SORRRSPONDANCE
quoiqu'on ne les vit qu'au travers de ce trou. Le jour où il n'y avait pas de comédie, nous avions des promenades et de bonnes collations ; en somme, il ÿ avait presque ehaque jour quelque chose de nouveau, Après le souper du roi, il y avait de superbes faux d'artifice que donnaient les villes de Flandre, at qui étaient magnifiques, Tout le monde était gai, la cour était toujours réunie, et chacun ne songeait qu’à rire et à se divertir.
#8 juin (10,
J'ai rendu hier visite à la duchesse de Berri; elle va mieux, grâce à Dieu, mais elle ne peut encore marcher. Il lui est venu à là plante des pieds de grosses ampoules qui lui font éprouver des brlures, comme si l'on appliquait un fer rouge ; c’est une maladie bien singulière. Deux fois par semaine on lui donne une médecine et, à jour passé, un clystère; cela lui fait du bien; il paraît ainsi que son mal vient de l’affreusé
… gloutonnerie à laquelle elle s'est livrée l'an dernier.
Je vous ai dit que mon fils avait eu la fièvre; il est rétabli maintenant, maïs je crains fort qu'il ne rechute, car il est, pour le moins, tout aussi glouton que sa fille, et il n’écoute aucun conseil.
La nation anglaise est une nation méchante, fausse et ingrate. La plupart des gens de qualité qui étaient à Saint-Germain et que a feue reine soutenait, en s'imposant personnellement Îles plus grandes privations, se déchainent ccatre elle et disent mille mensonges de cette reine, qui était si vertueuse et si pieuse, Cela me remplit de courroux.
PE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 13 28 juin 1719.
On attachait autrefois en ce pays tant d'importance à la nalssance d'un septième garçon, que les rois donnaient une pension au père; cela a tout à fait cessé, car on a reconnu que ce n’était qu'une superstition ; quant à ce qu’on dit du pouvoir qu'a un septième garçon de guérir les écrouelles, je crois qu’il en est de cette faculté comme de celle dont se vante le roi de France !. Si l'on suivait mon avis, tous les souverains donneraient ordre que parmi tous les chrétiens, sans distinction de religion, on eût à s’abstenir d'expressions injurieuses, et que chacun croirait et ptâtiquerait selon sa volonté; toutes les lois qui putissent avec tant de rigueur les différences d'opinions entre chrétiens, seraient abolies, et on se eonformerait ainsi à l'Évangile qui recommande à tant d'endroits la charité, et qui dit : « Qui aîme Dieu de toute son âme ét son prochain comme soi-même, c'est la loi et les prophètes. » Regarder ün autre comme damné, c'est agit directemient contre la charité, et cela fait qu'on hait le prochain au lieu de l'aimer; cela serait donc sévèrement défendu, mais je crains qu'on n'écoutera ai ne suivrä mon conseil.
21 juin 1719, Si le roi avait bien connu la duchesse de Hanovre,
4 On voit que Madame ne ctoyait guêré au vieux privildge aué les rôls de France ont lengtemps passé pout posséder, dt sur lequel 1l a été écrit divers ouvrages, parmi lésquels où &ia= tingue celui de Du Laurent, premier médecin d'Henri IV : De wrdbill strutias sanandi vi solis Galliæ regibus divinitus Concessa, Paris, 1609, 2 vol: In-8,
il n’eût pas été fâché de ce qu'elle l’avait appelé Monsieur; mais comme elle était une souveraine, il a pensé que c’élait par orgueil qu'elle ne voulait pas lui donner le titre de Sire, et cela l’a offensé, Il était susceptible pour de pareilles choses, .
4 juillet 1719.
