‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 79 sur 134 · Les Gloccster · texte numérisé non relu

Les Gloccster

VOS lettres à venir. Vous trouvez les miennes, dites-vous, fort courtes; vous n'aimez pas que je vous parle de moi. Je vous ennuie quand je vous communique mes pensées, mes réflexions; vous avez raison, elles sont toujours fort tristes. Vous entretenir de tel et telle, quelle part y pouvez-vous prendre?... Malheureusement je ne ressemble en rien à madame de Sévigné; je ne suis point affectée des choses qui ne me font rien; tout l'intéressait, tout réchauffait son imagination. La mienne est à la glace. Je suis quelquefois animée, mais c'est pour ua moment. Ce moment passé, tout ce qui m'avait animée est effacé au point d'en perdre le souvenir.

Tout le monde va revenir de Fontainebleau ; les maréchales de Luxembourg et de Mirepoix sont à Sainte- Assise , et je ne sais point encore quand elles en reviendront. Je vis au jour le jour ; si je pouvais me- sépai-er de moi-même, je ferais une bien bonne affaire. Je comprends aisément pourquoi l'on ne m'aime pas ; je me connais trop bien pour en ignorer la cause. Vous me direz : Que n'y remédiez -vous? Le puis- je? change-t-on de caractère? le naturel ne prévaut -il pas toujours, quelque effort qu'on fasse?... 11 n'y a peut-être que vous au monde qui soyez capable de démêler en moi quelques qualités qui puissent faire tolérer mes défauts. Cette sagacité produit en vous l'indulgence * , et c'est tout ce que je puis espérer de qui que ce soit au monde. Pourquoi, me direz-vous, êtes-vous donc si exigeante et avez-vous tant de vanité, de jalousie, etc., etc.? C'est que je vois que ceux qui ne valent pas mieux que moi sont mille fois plus heureux, et que l'injustice me révolte. Voilà comme on s'excuse, et vous y répliquerez facilement.

Je n'entends rien à vos Américains. Je me suis dite royaliste, je ne sais pas pourquoi ! Peut-être par politesse pourTambassadeur ; peut-être pour le plaisir de contredire ; mais je ne pérore pas sur cette matière, j'avoue que je n'y entends rien-

1. Il n'en avait guère pour elle et la traitait souvent bien durement.

DE MADAME DU DEFFAiND. 307

Ne vous occupez point du thé, j'en ai trouvé ici , de beaucoup moins bon que celui d'Angleterre, mais qui est passable.

J'ai lu le premier volume de M. Gibbon. Son style est trèsacadémique. Il me semble qu'il a été content de la traduction. Je lui dois une réponse, cela m'embarrasse assez.

J'ai reçu une très-longue lettre de M. Schouwaloff ; il m'a fait le récit de son voyage, de sa visite au roi de Prusse , dont il dit des merveilles, de son arrivée à Pétersbourg, de l'étonnement où il a été de ne rien reconnaître ; des dehors ^t des dedans de la ville, de la réception que lui a faite l'impératrice, de celle du grand-duc et de sa femme. Elles ont surpassé son attente. Il est charmé de leurs personnes, enchanté et étonné de l'excès de magnificence et de bon goût de leur palais. Si vous voulez , je vous enverrai sa lettre ; mais ce qui me fâche, c'est qu'il faut y répondre ; excepté à vous , c'est une fatigue pour moi que d'écrire.

Je suis fort inquiète de la santé de M. de Beauvau ; il se plaint d'une barre dans T estomac et de maux de reins. Il parait que depuis trois ans il a une humeur vague qui produit diflêrentes incommodités. Il est la personne de qui je reçois le plus de marques d'amitié. M. Gibbon vous dira que je le vois tous les jours ; il vous aura dit aussi que j'avais auprès de moi un neveu : il me quitte ces jours-ci ; je le regrette parce qu'il a des attentions, et peut-être un peu d'amitié pour moi. Il me promet de revenir quand j'aurai besoin de lui ; je m'arrange pour lui faciliter l'exécution de cette promesse. Croyez que je fais de mon mieux pour pouvoir supporter la vie.

Je ne sais pas l'adresse de M. Gibbon. Je vous prie de lui faire tenir cette lettre.

