage; cala inspire un dégoût universel. Je rends grâce à Dieu de ce que ma fille sait encore ce que c'est que le vertu , et qu'elle a une juste horreur pour la vie qu'on mène ici; o'est pour moi une grande consolation. D'après ce que vous me dites du fils de ce marchand,
1 Alluelon très-claire A la duchesse de Berrl, au régent et S l'apathie de la ducbeaae d'Orléans. Malgré tes vlees da le dueheete de Berrl , il «'art trouvé de» écrivain» qui ont eu le courage de la louer, *
■ On doit avouer que aa venu et sa beauté étalent égales, * et J'avoue que Je ne puis faire ton éloge, lai que je le toa- . baiteroli eL tel qu'il devrait etr* • ( Memoiref tur la JttaW, t. Il, p. 81).
I» MADAMB U DUCHKB b'orléanb. 379
j» vois qw nos Allemands commençant à adopter la mode anglaise, de mettre fin à leur vie; c'est ce qu'ils pocrraient très-bien se passer d'imiter; les parents sont bien » plaindre, surtout s'ils sont de braves geas. La princesse de Galles m'a raconté l'histoire de ce jeune homme de dix-huit ans, que le roi d'Angleterre a fait assassiner : il n'en a jamais témoigné le moindre embarras ; mais il paraît croire au contraire qu'il a fait la la plus belle chose du monde. Je crains que ce roi n'ait une mauvaise lin . Sa querelle avec son fils s'envenima chaque jour davantage. Je l'ai toujours trouvé un peu dur lorsqu'il était en Allemagne; l'air de l'Angleterre l'aura endurci encore plus. A l'époque où il était ici, je lui ai dît eu face qu'il était trop réservé et trop sombre; je ne lui ai, de ma vie, vu un air amical; il était poli, mais avec des manières très-froides; tout le monde ici, les sages comme les fous, le blâment de sa conduite au sujet de son fils unique.
Rien de plus vrai que l'adage que chacun ici-bas a Ses peines : M^'de Ratzenhaussen n'en est pas exempte ; son malheur vient de la conduite de sa tille, H» de Bernholdt; si elle n'était que débauchée, ce serait aujourd'hui chose fort commune; elle ne serait que comme cent mille autres; mais elle fait des faux et des escroqueries. Je vous prie de ne pas en parler, mais elle a fabriqué de fausses lettres de change sur sa mère, sur sa sœur et sur le comte de Manderacheydt : afin que lactose n'éclate pas, et pour éviter que la fille ne soit mise en jugement, il faut que la pauvre dame trouve de l'argent pour payer ces lettres de change. Elle est vraiment bien à plaindre. En outre de cette
fille, qui est l'aînée, elle en a deux autres : Wilhelmine, et M"* de ïteding qui est veuve.
13 mars n 18.
L'affaire de Loube ' n'est qu'une des moindres peines qu'on m'a données ici.
18 mars 1718.
Le mariage de la princesse de Hambourg avec le
1 M<l* de Loube était une des filles d'honneur de Madame; nous n'avons pu Irouver dans les ouvrais que nous avons consultés de détails sur l'affaire dont parle Madame. Voici un couplet que les recueils manuscrits nous offrent i l'égard de cette demoiselle :
L» petite Lnabe t nrip
Ne l'ètn pu dftfuLagï, Ccuer d'itre Site d'honneur.
Le Journal de Dangeau (35 ociohre IG86) contient ceci; ■ La petite Loube. qui a été longtemps fille de Madame, s'est résolue i se faire religieuse i elle s'est éprouvée dans te couvent' où elle se mit en sortant de la chambre des filles. ■
Nous prenons sans choix dans ces mêmes recueils deux couplet» relatifs aux fille» d'honneur de la Daupbine.
généra) mitjor de Schlieben est une mésalliance complète; je croyais d'abord que c'était pire encore et qu'elle avait épousé un Schlieben qui se trouve maintenant à Berlin, qui s'est marié en Gascogne à une vieille dame, et qui a, de plus, à ce que disent les médisants, quatre femmes à la Fois vivantes. — Il parait qu'on laisse maintenant en Allemagne les princesses aller, venir et agir tout comme en France; ce n'était pas l'usage de mon temps. On a bien raison à Casse) d'être mécontent de ce mariage. Le temps est venu ou, comme dît la sainte Écriture, sept femmes courront après un homme; jamais les femmes n'avaient été comme on les voit à présent ; elles agissent comme si leur bonheur consistait à dormir auprès d'un homme.
Ce que l'on voit et ce que l'on entend chaque jour ici, et au sujet des personnages les plus émïnents, ne peut se décrire. Du temps de ma fille, ce n'était pus l'usage; aussi s'est-elle trouvée dans un étonnement qui la mettait tout hors d'elle-même et qui, plus d'une fois, m'a fait rire. Elle ne peut s'habituer à voir, en plein Opéra, les dames qui portent les plus grands noms, traiter les hommes avec une familiarité qui indique tout autre chose que de la haine; elle me dit : ■ Madame ! Madame ! ■ Je lui réponds : « Que voulezvous, ma fille, que j'y fasse? Ce sont les manières du temps. — Mais ces manières sont fort vilaines, » réplique-t-elle avec raison ' . En Allemagne, on a la ma-
1 Les écrits du tennis attestent que le tableau tracé pu la duchesse est Adèle ; citons seulement uae chanson datée de J70H [Recueil Maurepai).
m Ce n'tit pu !• mode i Parti, Qm, pour noir prie m mui,
jfï COB.KESMHWANCE
nie d'iwiter la France; et lorsqu'on saura comment vivent 1m princesses; tout sera gâté et corrompu.
Ceux qui «Hit toujours » blâmer tes autres tombent souvent dans les mèmee défauts ; la princesse de Hambourg, qui vient de se mésallier aveo ce Sehliebea, avait autrefois tes plus grandes prétentions du monde ; un lie» plus grands seigneurs cEeTempire s'aurait point paru asses boa pour elle ; il faut qu'elle se soit amourachée de. est boauaa ; l'âge ne préserve pas de la folie.
16 fsan nia.
Notre bon rot (d'itipugne) a grand besoin d'avoir auprès de lui des gens capables, ma» il a de bonnas intentions; il est le meilleur tire du monde, quoiqu'un peu opùùatn. Il est d'un naturel un peu raélaiioajjque, et il n'a rien trouvé en Espagne qui ait pu lui donner de la gaieté.
PiFii, n mm nia.
Je remercie la princesse de Siegen de son bon sou- Tenir. Lorsqu'elle était ici, je ne l'ai point vue, car elle prétendait être saluée et pouvoir s'asseoir ; cela ne s'accorde pas aux personnes qui ne sont point de maisons souveraines, je ne crois pas que Paris lui ait été favorable, et je pense qu'il vaudrait mieux pour elle qu'elle n'y eût jamais mis les pieds; car c'est iei que la jalousie de son mari a éclaté, et il s'est donné tellement de ridicule que personne ne veut plus avoir de rapports avec lui. Nous n'avons d'ailleurs rien de neuf,
A lui hdI on i-eagige;
On «■« jupai» ss ce p«ï»
Sui.i un |tf tiMje, i
DE MAdAM LA BOCHHW l/ORLÉÀSS. 8t3
ta ce n'est qu'une vieille femme, âgée de cent deux ans, et qui conservait eitoore tente s* tète, a été brûlée «Tant-hier dans la naît avec son chien et son cfcat-
Tout va de mal en pis en Angleterre; on n'oie rieti écrire à cet égard; tout Paris dit que le roi Georges veut déclarer publiquement que le prince de GaUes n'est pas ton fila, et, pour le contrarier cneofe davantage, qu'il veut épouser la Schullenbourg* anjcurd'rm duchesse de Munster. J'ai dit Wut cela i lord Staira; il m'a répondu qu'il n'arriverait rien de pareil, et qoe je n'avais point à m'en inquiéter. Voua aurez vu par une de . mes lettres précédentes que je savais depuis longtemps la mort du petit prinee; lai princesse croit que cette mort n'a pas été naturelle g aile est livrée à la plus grande désolation.
Lunati et sa femme ne sont pas venus ici; elle est une franche coquine1. L'électeur de Trêves an était aussi amoureux que son frère, notre duo de Lorraine, l'est de la Craon ; la Lunati lui a enlevé jusqu'au dernier sou et l'a complètement ruiné. Ma tante f électrice regardait la Lunati comme une véritable folle.
ta min 1718.
Le duc de Berri ' s'est lui-même donné la mort par
1 II est question dans le Journal de Hinrii de M** Uanatt, et d'une façon qui confirme l'utertioo de Madame. Elle msurîit de la peiite -virole, ce qui donna lieu à des sropn pas charitable! (Voit la «évite rétrotpecliv4, 2* aerle, t. IX, p. lit et 187).
■ Fila du Grand-Dauphin, ni le 31 août 16S6, mort i Utily le 4 mal 17 1 1. Il avait dissimulé les incommodité* qu'il repentait de sa chute de cheval, afin de ne pas a uont qui accablaient alors Louis, XIV.
384 CuftfiESPONlUNCB
son horrible intempérance dans le boire et le manger; de plus, en tombant de cheval à la chasse, il s'était rompu une veine, ce qui lui faisait perdre beaucoup de sang. Il avait menace ses valets de chambre de chasser celui qui parlerait de cet accident et qui dirait qu'il rendait du sang. Après sa mort on a trouvé, sous bob lit et aous les meubles, des assiettes toutes pleines de sang. Lorsqu'il avoua ce mal il était trop tard pour qu'on pût y porter remède, et comme personne ne savait cette chute, les médecins ont pensé qu'il était malade par suite de ses excès de table; on lui a fait prendre force prises d'émétique, ce qui a encore avancé sa mort. Il a dit lui-même à son confesseur, le père de La Rue: «Ah! mon père, je suis la seule cause de ma mort. > Il s'en est repenti, mais il était trop tard.
"ît MM ni*.
J'ai fait rire une fois de bon cœur la comtesse de Soîssons'; elle medemanda ' «D'où vient, Madame,
1 Olympe Mandai, comlesse de Soissons, surin tendante du pal»!* de la reine. Décrétée d'accusation en France tore de la célèbre affaire des poiio/it en 1880, elle se réfugia à Bruxelles, pals alla à Madrid, où elle obtint la confiance de la Jeune reine contre laquelle elle eierca, el l'on en croit divers auteurs, cettu science Funeste qui l'avait forcée de sortir de France. Elle se vit dans ses derniers Jours délaissée et méprisée de tons, même de sou nia, le célèbre prince Eugène. Elle avait épousé le duc de Soldons le lu février 166T. « Les chansons dn temps ne l'ont
• pai épargnée, mais je n'ai pas besoin de les citer, et c'est « avec plaisir que je m'en épargne la peine. On l'appelle trop
* souvent la Bécane de Soissons pour qu'au contraire de s» ■ «Hurs elle ne se aolt pas fait une réputation d'esprit borné ■ [M. deLaborde). Elle était laide et méchante selon Brlenne. Elle fat fortement soupçonnée d'avoir empoisonné Bon mari et la reine d'Espagne (Saint-Simon, t. XII, p. 113).
DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 3fc>
que vous ne voua regarde! pas en passant devant un miroir comme tout le monde le fait ici? ■ Je répondis : f C'est que j'ai trop d'amour-propre pour aimer à me voir, étant laide comme je suis. >
Pari», 3» taui 17 IS.
La princesse de Galles m'annonce que la duchesse de Schoresburg s'est jetée aux genoux du roi pour lui demander la grâce de son frère qui a et* condamné à être pendu. Le roi a répondu que s'il accordait cette grâce il enflammerait la colère de tous les Anglais, car on dirait que le coupable est épargné parce qn'il est étranger, tandis que, s'il était Anglais, il eût été pendu impitoyablement. 11 a bien mérité un châtiment sévère, mais c'est sa sœur que je plains. Le présent que H"' de Berri a fait à ma fille est fort joli ; elle lui a donné une commode, c'est-à-dire une table munie de tiroirs où il y avait toutes sortes d'étoffée, des écharpes, des coiffures, etc., le tout à la dernière mode; cette commode est décorée d'ornements dorés ; il y en a pour un millier de pistoles. Mon fils a donné à sa sœur un nécessaire, c'est-à-dire une petite caisse carrée où se trouve tout ce qui est nécessaire pour prendre du thé, du café ou du chocolat. Les tasses sont en porcelaine blanche avec des ornements en or et en émail.
Ma fille a retardé son départ jusqu'à mercredi; ce jour viendra bientôt, car ce qui nous peine arrive plus sûrement et plus vite que ce qui nous réjouit. Le roi doit beaucoup d'argent au duc, et, à valoir sur celte
M6 cowresWNMKC*
dette, on lui a donné cent mille francs pour payer In
frais de son voyage*
Le prince de Galles a fait tme belle action, et si cela ne touche pas le roi d'Angleterre, rien ne pourra rétablir la pais entre eux. Des gens sont venus trouver le prince pour l'engager à se mettre à la tète de leur parti : il a répondu que, de toute as vie, il ne se mettrait d'aucun parti contre son père et son roi. Il ne font pas l'étonner si une Anglaise, comme M"* de Bellement, fait des tracasseries ; cette nation ne vaut rien, soR dît antre nous. Le roi d'Angleterre est tm méchant homme; il n'a jamais' eu aucune considération pour sa mère, qui l'aime si tendrement, et san* elle il n'aurait cependant pas été roi d'Angleterre. Tons ses en* fants, même la reine de Prusse qu'elle adorait « n'est pas vécu avec elle comme ils le devaient. Il est heureux que la princesse d'Ussingen, qui est veuve depuis peu, ait mis au monde un garçon ; j'espère que l'enfant ressemblera à son grand-père plutôt qu'à son père; le grand-père était poli, bien élevé, agréable et de bonne mine; le père, laid et suipide.
ISmanl'TIS.
Je me souviens que feu M. le Duc, qui était horriblement contrefait, disait a feu Monsieur : c Étant masqué, on m'a pris pour vous. > Monsieur ne fut pas flatté de ce compliment et trouva mauvais qu'on l'eût confondu avec le. Duc; aussi répondit-il : • Je mets «la au pied du crucifix. >
Parti, SI mm 1718.
Mes enfants de Lorraine sont contents db moi et je
le «lis d'eu. le suis aussi satisfaite de ma pctitô^fie, la duchesse de Berri; elle s'est bien conduit* à le» égard; elle a du jugement et elle manifeste un retour vers la religion et du dégoût pour le vice ; j'espère que Irieu aura pitié d'elle et qu'il lui fera la grâce d'une conversion sincère1. Quant à la troisième fille (*#'*»> Valait), je n'en al nullement bonne opinion, aussi je «e prie pas pour sa vie; elle n'a aucun bon mouvement ; elle ne s'inquiète nullement de sa ment et trètcpen de «on père; dis me déteste plus que le diable, elle hait toutes ses aœan ; elle est fausse, menteuse et horriblement coquette; en somme, elle nous donnera à tous bien du chagrin, le voudrais qu'elle fût déjà mariée et bien loin d'ici ; je la voudrais mariée dans une cour étrangère, afin que l'on n'en entendit plus parler. Je crains aussi que nous n'ayons du chagrin au sujet de le seconde, qui veut h toute force être relir gieuso ; 6i l'on contrarie sa volonté à cet égard, elle menace de tomber dans le désespoir, et elle est capable de se tner elle-même, car elle a du courage et ne craint pas du tout la mort, Elle est fort agréable de sa par* sonne, grande, bonne tournure, le visage, gracieux, la Souche belle, les dents comme des perles ; elle danse bteB, elle a une jolie vois, elle confiait bien la musique, chante à livre ouvert ce qu'elle veut, sans faire de gpjmaees; elle a une éloquence naturelle, et le pâture! ' G»t upolr ne tut p«a 4e longua dur*». On lit dan* les Miineirut 4? Maurepof, «.ue Louis XIV reprocha m Jour * Madame Jee- «Jéf a uts de la duchesse de Barri , et lui dit : ■ Quelle personne nous avez-voua donnée ? ■ Madame répondit qu'elle ne la eonnalsaait pas plue que S. M., et qu'elle ne s'était jamais
388 COrïRBSPONBÀNCE
fcrt bon; elle aime tout ce qu'elle doit aimer; elle dit & tout le monde qu'elle ne regrettera rien, si ce n'est moi. Je la chéris tendrement et il n'est pas difficile de l'aimer, car elle le mérite bien; aussi je regretté sincèrement qu'elle se fasse religieuse. La quatrième de mes petites-ailes est une bonne enfant, mais fort laide et désagréable. La cinquième (H1" de Beaujolais) est une belle enfant, jolie, vive, amusante; je l'aime beaucoup; elle ne manquera pas d'esprit. La sixième n'est pas laide, mais elle est baigneuse et maussade; sitôt qu'on la regarde, elle se met a crier. Le dnc de Chartres est un joli garçon; il a des moyens, mais il est trop sérieux pour son âge, et il est si terriblement délicat que sa santé est bien fuite pour nous donner des inquiétudes fort sérieuses. Je crains qu'il ne vive pas longtemps, ce qui serait pour nous un terrible malheur, il a d'ailleurs une capacité rare; il apprend tout ce qu'on veut lui enseigner; il ressemble plutôt à sa mère qu'à son père, et il a des dispositions pour toutes les vertus. J'ai beaucoup d'affection pour lui. Mais en voilà assez à l'égard de mes petits-enfants. M*** d'Orléans avait eu, avant la duchesse de Berri, une fille qui n'a vécu qu'un an ; que Dieu me le pardonne, mats la mort de cette enfant ne me causa pas beaucoup de chagrin.
