‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 4)Chapitre 14 sur 33 · XVI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XVI AVERTISSEMENT

la belle-sœur de Louis XIV, toute la liberté du latin; mais nous avons dû nous souvenir que le lecteur français devait être respecté, et nous avons parfois rejeté dans les notes le texte de ce latin qui nous effrayait.

■Quelques critiques avaient révoqué eu doute l'authenticité des fragments de la correspondance d'Élisabetb- Cbarlotte, tels qu'ils ont paru de 1788 à 1833; on a soupçonné qu'ils avaient été, sinon fabriqués à plaisir, du moins fortement interpolés; on a désigné, comme l'auteur de pareille œuvre, un littérateur instruit, Sénac de Meilhan, connu par quelques travaux de ce genre. Ces soupçons pouvaient avoir une certaine vraisemblance en présence de la forme morcelée qu'on avait donnée aux extraits des lettres de Madame ; mais la publication entière et fidèle qu'a donnée M. Menzel ne laisse plus subsister le plus léger doute sur la parfaite authenticité de ce commerce épistolaire.

C'est avec raison que l'auteur d'un article inséré dans le Journal de V Empire (Journal des Débats), 1er octobre 1807, disait :

« Je ne conteste point l'authenticité de ces anecdotes; « elles ont, du moins pour la plupart, un caractère de « vérité, d'originalité et de franchise poussé très-loin, sou- « vent même beaucoup trop loin, mais très-conforme à « l'humeur de la princesse et répondant parfaitement à « l'idée qu'en a donnée Saint-Simon. Ses ressentiments « s'expriment avec une franchise qui pourrait paraître « quelquefois brutale et grossière. Lorsque ses prétentions « sont choquées, lorsque sa hauteur n'est pas satisfaite, « elle tombe tantôt dans d'inconcevables petitesses, tantôt « dans des excès tout à fait condamnables. C'était, assuré- « ment, une grande petitesse à la fille d'un électeur palatin « de trouver qu'il n'y avait pas assez de cérémonial et « d'étiquette à la cour brillante de Louis XIV. »

A MADEMOISELLE D'OFFELEN.

Amsterdam, 9 mars 1G6I.

Ma bien chère demoiselle Offelen, je n'ai pas pu ne point vous faire savoir que je pense à vous plus que vous n'en ave/ l'idée, et je pense que vous songez aussi à moi ; j'ai à me plaindre des cousins qui m'ont bien piquée. Nous avons fait un voyage très-agréable; il faut aussi que je vous demande comment se comporte mon petit cousin; j'espère que nous nous reverrons bientôt ; je n'ai pas à m'excuser de ne pas vous avoir écrit plus tôt, car vous savez bien que je ne puis faire mieux, .i>' vous dis adieu, ma chère demoiselle Offelen, jusqu'à ce que nous nous revoyions bientôt, H je reste encore toujours votre affectionnée amie.

A MADAME DE BLARLING.

4 mars 1070.

11 faut que je vous dise, ma chère daine Harling, tpie mon frère Charles et moi nous devions avoir une grande fête pour la soirée du mardi-gras; nous devions être des dieux et de.s déesses, niais, comme il

faisait trop froid , la cérémonie a été retardée et elle devait avoir lieu d'hier en huit ; tous nos costumes étaient prêts ; ils étaient superbes ; mon frère était Mercure et moi l'Aurore; Mlle Kolh faisait Cérès et une autre était Diane ; enfin nous étions des dieux et des déesses , des bergers et des nymphes ; les chars de triomphe étaient fort beaux ; tout était prêt , lorsque jeudi, quand nous allions commencer, survint la nouvelle de la mort du roi de Danemark. Il a bien fallu tout remettre à six semaines, s'il n'arrive rien dans l'intervalle. Voyez maintenant, ma chère dame Harling, si vous voulez vous lever de bonne heure ou non ; puisque je suis l'Aurore, j'ai à ma disposition les portes du jour, et je ne les ouvrirai que lorsque cela nous conviendra.

23 novembre 16*2.

0 ma chère demoiselle Uffel ! qu'il est gênant pour un enfant bruyant, turbulent et fantasque de ne pouvoir plus courir, sauter, se promener en voiture ; il faut se laisser porter sur une chaise ; encore si tout cela était bientôt terminé, on en prendrait son parti ; mais cela durera neuf mois, et c'est terriblement long et ennuyeux. Lorsqu'une fois cet œuf sera pondu, je voudrais pouvoir vous l'envoyer par la poste à Osnabruck , car vous êtes plus que qui que ce soit dans ce pays au fait de ce qu'il faut faire en pareil cas, et je suis convaincue par ma propre expérience que vous en auriez bien soin ; mais ici aucun enfant n'est en sûreté : les docteurs ont déjà expédié dans l'autre monde cinq des enfants de la reine ; le dernier est

m. ut il v ;i trois semaines; ils en on! l'ait autant pour trois des enfants de Monsieur, ainsi qu'il le dit luimême.

30 mai 1G73.

Je vous i mu rcie de la confiance que vous me témoignez, ainsi qui- M. de Harling, en m'envoyant votre petil neveu: soyez sûre que j'aurai pour lui tous les soins possibles, et c'est un fort joli enfant; non-seulement Monsieur et moi, mais tout le monde ici l'aime. 11 sert déjà comme un des autres {payes), et il commence à pailer français et à le comprendre, .le l'ai logé à pari des autres dans une maison dont la dame a soin de lui; elle l'ait blanchir son linge et lui fait l'aire ses prières, .le lui ai fait faire un petit lit avec des rideaux, et i! mange à la laide de mes filles d'honneur, OÙ, à ce que je pense, rien ne lui manque. Le premier service dont il ait eu à s'acquitter a été de servir à table une des plus jolies demoiselles qu'il y ait en ce pays; cela ne lui a point déplu , car sitôt qu'on s'est levé de table, la demoiselle l'a deux l'ois embrassé. Il faut qu'il ait trouvé cet usage de son goût, car, une lois qu'elle n'y pensait plus, le petit drôle s'est placé devant elle et lui a tendu la joue.

\ MADAME DE HARLING.

G juillet 1073.

Je n'ai pensé à rien, si ce n'est à la joie que vous aurez éprouvée en recevant la nouvelle que je suis beureusement accouchée d'un lils. Comme j'ai toujours été comme votre enfant, c'est comme s'il vous

était arrivé un pelit-iils. Je suis bien sûre que vos souhaits en sa faveur sont comme les miens. Aussitôt que l'on aura fait faire son portrait, je vous l'enverrai; mais j'espère que vous aurez occasion de le voir et que vous le trouverez tel que vous pouvez le désirer. C'esl un bel enfant bien frais et bien portant; grâces à Dieu, il ne lui est survenu aucun accident depuis qu'il est né ; je suis enchantée de voir comme il est fort et gros. J'ai été seize heures en mal d'enfant, et j'ai éprouvé, durant cinq heures , les plus grandes douleurs ; elles étaient si effroyables que j'ai toujours été comme folle jusqu'à ce que ce drôle soit enfin sorti.

A LA MÊME

20 avril 1C76.

Il m'a été impossible de vous répondre plus tôt, car j'ai été tellement troublée du coup imprévu dont Dieu tout-puissant m'a frappée ' que je commence à peine à m'en relever : vous voyez bien maintenant que j'avais grandement raison de souhaiter que mes enfants pussent être entre vos mains, car j'avais prévu mon malheur de loin. On a ici une singulière façon d'agir à l'égard des enfants, et je n'ai malheureusement que trop vu qu'en fin de compte, il ne peut en résulter aucun bien. Mon malheur est que je ne sais nullement comment il faut agir avec les enfants, et que je n'ai aucune expérience de ces choses-là ; il faut donc que je croie ce qu'on me recommande ici ; mais en voilà assez à cet égard, car plus j'y pense et plus je me

1 La mort du duc de Valois, de ce fils dont la lettre précédente annonçait la naissance.

trouve affligée. Je n'ai maintenait nulle consolation,

car Monsieur est parti jeudi avec le roi pour se rendre, à l'armée; cela ne peut à la longue faire que du mal à mon Lait, el quelque gaieté qu'il y ait naturellement dans mon caractère, il n'y a rien qui puisse vous soutenir dans d'aussi adieux malheurs. Je ne crois pas qu'on puisse mourir de chagrin, car, en ce cas, je ne sciais assurément pas au monde, car ce que j'ai souffert est impossible à décrire. Si Dieu n'accorde pas sa protection toute spéciale à l'enfant dont je suis enceinte en ce moment ', j'aurai bien mauvaise opinion de la santé et de la vie de celte pauvre créature, car il n'y a pas moyen qu'elle ne se ressente pas de toutes mes

peilie-.

A LA MÊME

^0 niai 1676.

Je voudrais pouvoir vous envoyer le duede Chartres dans une lettre; je serais sure alors qu'il resterait en vie; il me cause beaucoup d'inquiétude, el je désirerais bien qu'il eût trois ou quatre ans de plus, afin de le voir sorti Ac> périls delà première enfance. Us [les médecins] n'entendenl rien ici aux soins qu'il faut donner aux enfant-, ils ne veulent rien ('•couler de ce qu'on leur dit , et ils envoient dans l'autre monde un tas d'enfants.

10 octobre 1676.

J'ai déjà écrit à ma tante une longue lettre, une de •

1 Sa Bile, mariée depuis au duc de Lorraine. Ni en 1674. et devenu célèbre sous le nom de Récent.

b CORRESPONDANCE

premières que j'ai écrites depuis mes rouches, mais je ne veux pas laisser partir ce courrier sans vous remercier de tous les vœux que vous exprimez pour moi et pour mon nouveau-né clans votre lettre du 29 septembre; quant à moi, je me suis, grâce à Dieu, trouvée extrêmement bien depuis mes couches , et je n'ai pas eu la plus petite incommodité, quoique le mal d'enfant ait été beaucoup plus rude que les deux autres fois. J'ai été, durant dix heures, dans de grandes douleurs, ce qui, à dire la vérité, m'effraie tellement que je ne me soucie plus d'être un tuyau d'orgue, comme vous me l'écrivez. Les enfants sont trop durs à venir ; s'ils vivaient, on prendrait son parti; mais quand on les voit mourir, comme j'en ai fait cette année la triste expérience, alors il n'y a plus aucun plaisir à tout cela. Le duc de Chartres est, grâce à Dieu, en parfaite santé, ainsi que sa petite sœur, qui est aussi grasse qu'une oie engraissée et très-grande pour son âge. Lundi dernier, on les a baptisés ; on leur a donné mon nom et celui de Monsieur ; ainsi le drôle s'appelle Philippe et la petite fille Elisabeth-Charlotte. S'il vient maintenant une Liselette ' au monde , Dieu fasse qu'elle ne soit pas plus malheureuse que moi, et elle n'aura pas de motifs de se plaindre.