LETTRE DCCXXXIV

[ DU DEFFAND i

J'attendis que vous eussiez vu M. Walpole pour vous écrire; je dois juger par la lettre que j'ai reçue de lui que vous ne vous êtes pas extrêmement loué de moi.

Est-ce ma faute si vous n'avez pas trouvé à me voir le plaisir que vous vous en promettiez, et si j'ai diî être responsable de l'ennui que vous avez eu? Une connaissance de douze ans, qui a été entrecoupée par beaucoup d'absences, peut bien nuire aux sentiments, 11 n'est pas surprenant que vous ne vous soyez pas trouvé ceux que vous croyez encore avoir. De plus , tous vos autres amis étaient absents, votre santé était mauvaise; voilà des raisons bien sufTisantes pour ne vous être pas plu ici. Vous êtes injuste en croyant que j'en suis la cause, j'â contribué en tout ce qui était en mon pouvoir à votre amusement sans exiger de vous aucune assiduité. Vous avez eu tort de prendre pour des reproches de ce que je ne voulus pas convenir de vous avoir vu toutes les après-dîners ; je persiste à croire que vous n'y êtes venu que trois fois ; il est vrai que j'ai soupe presque tous les jours avec vous. Eufin, si vous aviez voulu être content de moi , j'aurais été parfaitement contente de vous. On me fait craindre de ne vous plus voir; j'en serais très-fâchée , ce sera un malheur à ajouter à tous ceux que j'éprouve, mais quand on a celui d'une extrême vieillesse, on doit s'attendre à tout perdre successivement dans les choses internes et externes de la vie. le suis actuellement en inquiétude pour les premières ; ce n'était pas assez d'être aveugle , j'ai de plus aujourd'hui la crainte de devenir sourde. J'ai vu l'abbé de Saint-Julien; vous pensez bien qu'il me dit tout ce

qu'il imagine pour me rassurer, mais la foi et l'espérance ne sont pas mes principales vertus.

Mandez-moi, mon cher petit Graufurt, comment vous vous portez; M. Walpole ne vous a pas trouvé bon visage; vous n'aurez jamais le bon procédé de me donner de vos nouvelles et vous direz pour raison : Nous autres Anglais, nous n'écrivons point; comme si le genre d'amitié dépendait du genre du climat; les usages en dépendent, mais le sentiment ne se soumet point aux usages.

Avez- vous vu milady Lucan? Lui avez-vous remis ma petite bagatelle? Voulez-vous bien dire mille choses pour moi à milord et milady Spencer? J'ai vu hier le chevalier Blaker, il a amené sa femme.

Ce dimanche, 16.

Dans l'instant que j'écrivais ceci , on me les a encore annoncés. Ma lettre a été interrompue et les visites se sont tellement succédé que je n'ai pu la reprendre de la journée.

Je laisse là les Blaker, je ne puis rien en dire. La femme est une nouvelle connaissance, et quoique j'aie assez vu le mari pendant l'ambassade de milord llarcourt, il m'en est resté peu de souvenir. Il vaut mieux vous parler de vos amis.

Madame de Cambis regrette véritablement de ne vous être pas venue voir; elle Ait que, si vous lui aviez écrit pour l'en prier, elle y serait venue.

Madame de RoncheroUes est à Sainte- Assise et n'en reviendra pas si tôt, c'est M. Francis qui me l'a dit. Il est fort content de vous, vous lui avez écrit deux fois depuis votre départ: l'une de Calais, l'autre de Londres.

J'en connais de plus misérables.

Ceci est une citation d'un ancien sonnet que j'ai tort de faire, puisque vous ne le connaissez pas.

Allons, mon cher petit Craufurt, repersuadez - vous que vous m'aimez encore et ne prenez aucune résolution ; ne dites point que vous ne reviendrez plus. Votre premier voyage sera plus heureux, vous me trouverez aussi tendre que jamais, et beaucoup plus indulgente ; résolvez-vous à la palinodie avec M. Walpole en lui disant autant de bien de moi que vous lui en avez dit de mal, mais surtout donnez-moi de vos nouvelles.

LETTRE DCCXXXV

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Paris, ce 82 novembre 1777.