Les historiens disent souvent bien des mensonges. On a mis dans l'histoire de mon grand-père, le roi de Bohème, que ma grand'mère, la reine de Bohème, entraînée par son ambition, n'avait jamais laissé un seul instant de repos à son mari jusqu'à ce qu'il se fût déclaré roi. 11 n'y a pas un seul mot de vrai là dedans;
DE MADAME LA Dl'CHKSSE D'DttLBANS. 369
la reine ne songeait qu'à voir des comédies et des ballets et à lire des romans. On a dit aussi, dans l'histoire dn feu roi, que c'était par générosité qu'il s'était retiré de la Hollande et avait consenti à faire la paix. La vérité est que M"* de Hontespan, après être accouchée de sa fille (aujourd'hui M"' la Duchesse), était revenue a Versailles et que le roi voulait la revoir.
On attribue la première guerre de Hollande à la grande ambition du roi, et je suis positivement sure que cette guerre nefutentreprisequeparcequeM.de Lionne, alors ministre, était jaloux de sa femme, au sujet du prince Guillaume de Furstemherg. Pour le faire sortir de France, il fit entreprendre la guerre contre la Hollande et l'empereur. Si l'on menl de la sorte pour des choses qui se sont passées devant notre nez, que faut-il croire de ce qui est loin de nous et de ce qui est survenu il y a bien des années? Je crois que les histoires, excepte ce qui regarde la sainte Écriture, sont aussi fausses que les romans; la seule différence, c'est que ces derniers sont plus amusants '.
Rien de neuf d'ailleurs. On m'a dit qu'un homme, ici, avant de battre sa femme dont il était mécontent, faisait cette prière : « Mon bon Dieu, faites que le coup
1 L'idée que Madame indique Ici a été développée avec quelque érudition dans un ouvrage de l'abbé Lancellott : Farfalloni de gli antickl hittorici, Venctla, 1738. Ce livre a été traduit par J. Ollva et a paru en 1770 : Lei Impoituret de l'histoire ancienne et profane, î vol. in-13. L'auteur a réuni, pour en montrer l'absurdité, toutes les fablet , tous les farfalloni racontés par les historiens, tel que l'emploi du vinaigre dont Annibnl fit usage pour faire fondre les rochers des Alpes, et la perle qu'avala Cléopâtre.
que je vus donne* a votre servante la corrige et h
rende sage. »
s «w» im.
\& Fontange était une petite bêle, niais elle avait un Tort bon cœur et elle était belle comme un ange. Lorsque le roi (lit épris d'elle, il me fallut rester beaucoup auprès de lui, car elle m'aimait fort ',
BMrilltlS.
Le Grand-Duc donne peu d'argent à sa femme; il e|t toujours en arrière de quinze mois avec elle, et la pauvre Duchesse a grand besoin d'argent pour sa santé et pour pouvoir retourner prendre les bains de Bourbonne.
P*rU, lOwril 171».
Na fille et son mari sont partis avant-hier à neuf hagres; ma fille m'a écrit de Villers-Coterets où ils ont couché; c'est à seize lieues de Paris; il y a un joli château qui appartient à mon fils; j'y ai souvent été avec Monsieur ; il est au milieu d'une belle foret ; le seul inconvénient, c'est que l'eau n'y vaut rien. Le feu roi y vint à nu rencontre lorsque j'arrivai en France.
La femme de mon fils est avec lui aussi bien que
1 On peut consulter mr M"« de Fontange les Lettre* de Mme de Sévigné, celles de M"' de Main tenon, t. Il, p. 118-136, édition de IBOS, les Mémoires de Maintenon, par La Beaumelle, 1755, I. VI, p. 186, 201, l'Histoire de La Fontaine, par M. Walckenair, 1820, p. 113 et 431, etc. On sait que celle favorite donna sou nom â une coiffure nouvelle qu'elle inventa, et qui (Il rapidement te lour de l'Europe ; une petite comédie, putli'u en tG'JG, est intitulée : La Fontaraje bernée ou tel Façonnier et.
DB HADA111Ï LA. DDCRESêB D'oRLUNS. 391
ase humeur le lui permet, mais si elle étal*, morte, les ehoses n'ai iraient pu plus mal , et les filles recevraient une bonne éducation. C'est chose pénible que de vouloir Elire ici ton devoir, car alors on n'a plus de tranquillité, et, a mon âge, le repos est nécessaire. La trofâièniQ de mes petites-filles est une méchante personne, qui nous donne bien du chagrin ; elle s'est donné tout le niai possible pour brouiller sa mère et sa sœur aînée avec leur père; elle est fausse comme le diable et elle me détesta; elle remplirait de chagrin le temps qui me reste à «ivre ; et qui sait si son père ne consentirait pas à. quelque mésalliance, car les Français, et mon fils surtout, ne se tracassent guère & cet égard ; mais ee serait pour moi une telle affliction que j'en mourrais. Vous voves donc bien que j'ai eu de bonnes raisons pour me tracasser de la maladie de H" d'Orléans.
Pprli, 13 avril II1S.
Je dois convenir que ma fille n'est pas d'un naturel ardent, comme les femmes d'ici; elle est d'un grand sang-froid et pas du tout portée à la débauche; elle a horreur de tout ce qui n'est pas honorable et ne peut se consoler de trouver sa patrie tellement changée. J'ai souvent pensé à ce que ferait l 'Allemagne en présence de l'horrible dérèglement qui prévaut maintenant an France; l'imitera-t-elle, ou en aura-t-elle horreur ï Je crois que les deux suppositions auront lieu ; les uns suivront ces mauvais exemples, les autres les repousseront avec dégoût. Plaiseà Dieu que ces derniers soient les plus nombreux! Je n'ai aucun espoir de voir ici quelque amélioration, iw il ne peut pas ea survenir
jusqu'à ce que le roi se marie, et qu'une reine raisonnable remette tout dans le droit chemin. Dites-moi si la princesse de Nassau-Sicgen n'est pas celte demoiselle d'Hohenlohe dont l'électeur palatin, lorsqu'il n'était encore que le prince Charles, s'était si fort épris et qu'il voulait absolument épouser, ce qu'il aurait fait si l'impératrice sa sœur ne l'avait empêché.
Il s'est passé hier une chose terrible. Un cocher avait demandé avec insolence ses gages à son maître; le maître lui dit : « Tu es ivre aujourd'hui, je te les donnerai demain. » Le cocher s'emporte, il arrache à son maître son épée et veut le frapper; le maître se jette sur lui alin de le désarmer ; le cocher, plus robuste que le maître, le terrasse et le traîne par les cheveux dans la cour en le rouant de coups; il se rend ensuite chez un procureur et intente à son maître un procès qu'il a perdu; il a été condamné à être mis au carcan. Lorsqu'il y est, il appelle la livrée à son secours; plus de mille laquais s'assemblent, l'arrachent du carcan, se portent sur la maison du maître, la prennent d'assaut, pour ainsi dire, et la saccagent si affreusement qu'ils n'y laissent pas une croisée ou un miroir sans les mettre en pièces. Le maître s'était caché dans sa cave; le guet à cheval arrive enfin ; les laquais l'attaquent à coups de pierre, le guet les charge avec vigueur. Trois sont restés morts sur la place; il y a eu beaucoup de blessés, et des prisonniers qui seront pendus; ils l'auront bien mérité, surtout l'insolent cocher, cause do tout ce tumulte'.
r>E MADAME LA BCCIIESSE D'ORLEANS.
La reine-mère avait l'habitude de manger énormément quatre fois par jour; c'est ce qui a été cause du cancer qui lui est venu au sein ; elle l'a entretenu avec les forts parfums d'Espagne dont elle se servait, et elle en est morte.
Parti, IT Mrtl m>.
Le frère de la duchesse de Schoresbourg a été pendu, il le mentait bien ; c'est cependant pour des nobles une chose affreuse que d'être accroché à la potence.
J'ai reçu hier une lettre de ma fille, qui était partie d'ici il y a dix jours; elle et son mari sont, grâce à Dieu, de retour à Lunévitle en bonne santé. Elle m'a envoyé la mesure de la taille de son fils aîné, prise huit jours avant qu'il eût accompli sa onzième année; il est juste aussi grand que le duc de Chartres qui aura quinze ans le 4 août prochain, le crains que mon petitfils de Lorraine ne soit un géant, car le duc de Chartres n'est point petit pour son âge. Tous mes enfants de Lorraine sont robustes; leur mère aussi est saine et bien portante, ce n'est pas une bonne à rien comme H"' d'Orléans. On n'a jamais entendu parler d'une pareille paresse. Elle s'est fait faire' un canapé sur lequel elle reste couchée lorsqu'elle joue au lansquenet ; nous nous moquons d'elle, mais cela n'y fait rien. Elle joue couchée, elle mange couchée, elle lit couchée; . bref, presque toute sa vie se passe couchée. Cela doit être mauvais pour la santé, aussi est-elle presque toujours malade; un jour elle se plaint de la tète, un autre jour de l'estomac. 11 semble qu'avec cela on ne peut
394 CORHBSCONIANeE
faire des enfants robustes; cependant ses trois filles aînées sont fortes et bien portantes ; la première et la troisième sont grandes et grosses ; elles ont l'air bâties comme des hommes, M11* de Valois surtout,
Rien de neuf d'Angleterre ; le roi est méfiant et soupçonneux. Les Anglais sont rusés et ne songent qu'à leurs propres intérêts; ils voient bien qu'ils peuvent pécher en eau trouble et que, tant qu'il y aura mésintelligence entre le père et son fils, le roi ne manquera pas de besogne et ne songera point à raffermir sur eux son autorité; ils le main tiennent donc dans uns humeur qui est dans sa nature. le ne crois pas qu'il retourne en Hanovre aussitôt que bien des gens le voudraient, L'abbé de Buquoy est un bon gentilhomme d'une ancienne famille, mais en Flandre tous les nobles se donnent le titre de comte; en ce pays, chacun est comte OU prince, maïs cela ne leur donne aucun rang. On sera bientôt las d'un fou aussi turbulent que cet abbé ' . Je ne m'étonne pas quemon cousin 1s landgrave l'ait renvoyé en Hanovre, car il est pauvre et il cherche de l'argent de tous côtés. Je ne croîs pas que les remontrances de l'empereur produisent quelque effet à Casselj de mon temps, tous les souverains se pi-
1 II existe "B WJUfltt awM diffloils « nwotrw, ioUtoW: Avènement des plus rares, ou Histoire du tteur abbé Jeux- Albert d'Archambaud, comte de Buquoy, singulièrement ton évasion du Fer l'Évéque et de la Bastille (en français et en alltmaod), avec plusieurs ouvrages, vers et prose, et ipéekttentent la Game des femmes , se tend clje» Jean de la lifsmi-hise, rue de |> Réforme, à Bunneiov, 17 18. 11 est question de ce' personnage dans le livre de H. Gfrurd de Nerval , les Ilitc
tfttMht dé ne dépendre que de Dieu et de ne point rtWniiâttte ramperait polir maître.
Pute, I9atrll 1118.
Le doc {d4 têrruine) avait autrefois rme grande pa*» *•*• pour la chasse, mais aujourd'hui Sitvio est devenu <* amant) D vent cacher sa passion, et plus il veut ffattl soft ignorée, plus on la remarque. Lorsqu'on •fit qtf Q doit regarder devant lui, m Ute se tourna ■* ait épaules et se» joui restent âséd sur M"' de CfWn; t'est drôle à voir. le ne puis comprendre que Ott fflle puisse airoer son mari comme elle le fait, et <pfeMVf ne soit pas Jalouse. On ne petit pas être plus •prie d'une femme qu'il ne l'est de la Graon.
Parte, 24 avril 1718.
I* personne que j'espère voir se corriger ' a du ja~
1 Si petite- fille, la duchesse de Berrt. Personne n'Ignoré qnetles accusations pèsent sur la mémoire de cette princesse. tftyfh flê l/m&ire> d« Kam-fjmt (t. I,- p. M), m «maaite
* ave» mu p*r» étatt «1 pnbiiqus que le duo de Berrl, souffrant
* impatiemment ton» les discours qui se tenaient a ce sujet, lit » mettra l'épèe a la main au due d'Orléans sur la terrasse de
* ïaftj, où II la tfofrva. Dr forent bientôt lépatén fun de l'an-
* ttn, at refaire fui étouffée de façon tpfaa n'en1 a presque
* pétait parlé. • On peut consulter, au sojet de eeUe piinces-H Vop célèbre; les Mélange* de Boisjonrdain, t. 1, p. 231 -5S3', et le Journal de Gartner, t- I, p. 23. « Dansées amours, elle suppfA t PadVeMe pat l'effronterie. Dans l« nombre de ses amante/ aHa alan eu vivant de son mail un nommé La Haie, homme de cheval qu'elle fit écuyer du duc de Berri. Elle voulut se faire enlever par lui , et kd proposa de fuir en Hollande. Celui-ci enraya et dérapera de cette proposition , s'en ouvrit au duo d'Orléans, qui dit : ■ Que diable ma fille veut-elle faire en Hol-
gement et un bon cœur; on pourrait se flatter de son retour au bien si elle n'était pas au milieu de la mauvaise compagnie; ses tantes et cousines du coté maternel lui donnent aussi de mauvais exemples, car elles mènent une vie bien irrégulière. La mère n'agit que par caprice ; un jour elle hait aa fille sans savoir pourquoi ; un autre jour elle approuve tout qu'elle fait, que ce soit bien ou mal : cela me fait craindre que les bonnes résolutions qu'on a prises à Pâques n'aient pas de résultat et que le démon ne revienne dans la maison qu'il a quittée, accompagné de sept autres malins esprits encore plus méchants que lui, comme dit la sainte Écriture. En somme, on ne voit et n'entend que des choses fâcheuses; je ne puis rien y faire, et je m'en afflige sincèrement. Ma fille n'est pas restée ici assez longtemps pour que son bon exemple ait pu amener quelque effet. On m'a demandé comment je m'y étais prise pour l'élever aussi bien : j'ai répondu que c'était en lui parlant toujours raison, en lui montrant pourquoi telle ou telle chose était mal ou bien, en ne lui passant aucun caprice, en cherchant autant que possible à ce qu'elle ne vît aucun mauvais exemple, en ne la rebutant point par des accès de mauvaise humeur, en louant la vertu et en lui inspirant l'horreur du vice en général. C'est ainsi que j'ai élevé ma fille qui, grâce a Dieu, s'est conciliée l'estime générale; mais il ne faut pas croire qu'on puisse élever un enfant sans se donner du mal; la vigilance et l'activité sont indispensables.
lande! Il n-e pénible qu'elle peine fort Joliment m «le dans ce pflï«. • H empécUn l'eiéculion de ce projet ■ (Vie privée de Blehelieu, n»i, t. I, p. 9â).
DR MAtlAUF. U DUCHESSE «'ORLÉANS. 397
En Allemagne il y a cela de bon qu'on méprise les gens qui se conduisent sans frein : ici il n'en est pas de même ; aussi la jeunesse s'imagine que les sermons des vieillards sont (oui simplement le résultat de l'aigreur de gens qui ont agi de même autrefois. Les personnes dont la réputation est mauvaise sont aussi bien traitées que celles qui ont mené une bonne conduite; cela perd la jeunesse.
Entre nous, les deux princes de Nassau sont de singuliers personnages et ils ont des aventures désagréables; le plus jeune fit mettre sa femme à la Bastille; lorsqu'il voulut l'en retirer et la reprendre, elle déclam qu'elle aimait beaucoup mieux passer sa vie en prison que se trouver avec lui. C'est une Mailly, sœur du marquis de Nesle. Les princes allemands qui épousent des Françaises et qui sont méprisés de leurs femmes» n'ont que ce qu'ils méritent.
Je ne trouve pas que la reine de Prusse écrive mal; elle écrit ce que son cœur lui inspire et elle parait avoir de très-bons sentiments ; lorsque cela se rencontre, je trouve que tout est bien. Assurez-la donc que je suis contente de ses lettres. Lorsque vous dépréciez votre propre correspondance, ma chère Louise, c'est par coquetterie, et afin d'obtenir des éloges, car tous savez que vous écrivez bien.
Lorsqu'on vit que la maréchale de Clérambault m'était attachée, on l'éloigna de moi et l'on mit ma fille dans les mains de la maréchale de Grancey qui était la créature du chevalier de Lorraine, le plus acharné
398 GORRESTONflAKCE
de mes ennemis, et dont la fille cadette était la maîtresse déclarée de ce 'chevalier. On peut croire quel bel exemple c'était là pour ma fille; mais ni mes remontrances, ni mes prières n'eurent aucun effet.
