‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent;Chapitre 17 sur 32 · CORRESPOXDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPOXDANCE

qu'un qui avait entendü ce sermon dit au prédicateur : « Vôus avez prêché contre ceux qui vont aux noces, mais Notre Séigneur y alla bien lui-même à Cana en Galilée. » Le prédicateur répondit brusquement : « Il est vrai qu'il y allait, mais il aurait mieux fait de ne pas y aller, » '

' Paris, 10 Juillet 1724,

Yous saurez déjà, ma chère Louise, combien vous aviez raison d'être inquiète au sujet de vos pârents; ils ont couru les plus grands dangers dans leur voyage sur mer; le vent a jeté sur le navire où ils étaient, et qui a perdu ses mâts, un autre bâtiment qui arrivait de la Virginie. Une barque où il y avait six personnes s’est trouvée entre et a détourné un choc qui devait engloutir leur navire, mais elle a été coulée à fond ävec les persones qu’elle contenait. Je crains que toute la frayeur qu'a éprouvée votre nièce ne lui ait fait grand mal; cornmé vous devez savoir, elle est encore enceinte, Dieu veuille que tout so termine bien.

* Il mé semble que le comte de Degenfelt aurait bien fait de différer de faire des enfants jusqu’à ce qu'il fût établi chez lui ; il n'aurait pas exposé sa femme à d'aussi grands périls, mais les hommes sont de telle sorte qu'ils s’imaginent que faire des enfants est la plus grande preuve d'affection qu'ils puissent nous donner; tandis que la confiance, l'estime et la douceur sont cent fois plus propres à produire l'attachement et la bonne intelligence qui sont si fort à “désirer en ménage.

DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 333 Parle, 17 juillet 1721.

4 Ily a une grande différence entre être né dans un pays et-en connaître la langue, ou y arriver déjà grand et formé. Si la comtesse de Degenfelt, votre nièce , aime son mari, elle trouvera tout bel et bon, ear c’est une sauce qui fait aimer tous les plats, et comme dit le prologue, dans la pièce de Pourceaugnac :

Quand deux cœurs s'aiment bien, Tout Le reste n'est rien,

Ainsi, si elle aime son mari, elle ne regrettera point sa patrie, et tout ce qu’elle trouvera dans le nouveau pays où elle va vivre sera de son goût. J'approuve fort votre résolution de ne pas vivre avec elle; vous serez ainsi mieux ensemble, et rien n'est plus vrai que le proverbe qui dit que « Jeunes.et vieux ne peuvent s'accorder, » même quand les jeunes sont raisonnables; d’ailleurs, les domestiques ne vivent pas en bonne intelligence; il y a entre eux des querelles qui amènent entre les maîtres des scènes et de la froideur.

D'après ce que j'ai entendu dire de feu le landgrave de Philipsthal, mon bon cousin, c'était un des personnages les plus simples qu'il y eùt au monde, Paris plait beaucoup au prince Charles ; je ne crois pas qu'il ait envie de quitter le service de France, et je ne crois pas non plus qu'il soit en position de faire un bon mariage ; s’il suivait mes conseils, il ne se marierait point, car tous ces princes sans fortune, lorsqu'ils ont des enfants, se trouvent avoir une famille de men-

diants, ce qui est une vilaine chose; il n'y a déjà que trop de princes pauvres. Sa mère ne veut pas se séparer de son Français, quoiqu'elle dût le faire pour éviter le scandale, car on tient des propos sur-elle et sur ce drôle. Ceux qui en jugent le plus charitablement disent qu'il y a un mariage de conscience; ce n'en est pas moins une chose affreuse pour cette princesse de faire un tel éclat dans ses vieux jours, car elle est loin d’être jeune, puisque son fils aîné a qua rante ans.

Parie, 24 juillet 1721.

On m'a dit que nos bons Allemands s'étaient cruel lement gâtés, et qu’ils avaient répudié les vieilles qualités de leurs ancêtres afin de prendre les vices des nations étrangères ; cela m’afflige sincèrement; il convient aux Allemands moins qu’à tout autre d’être faux, méchants et débauchés, car leur naturel ne les y porte pas.

La peste diminue en Provence, mais les gens n'en deviennent pas meilleurs; et ce qu’il y a d'étonnant, c’est qu'il a fallu mettre à l'hôpital de Toulon dixhuit personnes qui, au milieu des ravages de l peste, avaient mené une vie déréglée.