L'abbé a dû vous dire, chère grand'maman, que je voulais voir M. Necker avant que de répondre à vos deux dernières lettres. Je le vis hier, et voilà ce qu'il m'a dit : qu'il y avait longtemps qu'il avait signé l'ordonnance des quatre cents francs qui restaient dus de la gratification , il ne comprend pas comment elle n'est pas payée, il donnera un nouvel ordre. Et il m'a renouvelé la promesse des deux cents francs d'augmentation à la pension. On ne peut marquer un plus sincère désir de faire tout ce qui pourra vous plaire et vous être agréable. Et moi, chère grand'maman, il ne serait pas en mon pouvoir d'exagérer le désir que j'ai de vous revoir; le temps s'en approche, je puis heureusement compter par des semaines et des jours; il n'est plus, grâce au Ciel, question de mois.

Nous avons un éloge de madame Geoffrin, par M. Thomas. Nous en attendons un autre de l'abbé Morellet. Si celui-là égale l'autre , on aura de beaux ouvrages ; il faut convenir que l'éloquence de notre siècle est bien piquante.

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LETTRE DCCXXXVI

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CllOISEUL

Ce mercredi, 5 décembre 1777.

Vous avez du i^cevoir, chère grand'maman , le petit billet de M. Necker au même moment où je recevais le grand chevalier. Voilà nos désirs satisfaits. 11 m'en reste cependant bien d'autres , je vous les laisse à deviner. Si votre meilleur état se soutient, et si, en baisant vos jolies petites menottes, je les trouve potelées ,• c'est alors que réellement mes désirs seront satisfaits. Il y a près de trois semaines que je n'ai vu M. Necker ; je le verrai demain , je lui ferai grand plaisir en lui apprenant que vous êtes contente de lui. Je ne suis sortie que deux fois depuis trois semaines : l'une pour aller chez la petite sainte, l'autre chez les Caraman. J'ai trouvé qu'il était fort doux de rester chez soi ; la paresse n'évertue pas l'esprit, mais ce n'est pas un malheur que d'être bête.

J'ai commencé à lire aujourd'hui le portrait de madame Geoffrin, par l'abbé Morellet; l'intitulé est Portrait y ce que j'en ai lu me paraît moins fastidieux que V Eloge de Thomas ; toais tout cela est bien du bruit pour une omelette au lard. (Test de mademoiselle la chevalière d'Éon dont je voudrais qu'on écrivît l'histoire, et non des éloges et des portraits de caillettes quelconques.

Dites, chère grand'maman, serez-vous ici le 20 de ce mois? c'est le terme que je puis donner à mon impatience ; ne la poussez point à bout et venez trouver votre petite-fiUe qui, sans exagération, ne peut plus supporter l'ennui de ne vous pomt voir.

Je vous prie de dire à l'abbé que je réserve à lui dire tout ce que je pensa quand je le reverrai ; je lui tiendrai lieu de la pie qu'il a perdue; mais pour écrire, cela ne m'est pas pos-

sible; je peux dire comme mademoiselle Le Maure : Je suh bâte comme un cheval mort.

LETTRE DCCXXXVIl

DE MADAME DU DE F F AND A LA DUCHESSE DE CIIOISEUL

Ce mercredi, 22 avril 1"78.

Il ne m*est pas possible, chère grand'maman, de ne pas charger ceux qui s'en vont vous trouver d'un petit billet. Si je le remplis de mes sentiments, de mes pensées, rien au monde ne sera plus triste; votre départ a mis le comble à ma tristesse habituelle. Mais je m'interdis tout épanchement sufcet article, je ne veux m' occuper et vous parler que du bonheur dont vous jouissez et que vous méritez à si juste titre. Tous vos moments sont agréables, toutes vos pensées sont douces; il n'entre dans aucune ni repentir ni reproche; la fortune a pris soin de votre bonheur, mais votre raison n'en a pas moins tout Thonneur. Le grand-papa était fait pour vous, il vous fallait pour remplir votre cœur un être (souffrez ce terme) susceptible de toutes les passions, que vous fussiez toujours son principal objet, et que vous eussiez la gloire et le plaisir d'en devenir l'unique. Quelle différence de cet état à celui d'être isolé, et de se dire qu'on n'est pas en droit de s'en plaindre, et qu'en réfléchissant sur soi-même, on n'a point à se plaindre des objets dont on est environné, mais de soi-même ou plutôt de la nature qui nous a refusé tout ce qu'elle vous a prodigué !

