‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 81 sur 164 · L'évoque de Beauvais, frère du duc de BeauviUiors · texte numérisé non relu

L'évoque de Beauvais, frère du duc de BeauviUiors

vieux domestiques, s'est entouré de ses parents à elle, ses cheveux plats, il les a fait friser et tous les jours il se promenait en voiture avec la dame. Cela a tellement fâché le peuple qu'on 'a accueilli sa voiture à coups de pierres. Les ecclésiastiques qui lui ont fait des remontrances, il leur a offert des volées de coups de bâton. Ceux-ci ont tout mandé à ses parents ... il n'a voulu voir que sa mère et lui a dit qu'il ne savait pourquoi on faisait une telle affaire de ses rapports avec M'" de Rickard (ainsi se nomme la dame), qu'il ne l'avait auprès de lui que pour qu'elle lui montrât la musique, qu'elle sait dans la perfection. Quand les parents ont vu que rien n'y faisait, ils ont prié mon fils de faire enfermer la dame dans une maison de correction nommée Sainte-Pélagie, ce qui fut fait. L'évêque a fait le serment de ne plus voir de sa vie aucun de ses parents. Ainsi finit la chanson.

Saint-Cloud, le 31 juillet 1718.

... Nous savons dès longtemps que la paix est faite avec les Turcs... On ne parle présentement que de la flotte espagnole qui a envahi la Sicile et s'est emparée de Palerme. La reine de Sicile m'écrit qu'Alberoni a horriblement trompé son mari, mais bien des gens croient qu'ils s'entendent ensemble. Le temps nous apprendra ce qui en est. Et à ce propos les vers du commencement de la comédie : la Morl de Pompée, me sont revenus à la mémoire : « Le destin se déclare et nous venons d'entendre ce qu'il a décidé du beaupôre et du gendre!... » Alberoni, je crois, ne s'in- II. 13

til8 CORIIESPOINDANCK

quiète guère de voir les coffres du roi d'Espagne se vider pourvu que ses caisses à lui et ses baluits se remplissent... *

Saint-Cloiul, le 4 août 1"1S.

... A propos de conspirations, mon fils m'a raconté hier, à la comédie, que le czar avait gagné une maîtresse du czaréwitscli qui lui a remis des lettres où il disait qu'il voulait faire assassiner son père. Le czar a réuni un grand conseil où assistaient tous les évoques et les conseillers d'État. Quand tous furent réunis, il fit venir son fils, l'embrassa et lui dit : « Est-il possible que tu veuilles m'assassiner après que j'ai épargné ta vie? » Le czarévvitsch a tout nié. Alors le czar a remis les lettres au conseil en disant : « Moi, je ne peux pas juger mon fils, jugez-le, vous, mais avec douceur et bonté et non avec rigueur! » Et là-dessus il s'en alla. Tout le conseil a condamné le prince à mort. Quand il entendit cela, il a été saisi d'une telle terreur que, dit-on, il a eu une attaque d'apoplexie : il en a perdu l'usage de la parole pendant quelques heures. Quand il l'eut recouvrée, il a demandé à voir son père encore une fois avant de mourir. Il y est allé, le czarévvitsch lui a tout avoué et lui a demandé pardon en pleurant. Il a vécu deux jours encore et il est mort en se repentant grandement. Entre nous, je crois qu'on l'a empoisonné pour échapper à la honte de le voir dans les mains du bourreau... C'est une horrible histoire, elle me fait l'elfet d'une tragédie et ressemble beaucoup à AiulronicK

Page 1