Il est positif que ceux qui ont visité la Hollande trouvent les Allemands sales; mais pour trouver l'Allemagne propre et agréable, il n'y a qu'à venir en France, car rien n'est plus sale et plus dégoûtant que Paris.

Ma fille est, grâce à Dieu, complétement remise; il Y a eu un mariage à se cour; un prince de cette

maison (qui s'appelle le chevalier de Lorraine et qui est fils du comte de Nassau) a épousé la seconde fille de M= de Craon; je parle exactement, car il est sûr qu’elle est bien la fille de sa mère.

Je voudrais que ma fille n’eût pas aimé son mari autant qu’elle l’a fait; le duc ne songe qu'à faire du bien à ses favoris les Craon, il ne s'inquiète pas de ses propres enfants; cele cause à ma fille un chagrin

Lortque le prince Charles de Hesse s'est imaginé voir la reine, sa tante, il ne savait pas qu'elle fût morte, et il ignorait même qu’elle fût malade ; il venait de recevoir une lettre d'elle. Dans les endroits où l'on croit aux revenants, comme à la cour de Cassel, on en voit sans cesse; chez nous où l’on n'y croit pas, il n'en est jamais question. Ici, dire de quelqu'un qu'il est trop pieux pour se livrer à la débauche la plus outrée, serait regardé comme un affront ; on se fait honneur et gloire d'être en relation avec des femmes mariées, et l’on n'y attache aucune honte. Très-peu de personnes connaissent la sainte Écriture, et il y en a bien moins encore qui y croient et qui en suivent les préceptes. :

26 juillet 1721.

L’archevèque de Cambrai vint hier et me fit part de son élévation au cardinalat; Albéroni a ainsi un camarade".

1 M. Capeñfigue a voulu montrer dans son ouvrage sur Phitippe d'Orléans, régent de France, qu'à certains égards Dubois avait été fort mal apprécié; les écrivains satiriques de l'époque

336 | CORRESPONDANCE Paris, 7 août 1721.

Personne ne peut: bien juger de l'état des femmes enceintes, parce que les grossesses sont bien différentes. J'ai eu trois enfants, et mes trois grossesses ont offert de telles différences que moi-même je n'y pouvais rien comprendre.

Je sais bien quelqu'un que je ne puis aimer, mais auquel je ne voudrais cependant faire aucun mal, c’est le nouveau cardinal Dubois; il a empoisonné toute ma vie ?. Dieu veuille lui pardonner, mais il pourrait bien.en souffrir en ce monde.

et les compllateurs qui les ont copiés, n'ont vu en lui que l’homme corrempu ; Dubois fut autre chose; il se montra diplomate du premier ordre et ministre des plus laborieux ; toute sa correspondance est marquée d'un cachet de finesse et de prévoyance incontestable. Voir p. 883 de l'ouvrage cité {édition de 1845), l'ordre de travail du cardinal écrit de sa main, Chaque jour le travail commencait à cinq heures du matin et se pro- Jongeait sans interruption jusqu’à la nuit, Saint-Simon, qui dé testait le cardinal et qu’il ne faut pas toujours croire sur parole, prétend qu'à la mort de ce premier ministre, il se trouva des milliers de dépêches toutes cachetées, et il ajoute : « Son esprit était fort ordinaire, sa capacité nulle, il voulait tout faire en tout genre, et se comptait lui seul pour tout » (t. XXXIX, D. 135). Les artifices de Dubois pour obtenir le chapeau sont choses des plus curieuses. 11 se fit appuyer par des adversaires qui n'étaient d'accord que sur ce seul point; il eut pour lai l'empereur et le roi d'Espagne, le prétendant et le roi Georges; Al acheta la misère de l'un avec les guinées de l'autre. Dans son âme insatiable, à la fureur du chapeau succéda la rabbis

papale.

4 C'est sans doute une allusion à la part active qu'eut Dubois au mariage du Régent (alors duc de Chartres) avec une fille ne ‘turelle de Louis XIV.

DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 337 On ne saurait, lors même qu'on le voudrait par plaisanterie, imaginer des modes plus vilaines et plus ridicules que celles qu'il y a maintenant pour les hommes comme pour les femmes ; j'en suis effrayée quand je les vois; on dirait que les gens sortent d’une maison de fous, ou tout au moins d’un bal masqué. Vous avez bien raison de trouver horribles les modes françaises d'aujourd'hui.

