J92 CORRESPONDANCE
LETTRE DCCXXVI
DE MADAME DU D E F F A N D A LA D t C II E S S E DE CHOIS !• U I.
Paris, ce 14 septcmtire 1777.
M. d'Arras m'a remis votre lettre, chère grund'maman; je ne l'ai encore vu qu'un instant et au milieu de plusieurs personnes. Pour le grand-papa, je l'ai vu trois fois: la première le lundi, surlendemain de son arrivée; avant-iiier vendredi, il soupa chez moi avec mesdames de Grammont, de Beauvau, de Luxembourg, de Lauzun, de Botidlers mère; pour hommes MM. de Beauvau, de Naples, de Saint-Priest, Gibbon. Hier, je fusa une heure après minuit chez madame de Beauvau où il avait soupe; j'y avais été invitée, mais j'étais engagée chez madame de La Vallière. Ils jouaient tous au cavagnole après lequel le grand-papa me baisa au front, me dit adieu; il part aujourd'hui pour Limours; il reviendra lundi 22, et vous ira retrouver mercredi 24 ; voilà ce que je sais de ses projets.
J'ai remis votre lettre à M. Necker; vous pouvez sans vous flatter compter sur tous les témoignages qu'il pourra vous donner de son respect, de son attachement et de sa vénération.
Je ne vous parlerai point de M. de Viry: vous en devez apprendre par d'autres plus de particularités que je n'en peux savoir.
Je n'ai pas la certitude, mais je soupçonne que le chevalier de Beauteville ira vous retrouver avec le grand-papa.
La petite sainte est à Petit-Bourg; vous savez sa marche, et qu'après cotte campagne elle en projette une autre. Les mois d'octobre et de novembre ne me seront pas fort agréables ; Fontainebleau, Le Raincy, Sainte-Assise, enlèveront tous ceux qui n'ont pas de campagne particulière: et ceux qui en ont non reviennent guère qu'à la Saint-Martin.
F.ncorc si l'on avait des livres! mais je suis à bout de toute
lecture; il n'y en a aucune qui m'amuse, me plaise et m'intéresse. Si j'avais quelque talent pour écrire, je pourrais m'amuser à me rappeler le passé et à en faire des anecdotes; mais quand on n'a ni talent, ni mémoire, ni yeux, et bientôt plus d'oreilles, il faut se contenter de végéter avec son Tonton, dont la compagnie n'est pas la pire de toutes.
Ne voilà-t-il pas que j'abuse de votre loisir en vous faisant lire une si sotte lettre ! L'abbé, venez au secours de la grand'maman, faites-lui oublier l'ennui que je lui cause; il n'y arien de plus contagieux que l'ennui ; il se communique par la poste aussi bien que par la conversation. M. du Bucq, qui vous portera cette lettre, exercera du moins votre esprit ; il me semble que son projet est de ne revenir qu'au mois de décembre.
Je vous quitte, chère grand'maman, pour répondre à M. Walpole, qui me mande que les dernières nouvelles du duc de Glocester sont qu'il était le 26 du mois passé à l'agonie ; il est fort occupé de l'état de la duchesse, qui, comme vous savez, est sa nièce.
Quand vous aurez le grand-papa et madame de Grammont qui le suivra de près, ne pourriez-vous pas nous envoyer l'abbé pour quelques semaines? mais il n'y consentirait pas. Adieu, chère grand' maman, vous voyez bien que je m'ennuie.