‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 54 sur 134 · Du duc de Choiseul · texte numérisé non relu

Du duc de Choiseul

LETTRE DCXXVII

DE MADAME DU DEFFAND A L^BBB BARTHELEMY

Ce landi, 8 octobre 1T74.

L'abbé, vous m'aflligez beaucoup; si je suivais mes premiers mouvements, je partirais pour aller trouver cette grand'maman. Je crains qu'elle ne puisse résister à des secousses si suivies et si redoublées. Il est donc écrit que nul ne sera heureux. Qui est-ce qui mérite plus de l'être que le grand-papa et elle? Ils ont tous les bonheurs qu'il dépendait d'eux de se procurer; mais ils éprouvent tous les malheurs dont la raison, l'esprit, les vertus ne peuvent les défendre. Que ne suis-je auprès d'eux ! que ne puis-je partager avec vous les soins que vous leur rendez! C'est un déchirement cruel que d'être séparée de ce qu'on aime, surtout dans de pareilles circonstances. Je n'ai pas douté un moment que Poissonnier ne partit à la première semonce. Je connais son cœur et son attachement.

Mais, l'abbé, pourquoi le grand-papa et la grand'maman s*obstinent-ils à ne point revenir? Est-il aucune considération qui doive l'emporter sur les soins de sa conservation et de celle des gens qui vous intéressent? Je sais bien qu'il n'est pas démontré que le retour ici mette à l'abri de tous les inconvénients; mais au moins on serait plus à portée d'y remédier. Et qu'importent des interprétations, des discours, etc., etc.? La propre conscience doit mettre au-dessus de tout. Voilà quelles sont mes réflexions et celles , je puis dire , de tous les gens sensés. Je prie le grand-papa et la grand'maman de les prendre en bonne part. Je ferais la même prière à madame la duchesse de Grammont ; mais je crois qu'elle ne veut plus entendre parler de moi. Je suis fort aise du meilleur état de H. de Rhodez. Dites-lui mille choses pour moi ainsi qu'à notre bon

ami Poissonnier. N'oubliez pas non plus l'abbé Billiardy, il ne se souvient plus de moi.

J'eus hier une grande conversation avec votre nouvel archevêque; il est bien sincèrement et tendrement attaché à ses ouailles de Ghanteloup. Sans des affaires indispensables qui l'arrêtent , il irait bien vite vous trouver.

M. Walpole a pris le plus vif intérêt à la maladie du grandpapa, aux inquiétudes de la grand'maman. Il me prie de les en assurer. Il me parle aussi beaucoup de vous ; il attend la goutte. C'est l'époque de son retour, et je me flatte qu'en cas qu'elle revienne , il fera un petit voyage ici dès qu'il en sera quitte.

LETTRE DCXXVIII

DE MADAME DU DEFFAND A L*ABBÉ BARTHELEMY

Ce jeudi, 6 octobre 1774.

La tête me tourne, mon cher abbé, je n'ai plus en perspective que des malheurs, que des chagrins. Les pertes qu'on a faites m'annoncent une prolongation d'absence qui m'est tout à fait insupportable. Voilà qui est fait. Je crois que je ne reverrai plus de ma vie la grand'maman. Elle trouvera les meilleures raisons pour ne pas combattre la répugnance qu'elle a de revenir ici. La lettre que j'ai reçue de madame la duchesse de Grammont a détruit toutes mes espérances. Cependant j'ai été fort touchée et très-reconnaissante de ce quelle me dit d'obligeant. Je vous prie de l'en remercier.

J'attends l'arrivée de la poste avec inquiétude. Je crains les nouvelles qu'elle pourra m' apporter de M. Berlin. Je me trouve déplacée d'être ici. Je devrais être à Ghanteloup^ C'est une mort anticipée que j'éprouve, vous devez le comprendre, mon cher abbé, vous qui savez si bien aimer.

On me dit hier que la petite sainte passerait l'hiver à Tou*

louse. Je suis persuadée qu'elle n'aura pas le pouvoir de prendre ce parti, et que, quand elle apprendra que la grand'maman ne reviendra point à Paris, elle ira la trouver à Chanteloup. Je juge d'elle par moi. Son fils et sa belle-fille sont ici. Je n'en ai point entendu parler.

Le voyage de Fontainebleau va enlever bien du monde. Je dirai dans l'ennui de la solitude ce que disait feu madame la duchesse du Maine : « Il est difficile de se passer des choses dont on ne se soucie pas. »

On me disait hier que le feu chevalier d'Aydie écrivait à un de ses amis qui était dans Taffliction : « Puisqu'on se console d'être homme, il ne faut s'afiliger de rien. »

Vous voyez, l'abbé, que mes idées ne sont pas gaies, et que je ne puis rien faire de mieux que de me taire.