A LA MÊME

3 janvier 1677.

Je vous remercie bien de vos souhaits de bonne

1 Petit nom d'amitié que les parents de la duchesse lui donnèrent lorsqu'elle était enfant.

DE MADAME LA IH ClIl'.SSi: D ORLÉANS. 7

année; je désirerais extrêmement avoir l'occasion de vous témoigner ma reconnaissance, car si nous en venions à régler nos comptes, nous trouverions que

VOUS avez l'ait plus pour moi dans ma jeunesse que je n'ai l'ail pou] vous en toute ma vie, et j'en suis honteuse; le moins que je puisse l'aire est donc d'avoir pour vous l'affection la plus sincère.

Al. RAUGRAVE CHARLES-LOUIS.

Paris, 2 mai 1077.

Mon cher Charles ', je n'ai pas voulu vous écrire lorsque j'ai reçu la triste nouvelle de la mort de votre maman, car je sais bien que dans les premiers moments d'une juste douleur, il n'est pas possible de lire des lettres; aujourd'hui j'espère que vous êtes un peu revenu à vous-même, el je vous écris pour vous' assurer de toute mon amitié et de mon vit' désir de pouvoir vous apporter quelque consolation.

A MADAME DE HARLING.

Pas de date (1681).

Je n'ai reçu depuis longtemps aucune lettre de mon frère2, mais j'ai appris à son égard quelque chose qui ne me l'ail pas plaisir et qui ne convient pas à un nouveau marié; il a attrapé, à Genève, la petite vérole, ce

1 Frère consanguin de la duchesse.

2 Ce frère avait nn an déplus que sa sœur; il devint électeur palatin après la mort de son père, en 1080, épousa une princesse de Danemark, et mourut sans postérité en 1 685. La maison de Neubours lui succéda.

n'est pas du tout ce qu'il faut pour la figure d'un prétendu; je crains que les marques ne lui demeurent; la princesse de Danemark devra, à l'avenir, s'attacher à ses bonnes qualités plutôt qu'à sa figure, et elle en trouvera, chez lui, d'excellentes.

A LA COMTESSE PALATINE LOUISE

Saint-Cloud, 25 avril 1681.

J'ai reçu plus de dix lettres de notre reine d'Espagne ' , qui sont pleines d'amitié pour vous. A propos d'elle, son pauvre Saint-Chamans est extrêmement malade ; on doute qu'il en réchappe ; ceux qui le connaissent disent qu'il meurt d'amour pour elle, car depuis qu'elle était allée en Espagne, il n'avait pas eu un moment de satisfaction. J'en suis sincèrement affligée.

Versailles, ce 13 juin 1G86.

Avant mesme que d'avoir receue vostre lettre du 6 de ce mois qu'on m'a donnés hier au soir, mon bon duc, je me suis flattée que vous séries fâches quand vous aprendries ma juste doulleur, elle est aussi forte que jen ay de sujet, je croi que c'est asses vous en dire pour vous en faire comprendre tout te son estendùe,

1 Marie-Louise, fille du premier lit de Philippe, duc d'Orléans,et belle-tille de Madame. Elle avait épousé, en 1679, Charles II.

i Cette lettre se trouve en autographe à la bibliothèque du Louvre, vol. F, n° 325 (Lettres de Louis XIV et des princes au maréchal de Nouilles, p. 82). Nous la reproduisons avec toutes ses incorrections d'orthographe.

Ml MADAME LA DUCHESSE D ORLEANS. 9

mais si quelque chose peust adoucir ma peine, cest issurémenl de voir si mes amies s\ intéressent et particullièremenl ceux que j'estime aussi parfaitement que vous, mon bon Auc, je rie vous donneres jamais occasion de changer de sentiments pour moy, et je vous prie «l'est iv persuades que vous ores en moy tant que je viveiav une (par mon malheur très inutille) mais pourtant très sûre et véritable amie.

Je souhaitte que les eaux de Bourbon vous facent du bien ei que nous vous revoyons bien tost en parlante santé ie\ .

A MADAME OK HARLING.

18 novembre 1G87.

J'ai reçu votre lettre du 2? octobre; elle m'a l'ait grand plaisir, car elle m'a prouvé que votre santé était meilleure; j'en étais grandement en peine, et, après tous les soins ipie vous avez eus pour moi durant mon enfance, après toutes les preuves d'amitié dont vous m'avez comblées, il est bien naturel que je vous chérisse de tout mon cœur et que je m'intéresse extrêmement à tout ce qui vous regarde. On ne peut pas dire qu'on a été inutile en ee monde lorsqu'on a fait tout le bien que ma chère demoiselle Uffel a fait; il faut alors désirer de vivre e! de ne pas ailliger ses bous amis en mourant. Pourquoi auriez-vous de la répugnance pour la vie? Avec la résignation que vous avez dans la volonté de Dieu, aucun grand malheur ne saurait vous atteindre, et il vaut encore bien mieux vivre que mourir. On ne va que trop tôt dans l'autre

monde. Vous vous réjouirez avec moi <le ce que mon fils, grâce à Dieu , est revenu en parfaite santé ; Dieu a fait pour lui un miracle en le tirant sain et sauf de la bataille '. Je m'étonne que Son Altesse l'électeur ne soit pas encore chez lui, lorsque le roi Guillaume est déjà en Angleterre; la duchesse douairière sera maintenant convenablement à Hanovre; il me semble que notre oncle ne fait pas grand honneur à la maison en restant à la chasse, tandis que cette duchesse arrive. Je désire que vous puissiez bientôt faire librement usage de vos pieds et de vos mains, et vous trouver en parfaite santé, afin d'en jouir longtemps avec plaisir. Je n'ai eu aucune peine à lire votre lettre. On ne me fait maintenant ni bien ni mal : Dieu veuille que cela puisse rester ainsi; je serais alors bientôt en paix. J'adresse à monsieur Haiiing mes félicitations au sujet de son neveu ; de tout côté on m'en fait des compliments. Il n'est de retour ici que depuis sept jours et en parfaite santé; mon fils et ses gens ne peuvent assez le louer au sujet de la façon dont il s'est conduit pendant la bataille. J'ai vivement demandé qu'il fût avancé dans son régiment, mais la protection de madame de Maintenon et sa recommandation ont plus de poids que la mienne ; j'espère qu'une autre fois nous serons plus heureux 2.

1 De Steinkerque.

8 Le volume, publié en 1791, donne, peu après cette lettre, l'extrait d'une autre, sans date, dans laquelle la duchesse raconte une anecdote concernant une demoiselle de la cour de Brunswick. Étant à la table du duc, elle se mit à soupirer au point d'attirer l'attention de tous les assistants. On lui demanda

Fontainebleau, 8 novembre 1688.

Je viens de recevoir dans ce moment vostre lettre, mon bon (Un-, qui ne m'a point surprise, car vous me donnés des marques de vostre amitié en touttes les dons, ainsi je n'ay pas pnst doutter nue vous ne m'ayés plainte d'avoir perdue ce pauvre Raugraff quej'aimois tendrement; mais comme je vous ai dit .souvent si quelque chose me peust soutenir dans ces afflictions si continuelles qui m'arrivent, c'est quand je vois que les honnestes gens et ceux que j'estime s'y intéressent, jugés de-là si je ne doy pas avoir receue de la consolation des assurances que vous me donnés d'y avoir pris part, car vous mefaittes bien la justice de croire, mon bon duc, que vous vous pouvez entièrement (aire l'application île ce que je viens de dire, puisque j'ay pour vous aultant d'estime et d'amitié que vous pouvés en souhaiter.

Saint Clou, ce lundy 8 d'aoust 1689.

Vostre petit te Lupine ne veust pas vous dire un mot de ce que je l'ay priée de vous dire de ma part, et elle veust que je le mette par escril, c'est de quoy je ne

me suis pas l'ait tirer l'oreille. Je vonderois pouvoir

si ces soupirs réitérés étaient le résultat de quelque chagrin que lui donnait son serviteur [Chervitor), « 11 n'y a pas de Chervitor, répondit-elle; je me sais bourrée à en crever. »

1 Volume ci-deasus indiqué, p. 83.

2 Volume ci-dessus indiqué, p. 85.

trouver quelque occasion de vous assurer par quelque service, mon bon duc, que je suis tousjours de vos amies, que je vous souhaitte touttes sortes de contentement, et qu'il ne vous peust rien arriver où je ne m'intéresse comme je dois, par l'estime et amitié que j'ay pour vous.

Versailles, ce lundy 25 d'aoust 1692.

En vérité, mon bon duc, vous avez grand tort de me faire des excusses de m'escrire ; avez-vous donc oubliés que j'aime mes amis, que je souhaitte qu'ils ayent de l'amitié pour moy, et que je suis très aise d'en aprendre des nouvelles? Comment donc seroit-il possible que vostre lettre du 18 de ce mois, que la duchaisse Lupine m'a donnée hier au soir, oroit peust me desplaire? Bien loin de là ; aussi, mon bon duc, elle m'a faist un très grand plaisir, et je vous suis très obligée de la part que vous me témoignés prendre à ce qui reguarde mon fils. Il est bien vray que je suis très aise de ce qui lui est arivés, mais je vous advoue que je trouve qu'en voilà bien assés pour nostre année, et je me consolerois fort, si la campagne pouvoit finir sans qu'il y ait plus d'action. Son bras n'est pas encore guéris, maison me mande qu'il le sera bien tost. Adieu, mon bon duc, je vous souhaitte mille bonheur et contentement, et je vous assure que vous n'avez point d'amie qui ait plus d'estime et véritable amitié pour vous que moy.

1 Volume ci-dessus indiqué, p. 8G.

Paris, ce mercredi 24 juin luiW.

En arrivant de Saint-Clou icy, j'ay aprisla eonquesfe que vous venes de faire de Rose, mon bon duc, dont j'ay esté ravie pour l'amour de vous, je vous asseure, et sachez m'en bon gré , car en vérité , il faut que vous soyez, auttant de mes amis que vous en estes, pour que je puisse me réjouir (en l'humeur où je suis de l'orible cruauté qu'on a faite en dernier lieu à Heijdelberg) de ce qui vous est arrivé et y prendre part, car je frémis encore quand j'y songe. N'en parlons plus, je vous diray seulement, mon bon duc, que qu'en quelque estât que je puisse estre, je m'intéresserés à tout ce qui vous regarde, car je vous estime fort et ay beaucoup d'amitié pour vous, je vous prie d'en estre persuadés.

