‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent;Chapitre 18 sur 32 · LU · texte numérisé non relu

LU

350 CORRESPONDANCE « quelles aillent bien et que je puisse auoir bientost « le Contentement de vous voir et de uous pouuoir « temoigner Combien parfaitement je Suis = € Mon chere vnique cœur .

«€ Yotretres fidelle amyet tres affectionné seruiteur. ,« Fridéric.

€ Ceux de Nuremberg ont fait praisant au Roy deux « grouppes en formes de globes tereste et celleste « curieusement fait, »

Paris, 30 octobre 1121.

La princesse Ragotzi s'exprime avec politesse et bon sens. Je connais bien sa vie et je dois convenir que j'ai un peu honte d'elle, car tout le monde ici conualt son histoire; j'ai fait rire mon fils ce matin en. lui disant qu’il ne fallait pas qu’il restât seul avec elle, caf elle serait très-capable de vouloir le violer. On prétend qu’elle a voulu en agir ainsi avec le czar.

1e novembre 1121.

La Grande-Duchesse (de Toscane) dit que du temps de la régence de la reine (mère), lorsqu’on mena M. le Prince et son frère, M. le prince de Conti, à la Bastille, on leur demanda quels livres ils désiraient pour se distraire. Le prince de Conti demanda l'fmitation de Jésus-Christ. Le prince de Condé demanda l’{mftation du duc de Beaufort, qui venait de s'échapper dela Bastille, et je crois, dit la Grande-Duchesse, que la princesse de Modène demandera l’Zmitation de la Grande-Duchesse.

4 Le grande-duchesse de Toscane, fille du premier lit de

Paris, 5 novembre 1721.

La princesse de Siegen s'est tout à fait gâtée en France; lorsqu’ellé y arriva, chacun louait sa modestie, mais elle est tombée dans la mauvaise compagnie, s’est livrée au jeu, et s’est mise à courir les bals; cela l'a entièrement pervertie comme bien d’autres, et l'a jetée dans une conduite scandaleuse et désordounée qu’elle mène encore, à ce que j'entends dire. Je ne comprends pas ce qui a pris à mon cousin, le landgrave de Cassel, pour devenir aussi galant sur ses vieux jours; dans sa jeunesse il n’avait jamais fait parler de Jui sous ce rapport. La façon dont vit la princesse de Siegen montre qu'il n’y a chez elle aucun prineipe de la foi chrétienne; je crois qu’elle est tout à fait sans religion. On dit ici que le landgrave a contracté un mariage de conscience, et épousé une demoiselle de Bernholdt; si la chose est vraie, c’est sans doute parce qu’elle le réchaufñle, comme on faisait au roi David, car je ne puis croire qu'un homme de soixante-six ans soit tellement ami des dames qu'il ait un si grand besoin du mariage; mais l’âge ne préserve pas de la folie, comme dit le proverbe allemand.

Vous me dites que les biens du prince d’Istein seront partagés entre le comte de Nassau-Ottweiller et le comte de Saarbruck ; cela me fait peur; quelle différence il y avait entre les deux frères de Saarbruck! Celui qui est mort était un homme charmant, plein

Monsieur, avait quitté son mari qui lui déplaisait, et l'Italle qu'elle n'aimait pas, afin de revenir à Paris, Il en a déjà été questn.

de politesse et de vertu, mais celui qui existe est un nigaud qui fait peine à voir; il ne peut ni se tenir, ni parler.

Paris, 22 novembre 1121.

Ce que vous me dites de l’époque actuelle et de ma situation me montre bien que vous.ne connaissez ni cette cour ni ce pays. Plût à Dieu que le feu roi vécût encoré, j'avais alors plus de plaisir et de contentement en un jour que je n'en ai eu durant les six années de la régence de mon fils! Il y avait alors réellement une cour, et ce n'était pas cette vie bourgeoise à laquelle je ne puis m'habituer, moi qui ai été élevé à la cour, et qui y ai passé toute ma vie. Du temps du roi, mon fils était toute la journée avec moi ; maintenant je le vois à peine une heure en un mois. À Paris, où nous avons une antichambre en commun, je suis souvent trois jours sans l’apercevoir; sa régence ne me donne que soucis et inquiétude, car.je suis Loujours dans les transes qu’on ne l’assassine par suite de la haine effroyable qu’on lui porte; il ne se gène nullement dans ses galanteries et il court toutes les nuits, ce qu'il ne pouvait faire du temps du roi. Par là, je crois aussi que sa santé est en grand péril.

Paris, 29 novembre 1724.

© En sortant de la chapelle, j'ai rencontré le comté

d’Hoïm et le chevalier de Schaub; ils m'ont raconté

. que Cartouche avait été roué hier; cela m'a retenue longtemps ‘.

4 Le procès et la mort de ce personnage célèbre dans les an«

Les gens de petite taille dansent toujours mieux que les grands. Si Mie dé Gemmingen est aussi grande que son frère, je ne crois pas qu’elle danse bien. On n’a vu aucune personne de-grande taille danser parfaitement, si ce n'est la grande princesse de Conti!,

males du vol, et sur lequel le Journal de Barbier, t. ], contient de longs détails, donnérent lieu à un certain nombre d'écrits devenus aujourd'hui difliciles à rencontrer ; nous citerons entre autres

Recueil des arréts du Parlement, rendus qu procès contre Louis-Dominique Cartouche et ses complices, Parle, 1122; Histoire du procès du fameux Cartouche et de ses complices, Paris, 1123.

