Danso provenralo
'2. La princesse des Ursins.
Marly, le 14 mai 1715.
... M. Martini m'a apporté un paquet de votre part, avec tous les effets de l'éclipsé de soleil. Quoique je . ne sache pas l'anglais, j'en comprends beaucoup de choses, parce que je connais les planètes et les constellations. Je vais donner cela à un de mes gens qui demeure à Saint-Germain : il y trouvera bien quelques Anglais sachant assez de français pour le traduire... Cela est bien plus exact et plus curieux que ce que je vous ai envoyé. De telles choses me divertissent plus que d'être obligée de jouer au lansquenet dans un salon...
• Marly, le 18 juin 1715.
Vendredi... à neuf heures du matin, j'irai au Palais- Royal pour dîner avec mes petits-enfants, le duc de Chartres et M"'= de Valois. Après le dîner je les conduirai tous deux au collège des jésuites, pour voir une comédie jouée par les élèves, qui sont presque tous des enfants de condition. Mon fils y a entre autres un enfant qu'il a de la Sery, mon ancienne fille d'honneur. On l'appelle le chevalier d'Orléans. Le gamin est fort intelligent, mais il n'est pas joli et il est petit pour son âge. Mon petit-fils, son frère, l'aime fort et se réjouit beaucoup en vue de ce jour-là...
Marly, le 12 juillet 1715. .
... Chez les jésuites d'ici on ne joue pas de pièces religieuses, les deux au moins que j'ai vues n'en étaient pas. L'une avait pour sujet un duc de Bour-
gogne, et l'autre était Esope au collège... A Saint-Cyr, M"'" de Maintenon a fait faire quelques pièces religieuses par M. Racine, comme Ester et Attalie. Elles sont extraordinairement belles et il ne s'y trouve pas de sots bavardages...
Je voudrais de grand cœur entrer en correspondance avec la princesse de Galles, car j'aime sa Dilection bien cordialement, mais entre nous soit dit, on est fort pointilleux ici pour ce qui est de la cour d'Angleterre. Quelque grande que soit mon envie, je ne peux donc pas commencer la chose en ce temps ci; si cela change, je n'y manquerai certes pas...
Mari}', le 18 juillet 1715.
... Mardi on a couru le cerf... J'avais emmené l'une des filles de mon fils, qui de sa vie n'avait assisté à une chasse... On l'appelle M"" de Valois; c'est une jeune fille de quatorze ans. Quand elle était une petite enfant je croyais qu'elle deviendrait très belle; mais j'ai été grandement déçue : il lui est venu un grand nez aquilin qui a tout gâté... Je crois deviner d'où cela vient : on lui a permis de prendre du tabac; c'est ce qui a fait tellement pousser ce nez...
... Vous avez perdu beaucoup des vôtres, mais, chère Louise, le monde est ainsi fait : ou bien il faut mourir soi-même ou voir mourir ceux qu'on aime. On pourrait appliquer à cela ce que feu M""' de Brégie * avait coutume de dire : « Cela est bien désobligent. » Un jour que, dans mon cabinet, elle était