CORRESPONDANCE Saint-Cloud , 18 août
Tout est encore calme ici, mais M. Law n'ose pas sortir; les femmes de la halle ont placé des petits garçons comme espions autour de sa maison, afin de savoir quand est-ce qu'il sortira ; cela n'indique rien de bon pour lui, et je crains quelque nouvelle émeute.
Vous me parlez de vers où feu le maréchal de Luxembourg était maltraité; je ne les connais pas, mais je sais qu'on a fait des livres qui lui adressent toutes sortes d’injures !. :
Saint-Cloud, 21 août 1720.
Je n'ai jamais de ma vie vu aucun Anglais ni Écossais aussi poltron que Law; c’est la fortune qui ôte le courage; on ne quitte pas volontiers ce qu’on possède. Je crois qu’il y a des moments où il voudrait se trouver au Mississipi ou à la Souciane (Louisiane).
Il y a ici du tonnerre tous les jours, mais il ne fait
1 Madame fait sans doute allusion aux libelles suivants :
Histoire des amours du maréchal de Luxembourg, dont il existe deux éditions imprimées en Hollande, sous la rubrique de Cologne, 1694 et 1695.
Le maréchal de Luxembourg au lit de la mort, tragicomédie en cinq actes et en prose, Cologne (Hollande), 1695. On connait quatre éditions différentes, sous cette date, de cette satire, qui fut accuelllle avec empressement. En l'enregistrant au catalogue Soleinne, n° 3754, M. Paul Lacroix observe « qu’elle « offre des particularités curieuses pour l'histoire du temps, « quoiqu'il faille les admettre avec précaution; ainsi nous n'a- «vons pas vu ailleurs que le maréchal mourut des suites d'une a débauche avec Mlle de... — Mais, monsieur le médecin, qui « l’a donc fait mourir? dit le duc du Maine. —Ce n'est pas « moi, répond naïvement Je docteur, »
que se divertir, il a enlevé à un homme tout le poil qu'il avait sur le corps, sans lui faire le moindre mal; il a brisé le pommeau de l'épée qu’un cavalier avait au côté, et le cavalier n’a pas été blessé le moins du monde. Un officier des Invalides portait un habit bleu avec une boucle et des boutons d'argent; la foudre a enlevé la boucle et les boutons sans causer du tout de dommage à l'étoffe. Les paysans ici croient qu'il y a des sorciers qui sont maîtres du tonnerre".
21 août 1720.
La jeune princesse de Conti m'a raconté qu’elle avait fait examiner son fils, dans son enfance, par Clément, pour savoir s’il était bien conformé. Clément trouva l'enfant bien constitué; il se rendit chez le , prince de Conti et lui dit : « Monseigneur, j'ai examiné la taille du prince qui vient de naître; il est droit; faites-le coucher sans chevet pour qu'il reste ainsi; songez quel chagrin ce seraït pour la princesse de Conti, qui a fait ce prince droit, si vous le rendiez tortu et bossu. » Le prince de Conti voulut parler d'autre chose, mais Clément revenait toujours à son sujet, et disait : « Songez qu’il est droit comme un jonc; nele rendez pas tortu et bossu, Monseigneur. » Le prince de Conti ne put plus y tenir, et il s'enfuit.
1 « L'étrange et ridicule aventure » de la duchesse d'Estrées, ceasionnée par le tonnerre, est consignée dans les notes de Saint-Simon sur le Journal de Dangeau publiées dans les Œuvres de Lemontey (Œuvres, t.IV, p. 33). Un bénédictin judicieux, Dom Lamy, mit au jour, en 1689, un traité pour expliquer un fait dont il avait été témoin oculaire ; la foudre, tombant ALagoy, avait imprimé le canon dela messe sur une nappe d'autel.