Après la mort de mon mari, je n'ai revu la Grancey qu’une seule fois; elle me rencontra au jardin. Quand elle devint laide, elle fut désespérée ; il s'était opéré chez elle un changement si affreux que personne ne pouvait la reconnaître. Son beau nez était devenu très-gros, long et couvert de bourgeons ; sur chacun de ces bourgeons, elle mettait une mouche; cela faisait un effet étrange : le blanc et le rouge, ne tenant plus sur sa figure, s’écaillaient. Ses yeux étaient creux et battus; on peut se figurer l’altération que cela produisait sur son visage. En Espagne, on enferme la nuit jusqu'aux femmes de chambre de soixante-dix ans. Quand la Grancey suivit notre reine en Espagne, comme dame d’atour, on l’enferma aussi le soir ; elle en fut désolée. Quand elle mourut, elle s'écria : « Ah! mon Dieu, faut-il que je meure, et je n’ai de la vie songé à la mort!» Ellen'avait jamais rien fait que jouer avec ses aman!s jusqu’à trois ou six heures du matin, se régaler, fumer du tabac, et puis faire ce qui était son métier ordinaire. Lorsqu'elle perdit son temps critique, elle se désespéra et s’écria : « Je deviens vieille, et ne pourrai plus avoir d'enfants! » Cela a fait rire tout le monde, ses amis et ses ennemis. Elle avait eu une fois une dispute avec M” de Bouillon ‘; le soir
41 Une des nièces de Mazarin. On trouve de longs détails sur
il prit envie à la Grancey de se cacher dans l’embrasure d'une croisée de cette dame, qui, ne croyant pas être écoutée, s’entretenait librement avec la marquise d'Alluye ‘ de la vie déréglée de la Grancey, dont, en effet, il n'y avait pas grand éloge à faire ; elle dit que la Grancey avait eu tort de donner la v.…..e à ce pauvre Contade, et autres choses semblables. Aussitôt la Grancey se précipite dans la chambre, et se met à injurier M”* de Bouillon , comme une poissarde. Celleci, qui ne garda pas le silence, répliqua , et l'on entendit de belles choses. M”* de Bouillon alla se plaindre ensuite de la Grancey, d’abord pour s'être introduite la nuit dans son embrasure, et, en second lieu, pour l'avoir insultée chez elle. Monsieur gronda
. la Grancey, lui dit que c'était de sa faute si elle s'é-
tait attiré ce désagrément, et lui enjoignit de se raccommoder. La Grancey dit : « Puis-je me raccommoder avec Mw- de Bouillon après tout le mal qu'elle a dit de moi? » Après avoir réfléchi un peu, elle ajouta : « Oui, je le puis, car elle n’a jamais dit que j'étais laide. » Elles se sont ensuite embrassées, et ont fait la paix. : Saint-Cloud, 6 juillet 1719.
M. Fesch est veuf; il a un fils et il déplore chaque
son compte dans l'ouvrage de M. de Laborde, le Palais Maiarin, p. 354 et suiv. Saint-Simon en parle souvent et n'oublie pas son orgueil , sa naissance, sa beauté (Mémoires, t. XX, p. 215, 222). Elle mourut d'apoplexie à soixante-huit ans.
1 Compromise dans l'affaire des poisons en 1680, elle quitta la France avec la comtesse de Soissons, sœur de la duchesse de Bouillon. Sa conduite avait été fort peu régulière ; elle mourut à l’âge de plus de quatre-vingts ans. Voir Saint-Simon, t. XXXIV, p.19.
jout la mott de sa femme; je crois que M de Zachmänn l'aurait consolé si elle l'avait voulu, et il a raïson , caï on ne peut voir une petite femme plus gracieuse et charmante pour la figure commie pour les manières. Lui est un Suisse, et il a beaucoup de ca- Pacité,
4 juillet 1719.
Entre mon fils et ses maitresses tout va tambour battant et sans la moindre galanteriè; cela ro fait l'effet des anciens patriarches qui avaient beaucoup de femmes‘... Le duc de Saint-Simon s'impatienta uris fois de la bonté de mon fils, et il lui dit en eolère: «Ah vous voilà bien débonnaire ; depuis Louis le Débon-
‘ naire on n’a rien vu d'aussi débonnaire que vous. » Mou fils faillit se rendre malade à force de rire.
