‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 36 sur 164 · iiUnt do la famille de Wiltclsbach comme Madame · texte numérisé non relu

iiUnt do la famille de Wiltclsbach comme Madame

sont donc les plus forts. Ils tourmentent les autres d'une façon horrible. On ne peut mieux faire sa cour qu'en prenant parti contre les jansénistes. Quant à moi, je prends en pitié tous les honnêtes gens qui sont malheureux. Quoique je compte plus d'amis parmi les jésuites que parmi les jansénistes, il me faut reconnaître que ces derniers vivent chrétiennement et ne méritent pas leur infortune. En outre, il me fâche de voir des gens qui professent la môme religion être tellement ennemis les uns des autres, se !)aïr et se persécuter...

Marly, le 14 juin 1711.

... L'impératrice mère» a écrit une lettre insensée à notre roi. Il ne l'a pas acceptée. En lui notifiant la mort de l'empereur Joseph, elle ajoute que son fils, le roi Charles, est élu empereur. Elle l'appelle le roi Charles d'Espagne, et énumère tous les royaumes d'Espagne, sans oublier les Indes... On trouve fort insullant d'avoir mis ainsi la légende de tous ses titres...

Marly, le IS juin nU.

Je sais fort bien pourquoi la maison d'Autriche a une telle afTection pour les siens : c'est que là ils n'ont pas de bâtards ; tout l'amour est donc reporté sur les princes légitimes, il n'y a point partage. Mais où il y a des bâtards, on ne se préoccupe que de leur

1. L'impératrice douairière Éléonore. Elle gouvernait l'empire comme régente pendant que le successeur de Joseph 1", Charles. VI, était encore en Espagne. Il ne revint à Vienne qu'en janvier 1712.

élévation, et l'on déteste ceux qui, par la nature des choses, prétendent leur être supérieurs.

Marlj', le 28 juin nil.

... Vous et moi nous sommes de la confrérie des ùmes pacifiques, aussi bien que l'abbé de Saint-Pierre, qui jadis fut mon premier aumônier. 11 fait projets sur projets pour arriver à la paix perpétuelle. Il veut écrire tout un livre là -dessus. Voici son premier cahier; mais je doute qu'il achève l'ouvrage; on s'est bien moqué de lui déjà...

Mari}-, le 5 Juillet 1711.

... Je ne sais quelle rage on a de persécuter les jansénistes. Cela a causé le malheur de bien des braves et honnêtes gens. On n'a pas accusé M. de Cambrai d'être janséniste, mais bien d'être piétiste K Quant à moi, pour dire la vérité^ je l'ai toujours tenu pour un homme honnête et intelligent. Il est laid de sa personne, il n'a que la peau sur les os et les yeux enfoncés dans la tête, mais il cause bien agréablement, avec une grande vivacité; il est fort poli et même gai. Il rit volontiers et aime à causer sans façon. 11 m'a grandement plu. On n'entend plus du tout parler de M""^ Guion. Celle-là, je ne l'ai jamais vue. D'autres m'ont dit qu'elle était fort agréable. A la cour, on n'attribue pas la disgrâce de M. de Cambrai "à ses opinions religieuses, mais bien à ceci, qu'il

, Madame veut dire i< quiétistc ».

affermit le roi dans l'opinion que ce n'est pas un péché de tenir secret un mariage déraisonnable. Cet avis ne plut pas à tout le monde, dit-on; c'est pourquoi on prit pour prétexte l'histoire de M""" Guion, et on a fait pousser M. de Cambrai par feu M. de Meaux..,

Marly, le 20 juillet nil.

... J'ai toujours entendu dire que la femme de mylord Marlborough était très insolente avec la reine Anne. Celle-ci a donc bien fait de la laisser partir. Qu'est-ce que cela peut faire à mylord Sunderland que la reine soit bien ou mai servie par M""' Masson? C'est un gaillard bien dangereux que ce Sunderland, et,, à voir ses mines modestes et paisibles, on ne lui supposerait pas la moindre malice. 11 a été pendant longtemps ambassadeur en France; c'était un grand joueur de bassette; il jouait toujours à Saint-Cloud avec Monsieur et à Paris aussi, où je le voyais souvent...

Fontainebleau, le 13 août 1811.

... Je vous assure que c'est à bon droit qu'on vante M. le Dauphin. Il le mérite. M"'« la Dauphine commence à se faire aimer de tout le monde par sa politesse. Lundi passé, j'étais invitée à dîner chez eux- On ne saurait être plus poli qu'ils ne l'ont été : ils me servaient eux-mêmes. 11 y avait là toute une douzaine de duchesses, et ils ont parlé avec toutes...

Fontainebleau, lo 2 septembre 1711.

... Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que M'"" Scudéry ^ qui à cette heure est âgée de quatre-vingt-huit ans, a eu la petite vérole et en est réchappée...

M™" laDauphine est souvent impatiente et chagrine de l'amour que le duc de Berry a pour sa femme. Elle dit qu'il est par trop fade. Ce duc n'est pas dévot du tout, il prie le moins qu'il peut, mais on l'a tenu si serré que, ayant une femme maintenant dont il peut faire ce qu'il veut, il en est charmé et s'imagine qu'on ne peut trouver rien de plus joli au monde. Elle ne l'est pas du tout, ni sous le rapport de la taille, ni sous celui de la figure. Elle est épaisse, ramassée, a de longs bras, les hanches courtes; elle marche mal et a mauvaise grâce en tout ce qu'elle fait; elle grimace horriblement, a la figure pleurarde, marquée de la petite vérole, les yeux rouges, — d'un bleu clair à l'intérieur, — la figure rougeaude : elle paraît bien plus vieille qu'elle n'est en réalité. Mais ce qu'elle a de parfaitement beau, c'est la gorge, les mains et les bras. Elle les a très blancs et fort bien faits, les jambes aussi, et les pieds sont gentils. Je ne peux comprendre pourquoi elle a la démarche si chancelante. Avec tout cela, son mari et son père s'imaginent que jamais Hélène ne fut aussi belle que l'est la duchesse de Berry...

