‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 83 sur 164 · A Hoidelberg · texte numérisé non relu

A Hoidelberg

dès que l'enfant fut au monde et me dit : « Liselotte, voyez cet œil! n'est-il pas noir comme le bandeau du colonel Webenheim ? » Je me mis à rire et lui dis : « Eli ! non, Votre Grâce, je vois bien ce que cela est. » L'Électeur tout fâché s'écrie : « Par le Sacrement ! qu'est-ce-donc ? — C'est quelque chose que Votre Grâce n'a pas vu. Vous souvenez-vous que lors du voyage d'Openheim, en voulant remettre à madame une lettre de ma mère pour moi afin qu'elle me la donnât le lendemain, vous lui avez donné un coup de poing sur l'œil? Le lendemain, il était noir, tel que vous voyez maintenant l'œil de l'enfant. — Mon Dieu, dit l'Électeur, que je suis donc soulagé que vous vous souveniez de cela ! Pour l'amour de Dieu, n'en dites rien à madame. »

Saint-Cloiul, le 18 .loùt nis, 11 h. du malin.

... Le prince héréditaire de Wurtemberg m'a demandé de tenir son petit-prince nouveau- né sur les fonts. Tout le monde a été étonné de la chose, on la tenait pour impossible d'après ce qu'avait dit la surintendante de la princesse. Cela me rappelle Benserade. M. de Langeais, qui avait été déclaré impuissant après un congrès, avait quand même épousé une autre femme; vous l'avez vue à Hanovre. Quand elle fut enceinte, Langeais dit â Benserade : « Hé bien voila pourtant ma femme grosse. » Benserade répondit : «Hé, Monsieur, on n'a jamais douté de madame votre femme. » Je crains qu'on ne puisse en dire autant â mon compère le prince héréditaire de Wurtemberg.

... Il est difficile par le temps qui court do trouver un couvent où les enfants puissent apprendre quelque chose de bien. Les carmélites ne prennent pas de pensionnaires et tous les autres couvents où l'on en prend sont tellement remplis de vices et de débauches qu'on frémit d'horreur rien que d'y songer...

Saint-Clûud, ce samedi 27 août 1718, 9 li. du matin.

... Mon fils a fait tenir un lit de justice au roi, il a fait réunir tout le parlement et lui a formellement enjoint, au nom du roi, de ne pas se mêler des affaires du gouvernement et de s'en tenir à ce qui est de son ressort, savoir de s'occuper des procès et de rendre la justice. On a installé le garde des sceaux et sachant pertinemment que le duc du Maine et sa femme ont excité le parlement contre le roi et mon fils, on a retiré au duc la surveillance du roi, qu'on a donnée à M. le Duc ; on l'a dégradé lui et ses enfants du rang de princes du sang, par contre on y a maintenu son frère\ car il s'est bien et fidèlement conduit. Les gens du parlement et la duchesse du Maine sont si méchants et sf exaspérés, que maintenant je suis dans des transes mortelles, qu'ils n'assassinent mon fils, car avant que ceci n'arrivât la duchesse du Maine avait déjà, en pleine table, tenu un discours insensé : « On dit que je révolte le parlement contre le duc tl'Orléans, mais je le méprise trop pour prendre une si noble vengeance de luy ; je sauray bien m'en venger aultrement, aultrement ! »

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