8 juillet 1710.
La dernière Dauphine était horriblement sale: parfois elle s’esi fait donner un clystère dans le cabinét du roi oûil ÿ avait beaucoup de monde; elle se tenait debout devant le feu, derrière un petit écran, et la femme qui le lui donnait se tenait à genoux
1 On troure dans les Mélanges de Boiijoutdäti, t. 1, p. 210, quelques détails sur Mmes Levesque, Dorvaux, Houël, maltrésses peu connues du Régent. Voir aussi les Mémoires de Maurepas, 1.1, p. 103 et suiv. La duchesse de Falarl, auprès de laquelle it mourut, était petite-fille d’un traitant dont Boileau a placé le nom dans ses satires. Son mari, personnage des plus corrompus, escroc et habituellement en ptison, parcourut en aventurier un6 partie de l'Europe et termina ses jours en Russie, en 1140, mu fond d’un cachot.
après s'être avancéé én rampant sut les pieds ot sur les mains; cela passait pour une gentillesse‘!
Le roi Jacques est mort * avec beaucoup de résolution et de fermeté, sans bigoterie et pas du tont comme il avait vécu. Je l'ai vu et je lui ai parlé vingtquatre heures avant sa mort; je lui dis: « J'espère que Votre Majesté se trouvera bientôt mieux. » Il s6 mit à rire et dit : « Et quand je mourrais? n’ai-je pas ames vécu? »
Le roi et Monsieur avaient ét, dès l'enfance, habitués à voir dés maisons sales, de sorte qu'ils regardsient la chose comme toute simple, mais sur leurs personnes il étaient fort propres.
La Montéspan avait, avoc une taille épaisse 6t laide, un éclat extraordinaire et beaucoup d'esprit dans les yeux, und très-jolie bouche et un rire charmänt, Elle était bien drôle et bien amusante; on ne pouvait s’ennuyer auprès d'elle.
Baint-Cloud, 9 juillet 1719.
Les mauvais prêtres sont de méchants personnages ;
1 Saint-Simon, qui confirmé ces singuliers détails, dit ausel que la Dauphine avait d'autres étratiges habitudes : « Elle causoit sur sa chaise percée avec Mmes de Nogaret et du Chantalet, qui me le contèrent le lendemain, et c'étoit là où elle s’ouvroit 16 plas volontiers. » (Mémoires, t. X, p. 185.) Cet auteur prouve en maint passage ce que nous avons déjà dit au sujet de l'imporlance du rôle de La chaise percée à cette époque ; il montre le due de Noailles allant trouver le Régent comme il sortoit de. son lit et allait se mettre sur sa chaise percée (t. XX VII, p. 115), et Tallard mettant comble la chaise percée de Villerol(t. XXII, p. 203).
* Voir le récit que fait Saint-Simon, t. IV, p. 47, du lrépas de ce monsrque,
quand ils se sont mis dans la tête de tourmenter les gens, ils n'ont aucun repos jusqu'à ce qu’ils aient accompli leurs projets; j'en ai vu assez pour être bien fixée à cet égard. C'est pitié que de voir les gens qui veulént être dévots et qui croient aveuglémient tout ce que les prêtres leur disent; le feu roi était ainsi; il ‘ne connaissait pas un seul mot de la sainte Écriture; on ne la lui avait jamais laissé lire; il croyait que pourvu qu'il écoutât son confesseur et qu'il marmottât ses patenôtres, il était dans la bonne voie et il craignait sincèrement Dieu. Cela me faisait bien de la peine, car ses intentions ont toujours été excel. lentes; mais la vieille ( Maintenon) et les jésuites lui ont persuadé que s’il persécutait. les réformés , il effacerait ainsi devant Dieu et devant le monde le seandale qui résultait du double adultère dans lequel il vivait avec la Montespan; c'est ainsi qu'il a été trompé ‘. J'ai souvent dit mon opinion à cet égard à mes deux confesseurs ?, le père Jourdan et le père de
1 D'après M. Walckenaër, qui a fait une étude sl approfondie du siècle de Louis XIV, Mme de Maintenon rédigea, en cie, un mémoire sur la révocation de l'édit de Nantes ; clle ÿ fut ancnée par tout le clergé et par les ministres eux-mêmes, On peut consulter sur cette grande affaire l'Histoire de Mme de Maintenon, par M. de Noailles, t. Il. Ajoutons que M. Walckenaër consacre à Mme de Maintenon des pages nombreuses du tome V de ses Mémoires sur Mme de Sévigné (p. 209, 245 et notes, 427 et suiv.). Très-opposé au point de vue de Madame, il célèbre la beauté et la pureté de l'âme de Françoise d'Aubigné.