Voilà des réflexions qui ne paraîtront pas piquantes au grand-papa, épargnez -lui la lecture de cette lettre, et que je puisse prendre la licence de vous écrire toujours tout ce qui me passera par la tête. Il n'y a pas depuis votre départ la plus petite nouvelle. Je vis hier M. de Castellane et M. du Bucq. Je compte voir aujourd'hui le chevalier de Beauteville. On dit qu'il part demain pour Chanteloup; s'il vient, je lui remettrai

cette lettre; s'il ne vient pas, je l'enverrai à M. du Bucq. Je voudrais qu'on fît un Bucqxianiima ^ il y faudrait ajouter des notes, il en exigerait plus que les Maximes de La Rochefoucauld.

Voici une épigraphe (je ne sais si c'est le mot), pour mettre au bas du portrait de M. Franklin ; je ne doute pas que vous n'entendiez le latin :

Eriptdt cœlo fulmeriy sceptrumque tyrannis.

Vous savez qu'il a perfectionné l'électricité.

LETTRE DCCXXXVIII

DE IIADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CUOISEUL

Ce samedi, 2 mai 1778.

Vous croyez bien, chère grand'maman , que je ne laisserai pas partir madame la duchesse de Grammont sans lui remettre une lettre, puisqu'elle a la bonté de vouloir bien s'en charger. Elle me rendit hier au soir une petite visite, c'était la première depuis votre départ, et quoique son départ à elle soit demain, j'aurai cependant encore l'honneur de lavoir; elle est si aimable que, quand on est auprès d'elle, on l'aime tant qu'on oublie tous ses torts. J'espère que vous, le grand-papa et elle parlerez quelquefois de moi. J'écrirai, mais rarement; des lettres uniquement remplies de sentiments vous ennuieraient. Je profiterai de tout ce qui viendra à ma connaissance : nouvelles, événements de toute sorte. Il est vrai que j'ai le malheur de :»e rien retenir, mais l'intention que j'aurai de vous tout redire me donnera de la mémoire. Je crois que l'indifTérence est ce qui y nuit le plus.

Je suis contente de l'abbé, je le vois assez souvent; je lui en sais d'autant plus de gré que ce qui l'amène et qui me le fait désirer, c'est le plaisir de parler de vous. C'est un de vos bonheurs d'avoir un tel ami. J'attrape quelques éclabousisures

de sentiments; il aime à voir ceux qui vous aiment, rien n'est plus naturel.

Je regrette le marquis S il ne m'avait jamais tant phi que dans son dernier voyage ; sa misanthropie ne me déplaît nullement ; je voudrais qu'il mitigeât un peu son cynisme ; mais qiû est-ce qui est parfait? Ah! je le sais bien! mais je me garderai bien de vous le dire.

Voltaire, qui n'est pas le plus parfait des hommes, mais qui est le plus extraordinaire, était assez malade ces jours-ci. Son départ est toujours incertain, on est en doute entre Femey et l'autre monde.

Je suis obligée de finir, il m'arrive compagnie.

Adieu , chère grand'maman.

Voici des vers que d'Alembert a faits pour Franklin :

Sa vertu, son courage et sa simplicité De Sparte ont retracé le caractère antique ; £t cher à la raison, cher à Thumanité, H éclaira l'Europe et sauva l'Amérique.

Tu vois le sage courageux Dont l'heureux et mâle génie Arracha le tonnerre aux dieux , Et le sceptre à la tyrannie.

LETTRE DCCXXXIX

DE UADAME DU DEFP ND A LA DUCHESSE DE GHOISECL

13 mai H'S.

Je vous avoue mes torts, chère grand'maman, je fais mille efforts pour retenir l'abbé jusqu'à mardi, et je prévois qu'ils seront inutiles; il partira peut-être demain. Je le querelle, je le flatte, je m'y prends de toutes façons, tout cela est inutile.

i. De Castellane.