J'ai reçu hier des nouvelles delà princesse de Galles: elle a écrit au roi d'Angleterre une lettre des plus soumises; le roi lui a répondu avec dureté et en lui fai- . sant des reproches sur sa conduite. H se fera moquer de lui en agissant de ta sorte, car la lionne réputation de ta princesse est parfaitement établie : je ne puis comprendre ta conduite du roi.
Cest une drôle de manière de vouloir persuader les gens de changer de religion, que de les mettre à une diète forcée; si l'on avait envoyé des dragons pour les convertir de force, c'eût été exactement semblable à ce que M. de Louvois a fait ici '.
Stlnt-Clottt, V mal 1118.
M™e de Ftalzcnhausen a le bonheur d'avoir été aimée des plus grands seigneurs ; le roi lui-même la voyait
■ Lu convwsion» qui résultaient des dragonudu ne passaient point pour sincère», et nous trouvons à leur ig»id. du» les recueils manuscrits, l'éplgramme suivants ; Caltk aarprii de l'édit qu'ai publie,
Il faut longer à rétrécir l'enfer.
— Il ne faut pu que cela te chagrin lai reparut la pénétrant démon ; Le nul n'eit pu al grand qu'on l'iœ Car la plupart ne le août que de nor
avec plaisir; elle le faisait rire; elle divertissait aussi beaucoup M™ la Dfcuphine. M™e de Berri avait de l'affection pour elle et la faisait souvent venir. 11 n'est pas étonnant que nous soyons amies; nous sommes ensemble depuis l'enfance et nous nous connaissons depuis que je n'avais que neuf ans ; parmi cent vieilles femmes on n'en trouverait pas une qui ait conservé autant de gaieté que Lénore ' .
Salnt-Cloud, 6 oui 1718.
J'avoue que je ne regrette pas plus Mne de Vendôme* qu'elle ne m'eut regrettée si c'était moi qui fusse morte. J'ai d'ailleurs deux raisons pour ne pas m'affliger de sa perte : la première, c'est qu'elle était l'ennemie de mon fils, et qu'elle n'aimait pas sa mère, M"" la Princesse, dont elle était cependant tendrement chérie ; ta seconde, c'est qu'elle menait une conduits qui ne faisait certes pas honneur à sa famille; et, quoiqu'il ne faille damner personne, nous lisons dans ht sainte Écriture, que l'arbre tombe du coté où il penche ; avoir mené une vie déréglée et mourir sans penser à Dieu et sans se repentir de ses péchés, ce n'est
* Êléonore de Ratienhausen avait accompagna1 Madame lorsqu'elle vint «n Fiance, et elle Jouit toujours auprès d'elle d'une faveur que Justifiait son dévouement.
* Marie-Amie de Coudé , neuvième enfant du ni» du grand Condé, née en 16TB, mariée en 1710 a Louis- Joseph, duc de Vendôme, morte le 11 avril 171 S. Elle mourut d'apepleiie, et, d'après les Mémoires du temps, devenue veuve, elle avait contracté un mariage secret avec son écuver. Ella était extrêmement laide, et selon Saint-Simon, elle mourut t sans testament, ni sacrements, de s'être blasée surtout de liqueurs fortes dont elle avoit sou cabinet rempli * [ t. XXX, p. 3).
pas rassurant, et M0* la Princesse a certes bien raison de s'inquiéter du sort de sa fille et de s'en affliger; mais, après tout, il faut nous fier à la miséricorde divine.
Mme la Princesse {de Conti) aurait volontiers donné M11* de Coudé à feu le margrave, frère aîné de Votre Altesse; Mlle de Condé était incomparablement plus belle que sa sœur, mais il me semble que le margrave avait plus d'inclination pour Mme de Vendôme; il la trouva plus calme et plus tranquille. . . Mme la Princesse a eu beaucoup à souffrir de son mari; elle le regrette cependant tous les jours. Il avait l'air d'un petit singe. Feu la reine avait deux perroquets : l'un était le portrait vivant de H. le Prince, l'autre ressemblait comme deux gouttes d'eau au maréchal de Luxembourg.
Ma fille est laide, et elle l'était moins autrefois, car elle a eu une fort belle peau, mais elle est maintenant toute brûlée par le soleil; cela la change et la fait paraître vieille; elle a un vilain nez camus; ses yeux se sont creusés, mais sa taille s'est bien conservée , et comme elle dansait bien, elle a encore de bonnes façons, et l'on voit bien qui elle est. Je connais des personnes qui se piquent d'avoir de bonnes manières, et qui sont fort loin d'en avoir d'aussi bonnes qu'elle. Telle qu'elle est, j'en suis fort contente, et j'aime mienx qu'elle soit vertueuse et point belle que si elle était belle et coquette comme tant d'autres.
Saint-CIoud, 8 oui 1118.
Je vous écris, le cœur bien troublé, et j'ai pleuré hier toute la matinée. La bonne et pieuse reine d'Angleterre est morte hier matin à Saint-Germain, à sept heures. Assurément, elle doit être au ciel. Elle ne gardait pas un liard pour elle, et donnait tout aux pauvres ; elle faisait vivre des familles entières ; elle n'a jamais tenu un propos méchant sur qui que ce soit, et si l'on se mettait à l'entretenir sur le chapitre du prochain, elle disait : ■ Si c'est du mal de quelqu'un, je vous prie, ne le dites pas. ■ Elle a soutenu ses malheurs avec une résignation parfaite; elle était polie et agréable, quoique bien loin d'être belle ; elle était toujours gaie et faisait constamment l'éloge de notre princesse de Galles. Je l'aimais beaucoup; sa mort me serre le cœur '.
Je m'amuse à voir danser les ours, et cela me rappelle une histoire fort originale, au sujet d'une demoiselle de qualité de la maison de La Force, qui a longtemps été à la cour, où elle était fille d'honneur de Mmo de Guise. Le fils d'un conseiller, qui était fort riche, et qui s'appelait H. de 'Briou, lui inspira une vive passion et l'épousa malgré la volonté de son père ; celui-ci voulait faire rompre le mariage, et il défendit
1 Malgré sa piété, celte princesse fut en butte au* attaquée d'un esprit de parti exaspéré. On publia contre elle un pamphlet aussi calomnieux qu'orûurier : Les Amours de Messaline, ci-devant reine d'Albion, qui parut en 1689, et qui fut bientôt réimprimé quatre ou cinq fois avec additions de nouveau* mensonges, tels que : Les nouvelles intrigues de Messaline avtc l'abbé de.....-; la vengeance de JP» de Maintenait, etc.
402 CORHBSPOSDAflCE
& son fila de voir ta dame et d'avoir aucun rapport avec elle. Elle chargea un trompette de lui dire que lorsqu'il entendrait une certaine fanfare, et lorsqu'il verrait des ours dans sa cour, de no pas manquer de descendre; elle se fit couvrir d'une peau d'ours, et M. de Briou, sous prétexte de voir danser cet animal, d'admirer sa douceur et de le caresser, trouva moyen de se procurer un entretien avec sa femme. Je n'ai rien lu de pareil dans aucun roman '.
10 ml iTiB.
La maréchale de Grancey était ta femme la pins sotte du monde. Feu Monsieur feignit d'être amoureux d'elle, mais si elle n'avait pas eu d'autre amant, elle aurait certes conservé toute sa bonne réputation. II ne s'est jamais rien passé de mal entre eux ; elle-même disait que s'il venait à se trouver seul avec elle, il se plaignait aussitôt d'être malade, il disait avoir mal de tête ou mal de dents. Dn jour, la dame lui proposa mu liberté singulière, Monsieur mit vite ses gante; j'ai vu
1 11 résulta de cette affaires un procès dans lequel l'avocat général Talon porta la parole. Le mariage, contracté le 16 juin ieST,fut déclaré nul. M. de Laborde, Palais Matarin, p. 376, , parie de ktfle Caumont de Le Forée : • Le laisser aller de u • morale, la vUecité de ton esprit et la tournure romanesnes
■ de ion Imagination, unie à beaucoup de charme dans le» ma-
■ nièrea, lui attiraient des euccèi partout où elle se présentait, < etla rendaient tiécessaireau Templeet al'holel debouillon.» H. Waictwiaèr, dans «on Histoire de La Fontaine, V édiuoa, p. 508-611, raconte en détail l'histoire de MUu de U force et du Jeune Briou, dont la sœur , devenue veuve, l'éprll d'un joueur de flûte. La Bruyère lui a donné place dans tes Caractères sous le nom de CésoMe.
it qu'on le plaisantât à cet égard, et j'en ai bien ri. Cette Grancey avait une fort belle figure et une belle taille lorsque je vins eu France, et tout le monde n'avait pas pour elle le même dédain que Monsieur, car avant que le chevalier de Lorraine ne fût son amant, elle avait déjà eu un enfant.
Il nii nu.
Le grand-duc est adroit, il se figure que sa femme mourra bientôt, et qu'A sera ainsi dispensé de lui paver ce qu'il lui doit ; aussi est-il toujours en retard pour sa pension... Elle m'a juré que lorsqu'elle avait fait le voyage de Florence, elle n'avait eu d'autre idée . que celle de revenir le plus tôt possible, et c'est ce qu'elle a exécuté aussitôt qu'elle en a eu le moyen.
ti mal ni*.
Je suis allée hier i Paris voir le roi, que j'ai trouvé fort grandi.
On disait hier que l'électeur de Trêves voulait renoncer à l'état ecclésiastique et épouser une archiduchesse, sa petite-nièce; ce serait un mauvais tour qu'il jouerait à sa nièce et à ses neveux de Sultzbach; écrivez-moi si ce bruit court aussi en Allemagne. H fout que le prince héréditaire de Bàrmstndt ait été bien débauché, puisqu'il a donné à sa femme une maladie honteuse pour présent de noces ; de pareils cadeaux n'entretiennent pas l'amitié. Le landgrave fera bien de se remarier, car il me semble qu'il n'a pas d'héritiers a attendre de son fils. C'est un sot mnrifigo pour un comte de Witlgenstcin que d'épouser une per-
404 CORBESPONOAMCE
sonne dont le père a été maître d'école. Je ne puis
souffrir les mésalliances.
Salnt-Qoud, 19 mal 1T18.
Je fus hier à Paris pour voir mon fils et sa famille, et pour assister à la représentation d'une pièce nouvelle où il n'y a rien de bien extraordinaire, quoiqu'il s'y trouve deux beaux morceaux ; elle a pour titre : Artaxarte. Au moment où j'entrais dans la loge, on me remit votre lettre du 7. Je me trouve bien à Saint Cloud, où je suis tranquille, tandis- qu'à Paris on ne me laisse jamais un instant de repos,; l'un me présente un placet , l'autre demande que je m'intéresse pour lui, un autre sollicite une audience, un autre réclame une réponse à des lettres qu'il a écrites ; c'est à n'y pas tenir. On a l'air ensuite d'être étonné de ce que je ne suis pas charmée de mon sort. En ce monde, les grands ont leurs peines comme les petits, ce qui n'est pas étonnant ; mais ce qui est le plus fâcheux pour les premiers, c'est qu'ils sont toujours entourés d'une foule nombreuse, de sorte qu'ils ne peuvent ni cacher leurs chagrins, ni s'y livrer dans la retraite ; Us sont toujours en spectacle.
SI mil 1718.
La princesse- de Conti ' est maintenant dans une grande dévotion ; elle sait fort bien vivre et elle est très-polie. Elle est celle que le roi a le plus aimée de ses filles du côté gauche.
SS mal 1718.
Hier au soir j'étais couchée avant dix heures; j'ai 1 Fille de La Valtora,
donc eu ce matin tout le temps de vous écrire ; il a fait cette nuit une chaleur aussi forte que dans la canicule, et elle dure encore; le ciel est couvert et il pourrait bien y avoir de l'orage. le ne crains pas du tout le tonnerre, mais il épouvante bien des personnes; la duchesse de Berri ne l'aime pas; je le considère comme un magnifique Bpectacle, et il me fait admirer la toute-puissance de Dieu, qui a fait dans la nature des choses si admirables. En répondant à votre dernière lettre, j'en étais restée à ce que vous me dites de ma saignée; mon fils a été plus maltraité que moi, car on lui a tiré vingt onces de sang ; mais cela ne l'a pas du tout incommodé; au contraire, il se sent mieux et plus robuste. 11 a meilleure mine et n'est plus aussi violet qu'il l'était. Il ne voulait pas d'abord entendre parler de saignée; mais , observant qu'il avait mal à la tète lorsqu'il avait travaillé, il s'y est décidé tout d'un coup, et a fait appeler son chirurgien. le me promène longtemps sans avoir la moindre fatigue, mais j'ai beaucoup de peine à monter les escaliers.
Ce n'est pas une chose agréable que la vieillesse, et je vais avoir mes soixante-six ans accomplis. Mon fils ne va ni mieux ni plus mal de son œil ; il ne se ménage nullement; il lit et écrit beaucoup. Jo crois que cela ne lui nuirait pas s'il voulait régler sa vie pour le boire, le manger, etc.; mais tout conseil, toute remontrance à cet égard sont inutiles; quand on lui parle, il répond : « Depuis six heures du matin jusqu'à la nuit je suis assujetti à un travail prolongé et fatigant; si je ne m'amusais pas un peu ensuite, je ne pourrais pas y tenir, je mourrais de mélancolie. » —
Les dégâts causes à Paris par l'incendie seront bientôt réparés; on a fait des quêtes en faveur des incendiés; il n'est pas vrai que l'Hôtel- Dieu ait été brûlé; le {en n'est pas venu jusque-là; on a abattu des maisons pour préserver cet hôpital , et les personnes qui sont mortes ne sont mortes que de peur, comme des femmes en couclie ou enceintes,
Sainl-Cloud, 38 mal 1718.
Je fus hier aux Carmélites pour remercier les bonnes sœurs, car elles m'avaient envoyé de leur ouvrage; et, comme la mode est à présent de faire des nœuds, elles m'ont offert un sac à nœuds. Dites-moi, ma chère Louise, si vous en faites aussi. M" d'Orléans ne fait pas autre chose, le jour, la nuit, à la comédie, partout.
La reine (d'Angleterre, veuve de Jacques II) est morte avec une satisfaction sincère, et en remerciant Dieu de la délivrer de ce monde ' . Je crois bien, comme vous, qu'on peut la regarder comme une sainte, plutôt que son mari ; mais je crois qu'il est aussi au ciel ; il a souffert avec beaucoup de résignation ; la reine avait une grande fermeté et de vraies qualités royales, beaucoup de générosité, de politesse, de jugement; elle me plaisantait toujours sur la passion que j'ai d'aller à la comédie. Elle disait en riant qu'il y avait eu un temps où elle ne pouvait plus sortir parce que ses chevaux étaient morts, et qu'elle n'avait pas d'argent pour en acheter d'autres; elle ne se plaignait jamais
1 * La relue d'Angleterre fallait le plut Mint u«ige de tr>
UMHieun ; dlo cîoil contunte de uiourlt • (Soinl-Siœoii, t. XX).
us madame la nromss d'orléaks. 407 ds ses matheun. Elle était très-maigre, mais plutôt de corps que de visage qu'elle avait long, les yeux spirituels, les dents blanches et grandes, le teint blafard, ce qui paraissait d'autant plus qu'elle avait quitte le rouge; elle avait bonne mine et était toujours fort propre. Mon fib, par compassion pour ses pauvres serviteurs, laissera a beaucoup d'entre eux leurs pensions.
Les princes de Bavière m sont pas beaux, mais ils ont de l'esprit; s'il* ressemblent à leorpère, ils courront après les grisettee. Il est factieux que ta maison de Schomberg soit éteinte ' ; c'étaient de braves gens. Je trouve que c'est beaucoup que le comte de Degen* teldt soit encore épris de sa femme ; peu de ménages résistent à une année d'épreuve, et il y a ici un proverbe qui dit que : Si de nouveaux mariés passent un *n Bans que ai l'un ni l'autre regrettent de s'être maries, ils ont droit à une vigne qui appartient à l'archevêque de PariB; aussi, lorsqu'on voit de nouveaux époux se quereller, on dit : Ils n'auront pas la vigne de H. l'archevêque. La La Force est une personne fort romanesque, autrement elle ne se serait pas déguisée en ours; elle a eu beaucoup d'aventures. On veut la regarder un peu comme sorcière, mais je n'en croit rien. On m'a raconté qu'un gentilhomme de la
1 11 est souvent question, dans les lettres de Madame, d' Armand-Frédéric de Schomberg, maréchal d« France, qui, étant protestant, passa au service de l'étranger après ta révocation de l'édlt da Nantes , et fut tué en 1690 a la bataille delà Boyne. C'était ■ im homme aimable an dernier point, • selon Salnl- Slmon (note sur le Journal de Dangeau, édit. de 1954, t. 111,
maison de Mailly, qui a été fort de mes amis, mais qui est mort depuis longtemps, en avait été éperdument amoureux, et qu'il voulait mourir s'il ue l'épousait pas; mais comme elle n'était pas en bonne réputation, et qu'elle était excessivement pauvre, son père ne voulait pas consentir à cette union, et il pria H. le Prince de lui faire entendre raison. On le conduisit à Chantilly, et toute la maison de Condé et de Gonti se mit à l'exhorter pour qu'il obéit à son père ; il s'enfuit comme un désespéré dans les jardins, et il voulut se noyer. En arrachant ses habits pour se jeter à l'eau, il brisa un ruban où était attaché un saehet que la La Force lui avait remis sous prétexte de sa santé, et en lui recommandant de ne jamais le quitter; aussitôt qu'il ne l'eut plus sur lui, il se trouva tout autre, et très-indifférent à l'égard de la La Force; il alla trouver M. le Prince, et lui raconta ce qui était arrivé, en disant qu'il fallait qu'il eût été ensorcelé. J'ai bien ri de cette histoire1.