+ Louls XIV. assignait lui-même aux personnes de la famille royale les confesseurs qu'il voulait leur donner. « Monseigneur n'a jamais eu d'autre confesseur que celui du roi. La duchesse de Bourgogne, élevée à Turin , dans l'éluignemen£ des jésuites, .
DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 129 Saint-Pierre ; ils me donnaient raison, de sorte qu'il n'y avait à ce sujet aucune dispute entre nous. Les capucins sont des gens fort simples; la religion est pour eux pleine de petites pratiques superstitienses, mais en somme, ce sont de bonnes gens.
M. d’Entremont , dernier ambassadeur de Sicile, étant sur le point de partir, avait déjà eu son audience de congé; mais il lui survint des affaires qui l'obligèrent de rester encore quelque temps à Paris. Il se trouva sans logement, attendu que son hôtel avait déjà été loué. Une dame, voyant madame d’Entremont dans l'embarras, lui dit : « Madame, je vous offre ma maison, ma chambre et mon lit. » L'ambassadrice, qui ne savait comment faire, accepta cette offre avec beaucoup de plaisir; elle se rendit chez la dame, et se mit tout de suite au lit, car la pauvre femme est vieille et malade. Vers minuit, elle entendit un bruit, comme si on montait un escalier dérobé, Quelqu'un ouvrit une porte donnant dans la ruelle,
en eut un pour confesseur en arrivant, lequel lui ayant été ôté pour les affaires de la Chine, le roi lui en nomma d’autres dont elle ne s'accommod pas, et le père de La Rue, enfin, qu'il lui fallut bien accepter, a demeuré, Sa belle-mère ne s'en était stuvée qu'à la faveur du langage et, de ce qu'ayant amené de Bavière un jésuite allemand, les jésuites la laissèrent faire » (Journal de Dängeau ). Le confesseur de Madame n'était , selon Duclos, qu'un domestique de plus dans sa maison. L'abbé de Saint-Pierre, frère du jésuito, fait, dans ses Annales politiques, l'éloge de la princesse, dont 11 fut le premier aumônlier durant plus de vingt-cinq ans,
entra, et se mit À se déshabiller. L’ambassadrice commence & crier : « Qui est fa? » On lui répond : « Taisez-vous donc, c'est moi. # — € Qui êtes-vousf» reprit l’ambassadrice. L'inconnt répondit : « Depuis quand êtes-votis si farouche ? vous n'avet pas couttnte d’être si sauvage avec moi; je vais me coucher tout à l'heure. » À ces mots, l'ambassadrice se mit à crier au voleur. Le monsieur se rhabilla en toute hâte et s'enfuit.