Cartouche ou les Voleurs, comédie, 1121 (par Le Grand). Le permis d'imprimer est du 16 octobre 1721; Cartouche fut roué le 28 du-même mois. C'était là une étrange exploitation de l’à-propos.

Cartouche, poëme, par Grandval, 1123, 1726, réimprimé en 1827. On trouve à la suite un dictionnaire de Jl'argot.

Mentionnons à cet égard un fait qui s'est reproduit dans d'autres circonstances.

Lorqu'en 1721, éclata le procès de Cartouche, toute la France fut en émoi; des portraits étaient demandés à cor et à cri; deux bonnes gens, Aubert, dessinateur, eLLe Gallois, qui a écrit sur les plus belles bibliothèques de France, avaient été gravés fort ressemblants. On se hâta d'écrire le nom de Cartouche au bas de leurs têtes, ct l'impatience du public fat satisfaite.

Cè malfaiteur cétèbre se trouva enrôlé parmi les adversaires du jansénisme , en servant de prétexte à un écrit intitulé : Apologie de Cartouche. ou le scélérat justifié par les pré. ceptes du Père Quesnel, Avignon, In-8.

1 Gette princesse fut célèbre par la majesté de son port et la beauté de ses traits; c’est elle-même qui, par ia grâce et la lé- &èreté de sa danse, troublait le sommeil du poëte.

L'herbe l'auroit portée, une fleur n'auroit pas | Reçu l'empreinte de ses pas.

{La Fonraixe, le Songe, dans ses OEwvres, 1927,t. VI, p. 189.)

mais personne at monde ne dansait aussi bien qu’elle. “J'ai vu bien des gens qui étaierit gros être. de bons danseurs : le duc de Sully est fort gros et il danse fort bien; mon fils aussi-.

8 décembre 1721. Ë

On voit à Fontainebleau, dans le cabinet de la reine, le portrait de la belle Féronnière, qui avait tant plu à François I‘, Il la fit peindre en profil. Elle a été la cause innocente de sa mort. Son mari, voulant se venger du roi, fit venir une femme de mauvaisé vie très-malsaine, et dès qu’il se fut infecté, il infecta de cette vilaine maladie sa femme; à s0n tour, elle la communiqua au roi. et il en mourut. On a fait à ce Sujet les vers suivants :

5 décembre 1721.

Mon fils ne peut et ne veut croire que le duc du Maine soit le fils.du roi. Cet homme a toujours été faux, il a rendu de mauvais services à tout le monde, aussi’ était-il haï comme un archi-rapporteur, Sa femme, la petite grenouille, est beaucoup plus violente que lui; comme il est très-peureux, la peur le fetient souvent, mais la femme mêle de l’héroïque dans ses comédies,

Je crois bien que le comte do Toulouse est fils du roi, mais j'ai toujours cru que le duc du Maine est fils

1 Selon son usage invariable, Madame écrit les mots en toutes lettres.

de Terme, qui était un faux coquin, et le plus grand

. rapporteur’ de toute la cour‘. La vieille guenipe avait persuadé au roi qu’il n'y avait, dans le duc du Maine, que piété et vertu, et lorsqu'il rapportait du mal de quelqu'un, elle disait que o’était pour son bien , afin que le roi le corriget ; le roi trôuvait ainsi tout admirable venant du duc, et il le regardait comme un saint. Ce à quoi le confesseur, le P. Letellier, a beaucoup contribué, afin de plaire à la vieille; feu le chancelier, M. Voisin, a aussi parlé au roi en faveur du duc, d’après l’ordre de la vieille.

Paris, 6 décembre 1121.

On ne peut pas dire que M"° de Montpensier soit laide; elle a de jolis yeux, la peau fine et blanche, le nez bien fait quoique un peu mince, la bouche fort petite; avec tout cela, c’est la personne la plus désagréable que j'aie vue de ma vie; dans toutes ses façons d'agir, qu’elle parle, qu'elle mange, qu’elle boive, elle est insupportable; elle n’a pas versé une larme en nous quittant, et c’est à peine si elle nous a dit adieu *, J'ai vu successivement deux de mes

4 Voir dans Saint-Simon des détails sur ce personnage que personne ne voulait voir à la cour, et qui passait pour espion,

* La conduite de cette princesse, en Espagne, justifie le jugement qu'en porte Madame. Élle portait sa maussaderle fan tasque et retéehe jusqu'à refuser. de paraitre aux fêtes qu'on onnait en son honneur, « Devenue reine, elle resta enfermée « dans ses appartements, livrée exclusivement à Ia société de « ses jeunes caméristes; leur liaison reçut une interprétation « si scandaleuse que le roi son époux les chasse du palais et ft « enfermer ln rétne au château de Bueu-Retiro, Peu de temps

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