De Linièrcs
à la maladie d'Amelise? Elle aurait pu vous faire la réponse qu'un mourant fit à un moine qui l'exhortait à prendre patience : « Mon père, dit-il, rien n'est plus aisséque de prêcher la patiance; mais mettes moyen vostre place avec une si bonne santé et soyes aussi malade que je suis, vous veres si la patiance est aissée. »
De mourir, chère Louise, c'est la dernière sottise qu'il nous soit donné de faire. Il faut donc la faire le plus tard possible, surtout quand on est utile à quelqu'un en ce monde, comme vous l'êtes à vos neveux et nièces. Votre neveu ne me connaît pas; je crois donc qu'il ne se soucie guère de mon approbation : il l'a quand même, et entière; je donne tout à fait tort à son père. On a beau être fils unique, on n'a pas besoin pour cela d'être un grand lâche, et Notre- Seigneur Dieu peut partout nous prendre sous sa garde... Il vaut donc mieux que votre neveu devienne un homme capable en faisant campagne et en voyageant, plutôt que de se tenir coi à la maison et de ne songer qu'à perpétuer la race et à faire des enfants. En pareille occasion, il est permis à un jeune homme de ne pas strictement obéir à son père; tout le monde vous louera de faire une échappée et de partir en guerre... Je suis sûre que le duc de Schomberg, quelque irrité qu'il veuille paraître, est heureux au fond de l'àme que son fils ait pris ce parti, et qu'il l'en estime...
Versailles, le 27 avril HOQ.
... Le prince Eugène a de l'esprit et du mérite, mais il est petit et laid de sa personne; il a la lèvre supérieure si courte qu'il ne peut pas fermer la bouche; on voit donc tout le temps deux grosses dents fort longues. Il a le nez un peu retroussé et les narines assez ouvertes ; mais les yeux ne sont pas laids et très vifs...
On attend aujourd'hui le courrier qui dira si nous avons la paix ou la guerre. Que Dieu détourne celle-ci de nous...
A LA DUCHESSE DE HANOVRE
Marly, le 2 mai 1709,
... La reine Anne a bien raison de ne pas vouloir d'un autre mari. A en juger par ce qu'on m'a dit de de celui qui vient de mourir, elle n'a pas, sous le rapport de la conversation et de la société, perdu grand'chose en perdant le prince Georges. S'enfermer dans une chambre obscure, c'est bien malsain. Peut-être aussi qu'elle n'y reste pas tout le temps. D'après ce qu'on dit ici du duc de Marlborough, je crois que lui et le prince Eugène viennent en Hollande plutôt pour empêcher la paix que pour y aider. Aussi commencet-on à croire qu'elle ne se fera pas...
Marly, le 2 mai 1709.
... Quand les médecins mettent ainsi tout en latin, j'ai toujours envie de leur dire comme M. Grichar dans la comédie : « Eh, parle français, excrément dû colége! » Si la pauvre humanité avait un carreau de vitre dans l'estomac, par lequel les docteurs pussent regarder, je crois qu'ils trouveraient les moyens qu'il faut pour guérir les gens ; mais du moment qu'il leur faut tout deviner, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'ils tâtonnent ainsi. Je suis bien en peine d'Amelise, car sa maladie, avec toutes ses convulsions, me paraît dangereuse...
Versailles, le L8 mai 1709.
... Je n'ai jamais su quel nom porte votre neveu. Je vois par une lettre de M"'' de Malause qu'on l'appelle raylord Arouische ^ M'est avis que c'est Là un drôle de nom. Il ne manque pas de voyelles!
A LA DUCHESSE DE HANOVRE
Versailles, lo 19 mai 1709.
... Notre bonne feue reine parlait un étrange français. D'abord jamais un u. tout en ou. En outre, elle disait una servillieta pour une serviette, la sancta Biergen pour la sainte Vierge, des eschevois pour des