Quand le prince électoral de Saxe vint ici, il fit au roi un joli compliment sans hésiter : nous crûmes que cela venait de lui, et nous pensions qu’il avait beau-. coup d'esprit; mais il n’a pas soutenu cette opinion}, apparemment que le compliment avait été fait par l'électeur palatin, Le roi ordonna à la duchesse de Berri de montrer au prince électeur tout Marly, Il se promena une grande heure avec elle, sans lui offrir la main et sans lui dire un seul mot. Pendant qu'ils gra vissaient un monticule, le palatin, son gouverneur, le poussa dans le côté; et comme le prince ne comprenait pas ce qu’il voulait, il fut obligé de crier : « Présentez donc la main à Mwe la duchesse de Berri! » Le prince le fit sans dire une seule parole. Quand ils fu rent arrivés en haut, Mme de Berri dit en plaisantant : € Voiéi ufie belle place pour jouer au colinmaillard ; » alors sa bouche s'ouvrit, et il dit : « Oui, j'y jouerai volontiers. » Mme de Berri était si fatiguée qu’elle ne put jouer; mais le prince joua toute la journée sans faire la moindre honnêteté à Mwe de Berri, qui s'était fatiguée pour lui. On voit par là combien ce prince est puéril,
DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. it 45 juilles 1739.
il faut avouer la a vérité : à où les jésuites gouvernent, il en résulte rarement quelque chose de bien ; +n particulier ee sont des gens honnêtes et eslimables ; mais en général ils sont bien dangereux. Je eroyais cet lecteur trop habile pour se laisser mener par des moineset des prêtres, mais j'espère qu'on lui fera voir que ces gens qui le tourmentent le feront haïr de sœ sujets, et qu'il comprendre mieux ce qui est à propes, ce qui fera qu'il ne suivra plus de pernicieux'eonseils. l'ai appris que la princesse de Suktzbach s'était blessée perce qu'elle avait trop dansé dans ie carnavel, qu'elle ne s'était pas ménagée; c'est à leurs dépens que les jeunes gens deviennent sages; si g'avait étésn première grossesse, ce serait fort dangereux, mais à la seconde cela ne peut nuire; elle se trouvera bjeutôt enceinte derechef.
Le erois que les excès de la duehesés de Berri pour le manger et pour le hoire la mettront en terre. Elle a des fièvres continuelles et deux redoublements par jour. La fièvre ne la quitte jamais. Elle ne montre ni impatience, ni colère ; elle éprouve de grandes douleurs par suite de l'émétique qu'on lui a donné hier, Elle ent davooue aussi maigre et aussi sèche qu'elle lait game; elle s'est confessée hier et elle a came munié.
: 17 juillet 1719.
Le prines de Conti croyait être guéri, mais il a eu ane rechute en Espagne, et quoiqu'il soit général de
cavalerie, il ne pent pas du tout monter à cheval. Je dis mardi dernier à la jeune princesse que j'avais appris que son mari n'était pas entièrement rétabli. Elle se mit à rire, et me dit à l'oreille : « Bon! bon! il est guéri; mais il fait semblant de ne pas l'être de peur d’être obligé d'aller à la tranchée et d'y être tué, car il est poltron comme un singe. » 11 me semble que si je me trouvais aussi peu propre à la guerre, je ne voudrais pas entrer en campagne, car rien ne l'y oblige. On doit-aller à la guerre pour acquérir de l’honneur et non de la honte. Ses meilleurs amis, comme Lanowe et Clermont, le lui ont représenté; cela les a brouillés avec lui; c’est une chose triste lorsqu'on ne se connalt pas soi-même.
17 juillet 1719,
Cette nuit la duchesse de Berri est morte entre deut et trois heures ; sa fin a été très-douce; on dit qu'elle est morte comme si elle s'était endormie ‘. Mon fils est resté auprès d'elle jusqu’à ce qu’elle ait entièrement perdu connaissance. C'était son enfant chéri.
La pauvre duchesse de Berri s’est Ôté la vie à ellemême, comme si elle s'était tiré un coup de pistolet dans la tête, car elle a mangé en secret des melons, des figues et du lait; elle me l'a avoué elle-même, et
1-D'après Saint-Simon, le docteur Chirac donna à la duchesse un purgatif qui détruisit le bon effet qu'avait produit l'élixir de Garus'; le caustique duc et pair s'emporte fort contre TE l'impudence, la scélératesse du docteur (t. XXXUI, p. 80.
mon docteur m’a raconté qu'elle lui avait fermé sa chambre ainsi qu’à tous autres docteurs pendant quatorze jours, pour accomplir cette belle œuvre. Dès que l'orage est venu, elle a tourné à la mort. Elle me disait hier soir : « Ah! madame, voilà un coup de tonnerre qui me fait bien du mal. » Cela était bien visible.