Ha petite-âlle, la duchesse de Berri, se conduit fort bien avec moi, et n'oublie rien pour me témoigner son affection ; aussi je l'aime sincèrement. Mon pauvre fils se donne une peine mortelle pour tout réparer dans l'administration, et on ne lui sait pas gré de ses efforts ; il me fait souvent tant de compassion, que j'en pleurerais. Il a affaire à des gens avides et sans honneur ;
1 Charlotte-Rose Caumuut de La Force, morte en 1134, k l'âge de aoixante-quatorie ans , après une existence agitée, a laissé divers romans soi-disimt historiques, oubliés aujourd'hui, tels que l'Histoire secrète de Bourgogne et VHisioire de Marguerite de Valois.
DE MADAME LA IWCHESSF. p'ORLftANS. 409
je crains que sa santé n'y tienne pas, et qu'il ne succombe sous ce fardeau , mais Dieu l'a soutenu jusqu'à présent.
SI mal 1718.
Mon fils n'aime nullement la campagne, il n'aime que la vie de la ville. Il lui arrive comme à H" de Longue vil le, qui s' ennuyait extrêmement en Normandie où était son mari. Ceux qui étaient auprès d'elle lui dirent : Mon Dieu, Madame, l'ennui vous ronge; ne voudriez- vous pas quelque amusement? il y a des chiens et de belles forêts; Youdriez-vous chasser? Non, dit-elle, je n'aime pas la chasse. Voudriez -vous de l'ouvrage! non, je n'aime pas l'ouvrage. Voudriez-vous vous promener ou jouer à quelque jeu ? non, je n'aime ni l'un ni l'autre. Que voudriez-vous donc? lui demanda-ton. Elle répondit; Que voulez-vous que je vous dise? je n'aime pas les plaisirs innocents.
Ssiqi-ClMid, ! juin 1718.
Rien de neuf, si ce n'est que mon fils est venu cette après-midi et nous a apporté l'arrêt qui modifie le cours du numéraire ; le louis d'or vaut désormais trente-six livres ; ceux qui ont beaucoup d'argent gagneront joliment ; je ne suis pas du nombre, car il y a longtemps que l'argent et moi nous ne nous tenons pas compagnie.
Vous me demandez si des étrangers professant la religion luthérienne peuvent obtenir ici des emplois * militaires : on ne les y admet jamais, si ce n'est dans le régiment d'Alsace et dans les corps suisses.
410 CORnBSHWDANCtt
Salnt'Cloud, 9 juin llfB.
Je suis revenue hier soir à dix heures de Paris, où j'avais été à onze heures du malin pour assister à une longue et ennuyeuse cérémonie dans un couvent qu'on nomme l'Abbaye-aux-Bois. 11 s'agissait de poser la première pierre d'une église que l'on construit. On est venu à ma rencontre avec des tambours, des fifres, des trompettes, et il m'a fallu suivre une longue rue ; j'en avais vraiment perdu contenance. Vous pouvez penser quelle foule s'était réunie. Après la messe , qui fut accompagnée d'une très-bonne musique, nous allâmes à l'endroit où étaient creusés les fondements; les prêtres chantèrent des psaumes et récitèrent, en latin, des prières dontjene compris pasmt mot. J'étais sous un dais, dans un endroit couvert de tapis et dans un fauteuil ; quand je fus assise on m'apporta la pierre sur laquelle était gravé mon nom et an milieu était ma médaille; on jeta dessus de la chaux, dont je fus tout éclaboussée ; puis on plaça dessus une autre pierre, à laquelle je dus donner ma bénédiction; j'avoue que celte idée me fît rire. J'envoyai ensuite le premier de ma maison, H. de Montagne, mon chevalier d'honneur, placer la pierre, car je ne pouvais monter et descendre les échelles; cette cérémonie dura une heure et demie ; il y eut ensuite beaucoup de musique, el le tout se* teraniM par un Te Deum.
J'allai ensuite au Palais-Royal ; il faisait horriblement chaud ; je dînai avec mon fils et trois de ses filles, ' puis je me rendis au Luxembourg pour voir H"" de Berri. J'étais si fatiguée qu'aussitôt que je me trouvai dans un appartement frais, je m'endormis comme une
marmotte; j'eus bien honte quand je me réveillai, nais la chose était faite. A cinq heures je retournai an Palais-Royal et je fus, avec M"* d'Orléans, au spectacle voir un nouvel acteur qui faisait ses débuts. Il jouait Oreste dans Andromaque; mon fils nous rejoignit an quatrième acte; pour petite pièce an donna les Vendanges de Suresne ' ; ce serait une comédie amusante si on ne l'avait vue cent fois. La chaleur était si forte que je fondais en eau,
SalnUCloud, lî Juin 1718.
On a pendu hier un nègre qui avait dit qu'il était las de la vie et qu'il tuerait le premier individu qu'il rencontrerait. Il sort en effet, se trouve au devant d'un cordonnier, et, d'un coup de son couteau, il tue le pauvre diable. 11 s'est laissé pendre sans se plaindre, et il est mort avec joie, la chaleur a été si forte celte nuit que je n'ai pu m'endormir, et maintenant le sommeil me gagne ; mais c'est dimanche et je vais aller a l'église. J'y vais tous les jours, car la règle des enfants de France est d'aller tous les jours à ta messe.
H"" d'Orléans est tellement indolente qu'il est impossible de voir une personne plus paresseuse; toujours couchée sur un sofa, elle joue couchée. Je suis persuadée que cela nuit fort à sa santé; elle a l'air plus vieille qu'elle ne l'est en effet.
1 S juin 1718.
Le roi a-bien montré à sa mort qu'il était véritablement grand ; on ne saurait mourir avec plus de fer-
* Cettp comédie de Dancourt, en un acte et en prose, fut «présentée pour la première foi» te 1 6 octobre 1666.
-413 COHHESPONDACiCE
meté et de courage que lui. 11 a eu pendant huit jours
la mort devant les yeux sans manifester de crainte ni
d'effroi, et il a tout ordonné comme s'il s'agissait d'un
■voyage.
UjulnITl*.
11 est de toute fausseté que la reine d'Angleterre (la veuve de Jacques II) ait laissé de grosses sommes. Elle a entretenu son fils ainsi que tous ses gens, elle a donné des pensions à la plupart de ses dames, elle a soutenu des familles entières d'Anglais; elle se privait du nécessaire afin de secourir -les pauvres dans les hôpitaux. Sous le rapport de la cupidité, elle n'était nullement Italienne, car clic n'a jamais mis un liard de côté. On peut dire qu'elle avait toutes les vertus royales. Son unique défaut (personne n'est parfait) est d'avoir poussé la dévotion à l'extrême; mais elle l'a payé cher, car c'est la cause de tous ses malheurs. Elle ne pouvait ici faire des économies, car elle n'était pas régulièrement payée; elle a été forcée d'emprunter de l'argent et de contracter des dettes; il n'est pas vrai que ses domestiques aient pillé ses meubles, car elle était logée à Saint-Germain, dans les meubles du roi.
On a vu peu de reines d'Angleterre être heureuses, et, en ce pays-là, les rois non plus n'ont pas beaucoup de bonheur.
2ljnIn1T18. . M™ de"fierri a gardé sa mère pendant sa maladie avec, tout lé zèle d'une sœur grise. Je serais fort ingrate si je n'avais pas d'attachement pour elle, car
elle me témoigne toute l'amitié possible, et me montre une politesse telle que je me sens souvent tout attendrie. La Haîntenon avait si grand'peur que le roi n'aimât la duchesse de Berri et ne se détachât ainsi de la Dauphine, qu'elle lui a rendu tous les mauvais services qu'elle a pu; mais, après la mort de la Dauphine, elle a tout raccommodé ; à dire vrai, l'inclination du roi pour la duchesse n'a jamais été grande.
SâlDt-Clood, 34 Jnln tTIB.
Je suis aujourd'hui fort abattue, car les ennemis de mon fils ont excité tout le parlement contre lui. Il a beaucoup d'ennemis, et surtout parmi les gens auxquels il a fait le plus de bien. On ne saurait croire combien cette nation est ingrate. Il peut résulter de tout ceci des révoltes et des guerres civiles; Dieu veuille nous en préserver! Vous voyez bien, ma chère Louise, que j'ai lieu d'avoir bien des inquiétudes. Je ne peux longtemps causer avec vous ce matin, car il faut que j'aille à l'église ; c'est aujourd'hui une grande fête, et je n'ose mander par la posta ce que je pense là-dessus.
La princesse de Galles ne m'a point mandé qu'elle ait fait une fausse couche, mais elle m'avait écrit que la foudre était tombée sur un arbre non loin d'elle, ce qui lui avait causé une frayeur très-vive. Le tonnerre est dangereux pour les femmes enceintes , indépendamment de la terreur qu'il peut leur causer ; il est mauvais pour toute la nature; il m'a tué vingt-cinq serins. Je ne sais quand les choses s'arrangeront en Angleterre; il en serait bien temps.
as.
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Plût & Dieu que mon fils et le roi fussent riches, mais le fait est que le feu roi s'élait grandement endetté, et par-dessus les oreilles ; c'est l'ouvrage des ministres et de la Haintenon ; il a laissé plus de deux cents millions de dettes ; il faut que mon fils s'efforce de les acquitter. Il n'est pas ici sans exemple que, comme ft Hombourg, une chatte ait mis bas un chien et des petits chats; une chienne abusai fait une souris. Gemment est-il possible que vous haïssiez les chais? l'électeur notre père les aimait tant ; notre mère avait une frayeur extrême des rats. Les chats sont, à mon avis, les plus jolies bêtes qu'il y ail au monde.
lajuln 1718.
Il est certain que H. le Duc a beaucoup de politesse; il tient cela de M"" sa mère... Il a des qualités solides, il est fort noble en toutes ses actions, et il n'a pas mauvaise mine , mais l'œil que le duc de Berri lui a crevé le défigure fort.
S8Jilinl71B.
Depuis que H" de La Vallière est entrée aux Carmélites, elle n'a plus aimé que Dieu ; et elle m'a souvent dit que, si le roi venait dans son couvent, elle ne voudrait pas le voir, et qu'elle se cacherait si bien qu'il ne pourrait la trouver; mais elle n'a pas eu besoin de prendre cette peine, car le roi n'y est jamais venu.
ibjqId nu.
La cour de France est resiée fort agréable jusqu'à ce que le roi a eu le malheur d'épouser la vieille sorcière;
elle l'a séquestré de tout le monde et lui a inspiré de ridicules scrupules au sujet des spectacles, lui représentant que, puisque les comédiens étaient excommuniés, il ne devait pas les voir ; mais elle a fait dresser dans ses appartements un joli théâtre où l'on jouait deux fois par semaine en présence du roi; elle a aussi fait des comédiens de la Dauphins, de mon 81s, dn duc de Berri et de sa nièce, et elle ne laissait pas jouer les comédiens qui avaient été congédiés. C'était bien plus méritoire. Le roi n'était pas A sa place ordinaire, mais derrière moi, dans un coin auprès de la Maintenon. Cela a tout gâté, car il en est résulté que le roi se laissait voir rarement, et la cour s'est trouvée toute
Sifnt-Cload, 80 Juta ms.
Le temps était fort beau depuis huit jours, mais ce soir il y a eu de la pluie et de la grêle. A. propos de grêle, elle a ruiné sept villages dans la Lorraine, et elle a tout détruit en bien des endroits ; il y avait des gré- Ions qui pesaient deux livres. Ma fille me dit qu'on attribue ces désastres à des sorciers qui ont le pouvoir de faire réunir les nuages et tomber la grêle où il leur platt. A Paris, on ne croit pas aux sorciers et on n'en entend pas parler; à Rouen, on y croit fort, et on en entend parler sans cesse.
Ha fille ne ressemble pas à Mm* de Venigen; elle a bonne mine et une taille bien faite, mais sa figure n'est pas jolie; elle n'a pas ce qu'on appelle ici des traits. Grâce à Dieu, elle a des penchants honnêtes et un goût prononcé pour la vertu, ce que je préfère à la beauté. Elle a raison d'être contente de ne pas être enceinte.
4 16 CORRRSPOXOANCE
Je crains qu'elle n'ait que trop d'enfants, car il y a déjà trois princes et deux princesses, et ce n'est pas du tout amusant que la grossesse et tout ce qui s'ensuit. Je regarde comme heureux de pouvoir maintenant parler de tout cela comme un aveugle des couleurs, car c'est de tout point, du commencement jusqu'à la fin, une vilaine, dangereuse et sotte chose, qui ne m'a jamais plu. H"" de Chasteautier dit que si l'on veut dégoûter les gens du mariage, il faut me charger de leur parler. M"" de Ratzenhaussen répond que je n'ai jamais été réellement mariée, et qu'un vrai mariage est celui où les deux époux ont l'un pour l'autre un attachement sincère, et qu'alors les choses changent bien. Je l'accuse de faire l'éloge des plaisirs de l'amour ' ; elle se fâche, et je me ris d'elle.
Mon fils est comme une àme en peine; il travaille tellement qu'il a à pcinclc temps de dormir et de manger ; cela m 'affecte au point de me faire venir les larmes aux yeux. Il fait du bien à des centaines de gens qui ne lui en ont aucune reconnaissance; tant d'ingratitude me révolte.
1" juillet IT18.
11 faut que l'amabilité de la Raisin ait été bien pénétrante, puisqu'elle avait pénétré dans le cœur épais de notre Dauphin qui l'a beaucoup aimée-'.
s juillet 1718.
La jeune princesse de Conti est sûre de se faire aimer
1 Den beyichlo/f zv loben.
1 La Raisin s'a|. pelait Françoise Pélel Longchamp ;. son mari mourut, eu 1893, d'eicèa de boisson, âgé de moins de qmt-
DE MADAME LA DUCHESSE o'ORLBAKS. 417
quand elle le veut; elle a des manières fort agréables, elle est douce et sans humeur ; elle dit toujours quelque chose d'obligeant.... Elle est lasse des folies de son mari ; elle a mis des fusils et des épées auprès de son ht, et elle l'a assuré que dès qu'il viendrait avec ses pistolets chargés elle lui tirerait un coup de fusil, et que si elle le manquait, elle l'attendrait l'épée à la main. Depuis il n'a plus eu recours à ses pistolets, «juillet lllê.
Je trouve l'intrigue (de Madame) avec le duc de Monmouth plus coupable que celle avec le comte de Guiche ; quoiqu'il fût bâtard, il était cependant le (Ils de son frère (de Charte* JI) . M"* de Thiauge, sœur de M"' de Hontespan, a conduit cette intrigue avec le duc do Honmouth '.
♦ Juillet 1718.
Je n'ai jamais pu comprendre le changement do religion du duc Max; d'après ce que j'ai entendu dire de tous côtés à l'égard de sa foi, il était très-peu dévot;
> L'abbé de CboUy (Mémoires, 1729,1. II, p. I GO) parle de cette affaire : ■ On crut qu'il y avait entre Madame et le prince une aorte de Jargon dont il n'est que trop aisé de aoupçonner ceux qui sont naturellement galants, * H"' de Cayhis représenta dans se» Souvcnlrt M™" de Tblange comme • folle sur deux chapitres, celui de sa personne et celui de sa naissance ; elle étoit déni Etante et moqueuse , et avoit pourtant beaucoup d'éloquence, et rien de mauvais dana le cœur. • Selon les Mémoires de La Fore, le chevalier de Rohan, décapité en 1074, avait eu set bonnes grâces, et on prétendait qu'il avait aimé Hum de Hontespan elle-même. Voir a l'égard de Mu" de Thiange, une lettre intéressante publiée par H. Cousin dans la Revue du Deux- Mondet, i"ma» iS5i, p. 813.
418 COHRESroSDAlfCK
il n'a trouvé aucun avantage temporel dans celte conversion, et aucun de ses parents ne l'y a poussé; ces trois motifs sont ceux qui amènent les gens à changer de religion ; ce n'est donc certainement point la foi qui l'a décidé, l'intérêt encore moins, puisque par là il perd une principauté. Je ne vois nul autre motif, si ce n'est qu'une bouche trop aimée l'a persuadé d'agir ainsi.
