Son Jugement, en général si sûr, se trouve ici en défaut
devient plus insupportable par le retardement des nouvelles, qui est inévitable quand on est hors de chez soi.
Cependant, chère grand'maman , j'ai reçu une de vos lettres à Roissy et les deux de Tabbé. Je suis revenue avec empressement pour y répondre. Votre rhume m'inquiète. L'abbé ne vous quittera pas s'il y a le plus petit sujet de l'être, et c'est ce qui redouble l'impatience que j'ai de le voir arriver ; combien je lui parlerai de vous! que de questions je lui ferai! que de pots -pourris, que de radotages, de rabâchages je lui prépare! J'aurai bien soin de lui; je sais ce que c'est que des vapeurs. Elles ne sont peut-être pas toutes du même genre, mais si elles étaient semblables aux miennes, je pourrais lui être utile , l'amitié étant le spécifique de ce vilain mal ; du moins je l'ai éprouvé. Sans doute, chère grand'maman, s'il suffisait, il n'aurait pas eu besoin de venir ; mais le proverbe qui dit que bon droit a besoin d'aide , l'a déterminé à venir chercher les médecins. Quels sont ceux qu'il compte voir ? La foi est de toutes les vertus celle qui me manque le plus. Tous les médecins ne me paraissent que des charlatans, et il n'y en a aucun à qui je donne la préférence.
Si l'abbé, étant ici, trouve toujours de la difficulté à écrire, Wlart sera son secrétaire et nous vous écrirons en commun. Il m'encourage à vous mander tous les riens que je n'ose hasarder quand je dicte toute seule. Enfin, chère grand*maman, soyez persuadée que, dans tout ce que je fais et ce que je ne fais pas, je vous ai toujours pour objet. Voilà une visite qui m' arrive, je finis cette lettre qui n'aurait peut-être pas eu de fin si elle n'avait été interrompue.