19 juillet 1719,
Elle a reçu les derniers sacrements avec une telle fermeté, que chacun en avait le cœur navré,
20 juillet 1719,
Mon fils a perdu le sommeil; la pauvre duchesse de Berri ne pouvait être sauvée; sa tête était tonte pleine d'eau; elle avait un ulcère dans l'estomac, un autre ‘dans la hanche; le reste était comme de la bouillie et le foie attaqué. On l’a conduite, la nuit, en secret, avec toute sa maison, à Saint-Denis. On a été tellentent embarrassé pour faire son oraison funèbre qu’on a jugé à propos de n’en point faire du tout. Elle a dit qu'elle mourrait sans regret, puisqu'elle était réconciliée avec Dieu, et que, si sa vie se prolongeait, elle pourrait bien l’offenser de nouveau; cela nous a si fort touchés que je ne saurais l'exprimer. Au fond c'était
1 Dès la commencement de sa maladie, la duchesse vona au banc, pour six mois, elle et sa maison ; pour accomplir son Yœu, elle ordonna un carrosse dont les harnais étaient en argent. (ätémoires de Duclos.)
+ Cette princesse fut un prodige d'esprit, d'orgueil, d'ingra- Uitude, de folie, de débauche, et d’entétement. » (Saint-Simon, te XVII, p. 20
une bonne personne, et si sa mère en avait pris plus de soin et l'avait mieux élevée, il n'y aurait eu que du bien à en dire. J'avoue que sa perte me va au cœur,
Mais parlons d'autre chose, car celle-là est trop
Ce que vous n'avez pu lire dans me. dernière lettre vient de ce qu’elle a été en partie déchirée par un de mes chiens qui la saisit au moment où je venais de la terminer. Je‘veis que vous n'aimez pas les chiens, car ei vous Les aimiez comme moi, vous leur passeriez tous leurs petits défauts. J'ai une chienne nommée Reine inconnue, qui comprend tout aussi bien qu’un homme et qui ne me quitte pas un moment sans se
.megtre à pleurer et à hurler aussitôt qu'elte.ne me voit plus,
Dans les commencements que je vins en Francs, j k voulus ung nuit me promener dans le jardin de Væsailles ; le Suisse qui était de garde refusa de me laisser passer; je lui dis : « Mon bon Suisse, Jaissez-moi me promener, je suis la femme du frère du roi. » — «Est-ce que le roi a un frère? »‘me répondit-il. Je répliquai : « Comment, est-ce que vous ne le savez pas? Depuis combien de temps servez-vous le roi? » — « Depuis trente ans, » — « Vous devez alors bien savoir que Je roi a un frère, car chaque fois qu'il passe on vous fait prendre les armes. » — « Oui, répondit le Buisss, lorsqu'on bat le tambour je prends les arnies, mais je ne me suis jamais informé pour qui c'était, ct si le roi avait un frère ou des enfants, car cela m'est bien égal. » J'ai fait rire le rej en lui racontant ce dialogue.
Saint-Cloud, 22 juillet 1719.
. Ce qe je craignais si fort est arrivé; la pauvre dus chesse de Berri est merte' jeudi à quatre heures du
1 Voir Saint-Simon (1. XXXIE, p. 11 ), sur la mort de la ducesse de Berri et sur sa conduite scandsleuse. Les recueils manuscrits renferment nombre de pièces de vers relatives à estte princesse, mais la plapert sont d’un geure qui rend toute dation impossible. Nous pouvons à peine nous permettre quelques extraits. Un noël nous présente d'abord un couplet passabement mordant :
Grosse à pleine ceintures La féconde Berri . Dit d'une bumble posture t le cœur bien marri :
Seigneur, jé f'aurai plus l'humenr anni geillerde ;
Je 5e veux que Riom, don, dom,
Quelquefols men pape, la, la, Par-ci, par-B, mes gardes.