LETTRE DCXXIX

DE MADAME DU DEFFAND A L*ABBÉ BARTHELEMY

Paris, ce 18 octobre 1774.

M. de Stainville vous dira, mon cher abbé, que je me porte bien. Ma petite maladie s'était annoncée pour être plus considérable. J'en ai été quitte pour six jours de fièvre. Je sortirai ce soir pour la première fois, mais je n'irai pas loin. Je souperai chez madame de Garaman , qui arrive de la campagne. Paris, dans ce moment-ci, serait fort désert pour moi, toutes mes connaissances étant à Fontainebleau ou à Sainte-Assise ; mais la Providence y a suppléé : il m'est arrivé de Londres une compagnie très-agréable, des amis et des amies de M. WalpoleS qu'il m'a fort recommandés, et je n'aurai pas de peine à le satisfaire.

1. Lady Âylesbary ; sa fille, madame Damer, et lady Hariett Stanhope, qui ▼inreDt rejoindre à Paris le général Conway.

Je suis fort en peine de M. Bertin. Les dernières nouvelles que j'en ai eues sont par une lettre de la grand' maman, du 12. Je comprends l'inquiétude et la crainte qu'on a de le perdre. On peut peut-être faire des pertes plus sensibles, mais on n'en saurait faire qui causent de plus longs regrets. Je trouve à la grand'maman le courage d'un lion. Je ne comprends pas comment elle a résisté à tant de secousses. J'en conclus qu'elle a plus de force que nous ne croyons, et j'en suis bien aise; mais qu'elle n'en fasse pas usage pour persister dans ses projets; qu'elle ne résiste point à mes instances ; que l'amitié soit pour elle de quelque poids; et qu'elle ne confonde pas , dans le cas qu'elle fait des gens, leur état et leurs sentiments. Vous n'entendrez peut-être pas bien cette phrase : c'est que je disais, en parlant du discernement de quelqu'un, qu'il confondait les qualités de son état avec celles de son caractère, et que ce dernier n'avait de valeur qu'en considération du premier. Vous croirez que je dois cette distinction à Vaccointance des Necker, et vous vous tromperez : cette idée est de mon cru.

On m'a dit qu'on était charmé chez vous de notre nouveau contrôleur général*. Vous allez tous devenir des encyclopédistes ; il faut souhaiter que les gens des marchés et des halles le deviennent aussi.

Vous avez sans doute le plan d'imposiUon économique. On disait ces jours-ci qu'on y supprimerait la petite lettre de M. Turgot. Je voudrais bien causer avec vous, l'abbé. Je suis curieuse de savoir ce que vous pensez.

Vous avez actuellement M. le duc de Chartres jusqu'à samedi, dit-on. Ce séjour n'est-il pas un peu long ?

Vous aurez la maréchale ^la fin de la semaine prochaine. Je suis on ne peut pas plus contente d'elle. Elle est actuellement à Sainte-Assise, et n'en revient que samedi. Adieu, l'abbé;

1. Turgot. Il avait été fort lié avec madame du Deffand et avait cessé de la voir après la rupture de celle-ci avec mademoiselle de Lespinasse, étant resté des amis de cette dernière.

je VOUS quitte pour me lever. Pai*lez-moi de votre santé, de celle du grand-papa, de la grand'maman, et faites ma cour à madame la duchesse de Grammont.

LETTRE DCXXX

de; madame du DEFFAND A L*ABBÉ BARTHÉLÉMY

Ce dimanche, 23 octobre 1774.

Je vous ai écrit hier par la poste et j'avais dit à madame la maréchale que je n'écrirais pas par elle; mais voilà que je succombe à la tentation sans avoir rien à dire. C'est comme quand on mange par gourmandise' sans avoir ni appétit ni besoin.

Le baron aura votre lettre, mais laissez-le-moi du moins pendant Fontainebleau. Vous allez avoir la maréchale, madame de Lauzun, et puis vous avez les Voyer. Vous auriez bien dû prévenir le Champfort sur le désir que j'ai d'entendre son Éloge. Je voudrais que la maréchale le trouvât encore. Vous ne me dites pas lequel vous aimez le mieux de son Éloge ou de celui de La Harpe. Je juge que c'est le sien.

L'abbé, je ne peux pas continuer à écrire. J'ai mal aux entrailles. J'ai mal dormi, mal digéré. Je remets à madame la maréchale de vous parler de moi,' elle voudra bien en prendre la peine. Elle m'a marqué tant de bonté, tant d'amitié, que j'ai pour elle tous les sentiments imaginables, confiance, reconnaissance, amitié, amour, amourette. J'ai déjà arrangé avec elle le souper de la nuit de Noël. Le grand-papa et la grand'maman feront bien mal de n'y pas venir. Mes compliments à tout le monde. M. Bertin en reviendra peut-être.

LETTRE DCXXXl

DE MADAME DU DEFFAND A L^ABBÉ BARTHELEMY

Ce jeadi , 3 novembre 1774.