Paris, 16 août 1721.

+ Aimer ses enfants comme le fait le comte de Degenfelt est une chose fort ordinaire, mais aimer sa femme est une chose tout à fait passée de mode; on n’en trouve ici aucun exemple, c’est une habitude entièrement perdue; mais, à bon chat, bon rat; les femmes en font bien autant pour leurs maris. On trouve bien encore, parmi les gens d'une condition inférieure, de bons mériages; par exemple, un de mes valets de chambre avait une femme qui était bien la plus laide créature qu'on pôt rencontrer dans le monde entier; elle était plus large: que longue, la bouche énorme, les dents toutes gâtés, les yeux chassieux, et: cependant le pauvre homme se désespère parce qu’elle est morte depuis huit jours; mais, parmi les gens de qualité, je ne connais pas un seul exemple d’affection réciproque et de fidélité.

+" Toutes les filles de M. Gaston ‘ avaient la main prompte et étaient fort disposées à battre leurs gens, ‘hommes et femmes; ce n’est pas sans exemple en

4 Le premier duc d'Orléans, frère de Louis XII!, u : 29

France : la princesse d’Harcourt, sœur de la duchesse de Brancas, logeait au-dessus de moi à Versailles, et je l'entendais souvent battre ses domestiques;. parfois, le bâton dont elle se servait lui échappait des mains et roulait par terre. Elle voulait un jour maltraiter une femme de chambre qui lui dit de prendre garde, qu’elle n'était pas habituée à être frappée et qu’elle saurait riposter ; la princesse n’en voulut pas moins aller son train, mais là femme de chambre était plus forte qu’elle; elle lui. arracha le bâton et la frappa rudement. Depuis, la princesse n’oss plus battre un seul de ses gens; cela divertit toute là cour. - °

Paris, 11 septerbre 1721.

On m'a raconté l’histoire d’un garçon de l'apothie caire du roi; lorsque le roi était encore jeune, on le chargea d'aller porter des lettres à Lyon; lorsqu'il passait dans la rue d’Enfer, un homme l'accoste et lui demande où il va; il répond qu'il se rend à Lyon; l'autre lui demande combien il faut de jours pour faire ce voyage; le garçon dit qu'il en faut dix; l’homme lui demande s’il voudrait y être rendu le soir même; le garçon répond : « Bien volontiers, pourvu-que la chose fût possible. » Alors l’homme lui donné un bas et lui dit de se l’attacher autour d’une de ses jambes. Aussitôt que le garçon l’a fait, il se sent transporté à travers les airs, et, le soir, il descend dans une grande ville ; il demande où il est; on lui répond.qu'il est à Lyon. Il remet toutes ses lettres; mais il fut ensuite malade jusqu’à la mort de la peur qu'il avait eue; ses

DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 339 couleurs ne lui sont jamais revenues. Je crois qu'il est encore en vie. l

Paris, 11 septembre 1121.

En Suède, on prétend que les noyés ne sont pas réellement morts; lorsqu'on en retire de l’eau, on les met dans une barrique, dans une chambre bien chauffée, et on roule la barrique en tout sens jusqu’à ce que le noyé ait rendu, par haut et par bas, toute l'eau qui est entrée dans son corps. Quand il s'en est délivré et qu'il a été réchauffé, il revient à lui; mais il faut qu'aucun de ses parents ne se trouve parmi les assistants, autrement il ne peut guérir. Si un de ses parents vient à entrer dans la chambre, le sang coule par le nez, les oreilles et la bouche du patient. Des personnes qui ont vu tout cela de leurs yeux me l'ont assuré. :

11 est très-vrai qu'il vaut mieux être bon que méchant; mais la justice consiste à punir aussi bien qu’à récompenser, et il est sûr que celui qui ne se fait pas redouter des Français a bientôt sujet de les craindre, car ils méprisent bientôt celui qui ne les intimide pas; voilà pourquoi je voudrais que mon fils ne fût pas aussi bon qu’il l'est.

Paris, 25 septembre 1121.