6 Juillet 1718.
Quand je pense à des incendies, je suis tout en frisson, car je sais combien on a brûlé, dans le pauvre Palatinat ', durant plus de trois mois. Aussitôt que je voulais ra' endormir , je voyais tout Heidelberg en flamme; je m'éveillais pleine d'effroi, si bien que j'en ai été malade.
Si l'on avait pu me donner encore moins qu'on ne l'a fait, on n'y aurait pas manqué. Monsieur a joui de tout ce que je possédais; je n'ai pas au delà de quarante-cinq mille francs {de revenus); cela mène à peine jusqu'au bout de l'année.
Suinl-Cloud, 1 juillet 17 1S.
J'ai été hier au Palais-Royal rendre visite à M™* d'Orléans; mon fils est venu s'excuser de ce qu'il ne pouvait dîner avec moi. L'aînée de ses Ûllea est aussi
1 La dévastation du Palatinat, en 1674, rut une de ces meeures plut que rigoureuses que le* néi-eesitéa de la guerre ne Juiitllleot pas toujours. Ou eu lira parti pour rendre Loule XIV odieux. Une gravure de J. Luyken représente les Français portant le ter et te feu dans les provinces rhénanes ; elle eut une grande vogue.
DE MADAME tA tWCHESSB D'ORLÉANS. 4l9
paresseuse que sa mère, car, à une heure et demie, elle n'était pas encore habillée ; sa mère souffre qu'elle reste toute la journée, du matin jusqu'au soir, sans corps d'habit, ce qu'elle n'oserait pas faire devant moi. *Son corps était égaré ; on fut très-longtemps avant de pouvoir le retrouver; elle ne vint qu'au second service. Mou fils revint de suite après le dîner; je m'acquittai auprès de lui de quelques commissions, et, a trois heures trois quarts, je montais en voiture avec le due de Chartres, H"* de Valois et mes dames de compagnie, pour me rendre au collège des Jésuites, qui est assez loin du Palais-Royal. Nous y vîmes les écoliers jouer une pièce intitulée : le Point d'honneur '. Les entants jouèrent fort bien ; mon petit-cousin de La Trémouille avait un rôle, dont il b' acquitta à merveille. 11 s'en fallut de peu cependant que la chose ne finit mal pour moi : on avait placé mon fauteuil sur une estrade; quand je fus pour m'en aller, j'oubliai qu'il y avait des degrés qu'il fallait descendre ; je fis un taux pas, et je tombai. On s'empressa de me relever, comme vous pouvez le croire, et je ne me fis pas du tout de mal; seulement le verre d'une de mes montres fut cassé. Je ne fis qu'en rire jusqu'à mon retour au Palais-Royal, et j'en ris encore, surtout qliand je pense à la gravité avec laquelle deux grands jésuites vinrent me relever : c'é-
1 Cette comédie est du père Du Cerceau ; eue n'a point été reproduite dans l'édition des poésies de ee Jéiulta publiée a Paris, 1185, 2 vol. in- 12, ni dans «on TÂéttn è fma/t du collèges, édile par le père Arlry (Paris, 1B0T), qui ne put la retrouver. Le catalogue de la bibliothèque dramatique de H. de Solclnne(t. Ut, p. 218) l'Indique SMU la date du il mû 11 Ï8, iiiriis on croit qu'elle [ut représentée avant cette date.
<:„Goo^jc
420 CÛRRESPffiVDANCH
tait un tableau à faire. Lorsque je fus de retour au Palais-Royal, il sonnait six heures. Je fus au spectacle avec mon (Ils, sa femme et les personnes qui étaient dans ma voiture. On donnait Ariane et le Sicilien. A neuf heures trois quarts, je remontais en voiture pour revenir ici ; mais aux Tuileries nous fûmes arrêtés, car le beau temps avait amené tant de monde pour se promener dans le jardin, qu'il y avait devant les portes une multitude de carrosses ; le passage était intercepté ; il était plus de dix heures quand nous fûmes libres, et je ne pus me mettre au lit qu'à minuit et demi.
Je sais positivement que H. de Bernstorff excite le roi d'Angleterre contre le prince et la princesse de Galles; mon Sis a voulu les rapprocher, mais M. de Bernstorff est venu tout en colère dire à l'abbé Dubois qu'il n'avait pas i se mêler de pareilles affaires et qu'on ne lui saurait nul gré de son intervention. Mon (ils m'a répété que c'était Bernstorlf qui animait le roi contre ses enfants et contre son parent le roi de Prusse. Il faut que cet homme soit un vrai diable et un méchant diable; il a là dedans un intérêt que je ne m'explique pas.
8 juillet 1718.
Quoique Versailles ait les plus belles promenades du monde, personne ne s'y promène, si ce n'est moi. Le roi avait coutume de dire : « Il n'y a que vous qui jouissez des beautés de Versailles.... > J'ai toujours eu ma maison à moi, mais tant que Monsieur a vécu, il ne m'a pas laissée maltresse d'y nommer qui ce fût; tous ses favoris en profitaient et il ne se vendait ché* moi aucune charge sans qu'on donnât un pot de vin
a la Graneéy, au chevalier de Lorraine, à Locarte ou à M. Spiesou.. . J'ai été souvent voir la Maintenon et j'ai fait de mou mieux pour gagner son amitié, mais je n'ai pu y parvenir.
H joillet 1118.
La reine-mère d'Angleterre n'a pas bien élevé ses deux filles; elles ont été élevées par des femmes de chambre qui leur laissaient faire tout ce qui leur passait par la tête; elles ont ensuite été mariées fort jeunes, et elles ont suivi ensuite le mauvais exemple de leur mère; mais toutes deux ont eu une triste fin : l'une a été empoisonnée el l'autre est morte en couches.
Ce qui me persuade de l'innocence de feue Madame, c'est que lorsqu'elle eut reçu le viatique, elle demanda pardon à Monsieur de toutes les inquiétudes qu'elle lui avait données et qu'elle dit qu'elle espérait aller au ciel, car elle ne l'avait pas offensé dans le fond ' . Salnt-Cload, S juillet 17 1B.
On a déchaîné tout le parlement contre mon Ris; il est certainement soutenu par l'aîné des bâtards {le duc du Maine) et sa femme. Dès que quelqu'un parle mal de mon fils et se montre mécontent, la duchesse le fait venir à Sceaux, le caresse, le plaint et n'épargne rien pour l'exciter contre mon fils. Je suis étonnée de
1 ■ Pour s'expliquer qu'au milieu des piège» et des périls où elle se Jouait, Madame n'ait point failli ; pour qu'elle ait pu dira sincèrement à Monsieur, à l'article de la mort. Monsieur, je ne veut ai jama.ii manqué, il faut se rappeler et les difficultés de ta situation si observée, el aussi son Age avec cette sorte d'innocence qui accompagne les Imprudences de la première Jeunesse. • (M. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 1. Vf, p. 2&%). ■ i. 3G
4Î2 GOBRESPONDANCfi
sa patience. Il a du courage, va son droit chemin et ne se tracasse de rien. Le parlement de Paris a fait une adresse à tous ceux de France pour les engager à se joindre à lui, mais aucun n'a voulu faire une pareille folie ; au contraire, ils sont tous demeures fidèles à mon fils. On a tout fait pour soulever le peuple par des libelles répandus contre mou Ois, mais la chose est restée sans effet; je crois qu'elle en aurait produit davantage si le bâtard et sa femme ne s'en étaient pas mêlés, car ils sont détestés à Paria.
tOJnllIet 1111.
On m'a raconté au sujet du duc Max quelque chose qui m'ôte toute amitié pour lui. On m'a assuré qu'il avait accusé, auprès de l'empereur, sa mère, qui l'aime si tendrement, parce qu'elle ne lui envoie pas huit mille écus qu'il demande; c'est une chose horrible et que je ne saurais endurer. 11 ne peut avoir de bonheur en ce monde ni en l'autre s'il se conduit d'une façon aussi indigne et que je ne puis lui pardonner, de sorte que de ma vie je ne veux plus avoir nul rapport avec lui. Je comprends bien où ce plat a été apprêté; c'est de la cervelle du .père Wolf que le coup est parti; ce qui m'irrite encore contre ce maudit moine, c'est qu'il ne peut souffrir que le duc Max ait auprès de lui un seul gentilhomme, rien que de plats manants, comme ce coquin de Wolf lui-même.
11 juillet UI8.
L'amant tenant de SI"* du Haine est le cardinal de Polignac, mais elle en a encore beaucoup d'autres, le premier président, cl même des drôles (tiurschen).
DE MADAME LA IWCHKSH n'ORI.ÉAJIS. 423
lî Juillet nu.
Mon fils est éloquent, et, lorsqu'il veut, il parie avec beaucoup de noblesse... Il a dit que le parlement ne devait pas se mêler des affaires de la monnaie, et qu'il maintiendrait l'autorité royale pour la remettre au roi, dès qu'il serait majeur, telle qu'il l'avait trouvée.
15 juillet 1718.
Je crois que ce qui empêche mon fils d'agir de rigueur avec le duc du Haine, c'est d'abord parce qu'il craint les pleure et les emportements de sa femme, et ensuite parce qu'il aime son autre beau-frère, le comte de Toulouse.
M juillet 1718.
Le feu roi prononçait bien nettement, mais tous ses enfants ont grasseyé, depuis M. Je Dauphin jusqu'au comte de Toulouse ; au lieu de dire Paris, ils disaient Pahi.
M. le Duc (de Bourbon) est fort amoureux de M"" de Prie ' ; elle a déjà reçu pour cela un petit ragoût de
1 On trouve des détails curleni sur cette dame dan* les Mémoires du président Hénaut, publié! tout récemment : • Elle éloit d'une taille déliée et au-dessus de la commune; une ligure, no air de nymphe, le visage délitât, de Jolies joues, le net bien fait, des yeux un peu chinois, mais ïifeet gais, en tout une physionomie fine et distinguée. » On peut aussi consulter les Mémoiret de d'Argenson : « Je ne crois pas qu'il ait Jamais existé créature pins céleste... Elle se rendoit Incognito chez le duc de Bourbon; leur carrosse gris avott A l'extérieur tout l'air d'un Aacre, et éloit au dedans d'une magnificence extrême... Quand le duc fut exilé, quand elle-même partit pour l'exil, dans sou empressement i faire ses adieux a tout autre qu'au ministre disgracié, elle oublia de fermer ses fenêtres, et, des maisons voisines, chacun put mesurer l'eices de sa douleur. ■
coups de bâton de son mari, mais cela n'empoche rien. On dit qu'elle a de l'esprit. Elle règne sur M. le Duc d'une manière absolue, et celui-ci n'est occupé qu'à faire eu H. de Prie. Elle 8 consolé H. le Duc du congé de M"" de Nesle, mais on prétend qu'elle ne lui est pas du tout fidèle et qu'elle le trompe avec deux autres galants : l'un est le prince de Carignan, et l'autre Livry, le premier maître d'hôtel du roi; c'est le plus beau des trois.
1* juillet 1718.
Je ne sais pourquoi la poste a la fantaisie, de nu faire partir les lettres que deux à la fois; on n'a pas encore, depuis que je suis en France, appris à respecter mon cachet; M. de Louvois faisait ouvrir et lire toutes mes lettres ' ; M. de Torcy a marché sur ses nobles traces et ne s'est pas mieux conduit; on le faisait jadis, afin de trouver dans mes lettres quelque chose qui pût me nuire ; les gens de M . de Torcy continuent par la force de l'habitude, car, grâce à Dieu, on ne trouvera nul moyen de me brouiller avec mon fils.
U juillet 1TI8.
Nous n'avons ici rien de neuf, si ce n'est le mariage du duc d'Albret, fils aine du duc de Bouillon, qui a épousé la fille de H. de Barbezieux ' avec le consentement du marquis et de la' marquise d'Allègre, son
1 ■ C'est à Louvois qu'est dû le fatal décret d'ouvrir (outra les lettres A la poste, qui a été si longtemps caché, qui est enfin devenu si public. » (Saint-Simon, note sur te Journal de Dang£au, 1854, LUI, p. 366.
* Le marquis de Barbciieux, fils de Louvoie, était mort jeune
grand-père et sa grand'mère du côté maternel. Tous les Louvois se sont prononcés contre ce mariage; ils le regardent comme une mésalliance, car la demoiselle a une très-grande fortune, et apporte en se mariant cinq cent mille livres. Elle aime le duc d'Albret autant qu'elle en est aimée. Mon fils a consenti an mariage ; le prince de Conti y a assisté ; il s'est célébré lundi à Saint- Sulpice. Les Louvois voulaient faire un procès au curé, mais il s'est justifié en disant que le prince de Conti lui avait remis une lettre de cachet de la part du roi, et que le cardinal de Noailles avait donné son autorisation. Mon fils dit que la lettre de cachet n'a été donnée que parce qu'il n'y avait pas eu d'opposition formée; les Louvois affirment qu'ils avaient précédemment remis une opposition au curé ; celui-ci déclare qu'il ne l'a jamais vue : l'affaire fait un bruit terrible. Le comte d'Évreux , mon cousin , le prince de Talmont et tous les Villerois sont contre ce mariage; mais il me semble que puisqu'il est consommé, et puisque les jeunes époux s'aiment tant , il n'y a plus à en parler ',
Trop id marquer ton lèlc, Barbeiieui a perdu le jonr
D'au t«p>n cruelle ; 81 le ehirvofant Paolelwrtnhi
TrwiToit quelque Ssnclle Qui le ranll le même train, 0 la belle défaite!
1 Saiul-SlmoD parle en détail
.426 CÛB8E6P0NDÀNGB
H n'est que trop vrai que mon fils a des embarras avec le parlement, mais il est faux qu'il ait parlé contre sa grand'mère au sujet du cardinal Mazarin ' ; il m'a dît que les gens du parlement voulaient se mêler de ce qui ne les regardait pas, et que tant qu'il aérait dépositaire de l'autorité royale, il la maintiendrait
1 Parmi les libelles Écrits contre la mère de Louis XIV, il faut placer en première ligne celui qui a pour titre :
Amom d'Anne d'Autriche , épouse A* Louis XIII, MME M. le C. de £., le véritable père de Louis XIV. Ou en connaît ■il ou sept éditions. Le Manuel du Libraire ( 1. 1, p. 89) donne i leur égard des détails étendus. Ce. qu'il y a de piquant, c'est que les dernières donnent tout an long, sur le titre, le nom do cardinal de Richelieu, tandis que les initiales signifient le comte de Rivière. Si les libraires qui réimprimèrent cet écrit avalent pris la peine de le lire, ils auraient vu que le cardinal y joue un rtle tout différent de celui que l'auteur attribue au comte.
Le savant auteur du Manuel regarde ce livre comme sans intérêt. Telle n'est pu l'opinion de H. Leber {Catalogue, 1. 1, p. 334) : ■ J'ose dire que le thème de cette composition est
■ un des plus piquants, ou, si l'on veut, des plus audacteui « qu'ait pu concevoir un esprit ennemi du grand roi. Il n'a rien
* d'ailleurs qui blesse absolument la vraisemblance dramatique,
■ et s'il était vrai.... Hais c'est un roman, personne n'en peut
■ douter. •
Quant aux liaisons de la reine avec Maiarin, les chansons dn temps et quelques-uns des Innombrables pamphlets connu* son* le nom de Masarinades s'eipriment avec une crudité cynique; mais ce ne sont pas le des autorités historiques. M. H. Hsrtlo, dans son Histoire de France, apprécie ainsi cette question délicate : ■ La correspondance (le Maiarin et de la reine, publiée
■ en 1S36 par H. Ravenel, ne laissa aucun doute sur la pas-
* slon qu'affectait le ministre et qu'il inspirait à la reine, quoi'
■ qu'A la rigueur des esprits 1res -bien veillants puissent encore
■ admettre, avec M°" de Motteville et Henri deBrienne, l'inno-
■ Moce de leurs relations. ■
entière, afin de la remettre au roi, à sa majorité, telle qu'il l'avait reçue, sans souffrir qu'on l'attaquât. Il n'y a ici rien a craindre ; la populace ne s'est pas émue et les parlements de province n'ont pas remué; les plus cruels ennemis de mon fils sont son beau-frère et sa femme (le due et la duchesse du Maine) ; ce sont eux qui ont amené tous ces embarras.
Mon fils trouvera bientôt moyen de payer les dettes du feu roi, car Law (c'est ainsi qu'on l'appelle) est un Anglais qui a heaucoup de talent '. Le peuple n'est
couplet» contre la légitimité de Louis XIV, maie il» sont, pour
la .plupart, d'un genre qui Interdit toute citation. En voici un de* motus vifs :
Boa pin, le roi dei Frinçii», Pour que 11 reine fût enceinte ;
Nous plaçons dans une note, A la fin de ce volume, quelques' . détails sur ce sujet scabreux.
1 Mention n ons parmi les ouvragée spéciaux relatifs au fameux système :
Blstoireditst/stcmcdesfinanctisoustaminoritédeLouisXV, (par Marmonl du Hautehamp); La Haye, 17 39, 6 vol. in- lî.
Secret du système de Law ; La Haye, I J ! 1 .
mémoires de la vie et du caractère de Law, 1721.