Vous avez bien peur de me faire plaisir, et pour modérer la joie que vous craignez de me donner en m'apprenant le bon état du grand-papa , vous vous pressez de me dire qu'il n'accélérera pas son retour. Oh ! le méchant abbé ! Je crois en vérité que vous serez fâché de revenir et de ne plus jouir des regrets que l'on vous témoigne. Vous vous plaisez à être désiré. Eh bien ! j'espère que vous ne jouirez pas longtemps de cette satisfaction, et que vous, la gi*and'maman, le grand-papa et madame de Grammont assisterez à la messe de minuit dans ma tribune ou bien au coin de mon feu. Madame de Luxembourg ordonnera de tout chez moi.

Il faut bien que je lui pardonne son indiscrétion, puisqu'elle a eu un succès que j'étais bien éloignée de prévoir, et qu'il m'est bien difficile de croire ne devoir pas entièrement à l'indulgence. Il est très-certain que je trouve qu'il n'y a rien à en dire, si ce n'est d'en approuver ou blâmer les virgules.

J'ai écrit ce matin à madame la maréchale dans le fort de mon insomnie, c'est-à-dire dans l'agitation que causent les maux à* entrailles. Je hais ce mot , et en effet il est détestable au physique et au moral.

L'abbé, j'ai bien envie que vous soyez ici et pouvoir vous dire à mon aise à quel point je ne me soucie de rien, excepté des gens que j'aime, parmi lesquels vous avez six pieds de haut.

Je ne veux point que la grand'maman m'écrive que quand ce sera pour elle un amusement. Je sais qu'elle m'aime, elle sait que je l'adore, il n'est plus question que de se le dire, ce n'est plus la peine de l'écrire.

Dites à madame la maréchale que j'ai reçu des remerclments des Anglaises de lui avoir parlé d'elles et de leur avoir dit des douceurs de sa part; dites-lui aussi qu'il y a un souper fondé chez moi pour les mercredis.

Adieu, l'abbé.

LETTRE DCXXXII

DE IIADAIIE DU DEFFAND A M. CRAUFURT

Ce landi, 13 noTembre 1774.

Si on avait pu vous faire parvenir des lettres pendant votre voyage, ça aurait été le temps que j'aurais choisi pour vous écrire ; mais il a fallu attendre votre arrivée, et telle lettre dont vous auriez été content alors vous importunera aujourd'hui. Vous voilà tout au travers des grandes affaires. Tout ce que je pourrai vous apprendre de ce pays-ci vous paraîtra bien puéril et peu intéressant. Cependant ce qui regarde vos amis ne doit pas être dans cette classe. Madame de Roncherolles, qui était à Fontainebleau quand vous partîtes, est depuis quinze jours au Vaudreuil, auprès de son mari, qui a pensé mourir; il est actuellement hors d'affaires et je crois qu'elle reviendra bientôt. Pour moi, mon petit Craufurt, je ne me porte point bien; toujours des insomnies , toujours des étourdissements, et depuis trois jours la tète embarrassée d'un rhume qui me rend tout à fait imbécile.

J'ai vu deux fois milady Henriette; elle est silencieuse comme un chartreux, et ne veut pas souper chez moi. Les Greoville sont d'un accès plus facile; on les a tant qu'on veut; la dame jase comme une pie borgne. J'ai vu deux fois votre ambassadeur, nous n'avons parlé de rien ; il est bouche close sur bien des articles. On revient de Fontainebleau le 16 ; nos ministres Maurepas et Turgot sont de retour, parce qu'ils sont pris de la goutte. Les diplomatiques arrivent à force. Les

maréchales sont chez madame de Montesson , où l'on joue des comédies. Si je n'étais pas un peu malade, je crois que je m'ennuierais beaucoup ; mais la mauvaise santé tient lieu de compagnie; mais elle ne fait pas qu'on soit de bonne compagnie pour ceux à qui on écrit; ainsi donc, adieu, mon petit Graufurt.

Si vous voulez m' écrire, vous me ferez plaisir; mais vous n'en ferez rien!...

LETTRE DCXXXIII

DE MADAME DU DBFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Paris, 18 noTembre.

