Do Cœuvres
la roue se met à tourner très vite, absolument comme dans la réalité...
Versailles, le 9 février 1710.
... J'ai là mon petit-fils, douze pages et dix autres jeunes gentilsliommes, qui chantent, sautent, rient et font un tel vacarme qu'on ne s'entend pas soi-même, à peine si je sais ce que j'écris ou ce que je dis : je 'suis persuadée qu'on les entend à un quart de lieue d'ici...
Vers.iillcs, le 15 février niO, 10 h. du matin.
... Je trouve mon petit-fils si délicat que je ne peux croire qu'il vivra longtemps. A la vérité, il est grand pour son âge, mais tout son organisme est faible et frêle. A mon sens, les enfants sont plus gentils quand ils sont un peu volontaires, c'est un indice qu'ils sont intelligents... De ma vie je n'ai donné de soufllet h mon fils, mais je lui ai administré la verge comme il faut : il s'en souvient encore. Les soufflets sont dangereux, ils peuvent léser la tête...
A LA DUCHESSE DE HANOVRE
Versailles, dimanche 9 mars 1710, 10 h. et demie du matin.
... Il n'est pas étonnant que le duc de Berry se conduise comme un enfant. Il ne parle avec personne de raisonnable. Nuit et jour il est dans la chambre de la duchesse de Bourgogne, où il fait le valet de chambre de ses dames. L'une se fait apporter une table par lui, l'autre son ouvrage, la troisième lui donne une
autre commission; il se tient debout ou bien est assis sur un petit tabouret, tandis que toutes les jeunes dames sont étendues ou bien dans une chaise à bras, en écliarpe, ou bien sur un lit de repos...
Versailles, le 19 mnrs 1710, 10 h. du matin,
... J'ai entendu dire que le duc de Savoie convoite le Milanais pour lui-même. J'espère qu'il no le laissera pas à son cadet ^..
Le duc de Marlborough, à ce queje vois, agit comme le seigneur Harpagon dans la comédie de Molière...
Versailles, lo 3 avril 1710.
... Cro5'ez]bien qu'à la messe même il y a des distinctions de rang. C'est ainsi, par exemple, que les petits-fils de France seuls peuvent avoir des clercs de la chapelle qui répondent la messe et tiennent une torche depuis le Sanctus de la préface jusqu'au Domine non siun dignus ; les prin&esses du sang n'ont droit ni à l'un ni à l'autre : elles font répondre la messe par leurs pages. A la fin de l'acte, le prêtre vous présente le corporal à baiser. Cela aussi ne va' pas plus loin que les Enfants de France, de même que la prérogative de boire d'un calice rempli d'eau et de vin. Celle-là non plus ne s'étend pas aux princes du sang...