‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 4)Chapitre 27 sur 33 · février · texte numérisé non relu

février

La guenipe cachait au roi tout ce qui pouvait le chagriner dans les affaires étrangères ou dans les événements du royaume, mais elle l'a tourmenté continuellement avec la constitution ' et avec les bâtards qu'elle a toujours voulu élever plus haut que le roi même ne l'aurait désiré; elle l'a tourmenté aussi par suite de sa haine contre moi et contre mon fils; mais quant à lui, il ne nous haïssait pas.

4 mars 17 17.

La reine d'Angleterre (veuve d- Charles Ier) avait contracté un mariage clandestin en épousant son che-

1 La constitution Vnigenitvs, rendue par Clément XI, et qui condamne cent une propositions extraites des Réflexions morales du père Quesnel; l'acceptation de la bulle du pape donna lieu en France à de longs et vifs débals fort oubliés aujourd'hui.

valier d'honneur, qui la traitait fort mal. Tandis que cette pauvre reine n'avait ni bois ni nourriture, il avait dans son appartement un grand feu et il donnait de grands repas. Il s'appelait mylord Jermyn , comte de Saint- Albans; il n'adressait pas une seule bonne parole à la reine.

13 mars 1717.

Du temps d'Henri IV, les bâtards de ce roi avaient le pas sur tous les princes de la maison de Lorraine; mais, le lendemain de la mort du roi, le duc de Verneuil, voulant passer devant le duc de Guise, celui-ci le prit par le bras et lui dit : « Cela était bon hier, mais cela ne vaut rien aujourd'hui. » Il le tira en arrière et passa devant lui.

19 mars 1717.

Je suis irritée lorsque je songe combien on a mal parlé du feu roi, et combien Sa Majesté a été peu regrettée de tous ceux à qui elle avait fait le plus de bien..

23 mars 1717.

Mon fils a bien recompensé son abbé Dubois; il lui a donné la charge de secrétaire du cabinet du roi, qu'avait feu M. de Caillières et qui rapporte 22,000 livres de revenu ; il lui a aussi donné une place dans le conseil de régence pour les affaires étrangères.

31 mars 1717.

Le duc de Berri était au commencement passionné pour sa femme ; celle-ci, qui était adroite, s'aperçut de son intrigue et déclara à son mari que s'il voulait con-

tiiiuor à vivre avec elle do bonne amitié et comme ils avaient l'ait d'abord, elle le laisserait se conduire à sa guise et qu'elle ferait comme si elle ne se doutait de rien ; autrement elle irait se plaindre au roi, et la personne serait chassée si loin , que de sa vie il ne la reverrait ni n'en entendrait parler. Il a parfaitement vécu avec elle jusqu'à sa mort, lui a laissé faire toutes ses volontés, et il est décédé épris de la femme de chambre. Un an avant sa mort, il l'avait mariée, mais avec la condition que son mari n'aurait aucun rapport avec elle. Il l'a laissée enceinte, ainsi que sa femme ; toutes deux sont accouchées après sa mort; Mmo de Berry, qui n'était pas du tout jalouse, a pris soin de la mère et de l'enfant.

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