Nous sommes tous ici en grand habit, car j'ai une

4 Nous ne savons où Madame a puisé un pareil conte; mais nous trouvons dans un des ouvrages de Cyrano de Bergerac ces paroles, que cet écrivain original met dans la bouche du diable : « Je donne aux laquais ces bagues qui les font aller et revenir de Paris à Orléans en un jour. »

340 GORRESPONDANCE

cérémonie préparée à trois heures, la réception de ce maudit cardinal Dubois auquel le pape a envoyé la barette; il faut que je le salue, que je le fasse asseoir, et que je m'entretienne un moment avec lui; ce ne sera pas sans peine, mais la peine et la vexation $ont le pain de chaque jour; mais voici notre cardinal qui arrive, il faut ici que je fasse une pause. — Le cardinal m'a priée d'oublier le passé; il m'a adressé la plus belle harangue qu'on puisse entendre ; il a beaucoup de moyens, c’est, incontestable, et, s'il était aussi honnête homme qu'il est capable, il ne laisserait rien à désirer‘,

29 septembre 1721.

Madame Douairière? avait été fort agréable, à ce qu'on dit, et si leste, que lorsqu'elle se sauva de Nancy pour suivre son mari, elle était habillée en page, et portait un flambeau; mais comme elle ne savait pas comment elle devait le tenir, M. de Beauveau lui donna un coup de pied au derrière, en disant: « Tkfaut que ce coquin nouveau soit ivre; voyez comme il marche, et comme il porte son flambeau. » Elle s'échappa, sans que personne remarquât qui elle était. Mais, quand elle commença à vieillir, elle devint souffrante, malingre et comme hébétée. Elle avait l’habitude d’aller aux lieux d'aisance dès que le maitre

4 Dubois n’alla jamais à son archevéché de Cambrai ; 11 avait un revenu de un million cinq cent trente-quatre mille livres. Saint-Simon en donne le détail. .

+ 11 s'agit de la princesse de Lorraine, veuve de Gaston; frère de Louis XIIL. :

d'hôtel, avec sa baguette, venait pour annoncer que l'on avait servi. Un jour, Madame avait M. Gaston à table, et elle courut ainsi dès que le maître d'hôtel entra. Celui-ci s'arrêta, et examina sa baguette par id8s les bouts. M. Gaston dit: « Saint-Remi, que cherchez-vous à votre bâton? » 11 répondit : « Je vois que mon bâton a la faculté de purger; je cherchais s’il était fait de rhubarbe ou de sené; car aussitôt qu’il parait devant Madame, je vois qu’il purge. »

Quand le mariage de Monsieur fut déclaré, il demanda à Saint-Remi : « Savez-vous bien que j'étais marié avec la princesse de Lorraine? — Non, répondit celui-ci; je savais bien, Monsieur, que vous couchiez toutes les nuits avec la princesse de Lorraine, mais je ne me doutais pas que vous l'eussiez épousée. »

Paris, 2-oclobre 1121,

11 faut, ma chère Louise, que je ne vous écrive ce matin que deux mols et en toute hâle, car je vais à Paris pour faire compliment à mon fils et à sa femme d'une bonne nouvellé qu'ils viennent de recevoir et qu'on m'a transmise aussitôt. Le roi d'Espagne a fait. demander leur fille pour son fils aîné, le prince des Asturies ; M'° de Montpensier n’a pas encore de nom; avant qu'elle n’aille en Espagne, on fera la cérémonie; le roi et moi, nous la nommerons; elle fera ensuite sa première communion et elle sera confirmée; c’est ce qu’on peut appeler récevoir trois sacrements à la fois",

4 Nous avons dit dans notre préface que, devenue reine d’Eg+ 29%

842 CORRESPONDANCE Paris, 4 octobre 1121.

On ne me laisse aucun repos; à chaque instant venaient des visites; il me fallait me lever et faire la conversation. D'abord est venu le comte de Clermont, 4roisième frère de M. le Duc; ensuite la duchesse de Ventadour et sa sœur, la duchesse de La Ferté; nous étions douze à table : il y avait le duc de Chartres, ses trois sœurs ef leur gouvernante, mes deux dames, M de Ségur, qui est fille de mon fils, mais du côté gauche, et qu'il n’a pas légitimée. 11 y avait aussi la maréchale de Clérembault et M=° de Pourpris, femme de mon grand-écuyer ; le cardinal de Gèvres vint ensuite; il fallut me lever pour le recevoir et l'entretenir; cela n’est pas encore comparable à ce qui m’attendait après diner, depuis deux heures jusqu’à six et demie. Je trouvai dans ma chambre M la Princesse avec notre duchesse de Hanovre, la grande princesse de Conti et M" de Clermont avec toutes leurs dames ; quand elles se furent en allées, vinrent la petite princesse de Conti avec sa fille, Mle de la Roche-Saint- Yon', M=° du Maine, M=* la Duchesse avec Mis de