Un poème manuscrit sur «les heureuses opérations de M. Law, le bonheur qu'elles procurent a la France et la reconnaissance qu'elles méritent, » eatltidlqué dans 1% Catalogue de la Bibliothèque d'un amateur (M, Renouant), t. "1. P. 31.
Le* opérations de Law ont trouvé des critiquée fort Judicieux dans Forbonnala [Recherches et Considérations sur les finances de France, t. Il ), et dans M. Daire , Ptotice sur Law, dans le recueil des Économistes financiers du dix-huitième siècle, Parie, 1813). Eu revanche, elles «ont l'objet d'un panégyrique élo-
428 eonRRSPONDANce
pas plus pressé qu'il ne l'était du temps du roi ; mais on n'a pu le soulager, et les ennemis de mon 61b profitent de ces circonstances malheureuses pour exciter contre lui la haine publique. Il est faux qu'il entasse de l'argent ; il n'a jamais voulu toucher ce qui lui revient comme régent. Je ne crois pas qu'il existe au monde un être plus désintéressé ; il l'est même trop, et il fait ainsi de ses enfants autant de mendiants. Presque tout ce que disent les gazettes sont des mensonges.
15 juillet 1T18.
Feu Monsieur s'est trouvé mal à dix heures du son' ; il n'est mort que le lendemain à minuit. Je ne puis penser à cette nuit sans frémir ; je suis restée avec lui depuis dix heures jusqu'à cinq heures du matin, qu'il a perdu toute connaissance.
qneilt dans V Histoire de la Révolution française, pat Louis , Blanc (t. I, Ut. II, cb. vu-). On consultera d'ailleurs avec profit M. deToequeville, Histoire philosophique du règne de Louis XV, M, p. 110-169; de Sismondi, Histoire det Français, t. XXVII, p. 389 ; H. Martin, UUloire de France, t. XXVII, p. 173.
De curieux détails sur Law se rencontrent dans l'ouvrage de H. de Laborde sur le Palais-Mazarin, p. 394-393. Il fait remarquer que le travail de M. Thlers {Law et ion. tyttmejuuuieier) dans la Revue progressive, 1836, p. l-t6, dispense de toute* les autres recherches, tant la netteté des idées et la justesse des appreciationa s'y trouvent exposées avec méthode. Il n'a. paru de cette Revue que ce remarquable numéro, aujourd'hui recherché et rare. On peut «lier aussi Law et les chemins de fer (par tt.Baulbilerdfil'Ule), 18*5, in-18 : résumé assez exact des faits connus, et une notice dans Vfflslorischer Taschenbuch de 11. Haumer, septième année, 1815. Il a été publié récemment des Recherches philosophiques wr le systèmede Law, y&tX. A. Le. îasseur, IBM, in-8*.
Feu Monsieur était tellement importuné de l'attachement que j'avais pour Votre Altesse et du plaisir que j'avais à me trouver avec elle, qu'il m'a priée, pour l'amour de Dieu, d'avoir moins d'affection pour elle.
16 Juillet 1718.
Mon fils est éloquent, et quand il veut il parle avec noblesse. 11 a pour confesseur un jésuite, maie il ne se laisse pas gouverner par lui '.
10 Juillet IT1S.
Mon fils est allé hier à Chelles, et a Tait venir le
cardinal de Noailles afin de faire un dernier effort pour arracher sa fille au couvent.
11 juillet 1TJS.
Si les prêtres de tous les cotés étaient ce qu'on appelle de bonne foi, les trois religions chrétiennes seraient bientôt réunies , mais le diable se foure trop dans tous les prêtres pour qu'on puisse voir l'unité dans la religion; leur intérêt et leur ambition passent par dessus tout.
La noblesse s'acquiert facilement en France; qu'un riche paysan ou un bourgeois achète une charge de
* Nous n'avons pu découvrir le nom île ce confesseur du Régent; ses fondions se réduisaient ù la plus inslgnillanle des sinécures, et 11 n'a laissé nulle trace dans tes écrits du temps. Un autre personnage, placé dans nne situation i peu près semblable, nous est du moins connu de nom; te père Parut et, jésuite, était chargé de la conscience do Louis XV. Duel os [Mémoires, 1. 1, p. 35! ) parle d'un certain père Relglet, complaisant commensal des sociétés de la duchesse de Berrl, et soi-disant confesseur.
*M) cokhespondancb
secrétaire du roi, et elles sout très-miiltipliées, son lils devient un gentilhomme; si le fils d'un bourgeois entre dans le service personnel du roi par quartier, -au .bout de vingt ans d'exercice, il reçoit des lettres de noblesse. Je ne peux me faire à de telles choses '.
Sain [-Cloua, 34 juillet 1118.
J'ai été hier au couvent des Carmélites; mais la princesse de Nassau n'est pas venue au rendez-vous que je lui avais donné. On m'a dit qu'elle avait la prétention dé venir demeurer avec moi; mais je ne me charge point de pareils objets, Dien m'en préserve! Je n'ai pas voulu me charger de mes petites-filles; jugez si je le ferais pour une étrangère qui ne m'est rien du tout; je me suis nettement expliquée a cet égard. Le père du prince ne voit personne de la cour; il passe pour on cerveau détraqué : je croîs qu'on n'a pas eu tort de le regarder comme tel ; personne ne veut avoir de relations avec lui, à cause de la mauvaise société à laquelle il se livre. 11 ne joue pas, il ne va a aucun spectacle, personne ne sait ce qu'il à fait de toute la journée; il a beaucoup de dettes, et il tient chaque jour une table de quatorze ou quinze couverts, où il est seul avec ses gens.
Nos Carmélites, où Mme de Berri et moi avons été si souvent, ne sent point des bigotes , mais des personnes fort raisonnables. Si l'on ne voyait pas leur
1 Madame était tressé verc sur U noblesse et l'étiquette. Saint- Simon raconte saut plaisamment comme quoi elle refusa de M lalaeer embraiter par la Qlle de l'ambsttedeur de Hollande, et te recula brusquement au moment où celle-ci approchait ton minois [t. 111, p. 130).
habit, on les prendrait pour des personnes du monde, car elles parlent et raisonnent de tout sans façon. On ne m'a pas positivement projwsc, de la part du prince de Siegen , d'entretenir la princesse; maïs on m'a dit que c'était une honte qu'une jeune princesse comme elle fût en de si mauvaises mains, qu'elle pouvait se perdre, et que si quelqu'un s'en chargeait, ce serait un acte très-recommandaWe de charité. Là-dessus j'ai répondu très-catégoriquement; et, pour couper court à toute espérance, j'ai dit que je n'avais ni les moyens ni ta volonté de me charger d'une jeune fille; que j'étais vieille, et que je voulais me procurer tout le repos que je pourrais.
C'est la faute de la princesse palatine si je suis ainsi gênée ; elle a fait rédiger mon contrat de mariage plus désavantageusement que celui de la fille d'un bourgeois. 11 ne me sert de rien que mon fils soit régent ; l'argent du roi n'est pas le sien, et je ne voudrais pas en toucher un seul liard ; lors même que mon fils en serait capable, ma conscience ne le souffrirait pas; qu'importe l'argent si l'on n'a pas l'esprit tranquille? — L'altération des monnaies n'a pas jusqu'ici amené de désordres; le temps apprendra ce qui en résultera plus tard. Mon fils aurait déjà gagné la faveur publique, s'il n'avait pas des ennemis cachés, qui répandent sans cesse des libelles contre lui.
L'électeur ferait bien de faire rebâtir la pauvre ville de Manlieim et d'y habiter, car c'est un endroit fort agréable, et je m'y plaisais beaucoup ainsi qu'à Heidelberg; mais je ne pouvais souffrir le couvent de Neubourg.
432 COTIRESPONDAKCE
36 juillet iTIS.
11 est fâcheux , mais il est trop vrai, que M1"0 d'Orléans n'est pas du tout jalouse de ta personne de mon fils, mais seulement de l'autorité ; elle est vexée de l'idée qu'une autre qu'elle pourrait le gouverner... Elle est désagréable, mais elle croit ne pas avoir sa pareille.
Le maréchal d'Uxelles ■ a détesté mon fils toute sa vie, mais, depuis la mort du roi, il fait le chien cou-
■ Ce maréchal eet aaaes acravent maltraite dam lea ckanmnniert. Vold quelque» couplets qui le regardent et que nom croyons inédits :
Orateur public du miniitere,
Surintendant on eamftibltt D'tl lella doit être contât
Pour nettoyer beaucoup de pliti.
Et bien rider Ici Terrée,
D'Uiellei «t un dieu det enmbttt ; C'en nu foudre de guerre,
Mail on ne l'edl pu prit du teaipi De Jeu de Vert.
D'Uielles, écontei ma leur.
Vout i «urei bie El de In roui fen
chant, afin que mon iîls lui pardonne et lui rende ses bonnes grâces. Celte fois, il a voulu encore agir un peu à sa tète ; mon fils a montré qu'il ne s'en souciait nullement, et il a dit : « Qu'il fasse ce qu'il voudra ; à lui permis. > Quand le maréchal a vu que mon fils prenait ainsi la chose, et ne se préoccupait du tout de lui, cela a mis de l'eau dans son vin, et il a fait tout ce que mon fiU voulait.
Quand je suis venue en France, on m'a fait tenir des conférences avec trois évéques sur la religion. Us avaient tous trois des opinions différentes; j'ai tiré de ces trois opinions et de la Sainte Écriture de quoi former ma religion.
Paria, sa juillet ma.
M*" de Berri vint dîner hier avec moi et resta toute la soirée. J'ai à remercier H. Harling pour deux excellents boudins qu'il m'avait envoyés. H"" de Berri les a trouvés si bons, qu'elle a emporté ce qui en restait. Je n'ai de ma vie entendu parler du comté de Wurmbrandt; il faut que ce soit quelque, chose de nouvelle fabrique, ou que ce soit autrichien ; à coup sur, cela n'appartient pas à l'Empire.
L'électeur de Trêves, à ce que je crois, n'est pas un ecclésiastique farouche. Nous avons ici un évêque'qui
> C'était l'évêque da BeanTaîa, frère dn due de BetaTlluen. Il fut d'abord un ange de piété ; malheureusement une Jeune créature se mit en tête d'aller te confesser i lui pour le séduire, et n'y réussit que trop. Sa famille, le cardinal de Noailles, tous vinrent i son secours pour le cacher et le convertir. Lui-même fit tout l'éclat, et la tète lui tourna ai entièrement, qu'après de longs scandales avec différent» maîtresses qui le ruinèrent, Il projeta de passer en Angleterre. Il fallut enfla le reléguer à Cli. IT
434 coftnr.sMwi)AscE
avait commencé par donner dans l'austérité la plus rigoureuse; il né voulait arrêter la vue sut- aucune femme; Il est encore jeune; 11 a, je crois, trente-deux Ans. Je ne sais continent cela s'est fait, mais le diable, qui rode partout, comme un lion cherchant une proie à dévorer; a touIû détruire toute cette dévotion ; U a rfiis en jeu* tmë dé ses inventions les pllis Stibtiles, et il a inspiré à une jeune fille, qui avait même Une conduite fort légère; l'idée d'aller se confesser au* pauvre jeûné évêque ; elle est belle comme un ange et éxlréméritent adroite ; elle a si bien parlé au bon' évéque, qll'il n'a pllis Voulu Vivre sans elle; U a Congédié tous ses vieux serviteurs; il s'est mis à faire friser ses cheveux, qu'il portail courts et piafs ; il s'est mis à se promener tous les jours avec la demoiselle, se qui Ir si fort ému le peuple qu'on a poursuivi sa voiture à' coups de pierre; Ses ecclésiastiques sont venus lui adresser des remontrances ; il les a mis à la porte ) ses
tenfli, où l'abbé n'ouHin rien pour se faire décharger S'ait paraU hôte. U resta enfermé et presque gardé à rue le reste de ses jours. La donielle avait éié mise aux Madé lonnetlee. bangeàu raconte toute cette affaire, sur laquelle on Irouie aussi des détails dans iHf MIAMoIrti de Malirepusft. 1; p. 318; «t dans SalntSUnee, t; XX, p. )6, t. XXI, p. îS6)j la dama s'appelait DoiaeroU et était lllle "d'un exempt des gardes du corps qui, accablé de dettes etde mauvaise» affaire», s'était noyé. Lorsqu'elle eut été mile en jjrtwn', l'évéque rat demander sa liberté au Régent, qui la refais en dutmt : • M"' de Beautilllen ne me pardonnerait jamata; naais 11 y S tant d'autres filles à Paris sans celle-là ! * On trouvé dans le piquant ouvrage de H. Barrière, la Cour et ta Vitte , p. 76, une lettre du Père Senec, bénédictin, Wr la conduite Ue ce prêtât : * Deux petites créatures qui le volaient, et pool les* quelles U se rainait, furent succesetTeoieut enfermées. ■
DB MADAME LA DUCHBiSH D'ORLÉÀKS. 43$
parente se sont réunis pour lui parler , il a renvoyé •M parents sans les voir , et il n'a voulu recevoir que sa mère. Il lui a dit qu'il ne savait pas pourquoi on faisait tant de vacarme parce qu'il se promenait avec H"* de fUckart (ainsi se nomme la dame) ; qu'il ne l'avait près de lui qu'afin d'étudier la musique, qu'elle connajt parfaitement. Lorsque les parents ont vu qu'ils n'obtenaient rien, ils se sont adressés à mon fils, et l'ont Pfié de faire enfermer la dame dans une maison de correction. Quand cela a été fait, l'évéque 4 juré que, de sa vie, il ne reverrait aucun de ses parents. Ainsi finit l'histoire; elle m'a fait plaisir; car je ne puis souffrir les gens rigides qui ne veulent voir personne et qui affectent une sainteté extraordinaire ; ce sont ordinairement des fourbes, et quand la fourberie est dévoilée, je m'en réjouis.
lion Dieu ! que la conduite du roi d'Angleterre est extraordinaire I Je suis tout à fait en disgrâce auprès de lui ; mais comme je n'ai rien fait à son égard qui mérite un reproche, et comme je ne suis pas dans sa dépendance, c'est nn malheur dont je me console facilement, et je prie Dieu qu'il dissipe l'aveuglement de ce prince. Il ne veut voir ses petits-enfants qu'une fois tous les trois mois; cela n'indique pas beaucoup de tendresse.
18 julllat n 18. Si H1" de Valois était de ces gens qui ne se soucient pas de plaire, je ne m'étonnerais pas qu'elle se négligeât tellement dans ses façons d'agir; mais elle aime qu'on la trouve jolie, elle a du goût pour la toiletta, et elle ne peut pourtant pas comprendre que la mefl-
leure toilette c'est la bonne raine et la bonne grâce, et que, lorsque cela manque, nulle toilette ne peut en tenir lieu.
90 juillet 1718.
Cest une fâcheuse destinée pour mon fils d'avoir une femme qui veut se mêler des affaires et qui le contrarie. On dit que l'homme est ordinairement, puni par où il a péché; c'est ce qui arrive à mon fils à l'égard de sa femme et de son beau-frère, car s'il n'avait pas consenti à son mariage, et s'il no s'était pas fourré dans cette canaille, il pourrait maintenant avoir les mains libres.
SUQt-Cloud, si juillet ni8.
Nous savons que la paix est faite avec la Turquie; ie courrier qui en apportait la nouvelle au comte Boenigseck est tombé malade à Lunéville, et un courrier du duc a apporté ses dépêches; ma fille m'a mandé cette nouvelle par cette occasion. On ne parle aujourd'hui que de la flotte espagnole qui"a envahi la Sicile et qui a pris possession de Païenne. La reine de Sicile m'écrit qu'Albéroni a trompé le roi d'une manière affreuse, mais bien des gens pensent qu'ils sont d'accord entre eus ; le temps montrera ce qui en est. Cela me rappelle ce qu'il y a dans la Mort de Pompée :
le deilin h déclare, et nous Yenom d'entendre Ce qu'il a décidé dn beau père et du gendre.
Mon fils ne se fâche jamais que lorsqu'on parle contre ses plaisirs. Je ne prétends plus à être heureuse en ce monde; que Dieu me préserve seulement de survivre à quelque malheur arrivé à mou fils! Biais
lorsque je reçois des lettres comme on m'en écrit souvent, qui ma préviennent que l'on veut assassiner mon file, ou mettre te feu au Palais-Royal, ou semblables gentillesses, alors je ne pais rester tranquille. Lui ne fait qu'en rire.
M . de Berastorff a demandé avec tant de chaleur à l'abbé Dubois de ne pas se mêler de la querelle du roi et du prince de Galles, qu'il n'y pas de doute que les choses ne pussent s'arranger. C'est un misérable ingrat; après avoir reçu tant défaveur du duc Georges- Guillaume , comment peut-il ainsi s'acharner contre son petit-fils?
SalQt-ClOQd, Saoul 1718.
