L*origÎDal porte
A confier ses malheurs , souvent on les soulage. C'est évidemment une distraction du secrétaire.
tout cela ; il vous assurera que M. Turgot se dissout; que cesi entre les probabilités celle quil veut croire. Nous verrons s'il a raison.
Je soupe ce soir chez madame d'Enville; si je fais des remarques qui en valent la peine, je vous en instruirai.
Sans doute que l'abbé vous rend compte des soupers du vendredi; il n'y en aura point cette semaine. Madame de Grammont va aujourd'hui à Chaville; elle y restera jusqu'à mercredi , qu'elle partira pour La Ferté, dont elle ne reviendra que samedi. Je souperai mardi chez la petite sainte, elle partira le 17 pour Ileilly *. Le grand-papa n'arrivera-t-il pas ici le 20 ou le 21 ? Gompte-t-il faire quelque usage de moi? Quel sera-t-il? Demandez-lui, chère grand'maman, et faites-Je moi savoir.
La maréchale de Luxembourg se porte bien; le régime qu'elle a observé depuis sa petite maladie lui a fait un bien infini.
Je me flatte que vous vous portez à merveille, et qu'il ne manque rien à votre bonheur, si ce n'est la présence de l'abbé; mais les deux prélats vous sont une ressource.
Je soupai hier chez une femme qui vous a beaucoup vue, à ce qu'elle dit, chez le commandeur de Solar; c'est l'ambassadrice de Sardaigne. C'est une femme fort aimable, et qui ne peut pas manquer de me paraître telle, par tout le cas qu'elle fait de vous ; elle en dit tout ce que j'en pense. 11 vous est permis plus qu'à personne d'avoir de l'amour-propre ; tout y concourt et vous y autorise; mais, hors vous, à qui cela est-il permis?
1. Magnifiquo châtoau en Picardie près d'Amiens, qui avait passé des Goufticr aux Choiseul; a«jourd*hui dé^moli.
LETTRK DCLXXIV
DK MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISKUL
Ce lundi, 14 mai 1774.
Que d'événements, que de surprises, et je peux ajouter que de joie et de plaisir * ! Ce qui m'en a fait le plus , je l'avoue, c'est le triomphe de M. de Guignes; j'y vois non-seulement tout ce qu'il a de brillant, de flatteur, de charmant, mais j'y vois mille autres choses qui s'étendent bien loin. Le renvoi du Turgot me plaît extrêmement, tout me parait en bon train, mais assurément nous n'en resterons pas là.
N'avez-vous donc pas tort avec votre petite-fille, chère grand' maman? Mais non, car l'abbé m'a dit que vous deviez m' écrire par l'évêque. J'apprendrai par votre lettre ou par lui ce que fera le grand-papa, et quelle sera ma part. Je donnerais en vérité quelques mois de ma vie pour que vous vinssiez avec lui ; ne trouverez-vous point de la lésine quand je dis quelques mois? Mais, grand'maman, songez-y bien, et vous verrez que je suis fort noble.
Hier, en apprenant la nouvelle du Turgot, je fis sur-lechamp une parodie, c'est-à-dire je la commençai. Je voulais l'écrire au grand-papa; la voici, achevez-la.
Mortel chéri du ciel, viens combler notre joie; Au conseil Turgolin le Roi n'est plus en proie, Ses yeux sont dessillés, les sols -sont confondus, Viens briller près de lui dans le rang qui t'est dû.
Je ne suis pas contente de ce qui suit.
En vérité, je serai bien aise de revoir le grand-papa; il y a
I. M. Turgot venait d'ôtre remplacé par M. de Clii^ny, ami du duc de Choi- ^^1, et le duc de Choiseul lui-même paraissait avoir des chances pour revenir au
pouvoir.
i18 CORHESrONDANCE
bien longtemps que je n'ai vu madame de Grammont; le dernier vendredi se passa sans elle; Chaville, La Ferlé, et puis encore Chaville, ont rempli quinze jours. Le dernier vendredi, la dominante * fut plus dominante que jamais. Ah! cest une grande princesse ; mais sa gloire, son brillant, m'éblouissent et m'atterrent; et malgré toute la dispositiçn que j'ai à l'aimer, tout l'esprit et les bonnes qualités que. je lui connais, il y a des moments où elle m'est (gardez-m'en le secret) insupportable.
Ma grand'maman, il n'y a que vous qui, de quelque côté que je vous regarde, soyez parfaitement selon mon cœur et selon mon goût. Nous nous querellons quelquefois, l'abbé et moi ; réellement il se fâche. Je suis persuadée que vous trouveriez qu'il a tort; il me dit de belles paroles toutes notées, des lieux-communs où il n'entre ni confiance, ni sincérité; il me parle comme il parlerait à madame de Cbâteau-Renaud. A propos, elle me vint voir l'autre jour, je ne sais d'où vient.
Mais, bon, j'oublie de vous parler de l'ambassadeur de Naples. Il est bien confondu, il adorait le Turgot, il ne cessait de brailler ses éloges. Il dit hier chez moi : On va oublier M. Turgot, et dans trois mois on dira la rage de son successeur. Je lui dis : Vous donnez bien de la marge, on n'a pas attendu si longtemps pour M. Turgot.
Bien des gens croient que M. de Clugny n'acceptera pas. Je trouve que cette décoration présente en annonce une autre et la rend nécessaire. Enfin, je philosophe dans mon tonneau, et je ne communique qu'à vous toutes mes pensées, folles ou raisonnables, comme vous voudrez les trouver; je ne les communiquerai plus à l'abbé; il m'assomme de gros lieux-communs, je m'en fâche, et il me dit qu'il n'a pas plus d'esprit que cela. N'allez pas vous imaginer que je l'en aime moins: l'instant d'après je n'y pense plus, et je l'aime de tout mon cœur; son esprit, son cœur, me plaisent, et puis son attache-