A LA COMTESSE LOUISE

Versailles, 5 mars 1095.

Je ne vois pas pourquoi il faut aux gens tant de costumes divers ; mes seuls vêtements à moi sont le grand habit et un costume de chasse quand je monte à cheval; je n'en ai point d'autre; je n'ai de ma vie porté ni robe de chambre, ni manteau, et je n'ai dans ma garde-robe qu'une seule robe de nuit pour me lever et pour me mettre au lit.

Le roi Jacques d'Angleterre n'a pas voulu que nous prissions le deuil de sa fille - ; il a vivement insisté

1 Volume ci-dessus indiqué, fol. 88.

* Marie, fille de Jacques II et femme du prime d'Oranse,

pour qu'on n'en lit rien; il n'a pas du tout été ému de cette mort, ce qui m'a étonnée, car je pense que l'on ne peut oublier ses enfants, quels que soient les torts que l'on ait à leur reprocher; le sang doit toujours conserver sa force. D'après le portrait qu'on m'avait fait du prince Guillaume, je n'aurais pas cru qu'il eût été aussi attaché à sa femme; je lui en sais bon gré.

Je suis bien aise d'apprendre que Charles Maurice m'aime, quoiqu'il ne m'ait jamais vue : c'est l'effet du sang; il n'est pas étonnant que je l'aime, car je l'ai vu venir au inonde, et d'ailleurs, j'ai conservé un tel respect pour Son Altesse, notre père ', que j'aime tous ceux qui sont ses enfants. Je désire que Charles Maurice soit bientôt colonel. On meurt quand vient le moment marqué, Maurice ne vivra pas au delà de l'époque que lui assigne sa destinée, qu'il soit à la cour ou à la guerre. 11 faut qu'il suive son penchant, car tout ce que l'on fait par goût, on le fait bien mieux que lorsqu'on cède à la contrainte.

A LA COMTESSE PALATINE LOUISE2

14 mai 169&. Nous avons ici un comte de Nassau, qui est un très- Guillaume III; elle prit une part active à la révolution qui détrôna son père, et elle occupa sa place.

1 C'est l'expression dont se sert toujours la princesse : J. G. muser vater. Elle ne désigne jamais sa mère, son mari, sa iille et jusqu'aux moindres de ses cousins, sans mettre leurs titres audevant de leur nom. Nous avons cru devoir supprimer ces répétitions continuelles ; il suffit d'en prévenir une fois.

2 Les lettres suivantes sont de même adressées à cette sœur

brave homme et fort estimé; il a un diplôme de l'etftpereur, qui l'autoriserail à prendre le titre de prince;

mais il nVn l'ait point usage, ce que .i(1 trouve forl bien. La danse esl maintenant passée de mode partout. Ici, en France, aussitôl qu'on est réuni, oit ne l'ait rien que jouer au lansquenet ; c'est le jeu qui est le plus en vogue, mais les jeunes gens ne veulent plus danser. Pour moi, je ne fais ni l'un ni l'autre. Je suis beaucoup trop \ teille pour danser, et je ne l'ai pas fait depuis la morl de notre père. Je ne joue jamais, pour deux très-bonnes raisons : la première, c'est que je n'ai pas d'argent ; la seconde, c'est que je n'aime pas le jeu. On joue ici 'les sommes effrayantes, et les joueurs sonl comme des insensés; l'un hurle, l'autre frappe si l'oit la table du poing que toute la salle en retentit; le troisième blasphème d'une façon qui fait dresser les cheveux sur la tête; tons paraissent hors d'eux-mêmes et sont effrayants à voir.

17 juillet 1G95.

Je vous prie de saluer de ma part tous nos vieux amis du Palatinat; je maudis aujourd'hui la guerre plus que jamais; mon pauvre fils, qui a été si gravement malade el qui prend encore du quinquina, s'esl trouvé à une affaire où le maréchal de Villeroi est tomhé sur l'arrière-garde du prince de Vaudemont et a mis quatre bataillons en déroute. Si mon fils a eu le bonheur de ne recevoir aucune blessure, je tremble

de Madame -, nous n'avons ]>as besoin de reproduire, son nom en tête de chacune d'elles.

que la fatigue ne lui rende la fièvre. Une bonne paix serait bien à désirer.

23 juillet 1695.

Madame de Savoie ' m'a écrit beaucoup de bien de mon cousin le landgrave ; elle dit qu'il est actif et qu'il a fort bonne mine , et qu'il lui a dit qu'il serait charmé de me voir. Je vous prie, ma chère Louise, si vous voyez ce prince, de lui exprimer combien je regrette que la guerre ne nous permette pas de nous trouver ensemble. L'histoire du prince Charles de Brandebourg - est quelque chose de fort étrange ; j'ai été la première à mander à ma tante cette nouvelle que notre duchesse de Savoie m'avait écrite en détail. On m'a annoncé que Casai s'était rendu; en tout cas, cela aura sans doute lieu bientôt ; je ne sais ce qui se passe à Namur.

Fontainebleau, 27 septembre 1695.

Ma tante m'a écrit de drôles d'histoires au sujet de l'abbesse d'Hervord. Nous avons ici un Courlandais qui sert dans l'armée et qui prétend être terriblement bien dans les bonnes grâces de cette abbesse ; il m'a

1 Anne-Marie , fille de Philippe d'Orléans et belle-fille de Madame, mariée au duc de Savoie.

2 Charles-Philippe, fils de l'électeur Frédéric-Guillaume, s'éprit à Turin de la belle comtesse de Solmeur, et l'épousa en secret. Son frère, le roi de Prusse, Frédéric 1er, la fit enlever de force; dans cette circonstance, Charles se battit héroïquement et fut blessé. Peu de temps après, il mourut de chagrin. La comtesse parvint à s'enfuir du couvent où elle avait été mise et épousa le maréchal saxon, comte de Wackerburth.

montré des lettres d'elle, qui prouvent qu'elle s'intéresse, en effet, beaucoup à lui : il se Qomme Ambotten ; elle me l'a également fort recommandé par L'entremise de Mn'° de Platter. C'est un jeune homme de vingt uns, qui n'est point laid ni mal l'ait, mais qui me semble fort peu agréable. Il a de l'espril et il écrit bien, mais il paraît avoir trop d'amour-propre. Elle voudrait volontiers l'avoir près d'elle, mais il ne s'en soucie pas. Ici on ne l'ait pas autre chose que des ebansons contre tout le monde; le roi lui-même n'est pas épargné; mais celui contre lequel on se décbaine le plus, c'est le pauvre duc de Villeroi ' ; il n'y a pas de jour qu'il ne sums-e quelque nouveau couplet contre lui.

1 i.i- personnage joua malheureusement un grand rôle vers la fin du règne de Louis XIV. Saint-S.rnon, qui ne l'aimait pas, a crayonné son portrait à sa manière; rapportons-en les principaux traits : « Le maréchal de Villeroi étoit un grand homme, « bien fait, fort, vigoureux. Quinze à seize heures à cheval ne « lui ètoient rien, les veilles pas davantage. Toute sa vie nourri « et vivant dans le grand monde; magnifique en tout, fort « noble en ses manières, homme fait exprès pour présider à un « bal ou pour être juge d'un carrousel. Brave de sa personne, « mais sans capacité militaire. » 11 mourut en 17 30. Les Mémoires du temps et Mme de Sévigné ne le désignent que sous les noms de charmant, do fastueux. La Beaumelle lui attribue le mot bien connu : A-t-on mis de Vor dans mes poches? que Voltaire revendique pour un financier. Il fut le héros de beaucoup d'aventures galantes, et la bonne opinion qu'il avait de lui faisait dire qu'il n'avait jamais trouvé de cruelles. On peut voir, dans les Mémoires de Maurepas (I, 23S), comme le duc de Roquelaure, dont il avait séduit la femme, voulut user de réciprocité. La surprise de Crémone, où il demeura prisonnier des Autrichiens, fit pleuvoir de plus belle sur lui une grêle de couplets rrfbqueurs. Nous en donnerons quelques échantillons.

Les recueils manuscrits de chansons renfermant contre ce gé-

8 octobre 1G96.

Francfort est maintenant, à ce que je vois, le rendez-vous de tons les princes allemands, et la maison de la comtesse de Hohenlohe est le rendez-vous du

lierai malhabile une multitude de traits, nous n'avons qu'à prendre au hasard :

Ne disons rien de Villeroy, Il fut choisi par le roi ; Faut s'en prendre à ce bon prince D'avoir fait un choix si mince :

Lampons, lampons, camarades, lampons.

Villeroy, grand général, Grand général en peinture, Iroit au feu comme au bal, S'il ne craignoit la brûlure.

Mais ce fut surtout après la surprise de Crémone, où Villeroi resta prisonnier du prince Eugène, que la verve de tous les rimeurs se déchaîna. On remplirait une foule de pages de ce qui circula en ce genre.

Oui, je tiens la chose certaine, Eugène est un grand capitaine, Il fait des coups des plus hardis.

Ah ! que de grâce on doit lui rendre Pour Villeroi qu'il nous a pris, Et Crémone qu'il n'a pu prendre.

Non, Villeroi n'est point blâmable, Il a fait une action louable Et digne des anciens Romains Qui s'immoloient pour la patrie; Il s'est fait prendre à dessein De sauver toute l'Italie.

Villeroi partant de Paris Fromit chasser Eugène, Qu'à son abord les ennemis Se soutiendroient à peine, Et qu'en un besoin il iroit

beau monde. J'ai \\\\ poitrail de la troisième femme du comte palatin Charles, fait lorsqu'elle était encore margrave de Brandebourg. Elleri'j paraîl pas jolie, ei si elle n'a pas embelli depuis, il ne Tant pas qu'elle se

I es i ttaquer dans Vienne ; Le succès passa son projet, En triomphe on l'y mène.

Le maréchal de Villeroi

Est prisonnier dans Vienne,

C'est tant miens pour notre grand roi;

II est bien, qu'il s'y tienne, Pourquoi faut-il, grand général, Qu'en prison l'on vous mène, Vous qui n'avez poini fait de mal \u\ gens du prince Eugène?

i perte d'un combat naval

\ fait Tourville maréchal;

Boufflers, qui Namut laissa prendre.

En est devenu duc et pair ;

A quels honneurs doit donc prétendre ,

Villeroi qu'on a pris sans vert?

Villeroi est dans Vienne,

A ce que l'on dit ; Que jamais il n'en revienne ; S'il esl bien qu'il s'y tienne, I I nous aussi.

