Du comte de Guignes contre Tort, son secrétaire
que son frère, mais il est pour lui un très-bon second. II ne vous sera jamais à charge. Il n'y a point à craindre avec lui rioconvénient de l'ennui. Il partagerait bientôt celui qu'il pourrait causer. Il lui faut de l'occupation, et dans sa situation il la trouvera sans peine.
Je n'ai point encore de nouvelles de l'arrivée de M. de Guignes. Je ne sais si on me dira librement tout ce qu'on pense.
On dit ici beaucoup de bien du sermon de M. d'Aix, mais qu'il ne sera pas imprimé. Je laisse le soin à l'abbé de vous rendre compte de toutes les nouvelles et de toutes les spéculations. Ce serait pour moi un embarras dont je me tirerais mal.
J'ai une commission à vous donner. Il ne faut pas que vous perdiez un moment à vous en acquitter. Écrivez au grandpapa que, pour réparer le tort qu'il a eu en manquant à la parole qu'il m'avait donnée» la veille de son départ, de me rendre visite, j'exige qu'il me donne une soirée des trois ou quatre jours qu'il doit passer ici, au retour de Cirey, avant de vous aller trouver, et qu'il vous marque quel quantième ce sera. Je vous prie aussi de faire savoir à madame de Grammont que je vous demande de ses nouvelles, que je désire savoir comment elle a soutenu le voyage et comment elle se porte. Vous a-t-elle écrit la frayeur que la maréchale nous donna chez M. de Gontaut? Elle avait trop soupe et peut-être un peu trop bu; elle s'assoupit, et, voulant parler, elle avait la langue embarrassée et l'on crut qu'elle allait tomber en apoplexie. On envoya chercher Tronchin. On prit autant de précautions qu'il fut possible pour ne la point inquiéter, et elle ne parut pas inquiète dans le moment ; mais hier et avant-hier je l'ai trouvée bien triste et l'air préoccupé. Elle m'a confié que Tronchin lui avait dit qu'il soupçonnait qu'elle avait le scorbut. Elle n'en est point fâchée parce qu'elle croit avec raison qu'il y a bien des remèdes pour ce mal, et que tout ce qui la détourne de l'idée de l'apoplexie la rassure et la satisfait.
Je passai hier une soirée fort agréable avec l'abbé et
M. Necker. Nous lûmes une de vos très-anciennes lettres que j'avais copiée dans un recueil. Elle nous causa la plus grande admiration. M. Necker en fut enchanté. Je lui fais espérer que je le ferai vous rencontrer chez moi Thiver prochain. Demandez à Tabbé si vous ne serez pas contente de lui. II plaît beaucoup à Tabbé et l'abbé lui plaît infiniment. J'ai fort envie que vous fassiez connaissance avec lui. Aucun plaisir ne peut être parfait pour moi quand je ne le partage pas avec vous. Oh ! rien n'est si vrai, votre petite-fille vous aime de tout son cœur.