‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 89 sur 131 · CORRESPONDANCE DE MADAME DU DEFFAND · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DE MADAME DU DEFFAND

monde qui m'intéresse autant? Et cette règle de ne point parler de soi est encore un lieu commun bien désagréable dans l'amitié.

M. de l'eauvau va tant soit peu mieux ; il est entouré de tout ce qu'il aime : femme, fille, sœurs; par-ci , par-là, quelques académiciens.

Nous verrons, je crois, la semaine prochaine, la nouvelle opération de M. Necker, c'est-à-dire sur la bouche. Vous savez les nouveaux établissements sur les ])risons. Ceux-ci, vraisemblablement, seront durables. Il serait à souhaiter que les autres le fussent aussi ; mais tout est sujet au changement dans ce monde, excepté les vertus de la grand'mainan et les sentiments de la petite-fille.

C'est par effort que je ne parle pas du grand-papa.

Nous n'avons pas cru devoir joindre à ce recueil , par respect pour le complet, un grand nombre de billets sans date de la duchesse de Choiseul , madame du Deffand, etc., etc. Les pièces suivantes nous ont paru cependant offrir encore assez d'intérêt à divers titres, pour être données ici en appendice.

DE L\ DLCHESSE DE CHOISEUL A MADAME DU DEFFAND

A Fontainebleau , ce 6 ... .

Vous êtes souverainement aimable, ma chère enfant; mais comme vous êtes au.ssi souverainement injuste, je parie que vous n'aurez pas manqué de dire : Jl y a quinze jours que fai écrit à ma grancïmaman, et elle ne m'a pas répondu, donc elle m'a oubliée!... Comme s'il était jamais arrivé à une grand'mère d'oublier sa petite -fille, et que vous fussiez une petite - fille qu'on put oublier! Non, je ne vous ai point oubliée, c'est au contraire parce que je me suis occupée de vous", de votre affaire, que je ne vous ai pas répondu; je voulais qu'elle fût terminée, je voulais que vous n'entendissiez parler de moi que pour vous annoncer des choses qui vous fussent agréables. Mais peut-on toujours tout ce qu'on veut? Hélas! non, ma chère enfant, c'est une vérité que vous apprendrez en grandissant. Enfin, hier il a été décidé que l'on ne pouvait accorder à monsieur votre neveu la jouissance de ses appointements du jour de sa nomination. Le fonds des non complets a depuis peu une destination dont il est impossible de rien détourner; cette grâce vient d'être refusée récemnuMit à des colonels, et les circonstances n(! permettent pas qu(î l'on fa.sse d'exception à cette malheureuse règle. Quant au congé, la pai.\ doit vous laisser' l'espérance de

revoir bientôt monsieur votre neveu. Mais ce moment, on a voulu me le laisser ignorer. Que votre injustice ne trouve pas dans mes infortunes de matière à me soupçonner; vous connaissez, ma chère enfant, mes sentiments pour vous^et vous ne devez douter sur rien de ce qui y a rapport.

DE I..\ DUCHES SE DE CHOISELI. A MADAME D b DE FF AND.

Du Chastellier, ce 1 ... .

Et vite! vite! un petit mot de réponse à ma chère enfant. Qui estce qui peut avoir alarmé sa délicatesse? qui est-ce qui peut lui faire .soupçonner que je croyais le sentiment qu'elle me marque exagéré? qu'est-ce qui Ta pu faire penser que je ne voulais pas répondre? Hàtons-nous de la rassurer et de nous justifier. C'est apparemment cette grande lettre que j'ai écrite, où j'aurai voulu faire le bel esprit, où je n'aurai dit que des bêtises, qui lui aura laissé entendre tout ce qu'assurément je ne pensais pas (si elle a fait naître des doutes sur mon sentiment). Oui assurément, ma chère enfant, je vous aime puisque je vous le dis, et je compte sur votre amitié puisque je vous aime. J'en suis flattée parce (|ue rien n'est si flatteur que le sentiment, et qu'il l'est mille fois plus encore de vous l'inspirer. Ne craignez donc jamais de commettre des indiscrétions en me procurant ces plaisirs, c'est-à-dire en m'écrivant, je vous répondrai toujours quand je le pourrai, et quand je ne le pourrai pas, j'en serai bien fâchée. Je ne vous donnerai pas la peine d'aller aux informations pour avoir de mes nouvelles pendant mon inoculation, je vous en ferai donner, et dès que je le pourrai, ma chère enfant, je vous assurerai moi-même de toute ma tendresse.

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