Eugène a manqué de foi, En ce coup d'importance ; Car, en prenant Villeroi, Il a fait plaisir au roi

De France,

De France.

Eugène va exprès prendre Crémone :

Pour l'empereur l'affaire est bonne,

Mais Il prend notre chef en personne :

L'affaire est bonne pour le roi.

Petit Soissons, vous faites l'habile homme ;

vante de sa beauté. Il me semble qu'au lieu de dépenser de l'argent en divertissements de carnaval, l'électeur palatin ferait bien mieux de secourir les pauvres habitants du Palatinat qui sont dans une ex-

Eiaminons si votre tête est bonne.

Mais Vous voulez prendre Crémone :

Laissez-y Villeroi.

La tête tourne au prince Eugène, Il n'entend plus ses intérêts ; Le grand Villeroi qu'il emmène Lui prnmettoit d'heureux succès.

Oh ! le benêt '.

Oh ! le benêt !

Qui trouve en tète un tel capitaine Doit le laisser au lieu qu'il est.

Voici les François qui viennent,

Amis, sauvons-nous.

Halte-là ! leur dit Eugène,

C'est Villeroi qui les mène

Et je m'en f — ,

Et je m'en f. ...

En nous enlevant Villeroi, Que prétendoit le prince Eugène ?

Pouvoil-il mieux servir le roi, Qu'en nous enlevant Villeroi?

Il croyoit nous remplir d'effroi, Mais il nous a tirés de peine En nous enlevant Villeroi.

Villeroi, ce grand général, Vint d'Italie en diligence, Pour réparer le coup fatal Qu'à Ramilly perdit la France ; N'ayant point vu prendre Turin, Il vient pour voir prendre Menin.

Rends-moi, Varus, mes légions, S'écrioit autrefois Auguste; Rends-moi, Tallard, mes bataillons, Dit Louis à litre plus juste.

trêmc misère; cela lui ferait plus d'honneur devant Dieu et devant le monde.

Versailles, 11 décembre 1695.

Je regarde comme uu grand éloge qu'on dise de moi que j'ai le cœur allemand, el que j'aime ma pa-

— Demandez-les à Villoroi, Il en a perdu plus que moi.

[)■■ H imilly bénissons la défaite, Heureux François, ne prenez point d'effroi ; Si vous perdez Beaumont daus la retraite, Nos ennemis ont perdu Villeroi.

Ah ! quel malheur pour nos deux rois, Dans le temps où nous sommes !

Que n'a-t-on fait de Villeroi Ce qu'on fit à Crémone?

Ce général, de bonne foi, N'est qu'un Jean de Nivelle, Et son épée n'est que de bois, Comme à Polichinelle.

Si jadis pour sauver la France des Anglois Il lui fallut une pucelle, On doit tout attendre de celle Qu'à ses entes a Villeroi.

Villeroi, grand prince Eugène, Vous fait lever le matin ; Paris fit moins de chemin Pour prendre la belle Hélène.

On vous l'auroit envoyé, Sans vous donner tant de peine, On vous l'auroit envoyé Si vous l'aviez demandé.

La Harpe, dans son Cours de Littérature, donne comme modèle du genre le refrain que chantaient les soldats français :

Villeroi, Villeroi, A fort bien servi le roi Guillaume, Guillaume.

trie; je m'efforcerai, avec la grâce de Dion, de mériter cet éloge jusqu'à mon dernier jour. J'ai encore le cœur allemand, car je ne peux me consoler de ce qui se passe dans le malheureux Palatinat; je ne peux y penser, aussi je suis triste toute la journée. Samedi prochain, je rêvions à regret à Paris, que je trouve très-désagréable.

Il n'y a rien au monde de plus malheureux que le sort d'une reine en Espagne; je le sais par la feue reine, qui m'a décrit jour par jour l'existence qu'elle y menait. En Portugal, c'est encore pire, et cela montre bien la vérité du proverbe qui dit que tout ce qui reluit n'est pas or.

Versailles, 8 mars 1690.

Notre duchesse de Hanovre ne peut assez m'exprimer combien sa fdle est heureuse à Modène; Dieu veuille que cela dure. Je sonderai le roi, dès que je trouverai un moment favorable, pour savoir s'il consent à ce que vous ayez la jouissance de vos biens dans le Palatinat, et je vous ferai savoir sa réponse. Rien ne pourrait me faire plus de plaisir que de vous rendre service ainsi qu'à votre sœur, mais je crains que le roi ne refuse l'autorisation nécessaire, parce que notre frère Charles Maurice est au service de Brandebourg; mais je ne lui parlerai que de vous et d'Amélie.

Versailles, 26 mars 1696.

J'étais trop âgée quand je vins en France pour changer de caractère ; la base était jetée, il n'y a rien là de surprenant ; mais je serais inexcusable si j'étais

HE MADAME. LA lU'CIIF.SSK D'ORLÉANS. 2'J

fausse et si je n'aimais pas Les personnes pour lesquelles je dois avoir de l'attachement. Vous avez raisod de croire qui j'éci is comme je parle ; je suis trop franche pour écrire autrement que je ue pense. La bonne duchesse de Guise, cousine du roi et de Monsieur, est morte ici il j a cinq jours. J'en ai été fort affligée; c'était une digne el pieuse femme; nous dînions chaque jour ensemble. 11 n'y avait qu'une antichambre entre ma chambrée! son cabinet. Elle a conservé toute sa tête jusqu'au dernier moment, et elle est morte tranquille et sans regret.

Versailles, 13 mai 1C9G.

Depuis que je ne vous ai écrit, j'ai été obligée d'aller passer douze jours à Paris, ce qui, selon l'usage, m'a l'ait bien du mal, car l'air de cette ville est intolérable pour moi; j'en suis revenue avec la lièvre. Ma fille esl maintenant, grâce à Dieu, en parfaite santé; elle esl assez grande, car elle a la moitié de la tète de plus que moi, et elle est bien laite; elle a vraiment bonne mine, ce qu'on ne peut pas dire démon tils qui esl petit, quoiqu'une soit pas mal bâti. J'ai trouvé un autre peintre, de sorte que j'espère, avec le temps, vous envoyer nos trois portraits.

Saint-CIoud, 11 juin 1G9C.

Si je n'avais déjà appris par ma tante «pie vous alliez en Hollande, j'auraisété tout étonnée de recevoir de vous une lettre datée de I.a Haye. Ma santé est maintenant assez bonne; j'ai, selon mon Usage, chassé la lièvre en allant à la ebasse. J'ai eu la satisfaction

de pouvoir rendre service à quelques-uns des prisonniers qui ont été conduits dans ce pays. Je ne puis pas grand'chose, mais je n'épargnerai rien pour être utile à des compatriotes qui auraient besoin de moi. Je me souviens parfaitement de La Haye, et je trouve cette ville fort agréable; mais l'air n'y est pas aussi bon que dans le Palatinat, et tout est devenu bien cher en Hollande. Le roi Guillaume n'est plus à Loo, mais à la tête de son armée ; Dieu veuille qu'il n'y ait pas de bataille, car je ne puis y penser sans trembler à cause de mon fils. Le sort des bons habitants du Palatinat me désole, mais je ne puis rien empêcher. Unissonsnous tous pour faire des vœux pour la paix, car elle est bien nécessaire ' .

Versailles, 22 janvier 1697.

11 est déplorable que les prêtres fassent que les chrétiens soient tellement divisés entre eux. Les trois religions chrétiennes n'en formeraient qu'une seule si l'on suivait mon avis ; on ne s'informerait pas de ce que croient les gens, mais s'ils vivent conformément a l'Évangile, et on prêcherait contre ceux qui mènent une mauvaise conduite. On laisserait les chrétiens se

1 La paix, fut conclue à Ryswick cette année, et donna lieu à divers couplets que nous trouvons dans les recueils manuscrits. En voici un exemple :

On dit partout que la paix Ne se conclura jamais, Ce n'est qu'une médisance; On dit que par complaisance Guillaume, dans le traité, Prétend au tiers de la France, C'est la pure vérité.

marier entre eux el aller à l'église où ils voudraient, sans y trouver à redire; il y aurait alors plus d'harmonie qu'il n'y en a à présent. Je fais tanl de cas du roi Guillaume, que j'aimerais mieux l'avoir pour gendre que l'empereur d'Allemagne. Je puis dire avec vérité de ma lille qu'elle n'a aucune pensée de coquetterie ni il«' galanterie; à cet égard elle ne me donne aucun souci, et je pense n'avoir rien à craindre ; elle n'est pas belle, mais elle a une jolie taille et bonne mine, et de bons sentiments. Je suis persuadée qu'elle restera vieille fille; car, selon toute apparence, votre roi épousera la princesse de Danemark. Je me ligure que l'empereur prendra la seconde princesse de Savoie, et le duc de Lorraine la fdlede l'empereur; il ne testera doue plus rien pour la mienne.

17 mars 1697.

Je ne sais si vous vous souvenez combien j'étais gaie durant ma jeunesse; cela m'a bien passé; je viens d'être plus de six semaines sans rire une seule fois; la comédie est encore ce qui me divertit le mieux.

Saint-Cloud, 16 mai 1697.

Jeudi était mon jour de courrier pour le Hanovre; j'écrivis de si longues lettres que j'étais ensuite trop fatiguée pour reprendre la plume. Vendredi, je fus à PortrRoyal, mais je n'y restai pas longtemps, car Monsieur m'avait donné rendez-vous au Palais-Royal pour aller à l'Opéra; j'y arrivai au moment où le spectacle finissait. Samedi, je partis à luiit beures

du matin, pour aller à cinq lieues d'ici ù la chasse du loup; je ne revins qu'à cinq heures, et nous dinâmes à six. Dimanche était encore le courrier pour le Hanovre, et j'avais à aller à l'église; lundi, c'était le jour du courrier pour la Savoie, et beaucoup de personnes vinrent me rendre visite, cuire autres la grande-duchesse de Florence; le soir nous reçûmes la nouvelle que la petite fille de mon fils était à la mort, et nous vînmes à Paris.

Si vous saviez tout ce qui se passe ici, vous ne seriez certes pas surprise de ce que je ne suis pas gaie; une autre à* ma place serait peut-être depuis longtemps morte de chagrin ; moi , je ne suis qu'engraissée.

Saint-Cloud, 21 juin 1697.