Vous nous avez rendu la maréchale, chère grand'-maman» Elle n'a pas tardé à me rendre votre lettre, et elle m'a confirmé les promesses que vous me faites. J'aurai donc le plaisir de célébrer l'anniversaire. Le passé sera effacé et je jouirai de l'instant présent avec transport. Vous ne penserez pas de même; vous regretterez les oignons d'Egypte I... Mais j'écarte toutes les idées qui pourraient troubler ma joie. Je veux me persuader que vous embrasserez de bon cœur votre petite-fille. Je vois par vos arrangements qu'il ne sera pas question de petit appartement, de petit comité. Mais que sait-on? Tous les projets s'exécutent-ils? Pour moi, qui n'en fais aucun, qui n'ai aucun devoir à remplir, je n'ai que des désirs, et ces désirs sont d'être auprès de la grand' maman dans tous les moments où elle voudra bien me souffrir. Que de choses j'aurai à lui dire ! Et si elle a pour moi la même ouverture de cœur, la même sincérité, la même franchise, la conversation ne tarira pas, surtout si le grand abbé y est admis. La politique n'y aura pas grand'part. Je n'ai jamais eu beaucoup d'attrait pour ce genre, et actuellement j'y sens une répugnance invincible. J'approuve tout, j'admire tout, à la condition que ce soit sans approfondir

ni raisonner. Nous parlerons de Chanteloup, de vos occupations champêtres, de vos arrangements domestiques. Moi, je vous parlerai... Je cherche de quoi, et je ne trouve rien, si ce n'est de ce qui va sans dire, de mes sentiments. Je vous dirai pourtant un petit mot de mon petit chien, que j'aime beaucoup et avec qui je préfère d'être, à aller aux spectacles. Je crois que c'est où vous n'irez pas beaucoup non plus. Iphigéniey Orphée^ Adélaïde de Hongrie^ les Amants gtnéreux ne valent pas la plus petite caresse, la plus petite folie de mon petit chien. Vous en avez deux d'Espagne dont vous ne vous souciez guère. Mais je n'ai point pensé à m'informer si vous aimiez toujours le pianoforté. Je devais aller chez Balbâtre, et je n'y ai point été. Vous le ferez venir chez vous, n'est-ce pas? Ah ! je me propose bien des plaisirs. Je n'en puis avoir que par vous et avec vous. Vous serez ici d'aujourd'hui en un mois. Ne consentez-vous pas à me voir le lendemain 19? Ah ! que j'aurai de joie ! Et puis le 2i ? Que ce jour-là sera différent de celui d'il y a quatre ans! Vous souveoez-vous de mes pleurs? Je croyais bien, ce jour-là, que je ne TOUS reverrais jamais. Je me rappelle ces souvenirs. Ils augmentent ma joie et mon bonheur. Il est fort doux d'aimer. On ne regrette point les peines qu'on a éprouvées. On ne croit point avoir acheté trop cher les plaisirs dont elles sont suivies. Je suis persuadée que le grand-papa me fera un très-bon accueil, il est bien aise d'être aimé; il démêle très-bien quand les démonstrations d'amitié sont sincères; il en recevra de bien des gens, et il distinguera les miennes, n'est-ce pas? Embrassez-le pour moi, je vous supplie, et dites à ce grand abbé qu'il sera toujours mon plus grand abbé et mon plus grand ami; je serai toujours pour vous très-tendre et très-passionnée petitefiUe.

46C . GORRESPONDANG E

LETTRE DCXXXIV

DE MADAME DU DBFPAND A l'ABBB BAETHÉLRMT

Paris, ce 90 nOTembre 1774.

II est yraU Tabbé, je ne vous ai point écrit. Je m'en étonnais moi-même ; mais je ne trouvais rien à dire. Des protestations d'amitié nous auraient ennuyés, vous à recevoir, moi à faire. Des nouvelles, vous en aviez tant et plus; vous étiez bien mieux informé à Chanteloup que moi à Saint-Joseph. Vous ne m'avez jamais connue grande politique, je le suis encore bien moins. Il me semble que je n'ai plus de patrie. Je ne m'intéresse plus à rien. Je suis parvenue où je désirais. Je ne prétends rien de plus. J'embrasserai le grand-papa, la grand'mamàn, nous chanterons le Gloria in excehis avec les bergers; vous ferez l'ange qui viendra m' annoncer l'arrivée.

Vous n'avez jamais remarqué, l'abbé, que je tire toutes mes citations de la sainte Écriture; c'est que je n'ai de science que celle de l'enfance, je m'y retrouve aujourd'hui. Lie grand-papa est bien charmant, la grand'maman adorable. J'aurai bien de la joie et du plaisir samedi 2A. Je trouverai tout le monde en bonne santé. Je vous verrai souvent. Je vois notre baron presque tous les jours. Si je l'en croyais, je ne vous parlerais qu de lui; mais que ne vous parle-t-il lui-même! il se por mieux que moi. Il n'est plus occupé de sa santé, et par consé quent il est plus aimable encore qu'il ne Tétait.

Je n'ai point encore vu M. de Rhodez; mais la maréchale satisfait à toutes mes questions.

Je vous écrirai, l'abbé, au premier jour; pour aujourd'hu je ne suis pas en train. Adieu.

LETTRE DCXXXV

DK MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce mardi, 22 novembre 1774.