pagns en 1124, deux ans après son mariage, et veuve six mois après étre montée sur le trône, cette princesse revint à Paris et s'ételgnit dans l'obscurité en 1142. Elle ne montra en Espagne, selon l'expression de Duclos, que « l'humeur sombre et maussade d'un sot et plat enfant, » et elle resta La même après son retour en France. — Un petit volume imprimé à Bordeaux, en 1722, sous le titre de Route de Mile d'Orléans, princesse des Asturies, rend compte de son voyage lorsqu'elle alla rejoindre son mari. .

4 Louise-Adélaïde, née en 1696, morte en 1164, sans avoir été mariée,

Charolais* et toutes leurs dames. 11 vint aussi beau coup d’autres dames qui ne sont pas de la famille royale, comme la princesse d'Espinoy et Mlle d’Armagnac, sa nièce, la duchesse de Valentinois, la princesse de Montauban, et je ne sais plus qui encore; des duchesses en quantité innombrable, les maréchales de Noailles et de Boufflers, les duchesses de Lesdiguières, de Nevers, d'Humières, de Grammont, de Roquelaure, de Villars ; da‘ duchesse d'Orléans vint aussi ; les dames qui ne s’asseyaient pas étaient innombrables, et je suis sûre que j'oublie bien des tabourets. Il faisait dans ma chambre une chaleur telle que . je me serais trouvée mal si, par moments, je n'étais passée dans ma garde-robe pour respirer un peu; mais ce qui me faisait le plus souffrir, c'étaient mes genoux;

4 Mile de Cbarolais était sœur du duc de Bourbon ; le bruit courut que le Régent en était amoureux ; une lettre du duc de Bourbon à Dubois dans laquelle il prévient le cardinal que sa sœur est au milieu d'une cabale acharnée contre eux, est insérée dans l'ouvrage de M. Capeñgue sur le Régent, p. 406. Le eardinat répond que le bruit qui est venu jusqu’à Son Altesse n’a absolument aucun fondement. Les chansons du temps font allusion à d'autres intrigues attribuées à cette princesse ; volci un couplet pris entre plusieurs autres :

Que dirons-nous de Charolois Avec son humeur sombre ?

Elle est éprise d'un minois

Haï de tout le monde ;

fier et qu'il est poltron!

344 + CORRESPONDANGE :

à force de me lever et de m'incliner, je croyais vraiment que j'allais me trouver mal. :

J'ai auprès de moi un abbé que j'ai bien souvent appelé un drôle; il me casse tellement la tête avec son bavardage que je ne sais plus ce que je dis; d’après cela, vous pouvez bien penser qu'il s’agit de mon abbé de Saint-Albin, qui sera bientôt évêque de Laon ', et duc et pair de France, cela me fait grand plaisir, car j'ai eu plus d’attachement pour ce pauvre garçon, dès sa plus-tendre enfance, que pour toutes ses sœurs; Car je suis persuadée que, de tous les enfants légitimes ou illégitimes de mon fils, c'est celui qui m'aime le mieux.

Toctobre 1721.

Le duc de Saxe-Weimar, dont je vous ai déjà parlé, a fait beaucoup de jolies reparties *. Un jour, un

4H eut l'archevéché de Cambrai nprès la mort de Dubois. Madame a fait l'éloge de son esprit, et Duclos assure toutefois que cet élève des jésuites « étoit le plus zélé ignorant qui fût sorti de leur école. » On lit dans les Mémoires de. Maurepas : « Ma- « dame aimoit beaucoup l'abbé de Saint-Albin, par rapport au * « Père Lignières à qui il faisoit régulièrement sa cour. Il lui arriva une aventure assez plaisante du temps qu'il n'étoit encore qu'abbé. Il aimoit fort les femmes, ce qui engagea M. Languet, évêque de Solssons, à parler de sa conduite au duc d'Orléans. Ce prince fit sur-le-champ venir son fils, lui fit une sévère réprimande devant cet évêque, et finit par lui dire qu'il ne convenoit point à un petit abbé comme lui de mener une vie pareille à celle des grands prélats, ajoutant qu'il devoit attendre du moins qu'il fût évêque pour avoir une conduite aussi mauvaise que la leur, »

STI, p. 3

jeunc Français lui demanga : « Comment avez-vous fait pour perdre la bataille ? » — Le duc lui répondit tranquillement : « Je croyais la gagner, et je.la perdis. » Puis il se retourna, et dit: « Qui est le sot qui me fait cette question ? »

10 octobre 1721.