J'ai reçu depuis quinze jours votre lettre du 21 mai ; mais je ne pouvais y répondre, car je n'étais pas encore en état d'écrire de la main gauche, et Mlle de Rathsamhausen l met si mal l'orthographe que je ne me souciais pas de lui dicter. Je vais vous raconter ce qui est arrivé. Il y a un mois, je fus avec M. le Dauphin à la chasse du loup ■. 11 avait plu, le terrain

1 Une des dames d'honneur de Madame ; elle fut, durant plus de quarante ans, la compagne la plus intime de la duchesse, et, à Versailles comme, à Saint-Cloud, elle resta toujours une Allemande pur sang, ignorant tout à fait le langage et les habitudes de la France.

2 Le Dauphin, fils de Louis XIV, avait un goût prononcé pour cette chasse. Parmi les romans satiriques de l'époque, il en existe un que La Beaumelle, dans son édition des Lettres de Mme de Maiulenon, qualifie de « lecture de laquais, » et qui a pour titre : La Chasse au loup de monseigneur h Dauphin.

était glissant; nous avions cherché on Loup durant deux heures et, ne le trouvanl pas, nous nous rendîmes dans une autre enceinte où nous comptions en Irouver un. Au moment où nous suivions un sentier, il eu part un presque devant mon cheval qui s'emporte et se dresse sur ses deux pieds de derrière; il

glisse et s'abat SUT le CÔté didil ; liltiu coude rencontre

une grosse pierre et je me démis l'os. On cherche le chirurgien du roi, qui suivait la chasse, mais on ne

le trouve pas, car son cheval avant perdu un fer, il avait été dans un village pour le faire remettre. Un paysan qui se trouvait là dit qu'il y avait à deux lieues on barbier Tort habile, qui remettait tous les jours des jambes et des liras; lorsque je sus qu'il avait autant d'expérience, je montai en calèche et je m'v lis conduire, non sans éprouver de vives douleurs, Aussitôt qu'il m'eut remis le bras, je n'éprouvai plus aucune souffrance , je remontai en calèche et je revins promptement ici. Mon chirurgien et celui de Monsieur vinrent pour examiner mon mal; je crois qu'ils éprouvaient un peu de jalousie de ce que le

■ encontre du comte du Raurre dans les plaines d'Anet; Cologne [Hollande), 1695. Ce prince fut d'ailleurs d'une nullité déplorable; Saint-Simon le représentr [chap. 294) « sans vices ni vertus, absorbé dans sa graisse et dan» ses ténèbres, »aus conversation, --ans sentiment, sans pensée; il ne fut jamais rien, ni de rien. A cinquante ans, il n'en avait jamais en six à l'égard du roi. » On voit, dans le Journal de Dangean, qu'il passait sa vie à courir le loup tout le jour, et jouait ensuite trois heures durant à mon chien n'aime point les os avec les dames. Le :>."> no* vembre 1684, étanl malade, il ne put aller à lâchasse; mais il fit faire, dans le parterre de l'Amour, la curée du loup cme ses chiens avaient pris, et il la voyait de son lit.

pauvre campagnard avait si bien opéré; ils m'attachent le bras et me font souffrir outre mesure; ma main a enflé d'une manière horrible, et je ne peux ni remuer le poignet, ni porter la main à la bouche.

Saint-Cloud, 4 septembre 1G97.

Il est bien vrai que le célibat est le meilleur état, et que le meilleur des hommes ne vaut pas le diable. L'amour dans le mariage n'est plus du tout à la mode et passerait pour ridicule. Les catholiques ici voient dans leur catéchisme que le mariage est un sacrement ; mais, au fait, ils vivent avec leurs femmes comme si ce n'en était pas un, et, ce qui est pire, rien n'est plus approuvé que de voir les hommes avoir des galanteries et délaisser leurs femmes ; mais, afin de ne pas trop m' étendre sur ce sujet, je vais vous parler de mon loup.

Paris, 10 novembre 1697.

Vous aurez appris que la paix a été signée avec l'empereur et l'empire ; c'est un grand acheminement vers la paix générale. Je ne crois pas que la guerre éclate en Pologne, car il n'est pas sûr que notre prince de Conti y aille, et il pourrait bien y renoncer, ce que j'estimerais beaucoup plus heureux pour lui que la couronne de Pologne ; c'est un pays sauvage et sale, et les grands y sont trop ambitieux. Nous avons eu ici, pendant deux mois, l'électeur de Saxe, de sorte que je connais bien sa force; mais il est étonnant qu'on en parle dans les journaux. On ne pourrait pas en dire autant du prince de Conti ; car, quoiqu'il soit de plus

haute taille que L'électeur, il es1 tout à fait faillie. A ce que je vois, \<ms aimez le jeu aussi peu ijuc moi : l'ombre esl ici très à la mode ; on ne joue que ce jeu et le lansquenet. La danse esl passée de mode; mais elle pourrait bien y revenir, car la aouvelle duchesse de Bourgogne l'aime beaucoup. Je suis ici souffrante, el j'ai gardé la chambre pendant huit juins, ce qui ne m'étonne pas, car à Paris je ne peux être en bonne santé. J'en fais l'expérience depuis vingt-six ans; mais on m'appelle en ce moment pour aller à l'église, car il est dimanche; monsieur le Dauphin viendra ensuite dîner avec nous et jouer au lansquenet. Le soir, nous irons à l'Opéra voir une pièce nouvelle; ce D'est qu'un ballet, mais il est fort joli; il a puni' nom ['Europe galante*. On \ voit comment les Français, les Espagnols, les Italiens et les Turcs font l'amour; l'humeur de chaque nation y est représentée d'une façon fort divertissante.

Versailles, 5 décembre 1697.

Ce temps-ci est bien dangereux pour les jeunes gens, et ils feraient bien mieux d'aller chercher à acquérir de l'honneur à la guerre, plutôt que de rester ici à ne rien faire et à se livrer à la vie la plus désordonnée, pour laquelle, soit 'lit entre nous, mon fils n'a que trop de penchant; il prétend qu'il n'a du goût que pour les femmes, et non pour d'autres déhanches qui

1 Opéra-ballet en cinq entrées (la première servant de prologue , par La Motte-Houdart, musique de Campra. On le retrouve dans les Œuvres de La Motte ( publiées par l'abbé Trublet), Paris, 1754, 10 vol. in-12.

sont ici encore plus communes qu'en Italie', de sorte qu'il dit qu'on doit le louer et lui savoir gré ; mais sa conduite ne me convient pas du tout.

Suitit-Cloud, 17 juin 1098.

Je n'ai pas besoin de beaucoup de consolation à l'égard de la mort; je ne désire pas la mort et je ne la redoute point. On n'a pas besoin du catéchisme d'Heidelberg pour apprendre à ne pas trop s'attacber à ce monde, surtout en ce pays où tout est si plein de fausseté, d'envie et de méchanceté, et où les vices les

1 Voir parmi les libelles dirigés contre la cour de Louis XIV, celui qui est intitulé : La France devenue italienne, et qui parut pour la première l'ois en 16S5, sous le nom de Intrigues amoureuses de la Cour de France. Il a été attribué au fécond Gatien de Courtilz, et il a été plusieurs fois réimprimé dans des recueils de ce genre, notamment dans la France galante, Cologne (Hollande), sans date (vers 1737) et dans les diverses éditions de l'Histoire amoureuse des Gaules, livre fort connu de Bussy-Rabutin, et auquel les imprimeurs hollandais ont joint une suite assez nombreuse de petits romans d'amour et de pièces satiriques du temps. Consultez à cet égard une notice de M. Bazin sur Bussy {Revue des Deux-Mondes, juillet 1842, reproduite dans ses Études, 1844, in-8), les, Mémoires de M.Walekenaër sur M^e de Sévigné, t. III, p. 10 et 4 46, le Catalogue de la bibliothèque de M. Lebcr, t. I, p. 336. De nombreux passages des Mémoires de Saint-Simon montrent que les vices dont parle Madame étaient en effet répandus à la cour de Louis XIV ; Monsieur lui-même ne s'en cachait point (I, 40); le maréchal d'Huxelles ne se gênait pas davantage ( Vil, 7.) Il existe un libelle intitulé : Anecdotes pour servir à l'histoire secrète des Ebugors , Medoso (Hollande), 1733; ce petit volume de 110 pages en tout, et dont les anagrammes complaisants révèlent d'eux-mêmes le sujet, est fort rare. A la vente Millot, en 1846, un exemplaire l'ut adjugé à 51 francs.

plus inouïs s'étalenl sans retenue; mais désirer la mort

est une chose tout à fait opposée à la nature. Au milieu d.' cette grande cour, je me suis retirée comme dans une solitude, et il y a fort peu de gens avec lesquels j'aie de fréquents rapports; je suis de longues journées entières toute seule dans mon cabinet, où je m'occupe à lin1 e1 à écrire. Si quelques personnes viennent nie rendre visite, je ne les vois qu'un moment, je parle de la pluie et du beau temps ou bien des nouvelles du jour, et je me réfugie ensuite dans ma retraite. Quatre fois par semaine, j'ai mes jours de courrier: le lundi, en Savoie; le mercredi, à Modène; le jeudi et le dimanche, j'écris de très-longues lettres à ma tante à Hanovre; de six à buit heures , je me promène en voiture avec Monsieur el avec nos dames; trois fois par semaine, je vais à Paris, et, tous les jours, j'écris à mes amies qui y demeurent; je chasse une ou deux fois par semaine ; c'est ainsi que je passe mon temps.

Ceux qui ne s'imaginent pas la situation exacte des choses ici croient que le roi et la cour sont ce qu'ils étaient autrefois, mais tout est changé d'une façon bien fâcheuse; si quelqu'un avait quitté la cour à l'époque de la mort de la reine et qu'il y revînt maintenant, il penserait se trouver transporté dans un tout autre monde : il y aurait bien des choses à dire làdessus, mais on ne peut les confier au papier, car toutes les lettres sont ouvertes. Ma tante a coutume de dire que chacun ici-bas est le démon chargé d'en

tourmenter un autre, et c'est bien vrai. Nous savons bien que tout est le résultat de la volonté de Dieu et n'arrive que comme il l'a fixé de toute éternité, mais le Tout-Puissant ne nous ayant pas consultés sur ce qu'il voulait faire, nous sommes dans l'ignorance sur les causes de ce que nous voyons arriver.

Je vous ai déjà dit mon opinion à l'égard des prêtres qui défendent la comédie, je n'en parlerai pas davantage ; je dirai seulement que s'ils y voyaient un peu plus loin que leur nez, ils comprendraient que l'argent que le peuple dépense pour aller à la comédie n'est pas mal employé : d'abord, les comédiens sont de pauvres diables qui gagnent ainsi leur vie; ensuite, la comédie inspire la joie, la joie produit la santé, la santé donne la force, la force produit de bons travaux; la comédie est donc à encourager plutôt qu'à défendre.