«Votre grand'maman m'attend. — Oh! elle ne vous saura pas mauvais gré que vous cédiez à mes instances et que vous restiez pour souper encore une fois chez la petite sainte. — Vraiment, je ne prétends pas que votre grand'maman ne puisse se passer de moi. — Elle ne le peut ni ne le veut; mais elle a de la condescendance pour sa petite-fille, et sur SLX ou sept mois que vous allez passer avec elle , elle aurait la complaisance de concéder trois jours ! » Paroles inutiles , il pai'tira et ce sera lundi, à ce que je présume, qu'il vous remettra lui-même cette lettre.

Vous croyez bien que je ne la remplirai pas de nouvelles; il vous dira celles d'aujourd'hui et celles qui surviendront d'ici à son départ. Mais vous, vous ne m'en dites point de Chanteloup. J'ignore quelle compagnie vous y avez, la vie que vous menez; et de quoi je me plains le plus, c'est que vous ne me dites pas un mot de votre santé. J'en conclurais de toute autre qu elle est bonne ; mais vous êtes si réservée sur cet article , vous êtes si peu occupée de vous et vous craignez tant de donner de l'inquiétude, que votre silence ne rassure point, il fait l'effet contraire.

La pauvre madame de Ségur a enfin succombé. On n'est pas trop au fait des causes de sa mort. On dit les entrailles desséchées, de la gangrène dans certaines parties; mais tout cela est vague et j'en conclurai qu'on n'a point connu son mal. Je sais peu de détails de son testament : elle laisse son bien selon la coutume; celle de Saint-Domingue est la même que celle de Paris. Elle donne à madame de Beauvau ses boucles d'oreilles; à madame de Luxembourg un couvert d'or qu'elle n'a point et qu'elle ordonne qu'on fasse faire. La maréchale n'en veut point, et veut à la place une tasse de porcelaine dont elle ait fait usage.

M. le duc de Chartres est parti la nuit de mercredi à jeudi avec deux de ses officiers ; on a refusé au chevalier de Boufflers et à M. de Gand la permission de s'embarquer avec lui.

Le maréchal de Broglie n'est attendu que mardi. Je viens de recevoir dans le moment des nouvelles de son frère le comte, datées de Brest et du 12. Je ne sais s'il savait alors la nomination de son frère. 11 ne m'en parle pas et il me dit qu'il sera à Paris le 20.

On veut toujours croire la guerre incertaine.

Ce samedi, 16.

Ici ma lettre a été interrompue , et je la reprends aujourd'hui à mon réveil. C'était hier mon vendredi, il fut très-peu nombreux et je n'appris rien, si ce n'est que la maréchale accepte le couvert d'or. Elle ne pouvait refuser, dit-elle, sans choquer le mari. J'eus le Choiseul-Gouffier, que nous sommes convenus d'appeler le Grec *. M. de Beauvau soupa hier chez moi, son épouse chez madame de Poix; mais elle vint chez moi à une heure et demie, elle y est restée jusqu'à trois. Elle restera à Paris jusqu'à mercredi ou jeudi , son mariage se fera mardi. Le prince, qui retourne aujourd'hui à Versailles, en reviendra lundi et n'y retournera qu'avec elle. Il y a des gens qui aiment à trouvef beaucoup de noms propres dans les lettres. Je souhaite que vous ayez le même goût pour les jours de la semaine : celle-ci m'en paraît pleine.

C'est demain que l'abbé partira; mais je ne veux pas que vous ne sachiez rien que par lui ; ainsi je me hâte de vous apprendre la mort de milord Chatam. 11 a manqué, en la retardant, d'en faire un événement; elle ne changera rien à la situation présente. Voilà cette feuille bien avancée, il ne me reste de place que pour vous embrasser ainsi que le grandpapa , et dire à madame de Grammont qu'elle est bien ingrate si elle ne m'aime pas un peu, car je l'aime à la folie.

1. Ambassadeur à Constantinople ; il publia à grands frais un Voyage pittoresque en Grèce,

LETTRE DCCXL

DE MADAME OU DEFPAND A LA DUCHESSE! DE CHOISEUL

Ce mardi , 2 juin 1T78.