Vorsaillos, le 30 septembre 1711.

... M""' deMaintenon ne paraît pas du tout son âge.

1. Marie-Françoise de Martin-Vast, 1031-171-2, connue par ses Lettres,

Elle a maigri un peu, cela est vrai, mais elle a fort bonne mine encore. Je ne l'ai pas vue de près depuis six mois... Le portrait du roi, où il est représenté assis tout nu sur un coussin, la couronne sur la tête et le cordon bleu de l'ordre au cou, ce portrait est encore

Mari}-, le 14 octobre 1711.

... Mardi dernier, j'allai voir la dame toute-puissante. Elle me dit de renvoyer mes dames dans la chambre à côté. Cela commençait si sérieusement que le cœur se mit à me battre, et que je crus qu'elle allait me faire la leçon. Je fis un court examen de conscience, mais je ne trouvai rien. Voici ce qu'elle me dit : Le roi avait recommandé à mon fils et à sa femme de veiller sur la conduite de leur fille et non à moi, croyant sûrement que je le ferais de moimême, comme de juste; mais apprenant que depuis ce temps je ne lui ai plus rien du tout dit, Sa Majesté a ordonné à M"'" de Maintenon de me donner commission de sa part de sermonner à l'avenir la jeune personne. Puis elle m'a énuméré les points auxquels il faudrait toucher dans ma semonce. « Quoique ce soit chose pénible, répondis-je, j'accepte la commission, pour prouver à Sa Majesté que je suis prête à lui obéir toujours et en tout ce qu'il lui plaira de m'ordonner; mais je prie Sa Majesté de faire dire à la duchesse de Berry que la commission me vient d'elle, afin que cela produise une impression plus profonde sur elle. » Ce qu'il fit.

Ce soir-là, le père, la mère et la fille vinrent

me trouver. J'entrai de suite en matière : « Ma chère enfant, vous savez que je ne vous ai prêcliée qu'une fois depuis votre mariage; mon intention était de ne plus jamais le faire, mais j'ai reçu aujourd'liui un ordre du roi, auquel, comme bien vous pensez, je ne saurais me soustraire : c'est de vous expliquer pourquoi lundi dernier il ne vous a pas menée à la chasse dans sa calèche. La raison en est que votre conduite déplaît au roi. » Puis je lui expliquai la chose point pour point ; « et, ajoutai-je, si vous voulez devenir parfaitement malheureuse, vous n'avez qu'à continuer de la sorte; mais si vous voulez être heureuse, il faut commencer par vous faire aimer de tout le monde autant que, jusqu'à ce jour, vous vous êtes fait haïr. Quand le roi apprendra d'un chacun combien vous vous êtes corrigée en toute chose, il vous rendra ses bonnes grâces... » J'en dis bien davantage encore... Elle a pleuré amèrement et a promis de s'amender...

Versailles, ie lô novembre 1711.

« ... Je ne parlerai pas, dis-je à la duchesse de Berry, de Notre-Seigneur Dieu... j'en laisse le soin à votre confesseur. Je ne vous dirai que ceci : Il sied fort mal à une personne de votre âge d'afficher qu'elle ne croit pas en la Divinité; cela entraîne non seulement la colère et le châtiment de Dieu, mais encore le mépris des hommes... Ce que je vous dis là ne provient pas de ma mauvaise humeur, ni de ce que je suis chagrine ; je vous le dis uniquement parce que le roi me l'a ordonné et parce que, continuai-je en riant, la tendresse que vous porte M. votre père est aveugle et

DE MADAME, DUCHESSE D'OnLÉAXS. 01

que M"''" votre mère est trop paresseuse pour prendre la peine de vous relever chaque fois que vous faites une sottise, soit en buvant trop, soit encore en vous opiaiùtrant à tenir tête au roi, à maltraiter votre mari, ou à lui faire jouer de vilains rôles, et à vivre mal avec M"'*' la Daupliine... » Mon fils gâte souvent ce que je suis parvenue, au prix de mon temps, à remettre en ordre.

Versailles, lo 23 novembre 1711.

... Messieurs de l'Académie, malgré toute leur vivacité, sont bien lents dans leur opération. Pendant longtemps, quand ils faisaient leur dictionnaire, on leur a reproché d'être restés vingt ans à la lettre Q. Mais en français , cela est bien plus plaisant : « Messieur de l'académie pour faire leurs dictionaire Estoit demeures 20 an sur le Q... »

Versailles, le 5 décembre 1711.

... On dit qu'en certains endroits il n'est pas encore permis aux catholiques de lire la Bible, mais à Paris cela est parfaitement admis. Quand je vins en France, c'était la mode de ne pas la lire; puis tout d'un coup la mode changea : on la lut. Je n'ai jamais pu savoir comment cela s'est fait...

On commence déjà à dire « la reine d'Angleterre ^ » ici. Ce ne sont plus les passeports qui retiennent les ambassadeurs...

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