Port-Royal, 22 avril 1698.

Lundi dernier, une de mes bonnes amies est morte subitement à Versailles, sur sa chaise, d'une attaque d'apoplexie; elle se nommait la princesse d'Espinoi' ; c'était une dame du plus grand mérite, avec beaucoup de politesse et de jugement, et ayant la meilleure conduite du monde. Elle ne pensait qu'à servir ses amis et ses parents, et était de la meilleure compagnie. En somme, c'est une très-grande perte, et elle m'afflige jusqu'au fond du cœur.

1 Saint-Simon, très-sobre de louanges, raconte (III, 244) la mort de cette princesse et en parle avec éloges : « Elle éioit noble, généreuse, très-utile à ses amis. »

lit: MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 33

Il n'importe guère que l'on soit beau, et une belle 6gure change bientôl ; mais une lionne conscience reste toujours bonne. 11 faul qpie vous ne vous souveniez guère de moi si vous ne me rangez pas au nombre des laides; je l'ai toujours été cl je le suis devenue encore plus des suites de la petite-vérole; ma taille est monstrueuse de grosseur, je suis aussi carrée qu'un Cube; ma peau est d'un rouge tacheté de jaune; mes cheveux deviennent tout gris; mon nez a été tout bariolé par la petite-vérole, ainsi que mes deux joues; j'ai la bouche grande, 1rs dents gâtées, cl voilà le portrait de mon joli visage'.

Saint-Cloud, 26 août 169S.

Lorsque, l'année dernière, je m'étais foulé le bras et que je ne pouvais plus rien faire, l'idée me vint de composer des chansons; j'en fis trois ou quatre en assez mauvais français, et je les envoyai à ma tante l'électrice de Brunswick; mais ma verve poétique s'en est allée à mesure que mon bras a été guéri.

Fontainebleau, 10 octobre 1C98.

Je ne vous ai pas écrit depuis quelques jours, car j'avais été à Montargis, d'où nous sommes revenus

1 D'après M""' de Sévigné, la princesse ne brillait pas par ses charmes; elle avait des traits fortement prononcés., «ne taille épaisse, de l'indifférence et même de l'aversion pour la parure.- Le beau portrait qui est en tetc de l'ouvrage de La Chau et Lcblond ( Description des pierres gravées du duc d'Orléans ) la représente dans un âge avancé, sous un aspect des plus disgracieux.

hier. Nous avons trouvé ici le courrier qui nous apporte les dispenses pour le mariage de ma fille. Il aura donc lieu lundi prochain, et deux jours après, elle se mettra en route. Vous pouvez facilement imaginer que mon cœur est gros, et que je suis plus près de pleurer que de rire; car ma fille et moi, nous ne nous sommes jamais quittées, et maintenant nous allons nous séparer pour longtemps1. J'ai les yeux pleins de larmes, mais il faut que je les cache; autrement on se moquerait de moi, car, dans ce pays, on ne comprend pas que les gens aiment leurs parents.

On se repent bientôt ici d'avoir dit franchement sa pensée, voilà pourquoi je vis si solitaire. Je suis étonnée que l'empereur ait laissé son tils choisir ses gens; le Dauphin n'aurait pas ici cette faculté. Je regrette que l'on ait placé auprès de la reine des Romains une intrigante; il n'en résultera que du mal. Cette femme, après tout, aura fort à faire ; car, comme vous le remarquez très-bien, ce n'est pas une petite charge que celle de gouvernante des filles d'honneur.

1 Mademoiselle de Chartres, née le lô septembre 1 G 7 {> , épousa, le 7 octobre 1698, Léopold- Charles, due de Lorraine et de Bar. Ses hautes qualités et l'amour de ses sujets l'appelèrent à la régence après la mort de son mari. Elle fut la mère de François Ier, empereur d'Allemagne et époux de Marie-Thérèse. Il existe une Histoire abrégée de la vie privée et des vertus de cette princesse, par le P. Collin, Nancy, 17G2, in-!2. A l'égard de son mariage, voir Saint-Simon, eh. lxh, t. IV, p. 34 et suiv. La dot fut réglée : 900,000 livres du roi comptant en six mois, et 400,000 livres, moitié de Monsieur, moitié de Madame, payables après leur mort, et 300,000 livres de pierreries. L'envoyé du duc présenta à Mademoiselle, de la part de son maitre, pour 400,000 livres de pierreries.

DE MADAME LA WHJBBSSfi D'ORLÉANS. •'*.*>

Marly, 16 mars 1699.

Vous roules plaisanter Lorsque tous dites que dia-

iiin connaît mes grandes qualités : je me connais trop bien pour nue Bgurer que j'ai»' rien de pareil,

nais chacun doit rester ici (cl que .\olre-Seigneur l'a l'ait ; je ae peux nie vanter d'aucune qualité, si ce n'est d'avoir le coeur droit. Je suis peiner de ce que notre pays si suit gâté, et de ce que les honnêtes gens y sont devenus si rares. Vous vous trompez fort si vous croyez que j'ai de grands intérêts dans les affaires du Palatinat ; avec le temps, il punira en résulter quelque avantage pour nies curants, mais, de toute ma vie, je n'eu toucherai pas une Obole ; Car, de la manière dont mon contrat de mariage est t'ait, Monsieur est maître de tout ; et tes i\(n\\ cent mille écus <pfil a tirés du Palatinat, il les a dépensés sans m'en donner une obole; il arriverait dune d'autre argent de ce côté que je n'en aurais aucun avantage. Vous n'avez rien à attendre du roi; il ne veut entendre parler d'aucun dédommagement. Toutes les l * » i s que je vais à Paris, il e<| sÔT que je tombe malade; mais aussitôt que je suis sortie de ce mauvais air, je me retrouve liien, car je ne suis pas du tout de disposition maladive. .Ma fille se trouve un peu mieux qu'elle ne l'a été depuis le commencement ,!, Sa grossesse; ce qui me l'ait espérer qu'elle n'aura pas une tille, c'est <pie j'ai soutier! encore plus qu'elle lorsque j'étais enceinte de mon premier lils, celui qui esl mort. Nous êtes bien Imureuse de ne pas être eu position de faire rexperieuce de ce <|u'on soutire alors. Lorsqu'on si' détermine a se

marier, il faut se résigner à beaucoup de chagrins, et plus on est dans une position élevée, plus on a à souffrir ; je crains que la bonne reine des Romains ne l'apprenne à ses dépens. On me donnerait sa jeunesse, son rang, et des tonnes pleines d'or, en y mettant la condition que ma vie s'écoulerait en de pompeuses cérémonies, que je n'y consentirais pas; car, en huit jours, je serais morte d'ennui ; je regarde la grandeur comme une vraie chimère, lorsqu'une puissance réelle n'y est pas jointe. Dieu veuille que la reine soit d'un autre goût que moi !

20 mars 1699.

J'avais hier dans ma chambre six princes allemands, quatre comtes et plusieurs gentilshommes, en tout vingt et un Allemands; vous pouvez croire qu'on a parlé allemand bien plus que français.

Versailles, 3 avril 1G99.

La comédie m'amuse maintenant plus que la chasse, mais je vais à la chasse à cause de ma santé, car si je ne me donne pas beaucoup de mouvement, j'éprouve d'horribles maux de cœur. Le loup est bien moins à redouter à la chasse que le cerf, car il n'attaque jamais. Vous savez bien que notre père ne voulait pas souffrir qu'on chassât ni qu'on montât à cheval ; c'est ici que j'ai commencé à apprendre. Je suis tombée vingt-quatre ou vingt-cinq fois, mais cela ne m'a point effrayée.

Vous êtes bien heureuse de pouvoir rire encore ; il y a longtemps que cela ne m'arrive plus, quoique jadis

j'aie ri plus que qui ce soit. Une personne qui ne veut plus avoir sujet de rire n'a qu'à se marier en France ; l'envie lui en passera bien vite.

Porl-Royal, 12 juin 1G99.

Le roi d'Angleterre n'est pas, je pense , très-pressé de se marier. Ce monarque est assurément, en raison de son mérite, un des plus grands rois qui aient jamais porté la couronne; mais, entre nous, je puis vous assurer que si j'étais fille ou veuve, et qu'il me fit l'honneur de vouloir m'épouscr, j'aimerais bien mieux passer ma vie dans le célibat que devenir la plus grande reine du inonde, à la condition d'avoir un mari, car le mariage est devenu pour moi un objet d'horreur.

Saint-Cloud, 23 juin 1G99.

On ne parle ici que de la femme de ce conseiller qui avait fait assassiner son mari, et du courage avec lequel elle a subi la mort; mais elle a horriblement souffert, car le bourreau l'a frappée cinq ou six fois avant de lui abattre la tète. Il y avait une telle foule de gens qui voulaient assister à l'exécution, qu'une fenêtre a été louée cinquante louis d'or. Elle se nommait M1 fiquet ' ; elle s'était l'ait tirer son horoscope,

et on lui avait dit que, pourvu qu'elle Ne préservai de la main d'un homme qui portait le même nom qu'elle,

1 Saint-Simon (IV, 205) parle de ce procès célèbre. Il existe une Oraison funèbre de Mme Tir/uet, Paris, 1G99. Les recueils de Couses célèbres (et notamment celui de Riclier, 1773, t. 5), contiennent de longs détails. Consultez aussi les Lettres de Mme Dunoyer, t. I, p. 383-395, et les Mélanges de Rois-Jourdan,t. III, p. 302-325.

elle aurait une vie longue et heureuse; elle se nommait Carlier, de son nom de fille, et il se trouve que le bourreau qui la décapita portait le même nom. C'est vraiment une chose remarquable.

Saint-Gloud, 10 juillet 1699.

J'aurais répondu hier à votre lettre du 30 juin, si je n'avais pas fait un petit voyage à sept lieues d'ici pour voir ma tante, l'abbesse de Maubuisson, que j'ai trouvée, giàce à Dieu, en bonne santé. Elle ressemble fort à votre père ; je me trouve fort bien avec elle, et si ce n'était pas si loin d'ici, j'irais la voir souvent; elle parle même fort bien l'allemand, et sait parfaitement le français, l'anglais et le hollandais. 11 n'est pas étonnant qu'après vingt-huit ans de séjour en France, je sache le français mieux que vous qui n'y avez jamais été. Vous me faites plaisir de me dire que je n'ai pas oublié mon allemand et que je l'écris correctement '. Il ne faudrait pas être surpris si j'avais oublié quelques phrases; de mon temps, l'usage était de mêler à l'allemand quelques mots de français ; je le fais quelquefois, car il faut bien se conformer à l'usage, mais je ne puis souffrir qu'on le fasse par affectation.