Je n’ai vu le roi battre que deux hommes, et ils l’avaient bien mérité : le premier était un valet, qui ne voulait pas le laisser entrer au jardin pendant une fête donnée par le roi; il lui appliqua deux bons coups : Y'autre était un voleur, que le roi vit fouiller dans la poche de M. de Villars. Le roi était à cheval, il courut sur le voleur et le frappa rudement avec sa canne; le voleur cria : « Au meurtre, on m’assomme ! » Cela nous fit rire tous, et le roi aussi en rit ; il fit arrèter le coquin, et le força de rendre la bourse, mais il ne le fit pas pendre... On a beaucoup ri ici de la princesse de Schomberg ', parce qu’elle faisait au roi plus de cent questions, ce qui n'est pas l'usage ici ; le roi était mécontent qu'on lui adressät la parole, mais jamais il n’a-ri en face de quelqu'un...

15 octobre 1721,

. Après la mort de M"* la Duchesse la jeune, la petite princesse de Conti, sa mère, a écrit à un cavalier qui se nomme M. de Challar, et qui était l'amant de sa fille, et en l’assurant qu'il pourrait compter sur

1 Marie d'Hautefort, ancienne dame d’atour d'Anne d’Autriche, veuve de Charles de Schomberg, maréchal de France, Elle avait été aimée de Louis XIII, .

elle, et qu’ebe le servirait dans tout ée qui dépendrait d'elle. C'était M= la Duchesse la jeune, qui avait eu tant d’attachement pour Lassay, et qui avait été si familière avec lui au bal masqué.

18 octobre 1721.

Il ne faut pas s'étonner si la Dauphine, lorsqu'elle était duchesse de Bourgogne, était coquette. D'abord, une des maximes de la Maintenon , c'est que la couetterie n’est pas du tout un mal, et qu'une grande passion seule est un péché. En second lieu, elle n’a pas eu soin que la duchesse de Bourgogne se tint conformément à son rang ; celle-ci était souvent toute seule dans son château, sans ses gens; prenant unè des jeunes dames sous le bras, elle courait sans ses écuyers, et sans ses dames d'honneur et sa dame d'atour. À Marly et à Versailles, elle allait à pied , sans corset, entrait à l’église, et s’asseyait auprès de toutes les femmes de chambre. Chez Mme de Maintenon, on n'observait point ‘dé rang, et tout le monde s’y asseyait; elle faisait cela à dessein pour qu'on ne pût remarquer son propre rang. À Marly, la Dauphine courait la nuit avec tous les jeunes gens dans le jardin jusqu’à trois ou quatre heures du matin. Le roi n’a pas su un mot de ces courses nocturnes. La Maintenon avait aussi défendu à la duchesse de Lude de dire un seul mot à la duchesse de Bourgogne, pour ne pas la fâcher, attendu que si la Duchesse devenait triste, elle ne pourrait plus divertir le roi. Elle avait menacé de ne jamais pardonner à quiconque serait assez téméraire pour dénoncer la Dauphine auprès du roi. Voilà

DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 947 pourquoi personne n’a eu-le cœur de dire au roi un seul mot à cet égard : il n’en a rien su, en effet, quoique la cour et tous les étrangers en fussent instruits. La Dauphine se faisait trainer par terre par des laquais qui la prenaient par les pieds ; ils disaient entre eux : < Allons-nous bientôt nous divertir chez la duchesse de Bourgogne ? » car elle l'était encore à cette époque.

is, 23 oetobre 1121.

Je vous envoie la lettre que je vous ai promise da soi de Bohème: à sa femme; c'est un morceau Gus rieux.

De Strabach, ce 21/31 de inarce 1632.

