‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 76 sur 134 · III. li · texte numérisé non relu

III. li

après avoir beaucoup mangé. On le disait hors d'inquiétude.

J'ai envoyé en Angleterre l'éloge anonyme; on le dit de M. Guibert. Il vaut la peine d'être lu. Je suis fâchée de ne vous avoir pas envoyé mon exemplaire; mais j'imaginais que vous l'aviez reçu.

J'oubliais de vous parler de la petite sainte; elle a été trèsfatiguée de son voyage, et elle me marque beaucoup de contentement de son séjour; elle le prolongera jusqu'au 10. Son fils aîné m'a dit qu'à son retour elle irait à Petit-Bourg, chez madame de Poyanne, où elle restera jusqu'à la fin du mois. Je ne doute pas qu'elle n'ait beaucoup de désir de vous aller trouver; mais, chère grand' maman, mon intérêt à part (et je n'en ai point que je ne veuille vous sacrifier), vous ne devriez pas le souffrir. Bouvard prétend que rien n'est plus dangereux pour elle que les voyages, et elle m'avoue dans sa lettre qu'elle ne soutient bien la voiture que pendant six lieues.

Et votre pont dont j'oubliais de vous parler! Qu'en dit l'abbé? Ne lui fournira-t-il rien à m'écrire?

LETTRE DCCXXV

DE MADAME DIT DRPFAN0 A LA DUCHESSE DE CIIOISEUL

Paris, ce 8 septembre ITH.

Je n'ai point encore vu le grand-papa; il arriva samedi à sept heures du soir; il soupa chez madame de Beauvau avec huit ou dix personnes. Le lendemain, dimanche, j'envoyai sur les deux heures chez madame de Grammont, où je me doutais bien qu'il dînait, savoir de ses nouvelles et lui demander quand il me verrait et quand il voudrait souper chez moi; il me fit dire qu'il me verrait aujourd'hui, et que vendredi je lui donnerais à souper. Je n'en sais pas davantage.

Le Beautcville passa hier la soirée chez moi. Je ne cessai de l'interroger sur vous; il me confirma dans la confiance que j'ai

D votre amitié. Oh 1 que je regrette de n'être pas avec vous ans le moment présent! On ne jouit point de la vie, elle se issipe, il n'y a que le sentiment satisfait qui nous avise de otre existence et nous la rende agréable. Tout le reste est rouillard ou fumée. Je ne m'accoutume point à croire que j'ai UDt vécu. Qu'est-ce qu'il me reste de tout ce que j'ai fait, de lUt ce que j'ai vu, lu ou entendu? Rien, rien, vous exceptée, a'est-ce qui peut m'attacher à ce monde? L'horreur du néant; retomberons-nous? Voilà ce que personne ne sait, et sur loi le vraisemblable ne suffit peut-être pas. Cependant, que oire si l'on ne s'en contente pas? Je ne sais aucune nouvelle. . Walpole me mande que l'on dit à Londres que M. Necker t renvoyé et que M. de Galonné le remplace. On ne parle ici le de M. ou de mademoiselle d'Éon ; il a, dit-on, ordre de endre l'habit de femme, d'aller à Tonnerre, lieu de sa naisnce, de n'en jamais sortir, et s'il ne suit pas exactement cet dre, il sera privé de sa pension. On disait ces jours-ci la ine grosse ; mais elle ne l'est plus; elle le pourra devenir; on sure que rien n'est plus certain. Je vous vois entre M. de istellâne et l'abbé ; que ne puis-je former le quadrille ! je serais op heureuse.

P. S. Je rouvre ma lettre pour vous dire que j'ai reçu la i^te qu'on m'avait annoncée; c'est vous que j'en dois remerer. Je ne suis plus aimée, je suis devenue une étrangère. Je 91 point à craindre de vous un pareil malheur.

On vous apprendra ceux de M. de Viry. Je n'entreprendrai as de vous en faire le récit.

Voulez-vous bien dire à l'abbé qu'il est du dernier bien avec loi, et s'il accomplit ses promesses, il dissipera bien des nuages iie j'ai beaucoup de peine à écarter.

LETTRE DCCXXVI

DE MADAME DU DBFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Paris, ce 14 teptembre ITH. •

M. d'Arras m'a remis votre lettre, chère grand'maman; ji ne l'ai encore vu qu'un instant et au milieu de plusieurs personnes. Pour le grand-papa, je l'ai vu trois fois; la preniièn le lundi , surlendemain de son arrivée ; avant-hier vendredi, i soupa chez moi avec mesdames de Grammont, de Beauvau» d( Luxembourg, de Lauzun, de Boufllers mère; pour hommei MM. de Beauvau, de Naples, de Saint-Priest, Gibbon. Hier, je fus à une heure après minuit chez madame de Beauvau où ï avait soupe; j'y avais été invitée, mais j'étais engagée chez madame de La Vallière. Ils jousûent tous au cavagnole après leque le grand-papa me baisa au front, me dît adieu ; il part aujourd'hui pour Limours; il reviendra lundi 22, et vous ira retrouver mercredi 24 ; voilà ce que je sais de ses projets.

J'ai remis votre lettre à M. INecker; vous pouvez sans voui flatter compter sur tous les témoignages qu'il pourra vous donner de son respect, de sou attachement et de sa vénération.

Je ne vous parlerai point de M. de Viry ; vous en devez apprendre par d'autres plus de particularités que je n'en peuj savoir.

Je n'ai pas la certitude, mais je soupçonne que le chevaliei de Beauteville ira vous retrouver avec le grand-papa.

La petite sainte est à Petit-Bourg; vous savez sa marche, et qu'après cette campagne elle en projette une autre. Lk mois d'octobre et de novembre ne me seront pas fort agréables : Fontainebleau, Le Baincy, Sainte-Assise, enlèveront tous ceux qui n'ont pas de campagne particulière; et ceux qui en ont n'en reviennent guère qu'à la Saint-Martin.

Encore si Ton avait des livres! mais je suis à bout de toute

lecture ; il n'y en a aucune qui m'amuse, me plaise et m'intéresse. Si j'avais quelque talent pour écrire, je pourrais m' amuser à me rappeler le passé et à en faire des anecdotes ; mais quand on n'a ni talent, ni mémoire, ni yeux, et bientôt plus d'oreilles, il faut se contenter de végéter avec son Tonton, dont la, compagnie n'est pas la pire de toutes.

Ne voilà-t-il pas que j'abuse de votre loisir en vous faisant lire une si sotte lettre ! L'abbé, venez au secours de la grand'maman, faites-lui oublier l'ennui que je lui cause; il n'y a rien de plus contagieux que l'ennui ; il se communique par la poste aussi bien que par la conversation. M. du Bucq, qui vous portera cette lettre, exercera du moins votre esprit ; il me semble que son projet est de ne revenir qu'au mois de décembre.

Je vous quitte, chère grand'maman, pour répondre à M. Walpole, qui me mande que les dernières nouvelles du duc de Glocester sont qu'il était le 26 du mois passé à l'agonie ; il est fort occupé de l'état de la duchesse, qui, comme vous savez, est sa nièce.

Quand vous aurez le grand-papa et madame de Grammont qui le suivra de près, ne pourriez-vous pas nous envoyer l'abbé pour quelques semaines? mais il n'y consentirait pas. Adieu, chère grand'maman, vous voyez bien que je m'ennuie.

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