H"" de Verrue avait, je crois, quarante-huit ans ' . J'ai profité du vol qu'elle a fait au roi de Sicile, car elle
1 11 s'agit ici d'une dame célèbre par as beauté, un «prit, son goût délicat et ses aventures, Jeanne-Baptiste d'Albert de Luynci, pellte-fllle du connétable et femme du comte de Verrue, Plémonltli. Sa vie fut un étrange roman. H. Paulin Parla en a tracé une fidèle esquisse, que noua reproduisons volontiers :
■ MmB de Verrue avait d'abord subi les persécutions d'un besu-
• frère amoureux fou de sa beauté, puis devenue à son corps
■ défendant l'objet des hommages du duc de Savoie, elle avait i Qnl par envoyer promener amant, mari , parent*, et s'était
■ elle-même réfugiée dans un couvent de Paris. Elle attendait
■ dans cette pieuse retraite la mort de son mari , qui eut la « bonté de se faire tuer à Hocbstedt, en 110t. Après le temps
■ convenable accordé au deuil, l'aimable veuve acheta un hùlel
■ qu'elle consacra bientôt par le culte dts belles-lettres et des
■ beaux-arta. Ses nombreux admirateurs la désignaient sous le
■ nom de la dame de volupté, mais de cette volupté chaste et
* gracieuse, qui n'exclut la vivacité d'aucun plaisir permis. » Saint-Simon en a (racé un charmant portrait. Elle rassembla
438 OOKRBWONDilCI
.m'a vendu cent soixante médailles d'or qu'elle b <lérqbées & es grince. Je n'ai eu cependant qga la moitié des médailles qu'elle avait volées au roi. Elle avait aussi des cassettes pleines de médailles d'argent ; (ont cela a été vendu en Angleterre.
Salot-Qood, 4 tout 17 IS,
Je regrette que vpus aye* à aller cet automne en Angleterre; c'est une chose périlleuse et désagréable qu'un voyage par mer. On prétend ici que le prias* de Nassau ne possède pas un liard et qu'il p'a que des dettes. S'il avait de l'argent, ce serait use chose a£» freuse de sa part que de laisser sa fille mourir de faim. Il est difficile de vivre dans le monde ou à la cour avec «b militer de florin*, mais avec cette somme elle peut fort bien subsister dans un couvent d'une maniera conforme à son rang.
J'ai reçu avant-hier une lettre de la princesse de Galles; elle ne me dit pas un mot de la conspiration. A propos de conspirations, il n'est hors de propos de vous dire qu'hier, au spectacle, mon fils a dit que le csar avait réuni un grand Conseil où assistaient tous les évéques et les conseillers d'État. 11 a fait venir son fils en (eur présence, l'a embrassé et ]ui a dit : * Est-il possible qu'après que j'ai épargné ta vie, tu veuilles m'assassioer ? » Le prince a font nié ; alors le ç?ar a
dis elle un eieelleqt choix de livre* que la respectable tribu de* bibliophile* recherche et recoonsU encore aujourd'hui.
Elle mourut en 1 7 1 i> , a peine âgée de quart nt#-#?pt W- Selon Saint-Simoif , t. V, p. 32, elle aralt été emiioisoiiiujc ep Piémont j un coaUe-polpua exquis la sauva,
remis an Conseil des lettres qui avaient été saisies et il a dit : « Je ne puis juger mon Gis; jugei-le afin qu'il épreuve de la démenas et peur qu'il ne soit pas procédé contre lut selon toute la rigueur de la loi. > il s'est retiré ensuite. Le Conseil a, d'une tous unanime, condamné le prince à perdre la vie. Lorsque le czârewib a entendu cette sentence, il a été eu proie k ('émotion la plus râe; il est resté quelques, heures, sans pouvoir parler. Il a ensuite demandé à voir son pèfe auapra une niis avant de mourir ; il lui a tout avoué et il a sollicité son pardon en versant .des larmes ; il a encore véeu deux jours, et il est mort avec de grands senti* roents de repentir. Entre nous, je crois qu'on l'a empoisonné, afjn de ne pas avoir la honte de le voir dans les mains du bourreau. C'est une affreuse histoire, elle S l'air d'une tragédie et ressemble beaucoup à An» dronic'.
Je croyais que H. Layy était Anglais, i\ est Écossais; il est de fait qu'il est horriblement laid ; il me parait un brave homme et il a beaucoup de talent; avant-hier il a failli mourir d'une attaque de colique. Lo parlement n'est pas encore tranquille; il fait toujours des remontrances. Tout est si borriblejnen* gâté daps «fl
< Tragédie de CampUtron. Le tujet est Internant, mais je poêle n'a su tirer que fort peu de chose d'un fond aussi riche; La mort d'Alex!» a d'alllenn fourni (e sujet (l'une tragédie a Canton im Mets. Cousaltei, aarceUe MUtsVwtH : }Ay*eqifKf Histoire de Siurie, t. V, n. 1-70; Letierc, ffjtt. de la Rvitie,. t. III, p. 419) Van Halem, Leben Peter* des Gïptsen.'t, lt,~ p. î05 ; Bohle, article dan» l' Encyclopédie d'Brsch et éraber; t. III, p. «4-7Ï; E. Toise, fio» Carlo* une iffctfl pttroviU; ÇnunisU, ms.ja-s.
<::>.. G00gk'
440 CORKESPONDÀHCB
royaume que mon fils ne pourra de toute sa vie avoir ni repos ni satisfaction.
■ On n'a jamais mis du vin du Rhin dans le grand tonneau d'Heidelberg , mais, seulement du vin du Necker. L'électeur actuel passe pour ne pas haïr le vin. Quant à moi, le vin du Rhin est celui que je préfère; je ne puis souffrir le Bourgogne : son goût me semble désagréable ; et puis ce vin me fait mal à l'estomac.
& août 1718.
Le roi a toujours haï ou aimé suivant la volonté de la Maintcnon; il n'est donc pas étonnant qu'il n'ait plus voulu souffrir la Montespan; la vieille lui a découvert toute la malice de la Montespan, et son fils aîné, le duc du Maine, l'a fortement aidée en ceci.... Dans ses dernières années, la vieille a fait plus grande figure que, de toute sa vie, elle n'avait pu le prévoir. La cour la regardait comme une divinité.
6 août ms.
Par suite de la régence en France de la reine-mère (Anne d'Autriche), toutes les femmes sont devenues intrigantes jusqu'aux femmes de chambre. On dit qu'il était très-singulier de voir comment toutes les femmes se mêlaient des affaires à l'époque de la régence de la reine-mère. Au commencement, la reine ne savait rien de rien. Elle donna un jour à sa première femme de chambre les cinq grandes fermes dont le produit fait vivre toute la cour; lorsqu'elle vint au conseil et proposa la chose, tout le monde se mit a rire et on demanda à la reine avec quoi elle comptait
ne hadaie u duchés» d'okléans. 441 vivre. Lorsqu'on lui eut expliqué le fait, elle fut tout étonnée ; elle croyait n'avoir donné qu'une petite ferme qui s'appelait les cinq fermes. Cette anecdote est trèsvraie; le vieux chancelier Le Tellier, qui assistait à la séance du conseil ou la reine fit cette proposition, me l'a racontée; elle-même en a souvent ri depuis cl reconnu son ignorance. On a sur la régence bien d'autres historiettes du même genre'.
On île peut croire à quel point l'abbesse de Haubuisson * était agréable et divertissante; je la voyais toujours avec plaisir; le temps ne me semblait pas long avec elle. J'étais mieux dans ses bonnes grâces que toutes ses autres nièces, car je pouvais lui parler de tout ce qu'elle avait connu dans sa vie, et c'est ce que les autres ne pouvaient faire. Elle parlait souvent allemand avec moi ; elle connaissait bien cette langue. Elle m'a raconté ses aventures; je lui demandai comment elle avait pu s'habituer à la sotte vie du couvent. Elle me répondait en riant : « Je ne parle à mes religieuses que pour leur donner mes ordres. > Elle avait dans sa chambre une religieuse muette, afin d'être dispensée de lui parler. Elle disait qu'elle avait toujours aimé la vie de la campagne et qu'elle se figurait maintenant être une demoiselle vivant à la campagne, c Mais, lui dis-je, se lever la nuit et aller à l'église ï ■
1 Un homme d'esprit disait alors que tous les mots de la langue française se réduisaient à ceux-ci : la reine est fi bonne. On donna i un solliciteur Importun un impôt sur les messes.
* Lonl&e-Hollandine, abbesse de Maubuisaon, près Pon toise. Elle mourut à qualre-vlngt-six ans fort regrettée. Saint-Simon vante ion esprit, son savoir, ses bonnes qualités, t. XII, p. 1 96.
44S cmmspokdàmcb
Ella répondit en riant que je ne savais fias comment faisaient les peintres qui rehaussaient l'éelat du jour par las ombres mises à eaté. En général, elle, savait peindra toutes ohoses da manière à leup ôter ce qu'elles «valant d'absurde.
La vieille guenipe a, en toute occasion, montra sa haine contre mon fils, et elle, n'y a jamais manqué, soit 4e près, soit de loin. El|# n'simaji p*> plus moq mari que mon fils et que moi. Elle haU de niflPfi m» QllO et son mar j. Elle a une fois dit & une dame que )e plus grand défaut qu'elle lui connaissait était rie m'élre attachée. Ni moi, ni mon fils, nous n'avons jamais do notre vie rien fait pour la. ficher; car ppua B'ayons pas pu empêcher que Monsieur n'ait raconté & la duchesse 4a Bourgogne une partie do la vie de h Mainteppn; Monsieur le fit parce qu'il était piqué Ù8 ce que la dame !u? enlevait son neveu, et de ce qu'elle ne pouvait souffrir que ]a Dauphine (la duchesse fa Bovrçogne) témoignât quelque attachement à son grand>père ; elle, était jalouse de la Dauphine pomme un galant l'est de sa maîtresse.
M"* d'Orléans aime ses enfants et surtout son fils, mais pas autant que ses frères, ni que tout ce qui appartient à la famille Mortemart.
e aoftl 1718.
Je dois être fort {aide; je n'ai aucuns traits, do petits yen*, ira aoi eourt et gros, lot lèvres longues et plalos,
MOt eela 6e peut fermer une Jolie figuré ; j'ai dé grandes joues pendante» et une longue figure; je suis tfès^ petite, grosse et épaisse, le corps et les jambes courtes! en somme, je (lois être une vilaine petite laideron. 8i je n'avais un asseï ban caractère, personne n'aurait pu me souffrir. Pour voir ri j'ai de l'esprit dans les yem, il fondrait qu'en les regardât avee un microscope ou tout au moins avec une lorgnette, ou plutôt il ftui* tirait être sorcier pouf- le deviriên
Le roi ne pouvait d'abord souffrir M*" de Montes pan ) il reprochait a Monsieur et à la reine de la garder dans leur société, et il en devint ensuite éperdument amoureux.... 11 s'est ensuite aussi peu tracassé d'elle que de la Forttarige.... Elle était encore plus Ambitieuse que débauchée, mais méchante comme le diable....
M™* de Hontespan a invente les robes battante* pour cacher ses grossesses, parce que ces robes-là ne lais^ seht pas voir la taille, mais lorsqu'elle les prenait, c'était comme si elle eut écrit sur Bon front ce qu'elle voulait cacher ; tout 1 e monde disait à la cour : * M"* de Montespah à pris sa robe battante, donc elle est grosse. > Je crois qu'elle le faisait à dessein et dans l'idée que cela lui donnerait pluB de considération a la cour; c'était ce qui arrivait en effet.
itaoftt nis.
Ou avait placé des gardes du corps chez Mm* de Montespan et c'était raisonnable, car le roi était nuit et jour dans ses appartements; il y travaillait avec" ses ministres. Hais comme l'appartement était fort grand et se composait de beaucoup de chambres, la dame
pouvait bien faire ce qu'elle voulait, «t le maréchal de Noailles, pour être dévot, n'en était pas moins homme... Quand elle sortait en voiture, elle avait des gardes , de peur que son mari ' ne lui fit quelque affront; il l'en avait toujours menacée.... Elle a causé beaucoup de chagrins à la reine.... Elle, La ValUère et Foutange ont eu toutes trois leur tabouret chez la reine.
La maréchale de la Ferlé voulut un jour montrer a un de ses amants combien elle l'aimait ; je ne sais lequel c'était, car elle en a eu autant qu'il y a de jours dans l'année '. Si je ne me trompe, c'était le petit
1 Henri-Louis de Pavdaillan de Goudrln, marquis de Montespan. Les écrivains' du temps assurent qu'il aurait d'abord pu éloigner sa femme sans que le roi, faiblement amoureux, s'y fût opposé; il se flatta de tirer de cette faveur des avantages qui lui échappèrent; de là tinrent son dépit et ses éclats. 11 reçut l'ordre d'aller vivre dans ses terres, d'où il ue sortit plus jusqu'à sa mort. Un arrêt du Chàielel de Paris prononça en 1679 sa séparation d'avec sa femme ; lorsque celle-ci se fut convertie, elle écrivit au marquis dans les termes les plus humbles, lui offrant de se remettre dans ses mains, et de se retirer dans la lieu qu'il indiquerai!. Il répondit qu'il ne voulait ni la recevoir, ni entendre parler d'elle, et 11 mourut sans lui avoir pardonné. Selon des écrits du temps, 11 avait cherché à gftter sa santé pour altérer celle de sa femme, avant leur séparation.
1 Madeleine d' A ngenn es, femme du maréchal de La Ferlé; elle mourut eu 1 7 14, âgée de près de quatre-vingts' ans. Ella était sœur de la comtesse d'Olonne, fameuse par son Inconduite, et elle ne valut pas mieux. • Le débordement de leur tic » fit grand bruit, dit Saint-Simon. Aucune des femmes, mit ■ des plus décriées pour la galanterie, n'osoit les voir, ni pa- « roilre avec elles. On en étoit là alors, la mode a bien changé « depuis. Quelque impétueux que fût le maréchal de La Perte, « U fut dupe de sa femme toute ea vie, ou le voulut bien pa-
comte de Marsan , frère du chevalier de Lorraine. Il lui avait une fois reproché de ne pas l'aimer assez. Elle dit : < Je vous donnerai une preuve du contraire. Quand je vous sois seulement dans le même lieu où je suis, je me sens une agitation comme si j'avais la .fièvre. » 1) ne voulait pas la croire; et elle lui donna un rendez-vous pour la nuit.. Quand il était au lit avec elle, elle lui tire la couverture par dessus la tète, et lui • dit : ■ Ne parlez pas, ou vous êtes perdu! » En même temps elle appelle ses gens, et fait venir son médecin. Pendant que celui-ci lui tâtait le pouls, elle dit : « Eh bien! que trouvez-vousT* Madame, répondît le docteur, vous avez une grande agitation et une fièvre très-violente ; vous devriez vous faire saigner. < Une autre fois; répliqna-t-elle ; je n'en ai pas le temps présentement, i Quand le docteur et la femme de chambre furent partis, la maréchale dit : a Eh bien ! êtes-vous content? je vous ai tenu parole. — Oui , répondit-il , mais vous m'avez fait grande peur. »
J'aimais mieux, dans mon enfance, m'amuser avec des fusils et des sabres qu'avec des poupées; j'aurais bien voulu être un garçon, et cela faillit me coûter la vie, car avant entendu dire que Marie Germain était
• roilre. Ver» la fin de ses juure, la maréchale de La Ferté do- « vint ddvote. u On pense que La Bruyère avait en vue ce* deux Murs dans les portraits de Claudine et de Mestaline, qu'il fit | paraître pour la première fois dans la septième édition des Caractères. L'histoire si peu édifiante de la maréchale de La Ferté fait partie des diverses éditions de l'Histoire amoureuse des Gaules et de la France galante, recueils de libelles du temps.
440 CORftttPQftoAMft
devenu un homme oit sautant ', je me mis a sauter d'une façon si eftrOyalHe que c'est un miracle si je ne me suis pas cassé le cou cent fois.
19 août lïlfl.
J'ai fait répandre par la chancellerie au prince ds Wurtemberg qui m'avait demandé d'être la marraine de son fila, lien Sis est si peu intéressé qu'on n'a jamais pu lui persuader de prendre ee qui lui revient . de droit : il dit qu'il est régent afin d'épargner pour le roi et non pour lui occasionner de la dépense. Les dettes du feu roi sont énormes et donnent lieu aui plus grands embarras. Mon revenu ne peut en rien être augmenté.
Pour que la princesse de Siegen entre dans un couvent, il faut y payer une pension, et c'est ce que je ne puis faire, lors même que je le voudrais. 11 est difficile de trouver aujourd'hui un couvent où les enfanta soient bien élevés; les Carmélites ne reçoivent pas de pensionnaires, et tous les autres couvents qui en prennent sont tellement remplis de débauche et de vices qu'on frémit rien que d'y penser. La princesse n'est pas assez riche pour faire un bon mariage en France,
1 Montaigne, «Util ion Voyhgt en Italie et dans ta BuaU, (lit. 1, eh. xi }, parle de Merle Ûemlain qui habitait am envi» rons de Vltry-le-Français. • Elt encore* en auge entre 1rs fll!.s« delà Une ebanaon par laquelle elles a'admllsseot de ne peint faire de grande* enjambée*, de peur de devenir garçon eomme Marie aernlsln. • Jonbert, AmÈr. Fard. Bebutlg et d'animante»* relatent de* faits du genre de celui dont parle l'Immortel pnUoeophe pdrloourdln. u en est aussi question dans des écrdralui arabe» qu'a cités H. Quatremere (Journal des Savants, IHU, p." Ml).
m MADAMB LA DBCHESH D'ORLÉANS. AAl
et je na lut conseillerai pas d'en faire un mauvais. Il y a an Lorraine des ehanotnesses, mats il n'y en a pas en France.