€ Mon trés-cher cœur. Jay répondue à vas cheres « lettres, du 4, 14 de mars, le 25 de Kitirngen; depuis « je nay point eu de vos lettres ny commodité de vous « Escrire ce qui me fache le plus Est ce que nos let- « tres sont si souvent intereepté, ce qui fait craindre < dEcrire et ne faut rien dire que ce qu'on se soucie < que tout le monde sache, jl me tarde Extremement

1 Frédéric V, électeur palatin, marié en 1618 à Élisabeth, fille de Jacques Ier, roi d'Angleterre. Les habitants du royaume ée Bohéme où le protestantisme avait fait de grands progrès, s'étant révoltés contre l'empereur Ferdinand 11, le- choisirent pour leur roi, mais le 8 novembre 1620, il fut complétement batti par les Autrichiens; ses États héréditaires et la dignité électorale furent donnés an roi de Bavière, et Frédéric, réduit À chercher avec sa famille un asile en divers pays, inourat à Mayence le 29 novembre 1632. Il était grand-père de Madame, Nous reproduisons sa lettre avec toutes les Incorrections da texte.

« dauoir de vos lettres et destre assuré dé votre satité, < pour moy, je me porte fort bien je suis tout le long « du jour En Campagne avec le Roy qui est fort hon- « neste Enuer moy : le 26 Nous sommes venue à € Pfrum, le 27 a Wjnlen qui est Situé en vne fort belle « Campagne, le 28 Le Roy fit mettre toutfe son in- « fanterie En bataille pres de la ville elle est fort belle .« le 29 nous avons logée à wilgorstorf En la maison <« dÿn baron de Milmzingen c'est celuy qui a épouzé « une Contesse Dortimbourg, elle y estoit auec sa € Sœur vie barone de Wolfestein Et Sa belle-fille, je < croÿ qu'âués bien ouy parler deux à leur feu Cousin - « Le comte hanry Dortemb. Elle a vn bien deplesant € mary qui est 30 ans plus vieux qu’elle, Elle ne se- « roit laides sielles estoreni bien coiffées, Et habillées, < Elles portent des chapeaux auec des fort grand bors < et tout deriere sa teste et des cheueux qui leurs ca- « che presque tout le visage lvne auoit un pourpoint « d’hontme de couppé a la chemise auec vn cotillon « Elles estoient fort bizarrement accommodées, hier « le Roy est venu à Fert Et le matin jl est allé à Nu- < remberg jl dit n’auoir jamais veu vne plus belle « ville aussi l'estelle extraimment et fort peuplée. Le « majistrat la tresté fort bien en la maison ou jay été * < logé autre fois, je suis allé uoir la contesse de Ho- € loch Schillingsfurs. Elle a esté fort aise de me uoir « Et souhette fort de vous venir Seruir En ce pays, « nous y eumes les nouvelles de la mort du bon comte < henry de Solmes qui est mort de Sablessure iy aÿ « bien perdu car jl m'estoit fort affectionné, apres le < disner le Roy a fait le tour de la ville a pied je me-

dRnnnnannnnnnnnnnaanannnannnnnnns:

DE MADAMÉ LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 349 tonne qu'il peut faire tant dexercice card jl est bien gras, Se soir nous sommes arriués issy ou nous auons trouvé les deux fils du marquis DAnspach et le Surager qui eët aussi surt qu aveugle je voudrois qu'il eust excusé son frére le Roy aftend le duc Guillaume de Weinmar demain jl aura alors po.lemoin 24000 homes a pied et 12000 a cheval jl souhete de uoir 207 mais Tilly seretire jl est venu hier auec son armée à Neumarc, jl y apparence qu’il prendra Son Chemin Vers le Danuble je croy que 120 (Ro) vistera (132 R. Ba) Sil est possible le marquis Chrisolle de Badin et le duc Jean de Holstein sont arrive icy ainsy que je nay faute de compagnie de toutte sorte Je crains que pour quelque temps les affaires en 158 (bas Palatinat) niront trop bien mais pourueu que cette marche succede bien cela se raccommodera bien Ledit Duc de Holstein dit que les pierreries et argent de notre grand mere doiuent estre bien tost partagée en cinq parties Et qu’on parle de remettre toutte la partie de la reine votre mcre au roy d'Angleterre qui seroit bien jnjuste et le 123 retiendroit par ce moyen tout pour luy.a cause de cs que 116 luy doit, je croy que luy deveriez escrire et le prier de vous faire tenir la moitié qui vous est deu et luy remontrer que cela na rien de commun avec ce que 116 luy doit, je metonne que personne ne me mande ce que Percka vous aporté en cest affaires ni ce que 123 (Rven) vous a escrit jay peure que seres aussi peut heureux En cette Succession quand celle de feu la reine Votre mère, pour mes affaires je ne Say que vous En dire Dien veillie

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