Puisqu'on vous a dit que j'étais fort occupée du Parlement, il faut bien que j'en convienne. J'entends ces matières -là à merveille. Je me passionne pour celui-ci, pour celui-là: je tombe dans des méprises effroyables ; je prends le chanoine pour saint Bruno. C'est certainement ce que je ferais, si je m'ingérais à parler de ces grandes affaires; mais il est de toute vérité que même je n'écoute pas ceux qui en parlent. Et l'exportation, vous dit-on aussi que j'en sois occupée? Ah! vous trouverez votre petite-fille bien bête! Je me renferme dans mon atmosphère , et je ne vois rien par delà vous, le grand-papa, le grand abbé, voilà à quoi je pense et repense sans cesse.

Je tressaille de joie en songeant qu'un certain samedi

2& décembre, vous serez auprès de mon tonneau. Je me meurs

le peur de mourir avant ce jour-là. Qui prierai-je ? Voici qui

'imagine : vous, le grand-papa, le grand abbé, le petit abbé,

mdame de Grammont, M. et madame de Beauvau et ma-

vine de Poix , mesdames de Luxembourg et de Lauzun ,

f . de Gontaut, de Stainville, de Rhodez et moi. Augmentez,

ranchez, taillez, rognez, tout comme il vous plaira, je serai

c vous, cela me suffit.

Le grand abbé n'est-il pas bien mécontent de moi? En dit-

i mal? Non, je ne le crois pas. Il a des temps de stérilité

i bien qu'un autre. On se met à son écritoire, il ne vient

à dire; on ne veut point faire d'efforts, il vaut mieux se

que de parler sans rien dire. Ce sont des temps de sé-

ïse, consolez-vous, l'abbé, cela passera. Dans le fond, je

ime; mais dans ce moment, je ne vous en dirai rien.

lame de Grammont arriva hier à huit heures. J'envoyai

in. Il

chez elle à neuf. Je lui fis demander quand elle voudrait me recevoir. Elle me fit défendre de venir, disant qu elle viendrait me chercher.

LETTRE DCXXXVI

DB MADAME DU DBFFAND A l'aBBB BARTHÉLBMT

Ce 29 noYembre 1774.

Je vous dirai, l'abbé, que je vis hier pour la première fois madame de Grammont. Elle soupa chez madame de Beauvau. J'y étais priée, je n'y fus point; mais j'allai rendre visite à minuit et demi. J*en suis revenue à trois heures. Il y avait trente personnes. La compagnie s'éclaircit; sur les deux heures, nous ne fûmes plus que quatre , la duchesse , la princesse , Donezan et moi. La conversation fut fort gaie , fort animée ; et cela m*a causé une bonne digestion, et par conséquent une bonne nuit. L'ennui n'est contraire à personne autant qu'à moi. Par tout ce que j'ai appris, je juge ou du moins j'espère que la grand*maman soupera chez moi une fois la semaine , qu'elle ne se mettra pas à table tous les jours chez elle , qu'elle soupera quelquefois sur un guéridon entre sa petite-fille et le grand abbé ; mais ce qui est bien certain , c'est que ni le ciel ni la terre ne pourront déranger le souper du 24 ; je m'en fais une fête ; j'en suis dans une occupation extraordinaire. On m'a appris une chose qui ne me fait pas moins de plaisir et qui ne m'occupe pas moins, c'est que le grand-papa s'est imposé luimême la peine du talion , et que je serai la première qu'il verra à son débotté. Je me flatte qu'il n'a pas pour objet de satisfaire ma vanité, et qu'il ne s'imagine pas qu'elle entre jamais pour rien dans ses procédés avec moi. Il n'aura jamais que mon cœur à satisfaire. Je suis bien sûre que la grand'maman en est persuadée. Elle courra risque de sa vie, cette grand'maman; elle échappera à un grand danger si je ne Té-

touffe pas. Se fait-elle une grande joie d'embrasser la ducbetee de Civrac et son duc d'Abdénago ? J'ai cédé hier au soir cette folie à madame de Beauvau.

L'abbé, rapportez-nous toute votre gaieté. Quel plaisir j'aurai de vous revoir!

LETTRE DCXXXVII

DE IfADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce 10 décembre 1774.

Quel plaisir j'aurai, chère grand'maman, de lundi en huit! Je n'espérais plus jamais vous revoir, et c'est ce qui me rendait ma vieillesse plus insupportable. Je ne pense plus à mon âge. Je ne serai plus privée du vrai bonheur de ma vie. J'irai vous attendre chez madame de Grammont, je vous embrasserai, je vous entendrai m' appeler votre petite-fille. Je ferai des projets pour vous revoir. Je n'ai pas la prétention que ce soit tons les jours, mais ce sera du moins plus d'une fois par semaine. Je disais l'autre jour à madame de Grammont que vous devriez établir chez vous une infirmerie comme il y en avait une au Temple pour les personnes qui soupaient peu ou point. Je sais bien qu'il pourrait y avoir quelque inconvénient; qu'il y aurait à craindre Vabus de deux tables; mais on peut aisément le prévenir. C'est sur quoi il faudra délibérer.

