‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 75 sur 131 · La duchesse do Caslrics, mùrc du duc actui-l · texte numérisé non relu

La duchesse do Caslrics, mùrc du duc actui-l

LETTRE DCCXXIl

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOiSEUL

Ce dimanche, 17 août 17~7.

II ne me serait pas possible, chère grand'raaman, de laisser partir M. d'Arras sans vous écrire. Votre dernière lettre m'a fait beaucoup de plaisir; vous y peignez le Naples au naturel; c'est un moulin , ce sont presque toujours les mêmes paroles qu'il débite; souvent il fatigue, et quelquefois il ennuie; mais cependant on n'est pas fâché du bruit qu'il fait.

Je vous félicite d'avoir M. d'Arras ; vous en allez jouir trois semaines. Je causai hier beaucoup avec lui; c'est un homme d'un grand sens, et je me trouve une bien petite espèce quand je cause avec lui.

Je reçus hier une très-aimable lettre de madame de Grammont. Je ne veux pas la fatiguer d'une réponse ; mais voulezvous bien lui dire que M. de Crosne est de la besogne de M. de Saint-Germain? Je n'ai point encore lu la Vie de M. leDaiipJiin ,• M. d'Arras doit me la prêter. Il dit que le père Griffet est l'auteur de la première partie, et le père Herbœuf, autre jésuite, auteur de la seconde. J'ai l'idée que cet ouvrage est bien plat.

Yous a-t-on raconté la fuite des Valentinois de chez madame Mazarin, et leur retraite chez M. de Monaco? Si j'écrivais en efifet comme madame de Sévigné, ce serait un beau sujet de lettre; mais comme je suis bien éloignée d'avoir son talent, et que j'ai l'imagination aussi froide que la sienne avait de chaleur, vous trouverez bon que je ne vous en dise rien.

La petite sainte est partie mardi pour Ileilly; elle allait essayer ses forces pour un plus grand voyage.

LETTRE DCCXXIII

DE MADAME DU D E F F A N U A LA D f C H E S S E DE C H 0 1 S E U L

Ce lundi , 22 août 1777.

Je fus ])ien étonnée, chère grand' maman, quand on m'annonça M. du Bucq; on m'avait écrit qu'il ne viendrait que les premiers jours de septembre, il me remit votre lettre, et il prétend que vous vous portez fort bien.

Pourquoi ne suivrez-vous pas le grand-papa ? Je ne saurais vous blâmer de préférer Chanteloup à toute autre habitation quand vous êtes avec lui ; mais quand il vous quitte, vous devriez quitter Chanteloup, ce serait du sentiment et d'un genre qui me conviendrait fort. Il vous était réservé de faire marcher à la décrépitude avec un empressement immodéré. Je suis ravie, quand un jour, une semaine, un mois, sont terminés; vous êtes le point où je veux arriver, je ne vois que vous et je ne pense pas ce qui pourra suivre de bien près.

Je suis fort aise que vous soyez contente de M. Necker, je puis répondre de tous ses sentiments pour vous et pour le grand-papa. En vérité, je le crois un parfait honnête homme. Je ne suis pas juge de ses talents ni peut-être de son esprit, dont je lui crois pourtant beaucoup; mais pour de ses intentions, je suis sure qu'elles sont très-bonnes, et je me garde bien de croire toutes les sottises qu'on débite ; il va paraître incessamment de nouvelles réformes, elles seront approuvées du public, mais bien fâcheuses pour ceux qu'elles regardent : 11 s'agit des administrateurs des postes.

Je fais des projets pour cet hiver, de petits comités chez moi, où nous ne serons que cinq ou six : le président, le Necker, M. de Castellane et le grand abbé, à qui j'écrirai incessamment; mais voilà la troisième lettre que j'écris aujourd'iuii, et c'en est assez pour mes forces.

Souffrez , chère graad'raaman , que je vous embrasse de tout mon cœur.

LETTRE DCCXXIV

DE MADAME DU D E F F A N D A LA DUCHESSE DE C H 0 1 S E U L

Ce mardi , 2 septembre \~,~~.

J'attendais pour vous écrire, chère grand'maman , que j'eusse vu madame de Grammont; elle vint hier chez moi; vous aurez su par elle qu'elle arriva samedi à onze heures du matin, qu'elle débarqua chez madame de Poix, qu'elle était si fatiguée qu'elle fut chez elle se coucher, qu'elle soupa chez madame d'Usson. Le dimanche, elle se reposa, et n'ayant point madame de Beauvau qui était au Val avec son frère, à qui elle a prêté cette maison ^. elle fut avec madame d'Usson souper à Auteuil. Cette madame d'Usson est pour elle Cinna et Maxime, qui lui tient lieu d'Agrippa et de Mécène.

J'avais envoyé chez elle ; elle me fit dire qu'elle me verrait entre quatre et cinq heures, parce qu'elle allait à la Comédie; elle tint parole, elle vint, et je la trouvai aussi obhgeante qu'à l'ordinaire; elle me donnera tous ses vendredis, et c'est bien assez pour mes mérites. *

Vous ne pouvez pas augmenter la confiance que j'ai en votre amitié; il n'y a que vous en vérité sur qui je compte : je sais combien vous êtes constante, reconnaissante, et que rien ne peut vous détourner de faire le bonheur de ceux qui vous aiment; mais votre éternelle absence, jointe à vos éminentes qualités, vous donne une trop parfaite ressemblance à la Divinité; cependant je conviens que la foi qu'on a en vous n'est pas la même.

M. le duc de Chartres a été fort mal pour s'être baigné

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