30 wfll 17(8.
Jfl tm teHJpura fort inquiète au m&> dfl ■«*> jjls, )) a. mBlbeumiaetnent beaucoup d'ennemi* et enap» piu*. dnfaui amis; on peut tout craindre ide leur part,
(lue de nies petitas-fillep veut faft religieuse, malgré RM volonté et celle de son pire, U wèffi éj»ye, *» *»» fanis, d'une façon qui est un objet de dérision, et 4» hanta ; il faut que j 'assista a cela tout* la journée, af [Oilt ce que je poux dire ne sert 4 rien.
JîaoM 1118.
J'ai le cœur tout troublé aujourd'hui quand je pense que c'est en ce jour que notre pauvre M"* d'Orléans fait sa profession. Je lui ai représenté tout ce que j'ai pu imaginer afin de la détourner de cette maudite ré- ■oiution, mais cela a été sans résultat i, ■
sa mùh? M.
|.a femme du bossu a voulu avoir un éclaircissement avec mon fils; elle a parlé avec emphase comme lorsqu'elle joue la comédie, et alla a dit qu'il ne pou-
' Nmii m revfendrou pas enr i« détal'i a»a nous avoni dénués caPFtriml cetta prinsesie. Quant a sa résolution d'entrer an religjna, aile est expliquai dans l& mmiff ffe fa baronne d'Oberkirch {chap. xxvi), par un récit du chevalier rie Mornty, qui avait été témoin de U scène émouvante qu'il
vait croire assurément que la réponse au livre de Fiti- Moris émanât d'elle; qu'une princesse du sang comme elle ne descendait pas à écrire des libelles; que le cardinal de Polignac avait été employé dans de trop grandes affaires pour se mêler de pareilles bagatelles, et que H. de Malezieux était un trop grand philosophe pour songer & autre chose qu'à la science ; qu'elle ne s'occupait de rien, si ce n'est d'élever ses enfants et de les rendre dignes du rang de princes du sang, rang dont on les avait dépouillés avec tant d'injustice. Mon fils s'est borné à répondre : < l'ai lieu de croire que ces libelles ont été faits chez vous et pour vous; des gens qui ont été à votre service attestent qu'ils les ont vu faire ; du reste, on ne me fait rien croire ni décroire. » Quant au dernier article, il n'a rien répondu, et il s'en est allé. La dame s'est vantée partout de l'énergie et de la fermeté avec laquelle elle avait parlé à mon fils.
Saint-Cload, SS août 1718.
Le parlement tracasse mon fils et excite plus que jamais contre lui les bourgeois et le peuple de Paris; il peut en résulter de grandes calamités. Le soir , en me couchant, je remercie Dieu.de ce qu'il n'est pas survenu quelque malheur dans la journée. Beaucoup de gens voudraient avoir ici pour roi le roi d'Espagne; c'est un personnage faible et qui se laisserait mener plus facilement que mon Sis. Chacun ne songe qu'à son intérêt. On prétend que le roi d'Espagne a des droits réels au trône de France et qu'on lui a fait tort en le faisant renoncer à sa patrie. Cela se combine dans la prévision de la mort du petit roi : s'il venait à
DE MADAME LA DUCHESSE d'ORLÉAKS. 449
mourir, mon fila se trouverait roi; mais il ne serait pas plus en sûreté qu'à présent, et cette mort serait un grand malheur pour lui.
Je n'ai jamais vu un été tel que celui-ci. Il n'a pas plu depuis trois semaines, ot la chaleur augmente chaque jour; les feuilles sur les arbres sont desséchées comme si le feu y avait passé. 11 y a des prophéties qui disent que la pluie commencera à tomber mercredi. Dieu le veuille ! mais jusqu'à ce qu'il pleuve, on ne me verra certainement pas à Paris. Nous trouvons ici qu'il fait chaud, mais tous ceux qui reviennent de Paris s'écrient : Ali ! que Saint-Cloud est frais! Paris est un endroit horrible, puant et très-chaud ; les rues y ont une si mauvaise odeur qu'on ne peut y tenir; l'extrême chaleur y fait pourrir beaucoup de viande et de poisson, et cela, joint à la foule de gens qui pissent dans les rues ', cause une odeur si détestable qu'il n'y a pas moyen d'y tenir.
. ' In den garnit piste*. Ce mot, qu'un écrivain sérleni n'oserait tracer aujourd'hui, Saint -Si mon le plaçait dan» ses Mimoiret (voir le» anecdotes racontée», t. III, p. 159 et t. XX, p. 4). On le retrouve dans le» leitret spirituelles que le chevalier de Lille écrivait ou prince de Ligne (voir les Tableaux de genre et d'AUtoire publiés par F, Barrière, Parla, 1 Sî8, p. H 1 ), et de» plaisanteries de ce genre se iirodulsaient à la table du grand Frédéric (p. 34; ). On Joua à Fontainebleau un mauvais tour* M"« de La Fayette, en venant sur le parquet du jus d'orange, ce qui donna lieu n un couplet de Louis Xlll, transcrit dans lelteMMi! Maurepas, 1. 1, f 44», et que H. L. de Labordo a Inséré dan» le» Notes de ion ouvrage sur le PalaiS-ifazarin (p. 353; voir aussi p. soi ). Il ne faut pas oublier, à cet égard, les récita de Tallemant, Historiettes, t. VII, p. 140, et t. X, p. 13. Quant a la saleté des mec dont se plaint Madame, elle eat 1S.
Je ne peux comprendre la conduit* du roi d'Angleterre; tant qu'il « été électeur, il a passé pour un prince équitable; maintenant on n'entend parler que de sa dureté et de son injustice..
La comtesse de Portland n'a point eu d'attaques d'apoplexie, comme le bruit en a couru ; c'est une méchante femme qui Tait tout ce qu'elle peut pour chagriner te prince et la princesse de Galles,
Salnl-Cload, m m«i mg.
Plus je vais, plus j'ai lieu de regretter ma tante rélectrice et de respecter sa mémoire ; vous avez bien raison de dire que dans bien des siècles on ne reverra pas une personne comme elle. 11 s'en faut malheureusement de beaucoup que j'aie son jugement et sa vivacité ; ce qu'on peut louer en moi, c'est de la bonne volonté et de la franchise, et, grâce à Dieu, je ne suis pas débauchée, comme c' est maintenant la mode parmi
attestée par divers écrivains du dix-aeptfème siècle. Berthod, dans ton Paru burlesque, «poatruph* ainsi l*Wpi|aie : Tille toujoiin pleine de bouc.
Tieui, tieui, >uia-tii pu un qui pitw Cou'ra un pilier! Bi I par me Toi!
Ou lit dao* la Fureliériann : < Ce n'est pas une àtnt tort extraordinaire de voir pisser un nomme eonire une majioa dans les me». > Suivent du anecdotes A cet égard, efttr a autres lu ait- Ifaetiotidu comte de Brancu, qui quitte la main de la reine neuf ■isfter conu-c la upisssrie (p. 261 de YtfUjoQ de l£96). Ce **testante an* a de* ejem plairas flis» parlant pour lifc-e ; F...,aw, iU«t«r*inij>r)iiié4*(i»U«Jleç[wi>de»^'iu£iT69,i0ïBl-, M}.
les personnes princières de la maison royale de France. Je suis persuadée qu'Albéront ', qui est un méchant coquin, a trahi le pauvre roi de Sicile; ce roi n'est pas le premier que ce cardinal ait trompé; il a trahi son premier maître ' pour plaira à 11. de Vendôme; il a seeriflé celui-ci a la princesse des Ursins , et ensuite la princesse à la nouvelle reine. Le temps now montrera ee dont il est encore capable. Il y a longtemps, Dieu merci, que je n'ai pas reçu de lettres anonymes; 00 sait aujourd'hui de quelle boutique elles partaient ; elles venaient de la duchesse du Maine •■ Je ne puis
■ ■ AlMronl était en esprit saunent, un osnutsrs babils et fort. Tool ce qu'on ■ écrit iur lui est feux et emprunté S ion prétendu Tatament politique, ouvrage de Roussel, et à m Vie apocryphe, 1 T 1 S. Cet livres ont été le principe dw nombreuses erreurs biographiques mr le Maiaria te l'Espa^se »(C*peflgue|. I-emontey ( //iiioire rfe la négeAce.t. 1, p. Ï7 8-Î8U) ne semble pat avoir apprécié Albéronl avec m sagacité habituelle. Cou {VEtpagne tout le* Bourbons, t. II, cb. ni) a mieux Jugé ce mlftlelre célèbre. La nouvelle Btogrup/tie vniverieltt, puMlée par Mil. FirauB Bulol. lui s consacré us article ratnarauabla ,
* Le duc de Parme,
* Consulter, sur la duchesse du Haine, une bien Judicieuse notice de M. Sainte-Beuve, Causerie* du lundi, t. III, p. 160. Le caractère et l'existence de cette femme hardie, impérieuse et fantasque, sont tracés de main de maître. * Comme toutes les
• femme* Irritée», elle se laissait aller * la légèreté de certains
• propos, cruels seulement dans l'expression -, la pauvre prln-
■ sesse, qui s'évanouissait t la vue d'un peu de sang, voulait,
■ comme Judith, couper la tête de aa prapra «min à do menai
■ Holophenu, «a M planter le dos sanglant de Jeal; c'était > propos de femme colère, dont le Régent aimait a rire avec ce « cynisme de paroles qui caractérisait sa causerie intime ■ C'apeAgne). Saint-Simon la mentre e
le, fari«aae(t, X, p. II»}.
comprendre comment Madame la Princesse, qui est une excellente femme , a pu avoir une fille aussi méchante ; M™" du Haine n'a pas dans les veines une goutte de sang allemand ; l'ambition et la manie de l'intrigue lui mettent le diable au corps. Son mari et la Haintenon et d'autres mauvais conseillers la soutiennent; ils prétendent qu'on a fait au duc du Maine la plus grande injustice en le privant de la régence, et qu'il devrait être roi si le petit roi venait à mourir; cela leur inspire envers mon fils une haine effroyable; lui est le meilleur homme du monde, il ne saurait haïr personne.
11 me semble que le monde est pire qu'il n'a jamais été ; dans toutes les familles je ne vois que dissensions ; je crois que l'on a prédit à Francfort que la fin du monde arriverait l'an prochain.
19 août 1118.
Les dames qu'on appelle enfants de France ont toutes le titre de Madame; voilà pourquoi il y a dans nos brevets Madame, duchesse de Berri, Madame, duchesse d'Orléans; mais dans les conversations, ou dit la duchesse de Berri, la duchesse d'Orléans; de fait, on devrait dire comme M"* de Berri l'exige à son égard . Le titre de duchesse d'Orléans appartient à M"" la duchesse d'Orléans, comme petite-fille. Telle est la règle ici. Il est d'usage que le frère et la belle-sœur du roi s'appellent Monsieur et Madame tout court, et ces titres se trouvent aussi dans nos brevets; mais je ne me suis jamais inquiétée d'être appelée Madame la duchesse d'Orléans. MM de Berri, de son côté, se fait.
-, DE MADAME LA DHCHESSB D'OULÉÀNS. 453
appeler Madame, duchesse de Berri, attendu qu'étant enfant de France en troisième ligne, il faut qu'elle fasse ressortir cette descendance par son titre. A cela il n'y a rien à dire; si le feu roi avait eu des filles non mariées, on appellerait chacune Madame, en ajoutant le nom de baptême.
Sainl-Cloud, 30 août 1718.
Le parlement avait formé le beau projet, si mon fils avait encore différé vingt-quatre heures , de (aire le duc du Maine roi de France, en déclarant le roi majeur, et en rendant le duc maître de la direction de toutes les affaires; mais mon fils les a déconcertés, il a éloigné le duc du Maine du roi, et il l'a dégradé de son rang. On dit que le premier président a ressenti une telle crainte qu'il est resté pétrifié comme s'il avait vu la tète de Méduse; mais Méduse ellemême ne pouvait être plus en furie que la duchesse du Maine ; elle s'emporte en menaces horribles, et on lui a entendu dire publiquement chez elle qu'on trouverait bientôt moyen de donner au régent une croquignole telle qu'il mordrait la poussière. Oh croit que la vieille guenipe intrigue sous main avec son élève. Siiini-Cioud, 31 août i7i8.
Je vais ce matin & Paris où il y a bien du tapage ; mon fils a fait tenir par le roi un lit de justice; il a mandé tout le parlement, et lui a formellement enjoint, au nom du roi, de ne pas se mêler du gouvernement, mais de se renfermer dans ses attributions, de rendre la justice et juger les procès. On a installé lé nouveau garde des sceaux dans sa charge, et comme
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l'on sait positivpment que le duc du Haine et sa femme excitent le parlement contre le roi et contre mon fils, on |i}( aôté la ïurveillanett de la personne du roi', et 00 l'a donnée i M- le Pue; on l'a privé, lui et ses enfanta, du droit d'être traités en princes du sang, tuais l'on maintient dans tous ses privilèges son frère cadet, qui s'est toujours bien et honorablement conduit ; les gens du parlement et la duchesse du Maine sont tellement furieux contre mon fils, que j'ai toujours peur qu'ils ne le fassent assassiner; la duchesse tient les propos les plus révoltants; elle a dit à. table : • On. dit que je pousse te parlement à la révolte contre le duc d'Orléans, mais je le méprise trop pour prendre une si noble vengeance de lui ; je saurai bien me venger autrement. ■ Vous voyez quelle furie est cette femme, et si je n'ai pas raison d'être dans des angoisses continuelles.
Je crains que nous ne conservions pas le duc de Chartres ; il est trop délicat ; il est petit et mince pour son âge ; il n'a, l'année dernière, rien gagné en forée ni en croissance, et il a pourtant quinze ans accomplis. C'est dommage, car il est bon et honnête; il a des moyens et il n'a aucun vice : . 11 est bien élevé ; plût a Dieu que ses sœurs l'eussent été comme lui! mais je ne VMM pas parler d'elles; ailes sont somme des colosses, tant elles sent grandes et fortes.
' Saint-Simon étagère fort et lapurtéa e| la oaiWfW fo 4a* du Maine ; il n'avait aucune iks qualités néivessaires au rôle que h femme lui imposait.
• U rfgont s'aperçut bUa vite que bon Ib a'éWt ew i ItM {ffemHrtnitfUnm},
DE HADAMfi LA MOTfRWE u'oRLlÏANS. 4Slt
Je connais très-bien la tragique aventure du czarewitz ' ; des gens de là-bas en dut feridu à mon" fils lin compte exact. On a mis beaucoup de mensonges dans les journaux ; le czar n'est pas aussi barbare qu'il l'était aVttbt d'avoir voyagé ici et en d'autres cours. Le czareWitz avait pris part a ùri complot, dont le but était de tuer sotl père; c'est d'après lés pièces écrites de sa main qu'il à été condamné à mort. Il avait commencé par tout nier, et on n'attrait pu le convaincre, si sa maîtresse ne l'avait trahi et n'avait livré ses papiers!
1 septembre ITIflt
te parlement a demandé pardon" 9 thOU fils, ce qui
> CetW eittailrepfce art loin d'Uni rtMntfl» « la meHné manière par les divers historiens. ■ Oniaitqu'Aletfs fut mi h damné à mort, et que (on arrêt et m grâ.-e, qui lui forent annonçât presque eh inerte temj*, lui caueirnnl Une révolution M riolente, qu'il mourut le Jour suivant ■ ( Diteloe, t. II, p. îbA). La ou manda a «es ministres, dans les cours étrangères, que ton Bis était mort d'une attaque d'apoplexie. Quelques personnes prétendent que le cxar dit an chirurgien qut fut appelé ami saigner té prince : • Comme la révolution a été terrible, ouvre* M quitte leinee. i Athsi le rumiJo serait devenu l'exécution de l'srrtt. Voluure n'a *u dissimulé toute ion horreur art ftp* ponant les détails de ce terrible prêtes i mais, ajoute H. MU chaud {Biographie uMverulte, t. XXX1Y, p. a&e), ■ le oom-
■ plaisant historien n'a pu dit qut Pierre tut prêtent tôt in-
■ terrogatolres, aux tortures de la question qu'il Qt subir i son
■ fllgpourluiarracherun aveu de orl ma a qu'il «'avait pancommis, « que le confesseur de ce malheureux fut anesl mis à la question,'
• puis décapité pour n'avoir pas rfvélé les secrets du contée « Biennal. Voltaire n'a pu dit non plut qu'il est resté Constant
• qn'Alexis eut la téta tranchée psi l'ordre, et même, al l'oit
■ en croit l'historien Lambertl, par la main du tsar lui-même, a