‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 4)Chapitre 28 sur 33 · mai · texte numérisé non relu

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J'ai reçu aujourd'hui une grande visite, celle de mon héros, le Czar. Je lui trouve de très-bonnes manières, en prenant cette expression dans le sens de celles d'une personne sans façon et nullement affectée. Il a beaucoup de jugement ; il parle un mauvais allemand, mais il se fait cependant comprendre sans peine et il cause très-bien. Il est poli à l'égard de tout le monde et il est fort aimé ' .

1 On trouve des détails sur le séjour du Czar à Paris, dans Saint-Simon, t. XXVIII, p. 137, dans les Mémoires de la Régence (par le chevalier de Piossens, 17 37, t. I, p. 318J et dans 1rs Mémoires de Louville, t. Il, p. 341, qui met en latin le récit d'une des prouesses de ce monarque. Ce qu'il buvait et mangeait était inconcevable, au dire de Saint-Simon. Sa conduite fut loin d'être toujours exempte de reproches. Voir aussi les Nouveaux lissais sur Paris, par Coudray, t. III, p. 253.

17 mai 1717.

Mll,e d'Orléans serait la plus fausse de tontes les personnes du monde, s'il n'y avait pas sa fille, Mlle de Valois; celle-ci est pire encore. Je trouve affreux de trouver une fausseté aussi horrible dans une personne aussi jeune... Mlle de Valois ne se soucie pas de moi et ne peut me souffrir.

21 mai 1717.

La grande princesse de Conti est, de toutes ses filles du côté gauche, celle que le roi a le plus aimée.

30 mai 1717.

Le mariage de l'électeur de Bavière avec la princesse polonaise montre bien que l'on ne peut échapper à sa destinée; ce n'était pas du tout une union convenable pour ce prince. On m'a raconté qu'on l'avait embarqué et marié sans que lui-même le sût; ses conseillers avaient été gagnés avec de l'argent, et ils ont si bien poussé la chose qu'elle s'est trouvée faite sans qu'il s'en doutât pour ainsi dire.

lerjuin 1717.

Mme de Ventadour est devenue ma dame d'honneur il y a au moins seize ans, et elle m'a quittée deux ans après la mort de Monsieur; c'était un tour que me jouait la vieille guenipe pour me faire enrager, parce qu'elle savait que j'aimais cette dame; elle est bonne et agréable, mais ce n'est pas la femme la plus adroite du monde. La vieille l'avait tracassée comme un diable ; elle a employé feu Mrae de Soubise, qui était une

adroite sorcière, et dont le Mis avait épousé la fille de M"" de Ventadour', pour déterminer, à force de menaces et de promesses, la pauvre femme à faire ce qu'on voulait d'elle. Pour la récompenser, on l'a nommée gouvernante.

La reine de Sicile me demandait une fois si je ne me promenais plus avec le roi, comme de son temps. Je lui répondis par ces vers :

Cet heureux temps n'est plus ; tout a changé de face Depuis que dans ces lieux les dieux ont amené La lille de Minos et de Pasiphaé 2.

Le Torcy porta cela à la guenipe comme si je parlais d'elle, et au fait c'étail la vérité; le roi me bouda longtemps pour cet objet.

1 Charlotte-Éléonore-Matlelaine de La MoUe-Houdancourt, duchesse de Ventadour.

2 Hercule-Mériadec de Rohan, prince de Soubise , marié en 1G94 avec Anne-Geneviève de Levis-Ventadour. Les Tecueils manuscrits n'épargnent pas toujours cette dame. Nous trouvons ces vers à la date de 1697 :

Rohan parait fort tranquille De sa femme, et ne dit rien; Je connais certain blondin, Qui va disant par la ville, Qu'on a beau la tant garder, Qu'elle n'est que plus facile.

Dans un couplet de 1699 elle s'exprime elle-même; et ce couplet, c'est elle qui l'aurait l'ait, s'il fallait s'en rapporter à une note du temps :

Si j'aime l'amour et le vin.

De quoi \a-t-on se mettre en peine?...

Se peut-il qu'on ait oublié Comme j'en usois étant fille?

Tout le monde l'a publié ; J'ai les vertus de ma famille.

lOjuin 1717.

J'aime les gens sérieux ; la pauvre dauphine de Bavière m'envoyait tous les jeunes étourdis parce qu'elle savait, combien ce caractère me déplaisait, et elle riait ensuite aux larmes de mon air chagrin.

11 juin 1717.

J'ai été bien aise quand feu Monsieur, après la naissance de sa fille, a fait lit à part, car je n'ai jamais aimé le métier de faire des enfants. Lorsque Son Altesse me fit cette proposition, je lui répondis : « Oui , de bon cœur, monsieur; j'en serai très-contente pourvu que vous ne me haïssiez pas et que vous continuiez à avoir un peu de bonté pour moi. » Il me le promit, et nous fûmes tous deux très-contents l'un de l'autre.

C'était aussi fort ennuyeux que de dormir auprès de Monsieur ; il ne pouvait souffrir qu'on le troublât durant son sommeil ; il fallait donc que je me tinsse sur le bord du lit, au point que parfois je suis tombée comme un sac. Je fus donc fort contente lorsque Monsieur, de bonne amitié et sans aigreur, me proposa de coucher chacun dans son appartement séparé.

Je n'ai eu que cent louis d'argent pour le jeu jusqu'à la mort de ma mère. Lorsque feu Monsieur a reçu l'argent du Palatinat, il m'en a donné le double.

11 juin 1717.

Deux jeunes duchesses ne pouvaient voir d'assez près leurs amants, et elles se sont avisées d'un tour original. Ce sont deux sœurs, et elles ont été élevées dans un couvent à quelques lieues de Paris. Une reli-

gieuse vint à mourir dans ce couvent; les dames prétendirent qu'elles étaient très - affligées j et qu'elles avaient eu beaucoup d'attachement pour la défunte ; elles demandèrent permission de lui rendre les derniers honneurs et d'assister à ses funérailles, ce qui leur fut accordé avec de grands éloges pour leur bon naturel. Lorsqu'elles vinrent au couvent, il se trouva pour la cérémonie funèbre deux prêtres étrangers que personne ne connaissait. On leur demanda qui ils étaient ; ils répondirent qu'ils étaient de pauvres ecclésiastiques qui avaient besoin de protection, et comme ils savaient que deux duchesses devaient venir à l'occasion de l'enterrement, ils s'étaient rendus afin de solliciter leur patronage. Les duchesses dirent qu'elles voulaient les interroger, et qu'ils pouvaient, après la cérémonie, venir les trouver dans leur chambre. Les jeunes prêtres s'y rendirent et ils restèrent avec les dames jusqu'au soir. L'abbesse trouva l'audience trop longue, et fit dire aux jeunes prêtres de s'en aller; l'un résista et se mit en colère, l'autre ne fit qu'en rire. Ce dernier était le duc de Richelieu, l'autre le chevalier de Guéménée, fils cadet du duc de ce nom. Ce sont ces cavaliers qui ont eux-mêmes raconté cette aventure.

13 juin 1717.

M. le Prince {de Conti) est amoureux de la Polignac et elle l'est de M. le Duc (de Bourbon), qui ne peut pas encore oublier M,ne de Nesle , quoiqu'elle lui ait donné son congé et qu'elle ait pris à sa place ce grand veau, le prince de Soubise. On prétend que celui-ci dit :

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