Je n'ai point le projet de souper avec vous le lendemain de votre arrivée chez madame de Grammont. Vous aurez la fine fleur de vos compagnies ; ce n'est point ce que je recherche, c'est au contraire ce que je veux éviter. Il faut avoir l'esprit et le costume de son âge pour n'être point ridicule et pour être à sa place et à son aise. Mais de quoi m'embarrassé-je? n'êtesvous pas ma grand'maman? n'avez-vous pas le sfoiir de tne conduire? et quand je ne ferai que ce que vous me dicterez, aurai-je à craindre de mal faire? Mais est-ce que l'abbé ne

VOUS précédera pas de quelques jours? Je l'espère et je m'imagine qu'il veut me surprendre.

Vous voulez faire le voyage tout en un jour. C'est une fatigue énorme. La pourrez- vous soutenir? Je vous avoue que je suis fort inquiète. Pourquoi ne pas partir le dimanche et coucher à Orléans? Indépendamment des maisons de l'évêque, on est à merveille dans les hôtelleries. On se loue de la Poste et je dis des merveilles des Trois Empereurs. J'ai bien de l'impatience de votre arrivée pour être délivrée de mes inquiétudes ; mais je vous fatigue et vous ennuie.

Voici de tous les vers qui paraissent ceux que je trouve les plus jolis :

Sortez d'ici, troupe éphémère; Ne profanez plus le palais:

Vous n'emportez que les regrets De rarchevôque et de Voltaire.

Apparemment que l'abbé Billiardy me fera l'honneur de souper chez moi le 2i. Je ne vous envoie pas ma liste. Il n'y a que le pur nécessaire, et cependant nous serons dix-sept ou dix-huit. Voulez-vous bien avoir la complaisance d'embrasser pour moi le grand-papa, à qui je promets indulgence plénière pour le passé, le présent et l'avenir.

LETTRE DCXXXVIII

DR MADAME DU DEPFAND A M. CRAUFURT

Ce 21 mars 1775.

Savez-vous pourquoi je vous écris aujourd'hui? C'est par désespoir de ne point dormir; je me suis fait lire des volumes entiers ; j'ai repassé presque tous les vers que je sais; le sommeil ne veut point venir. Eh bien! je vais donc vous écrire malgré la résolution que j'avais prise d'attendre deux ou trois

mois. J'avais de bonnes raisons pour vouloir en user ainsi, primo votre exemple, et puis votre ton léger.

Je me fais donc des chimères nouvelles /. . . Ce reproche arrive bien à propos, dans le temps même où je suis détrompée de toutes les anciennes ; mais vous voulez devenir copie, proscrire Tamitié. Vous serez obéi, monsieur, je vous rendrai compte de tout ce que je fais, de tout ce que je vois, de tout ce que j'entends, de tout ce que je pense. J'effile ; je ne vois rien; j'entends des plaUtudes; je rêve à la Suisse. Joignez à cela que je n'ajoute nulle foi à vos promesses. Vous ne viendrez point au mois de septembre; vous ne prendrez pas la peine de m'écrire; vous croirez toujours avoir raison, tandis que les autres auront toujoui*s tort. C'est ainsi que sont faits les Anglais et les Écossais; j'en ai cependant vu en dernier lieu qui valent mieux que vous; il est vrai que je suis plus indulgente pour eux que je ne le serais pour vous, si je me laissais aller à mon penchant.

M. Francis est en Bourgogne depuis six mois; il attend le rétablissement du Parlement de Dijon pour plaider; il a cinq ou six procès qu'il veut faire juger avant son retour. Je vois très-rarement madame de Roncherolles ; ses plaisirs, ses affaires l'occupent alternativement; je l'ai cependant vue depuis votre dernière lettre; je lui ai dit l'espérance que vous nous donniez; elle y a ajouté peu de foi.

Madame de Cambis, que je vois un peu plus souvent, a été toute glorieuse de votre souvenir ; et si par impossible vous veniez en effet, vous seriez très-bien reçu de nous trois.

Où prenez-vous que madame de Bussy ne me plaît pas? C'est moi qui n'ai pas le bonheur de lui plaire; cependant, quand nous nous rencontrons, nous nous faisons bon accueil. Il est vrai qu'elle est séparée de son mari, quoiqu'ils logent toujours ensemble; ils ont chacun leur ménage.

Je vois toujours les mêmes personnes : les deux maréchales, les Caraman ; j'ai eu de plus cet hiver les Choiseul ; ils retournent à Chanteloup le dix du mois prochain.

Ce qui nous occupe beaucoup dans le moment présent, c'est l'affaire de M. de Guignes, Qu'en pense-t-on chez vous? Usez son dernier Mémoire et dites-m'en votre avis.