Saint-Cloud, 17 juillet 1699.

Ce que ce pays a de pire que l'Angleterre, c'est que tous les gens sans conduite , hommes et femmes , se

1 Madame méritait peu un pareil compliment, car elle écrivait avec une incorrection rare, violant les lois de l'orthographe et de la syntaxe, ne ponctuant jamais, mettant à tort et travers des majuscules, et souvent même au milieu des mots.

livrent aussi à la politique et veulent intriguer à la cour, ce qui amène beaucoup de perfidies el de, fausletés. En quelque pays que Ton soit, lorsqu'on est marié, il faut chasser la jalousie de son cœur, car elle ne peut servir à rien de bon; il faut laver ses mains dans l'innocence et se conserver la conscience pure; maison n"a aucune relation agréable et l'on peut avoir de longues heures d'ennui. Je ne me tracasse point de la façon dont va le monde, mais je le prends en mépris, et j'ai peu de goût pour être en société. On n'entend parler ici que d'aventures tragiques; on a récemment jugé cinq femmes qui avaient fait mourir leurs maris; d'autres se sont donné la mort à ellesmêmes.

Saint-Cloud, 31 juillet 1G99.

Bien n'est plus rare en France que la foi chrétienne; il n'y a plus de vice ici dont on ;iit honte; et si le roi voulait punir tous ceux qui se rendent coupables des plus grands vices, il ne verrait plus autour de lui ni nobles, ni princes, ni serviteurs; il n'y aurait même aucune maison de France qui ne fût en deuil.

Marly, 7 août 1099.

Je suis retournée à Maubuisson voir ma tante l'abbesse; je l'ai, grâce à Dieu, trouvée en bonne santé; elle a plus de vivacité, et elle voit et entend mieux que moi, quoiqu'elle ait juste trente ans de plus ; elle aura soixante-dix-sept ans le 11 avril. Elle mène une vie dure mais tranquille ; elle ne mange jamais de viande, à moins d'être gravement malade; clic couche sur un mal elas dur comme la pierre; elle n'a dans sa chambre

qu'une chaise de paille, et se lève à minuit pour prier. S'enivrer est chose fort commune chez les femmes en France; et Mme de Mazarin a laissé une fille, la marquise de Richelieu, qui s'en acquitte à la perfection '.

Fontainebleau, 1er octobre 1699.

Je ne sais si la reine de Portugal est à plaindre, car je la crois plus heureuse d'être morte que d'être restée sur le trône avec son mari. On a pris avant-hier le deuil pour elle. Le roi paraît être un homme trèscorrompu 2 ; on dit ici qu'il a donné le mal français à sa femme et qu'elle en est morte ; la princesse impériale qui va aller en Portugal me semble fort à plaindre. Je reçois quelquefois de la reine d'Espagne de fort aimables lettres ; je regrette que cette pauvre reine soit aussi malheureuse. Ce serait un grand honheur pour l'Europe si elle avait un enfant ; garçon ou fille , tout serait bon , pourvu qu'il vécût ; car il ne faut pas être prophète pour deviner que si le roi d'Espagne meurt sans enfant, il s'élèvera une terrible guerre ; toutes les puissances prétendent à sa succession ; aucune d'elles ne voudra céder à une autre , et il n'y aura que la guerre qui pourra décider.

1 Saint-Simon parle à plusieurs reprises de cette dame :

« Belle comme le jour , elle s'est rendue fameuse par le désordre et les courses de sa vie errante. Son mari l'avoit enlevée d'un couvent de Chaiilot. C'étoit un homme enterré dans la crapule et la plus vile compagnie, quoique avec beaucoup d'esprit, »

2 II s'agit de Don Pedro II, mort en 1 " OG. Il avait épousé, en 1687, une princesse de Bavière.

DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 'il

Fontainebleau, 5 octobre IG99.

Il m'a été impossible de vous écrire d'ici, à cause Mrs chasses, des comédies et des appartements qui se sont succédé sans relâche, car nous avons eu ici, pendant dix-huit .jours, la cour d'Angleterre '. Ils sont partis ce matin à dix heures; c'est ce qui me met à même de vous répondre. Quant à notre voyage en Lorraine, auquel il a fallu renoncer, je vous suis extrêmement obligée de la part que vous voulez bien prendre au chagrin que j'ai eu à cette occasion. Le roi n'a pas voulu permettre qu'on trouvât un moyen terme pour concilier le cérémonial. Le duc de Lorraine prétendait avoir devant Monsieur et devant moi une chaise à bras, disant que l'empereur le lui permet. Le roi répond que chez l'empereur il y a une étiquette, et que chez lui il y en a une autre. Par exemple, les cardinaux reçoivent chez l'empereur une chaise à bras 2, et ici ils ne peuvent s'asseoir devant le roi. Le

1 La tristesse et la dévotion dominaient à cette cour de réfugiés, ce qui n'empêcha pas les libcllistes du temps d'en faire le théâtre d'aventures scandaleuses, dont le récit parut sous le titre de la Cour de Saint-Germain, ou les Intrigues galantes du roi et de la reine d' Angleterre depuis leur séjour en Fronce. Saint-Germain (Hollande), 1695. En 1729, le titre fut modifié afin de tromper le public et de renouveler un écrit qui n'était plus de circonstance. Pareil stratagème s'e^-t bien souvent revu depuis.

2 Ils avaient aussi le privilège de s'asseoir devant le roi d'Espagne ; mais Philippe lit, « fatigué de leur orgueil, » se mit à les recevoir debout, et lit pratiquer dans un mur du palais une niche avec un banc de pierre sur lequel il se plaçait quand l'audience était trop longue. (Voir les Mémoires de Saint- Simon, t. XXXVII, p. 147.)

vieux duc de Lorraine, quoiqu'il fût beau-père de feu Monsieur, n'a jamais eu, devant lui et devant sa sœur, qu'un tabouret. Monsieur aurait bien accordé une chaise à dos, et le roi y aurait consenti, mais le duc prétend être traité comme un électeur, et c'est ce que le roi ne veut pas admettre. Monsieur avait proposé alors qu'on fit comme chez le roi d'Angleterre, qui ne veut pas nous donner de chaises , tandis que nous prétendons y avoir droit; alors qu'il nous reçoit, il s'asseoit sur un tabouret, et nous en faisons de înème , mais le roi n'a pas voulu souffrir non plus cela , et alors, pour ne pas faire un affront au duc, nous avons renoncé à un voyage projeté; voilà la vérité des choses'.

J'apprends avec peine la conduite de Charles-Maurice à Berlin ; s'il agit de la sorte , nous ne resterons pas longtemps bons amis. Je suis très en colère de savoir qu'il est ivre-mort presque toute la journée ; c'est une honte ; si je croyais qu'en le grondant bien fort on pût le corriger un peu, je lui écrirais. Il est désolant de penser que le seul fils qui reste de notre père soit un ivrogne.

1 Saint-Simon raconte (t. IV, p. 280) que Monsieur obtint que le duc de Lorraine, venu pour faire hommage lige à Louis XIV, restât incognito; il le conduisit à Versailles pour cette cérémonie. On trouve chez le même écrivain (t. III, p. 118, et t. X, p. 116) de curieux détails sur le père et l'oncle de ce duc; l'un d'eux, Charles IV, se trouvait à Bruxelles et voulait épouser une veuve, la marquise de Cantecroix. dont il était amoureux, mais il était déjà marié ; il se fait expédier un courrier qui lui apporte la nouvelle de la mort de sa femme, la duchesse ÎSicolle, il épouse sa maîtresse deux jours après, et il de-

Saint-Cloud, 14 octobre 1699.

11 est Impossible d'avoir meilleure mine et une plus belle ligure que le margrave d'Anspach, mais je ne sais s'il n'est pas d'une humeur capricieuse, et je ne mettrais point la main au feu pour répondre qu'il soit toujours aimable. Il m'a joué un singulier tour; on m'avait priée du lui proposer un mariage. Lorsque je lui eus parlé de la chose, il me dit qu'elle lui paraissait convenable, et qu'il me priait, lorsqu'il serait revenu en Allemagne, de lui écrire pour lui faire savoir si l'on pouvait y donner suite, et si ccr- 1 aines personnes y consentaient. Lorsque j'ai pris les informations nécessaires., je lui écris en lui demandant de me répondre immédiatement; voilà neuf mois que cela s'est passe, et je n'ai pas encore un mot de lui.

Paris, 13 novembre 1C99.

Je crois que le prince de Birckenfelt s'est bien fait moquer de lui en Allemagne, de porter dans sa poche le portrait de Fanchon ; tout le monde ici se moque de lui de ce qu'il a pris pour héroïne une pareille coureuse. Je lui ai dit très-nettement mon opinion à

meure bigame. Quant aux disputes relatives à l'étiquette et dans le -'inre fie celles dont parle Madame, il y en a une foule d'exemples. Lorsque les princes de Conti se rendirent, en 1C85, à l'armée de Hongrie, ils ne virent point l'empereur, parce qu'ils voulurent un fauteuil devant lui, comme en ont les électeurs, et refusèrent d'être reçus debout, et tous les honneurs possibles qu'on leur ollrit, en tenant ferme sur le fauteuil.

ce sujet; mais rien n'y fait. Ces drôlesscs-là coûtent fort cher; quant à Fanchon, son prix est connu, c'est mille pistoles ; mais le grand-prieur de Vendôme l'entretient1, et s'il découvrait quelque chose, elle s'en trouverait mal. Puisque la France est pleine de femmes coquettes et galantes, le prince aurait mieux fait d'en prendre une qui lui aurait apporté une bonne somme d'argent , plutôt qu'une qu'il lui a fallu payer si cher.

1 Fanchon était le nom vulgaire de la Moreau, célèbre actrice de l'Opéra ; les chansons du temps indiquent, en effet, le grandprieur comme l'un de ses amants; elle lui faisait des infidélités pour le chevalier de Sully et pour un financier, M. de la Touanne, puissamment riche. Le Dauphin, fils de Louis XIV, ayant eu une fantaisie pour elle, son premier valet de chambre la manda à Meudon ; par erreur la lettre fut remise à Louison Moreau, sœur de l'actrice, qui vint et poussa la méprise jusqu'au bout. Fanchon, irritée d'avoir fait une course inutile et de ce que Monseigneur la faisait congédier sans la voir, en lui envoyant dix louis, les jeta au visage de l'ami du prince. Voici deux couplets que renferme le recueil Maurepas :

Le grand-prieur de France

Boit tout son vin sans eau,

Et pour sa pénitence

Il fait à la Moreau, Flon, flon, lariradondaine, Flou, flon, lariradondon.