Une autre composition, dont le début seul se laisse tranacrire, commence ainsi :
Celle de qui j'écets l'histoire Est la Messaline da temps ;
J'ét veut éterniser la gloire Par des hommages éclatants,
Prenons encore quelques passages dans ce que nous trouvons de moins choquant.
Que le régent avec sa fille Commette quelque peccadille, de le croirai facilement ; Mais que de loi elle soit mête, $e peut-il que du même entant On soit le grand-père et le péré # Or, écouter, petits et grands Le très-sinistre événement,
O reguingué,
© lon lon la, A l'endroit d'une jeune darié Qui en a la douleur dans l'Aée
matin; il y avait juste un mois qu’elle avait accompli sa vingt-quatrième année. De suite après mon diner, j'ai été à Paris; j'ai trouvé mon pauvre fils dans un état qui aurait attendri un roctfer. Nous n'aurons que
Dans le Lasembourg, 8e dit-on, ‘Elle a fait un petit poapon,
Et quoique tout lé monde en cause,
‘Tous les jours fait la mbme chose.
Depais la mort de son mari,
Cet aimable due de Berri,
‘Pour ne point éteindre sa race,
Elle épouse la populace,
Nous laissons de côté une chanson ordurière, faite à l’occasion de la fermeture des portes du jardin du Luxembourg, le soir. La duchesse s'y promenant avec trois de ses dæunes, fut insultée par des jennes gens ; cette anecdote donna lieu à des vers très-acerbes qui, d'ailleurs, ont été imprimés. Voici quelques couplets d'un noël qui fut composé à la même époque :
Toute la cour de France, Les grands et les petits, Apprenant la naissance Da Dieu du paradis,
S'en vont à Betbléem, le régent à leur thte, Pourquoi tant de façon? don, don, Serait-ce pour cela, la, la,
Qu'on fait si grande ft?
Apercevant Marie,
Si gracieuse à voir,
11 hi dit : Je vous prie ‘A souper pour ce soir;
Venez cher la Berri, vous feres borne chère ; Kous nous enivrerons, don, dom,
Et Nocé y sera, la, la, ï Aves la Parabère,
Plein d'audace et de zèle, °
Prélat contre les lois,
Ha vrai Polichinelle
Parut l'abbé Dubois ;
trois mois de deuil au lieu de six, car un usage tout récent a abrégé de moitié la durée des deuils. 25 juillet 1719.
Le roi trouvait gentil tout ce que faisait la duchesse de Bourgogne; il pensait que ce n’était que pour le divertir, et c'est ainsi que la vieille guenipe présentait la chose; la vieille était la loi et les prophètes; ce qu'elle approuvait était bien, ce qu’elle condamnait était mal, quelque bien que ce pôt être d’ailleurs. On présentait comme des crimes les actions les plus innocentes de la première Dauphine, et l’on admirait toutes les impertinences de la seconde.
- 21 Joillet 1719.
Il est vrai que feu Monsieur était à Paris plus aimé que le roi, à cause de son affabilité; mais quand le roi voulait plaire à quelqu'un, il avait les manières du monde les plus séduisantes, et il gagnait les cœurs bien mieux que mon mari. Monsieur, de même que mon fils, était fort bien pour tout le monde, mais il ne distinguait pas assez les gens, et il ne faisait grand cas que des personnes qu'aimaient le chevalier de Lor-
‘ raine et ses favoris.
Le bœuf
santa, l'âne effrayé recule ; Dès dit son nom, don, don, Un chacun s'écris, la, le, C'est Dubois, qu'on le bréle.
1 existe un vaudeville fort curieux, en trois actes et en vers, intitulé : Prosopopée sur Le duc d'Orléans, Mme de Berry et le Cardinal Dubois, ou le Régent aux enfers. 11 cet resté manus- «it, et pour cause. Nous en donnerons une analyse à la fin de ce volume, si l'espace dont nous pouvons disposer le permet.