Adieu; je vais tâcher de dormir.

J'allais oublier de vous dire que M. de Graon est à Malte; U ^ pris forcément le parti de s'y établir jusqu'à l'entier payement de ses dettes; sa femme loge toujours cbez madame de Mirepoix.

Je reprends cette lettre interrompue par deux heures de sommeil. Je m'aperçois en la relisant qu'elle est à bâtons rompus. En vous rassurant contre l'amitié, je vous en donne des marques en vous racontant ce qui me regarde; c'est que je ne suis paa encore bien affermie dans mes résolutions; c'est une route nouvelle pour moi que l'indifférence; je m'égare, je chancelle; mais je n'ai qu'à vous laisser faire, vous me remettrez bien dans le bon chemin.

Pourquoi donc, voyant tous vos mômes amis, voyez-vous moins celle que vous aimiez le mieux à voir? Gela dérange mes idées, Je voudrais causer avec vous; mais je ne vous reverrai jamais, j'en suis sûi:e.

LETTRE DCXXXIX

DK MAUAMB UU PBFPAND A LA UUCHESSB DK GHOISKUL ^

Co samedi, 20 avril 1775.

Ma grand' maman, je ne me console point de votre départ. Ge n'est point une façon vague de s'exprimer, c'est un sentiment profond qui occupe entièrement mon âme. Je serai huit mois sans vous revoir. Je souscrirais de bon cœur que ma vie fût abrégée de ce long intervalle. J'attendais de vos nouvelles

1. Le 9 avril , le duc et la duchesse de Choiseul étaient retournés à Chants loup.

a?ec la plus grande impatience. Je comptais que le jeudi au soir l'abbé (venant souper avec moi) m'en apporterait. Il n'en avait point reçu. Il lui en était cependant arrivé; mais, par un malentendu, il ne reçut votre lettre qu'en rentrant chez lui. Il vint hier me le dire, et me lut les lignes qui me regardaient dans vos deux billets. Vous vous portez à merveille, assez bien pour aller à la chasse le surlendemain de votre arrivée. Ah ! vous êtes gîde et contente. Le grand-papa vous tient lieu de tout. Personne n'en est moins surpris que moi. J'adore ce grand-papa. Vous savez que je suis un peu sorcière. Le présent n'est pas tout pour moi : je lis dans l'avenir; mais, mal* heureusement, ce livre a bien peu de feuillets pour moi.

Je vis hier madame de Grammont; elle allait souper à Saint-Gloud avec l'archevêque et madame du Châtelet. Elle passera peut-être la soirée chez moi lundi avec la maréchale. Je vous rendrai compte de tout cela, ou j'en chargerai l'abbé. Il vous dira aussi les agitations, la fermentation, tout ce qu'on désire, tout ce qu'on prévoit, tout ce qu'on craint. Toutes ces choses me semblent ineffables et fort au-dessus de mon génie.

Il parait un livre de M. Necker, dont le titre est : Sur la Ugidation et sur le commerce des grains. Il en a remis un exemplaire à votre suisse. Le style du début, c'est-à-dire l'introduction, m'a étonnée et découragée. J'ai cm que je ne pourrais pas continuer ; mais je me suis fait effort : j'en suis au treizième chapitre, et peu à peu j'ai entendu ce que je lisais. Je m'y suis intéressée. Il me semble qu'il a raison, et je crois que j'irai jusqu'au bout. Vous qui avez une tête forte, un grand génie, entreprenez cette lecture, je vous en supplie, et prenez la peine, je vous le demande en grâce, de me faire part de toutes vos remarques, de vos observations; et que ce ne soit pas un mot, mais dissertez, discutez, comme si j'étais digne que vous me parlassiez et capable de vous entendre. Vous avez du temps de reste, accordez-m'en une petite partie.

Madame de Grammont ira vous trouver le 6 du mois pro-

cbain. Elle passera quinze jours avec vous. Que ne puis-je raccompagner! Mais je suis bien agitée; je ne jouis pas de l'abbé en pleine sécurité ; j'ai des craintes qui me troublent, et ces craintes me causent des remords, parce que je dois préférer votre contentement au mien. Je n'ose l'interroger, j'apprendrai peut-être quelque matin qu'il aura fait une fugue. Ce sera pour moi une grande perte, car je n'ai point le talent d'aimer ce que j'ai quand je n'ai pas ce que j'aime.

LETTRE DCXL

DE MADAME DU DBFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISBUL

Ce samedi , 13 mai 1775.