Avant de faire une chanson, Et de vouloir railler personne, Il faut savoir si la Fanchon Mérite l'argent qu'on lui donne ; Une dupe en amour est un mauvais railleur ; Qu'en dis-tu, grand-prieur?

Nous trouvons aussi, sous la date de 1694, une chanson sur le président Filbcrt et sur Fanchon, que nous ne transcrivons pas

Marly, 21 janvier 1700.

Ce n'est pas une fable que le roi Je Maroc ait fait demander en mariage la princesse de Conti, mais le roi a nettement repoussé cette proposition'. Cette princesse était extrêmement belle avant d'avoir eu la petite-vérole, mais sa maladie l'a bien changée; elle conserve encore une taille parfaite et une tournure charmante; elle danse admirablement; je n'ai vu

et pour cause. Une autre chanson ironique sur les actrices de l'Opéra dit que

Les deus Moreau sont deu\ tigresses.

c. Le grand-prieur et Fanehon Moreau font toujours la même vie à Clichy, où quantité de gens de condition vont la voir, et où elle les régale très-bien. » [Lettres de M>"< Dunoyer, 17 3!), t. I. p. 13.

1 11 existe une Relation historique de l'amour de l'empereur de Maroc pour la princesse de Conti , Cologne (Hollande), 1700; on en connaît deux éditions : l'une , en petits caractères , de 140 pages; l'autre, d'une impression plus grosse, de 256 pages. L'empereur en question était Muley Ismaël, despote des plus sanguinaires. Mme de Caylus, dans ses Souvenirs, parle d'un portrait de la duchesse de Conti (Ml|e de Blois, fille de Louis XIV et de Mme de La Vallière) porté à Maroc ; mais d'autres ajoutent que ce n'était qu'une gravure enluminée. Consulter la brochure de M. Thomassy : De la politique maritime de la France sous Louis XIV, et de la demande de Muley Ismaël pour obtenir en mariage la princesse de Conti, 1841, in-8, 32 pages. Ajoutons que cette Relation n'a de commun que le nom de l'héroïne, avec un autre écrit intitulé : Le Triomphe de la déesse Monas, ou l'Histoire du portrait de Madame la princesse de Conti; l'auteur suppose que le portrait de la princesse, apporté dans le Nouveau-Monde, y devint un objet d'adoration, et qu'un prince indien, follement épris de cette belle inconnue, substitua son image à celle de l'idole du pays, sous le nom de déesse Monas.

d'elle aucun portrait gravé qui lui ressemblât Je puis bien comprendre qu'on aille à Rome, comme mon cousin le landgrave de Cassel, pour voir des antiquités; mais je ne puis m'imaginer qu'on y aille pour assister à toutes les cérémonies des prêtres, car rien n'est plus ennuyeux. Peut-être aussi que beaucoup de gens y vont à cause des trente mille dames galantes qui y sont, à ce qu'on dit ; mais ceux qui sont curieux de pareille marchandise n'ont qu'à venir en France, ils en trouveront en abondance. Celui qui veut se repentir de ses péchés n'a pas besoin de faire le voyage de Rome ; se repentir sincèrement sans sortir de chez soi est tout aussi profitable; ici on ne s'occupe guère ni de Rome, ni du pape; on est persuadé qu'on peut aller au ciel sans lui.

Versailles, 23 avril 1700.

Ma fille est dans une grande affliction de la perte de son petit garçon; elle a, en outre, cette semaine, eu à subir un triste spectacle; son beau-père avait, dans son testament, ordonné à son fils, aussitôt qu'il serait rentré en possession du duché de Lorraine, de faire déterrer son corps et de le faire ensevelir à Nancy. Le grand-père et le petit-fils ont donc été ensevelis ensemble; c'a été une triste chose; ma pauvre fille est fort à plaindre, et cela prouve bien que, dans cette vie, personne ne peut être complètement heureux; car, sous les autres rapports, elle est, grâce à Dieu, la plus heureuse coquine qu'il y ait au monde.

Je suis bien aise que mon jeune cousin ait fait un aussi bon mariage ; Dieu veuille que le proverbe qui

dit 4110 les unions entre cousins-germains sont toujours malheureuses, ne se réalise pas. La fortune n'est pas toujours ce qui donne le plus de bonheur es ménage. La conformité d'humeur tend davantage à rendre heuieux. Quand la dévotion ne dégénère pas en bigoterie, elle est chose très-louable; mais il est difticile de saisir le terme exact où il faut la placer.

Port-Royal, 27 juillet 1700.

11 s'est passé ici unechose affreuse la semaine passée; la duchesse dYzae ' est morte du mal français; elle était lille du prince de Monaco, et une très-digne et respectable dame; son infâme mari qu'elle adorait l'avait ainsi gâtée. Je ne puis comprendre comment elle aimait un tel homme, car il est horriblement laid; il pue comme un bouc; il passe toute la journée à se soûler avec ses laquais, et il fait encore pis avec eux. Cependant il lui avait inspiré une telle affection qu'elle a dit qu'elle mourrait contente si elle le revoyait avant de rendre l'âme. Elle était enceinte, et les remèdes qu'on lui a donnés l'ont fait accoucher au huitième mois; l'enfant n'a vécu qu'une demiheure, et elle est morte quatre jours après. Je plains bien sincèrement son pauvre père.

J'ai vu le prince de Frise lorsqu'il était encore tout

1 C'est-à-dire Mme d'Uzès, fille unique du prince de Monaco, femme de mérite, tort vertueuse, peu heureuse, et qui méritait un meilleur fort. Son mari était un homme obscur, qui ne voyait personne que des gueuses, et qui s'en tira mieux qu'elle, qui fut fort plainte et regrettée. Ses enfants périrent du même mal. { Saint-Simon, t. V, p. 10.)

à fait jeune et ici à Paris, il avait l'air fort bien portant, mais depuis il est devenu dans un fort triste état. J'ai aussi vu ici le jeune duc de Wolfenbuttell ; c'était un très-laid personnage et horriblement débauché, il était épris de Charles-Louis, mais celui-ci le reçut mal et fut au moment de lui casser le cou.

Marly, G août 1700.

Je ne vois jamais Monsieur ici, nous ne dînons pas ensemble; il joue toute la journée et, la nuit, chacun de nous est dans sa chambre. Monsieur a la faiblesse de croire qu'on lui porte malheur, de sorte que je n'assiste pas à son jeu. Il nous a causé de l'effroi, car il a eu deux accès de fièvre quarte ; aujourd'hui est le jour où elle devait revenir; mais , grâce à Dieu, il n'a rien ressenti encore, et il est dans le salon, à jouer1. »

Saint-Cloud, 31 août 1700.

Il y a ici une princesse de ÎNassau que je n'ai pu voir, car le roi n'a pas voulu permettre que je la traitasse en princesse. Les vices du duc de Wolfenbuttell sont quelque chose d'effroyable. Dieu me pardonne, mais je trouve qu'être amoureux de sa propre sœur,

1 Monsieur n'aimait ni les chevaux, ni la chasse; il se plaisait à jouer, à se parer, à tenir cercle, et faisait consister son bonheur dans les mascarades, dans les cérémonies, même dans les pompes funèbres. Le bruit des cloches avait pour lui un tel attrait, qu'il ne manquait jamais de se trouver à Paris le jour de la Toussaint ; il n'aimait pas d'autre musique. L'abbé de Choisy nous apprend, dans ses Mémoires, que ce prince désirait passionnément se déguiser en femme.

c'est pire que tout, le reste ; il me semble que plus le monde va, plus il se gâte. Je ne dirai plus rien de Mmela duchesse, si ce D'est qu'elle ne manque pas d'esprit; son mari n'a aucune capacité; il est laid et puant. On prend ici des maris sans y réfléchir, et le repentir vient après.

Versailles, 8 mars 1701.

Dimanche, il y avait sermon, et j'eus aussi à écrire à ma tante, l'électricede Brunswick; cette lettre est toujours fort longue. Lundi, je fus avec M. le Dauphin à la chasse du loup, mais nous ne trouvâmes rien, quoique nous ayons cherché longtemps; mardi, nous courûmes le cerf à Saint-Germain, et le soir il y eut comédie; mercredi, j'écrivis en Lorraine et à Modène, et je fus au sermon; jeudi, nous allâmes encore à la chasse au loup ; je revins, après y avoir passé plus de quatre heures, et je n'eus, le soir, que le temps d'achever la lettre que j'avais commencé d'écrire à ma tante; vendredi, il y eut encore sermon, et j'eus des affaires tout le jour, car mon premier écuyer est mort; sa veuve a un brevet de retenue , de sorte que eelui qui prendra la charge du défunt doit en payer à la veuve le prix, qui est de 42,000 écus. Cela m'a occupée toute la journée, car j'ai reçu lettres sur lettres, auxquelles il a fallu répondre. Samedi, nous fûmes encore à la chasse au loup ; lorsque je revins, j'écrivis à ma fille ; dimanche, j'écrivis à Hanovre, et j'allai au sermon, qui fut très-long; j'écrivis aussi à Paris. Lundi, c'est à vous; hier, j'écrivis à ma fille et en Savoie; cela me mena jusqu'au moment d'aller au spectacle, qui

est le dernier qu'on joue jusqu'au voyage de Fontainebleau; c'était la Mort de Pompée et le Médecin malgré lui ; vous voyez ainsi que ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai un moment pour vous écrire. Ma santé est parfaite, grâce à Dieu ; les parties de chasse m'ont fait le plus grand bien. Je ris de bon cœur hier au soir à la comédie. L'acteur qui avait le rôle du père de Lucinde devait dire : « Ah ! ma fille parle ; » mais je ne sais comment la langue vint à lui tourner, il dit : « Ah ! ma fille pette. » Cela provoqua un éclat de rire. J'espère que ma tante est aussi bien que sa sœur, l'abbesse de Maubuisson, qui entrera le 11 avril dans sa quatrevingtième année , et qui lit sans lunettes l'écriture la plus fine ; elle a conservé toutes ses dents, est toujours gaie et contente, et plus ingambe que moi.

Port-Royal, 15 mai 1701.

Toutes les lettres qui entrent en France ou qui en sortent sont ouvertes ; je le sais fort bien, mais je ne m'en inquiète pas , et j'écris tout ce qui me passe par la tête.

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