Notre évêque est bien plus heureux que moi, il vous rendra cette lettre, et je préférerais sûrement le plaisir de vous voir à celui de vous écrire. Il vous dira toutes nos nouvelles ' ; elles sont encore plus singulières qu'effrayantes. On aperçoit des projets, mais on ne les entrevoit qu'obscurément. 11 faut qu'il y ait des chefs. Quels sont-ils? Qui peuvent-ils être? Leurs mesures sont bien mal prises; ils affermiront ce qu'ils voulaient renverser. Le calme qui règne présentement laisse un libre cours aux spéculations. Tout le monde en fait à sa manière. Je m'en mêle comme les autres : je renvoie un dictateur, j'établis deux consuls, et tout cela en attendant mieux. Voilà assez de politique. Je la destinais à l'abbé; mais comme je sacrifie mon sommeil pour écrire, j'ai voulu que ce fût à vous. Vous parler de mes regrets, c'est ne vous rien apprendre. Plus j'aime, moins je suis portée à le dire. Il me semble que les paroles ne sauraient rendre le sentiment. Toute expression en affaiblit la vivacité, et, pour se servir du terme à la mode, en refroidit Yénerffie.

1. Il y avait eu à Paris et dans plusieurs provinces des Omeutçs as^ez graves auiquelles la cherté du pain iervuit de prétexte.

Vous savez sans doute que madame de Grammont se porte infmimeut mieux. Ce dernier accident-ci a été violent; il a causé beaucoup d'inquiétude. J'ai été près d'en écrire à l'abbé. Je m'applaudis de n'en avoir rien fait. J'écrirai à cet abbé incessamment. Je ne lui dirai pas que je l'aime autant que vous l'aimez; il serait fâché que cela fût vrai; mais, après vous, il n'a point de meilleure amie que moi. Je me flatte qu'il en est persuadé et qu'il en est bien aise.

Je fais un tour de force aujourd'hui : je vais souper à YersûUes avec les deux maréchales. Il faudra partir à six heures du soir. Il est six heures du matin, et je n'ai point encore dormi.

Mille amours au grand-papa; qu'il se souvienne qu'il doit être à côté de mon tonneau le deuxième jour du mois prochain ^ Le baron m'a fait promettre de vous parler de lui; que ne le fait-il lui-même?.. Il part mardi pour remplir son état de cosmopolite.

LETTRE DCXLI

DE IIADAIIB OU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce mardi, 23 mai 1775, à 6 heures du matin.

Voilà, dit-on, le grand-papa qui arrive demain. Aurez-vous bien le courage de le laisser partir, et de consentir à en être séparée pendant cinq ou six semaines sans former la résolution de le venir trouver ? Je ne suis pas assez insensée pour réclamer les droits de l'amitié. Ils seraient inutiles quand de plus forts sentiments ne peuvent rien. L'abbé sera forcé d'être tout le mois de juin sans vous voir; je ne vous parlerai pas de ma douleur. Quelque extrême qu'elle puisse être, elle vous

1. 11 devait revenir dans les premiers jours de juin pour assister au sacre qui eut liea le il.

serait indilTérente. Ah! ma grancCmaïuan, que vos procédés démentent vos paroles ! Celles-ci sont douces, tendres, affectueuses; et vos procédés sont froids et indifférents, cruels et même barbares; vous le'voyez, et je ne m'en cache pas, je suis outrée contre vous. Non, non, il ne faut plus croire à la sincérité, à l'amitié; les vertus apparemment excluent tous les sentiments et rendent insensible à ceux qu'on inspire. Je sens que tout ce que je vous dis vous déplaira, et ne vous fera pas changer ; il n'est pas plus dans votre pouvoir d'aimer qu'il n'est dans le nôtre de cesser de vous aimer.

Quel parti faut-il donc prendre? Souffrir et se taire.

LETTRE DCXLII

DE MADAME OU OEFFAND A LA DUCHESSE DE CIIOISEUL

Ce samedi, 27 mai 1775.

Je ne suis pas de si mauvaise humeur, chère grand'maman , que je l'étais en vous écrivant la dernière fois : votre charmante lettre a apaisé ma colère; vos œufs durs ont amolli mon àme; j'ai senti que quelqu'un capable de se souvenir de tout ce qui pouvait être agréable, qui s'empressait à le procurer, devait avoir un bon cœur, et qu'il fallait être indulgente pour sa conduite ; ajoutez à cela que, le grand-papa ayant reçu une lettre de moi à son arrivée, je reçus hier à mon réveil une invitation de madame de Grammont pour souper le soir chez elle avec lui; que, n'ayant pas pu l'accepter parce que je devais avoir du monde chez moi, et ayant demandé, par un billet, à madame de Grammont, la permission d'aller chez elle après le souper, le grand-papa qui dînait avec elle me fit dire qu'il m'apporterait sa réponse. En effet, il me vint rendre visite sur les huit heures, et je fus sur les minuit chez madame de Grammont, où je trouvai huit ou dix personnes dont aucune ne me fit peur^mais qui toutes ensemble ne me firent pas la millième

DE MADA;ME du DEFFAND. 474

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