Si vous daignez penser à moi, si vous me faites la grâce de vous en souvenir, vous devez croire que je suis morte ou que j'ai perdu l'esprit. Le premier n'est pas vrai ; mais du second il ne s'en faut guère. Des surcroîts de malheur m'ont accablée et m'ont ôté toute faculté, surtout celle d'écrire.

Représentez-vous, chère grand'maman, qu'à une extrême vieillesse et à l'aveuglement il se joint la surdité. Quel personnage peut-on faire dans le monde? Ajoutez à cet état l'absence des personnes que l'on aime, et enfin, pour comble, la mort d'un de mes anciens domestiques qui m'était extrêmement attaché, et la maladie de ma première femme de chambre, que j'ai bien peur de perdre aussi. C'est trop de malheurs à la fois; je n'ai pas le courage de les soutenir. Dans cette situation la mort de Voltaire m'a fait, je l'avoue, peu d'impression, et je suis hors d'état d'en raconter aucune circonstance.

Je n'avais de bonheur que le bonheur domestique ; je suis à la veille de le perdre. Je vous demande pardon de Teiïroyable tristesse de cette lettre. J'abuse de vos bontés, ma confiance est trop excessive, pardonnez-la-moi, et consolez-moi en m'écrivant ou en me faisant écrire par Tabbé que vous n'abandonnerez jamais votre petite-fille.

A 9 heures.

Ce que vous venez de lire est de l'écriture de mon invalide ; voici de celle deWiart; dans peu de jours je lui en dicterai une plus longue et une pour l'abbé; mais il faut que je sois plus tranquille.

3t8 CORRESPONDANCE

LETTRE DCCXLl

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE GUOISEUL

Ce dimanche, 7 juin 1778.

Vous êtes la bonté même , chère grand* maman. Quand o :ii est aimé et protégé par vous, on ne doit plus rien désire ^«r. Votre dernière lettre m'a rendue heureuse ; il ne me reste pli de chagrin. J'ai seulement du regret de vous avoir attristée p^ mes doléances. Tout va mieux pour le moment dans mon d< mestique. C'était Conti dont j'étais fort en peine; elle avs^Jt une colique si violente qu'on craignait l'inflammation. Elle ^st guérie. Madame Wiart fait le remède de Vèze. Jusqu'à présent il ne produit pas grand efiet; mais il y a tant de personnes qui s'en sont bien trouvées, que j'espère qu'elle sera du nombre. J'ai réparé la. perte de mon cuisinier en en prenant un qui est meilleur ; enOn , mon petit ménage ne va pas mal. J'ai fait k découverte que nos nouveaux bâtiments sont occupés par des personnes assez sociables et avec qui je peux faire quelquefois un petit loto. C'est un jeu qui me plaît assez. Je sais par cœur les chiffres de plusieurs tableaux ; ce sont ceux que je choisis, et ma mémoire supplée à ma vue. 11 est vrai que je deviens sourde, mais pas au point de ne pas entendre ceux qui parlent posément et distinctement, sans qu'il soit besoin d'élever la voix. Enfin , je me dis qu'on ne saurait vieillir impunément, et que, loin de se plaindre de son sort , on ne peut trop s'en applaudir quand on est protégé et aimé par vous.

J'attendais avec impatience des nouvelles d'Angleterre, i'ai reçu aujourd'hui une lettre de M. Walpole; il ne me mande rien qui ne soit dans les gazettes. Il me dit seulement que, tant que la guerre ne sera pas déclarée, il espérera. On pense ici de môme. On prétend que l'Espagne fait son accord avec l'Angleterre ; que celle-ci reconnaîtra l'indépendance de l'Amérique

et que tout se pacifiera. On ne savait point encore hier quand le maréchal de Broglie devait partir. On dit même tout bas qu'il se pourrait bien qu'il ne partît pas. Dieu le veuille !

Enfin , Voltaire a été enterré dans une terre aussi sainte qu'on pouvait le désirer, dans un couvent de Bernardins, dont l'abbé Mignot, neveu de Voltaire, est prieur ou abbé. Madame Denis est sa légataire universelle *. Il laisse cent mille francs à l'abbé Mignot et autant à M. d'Hornoy, son petit-neveu, conseiller au Parlement.

Je ne soupai point jeudi, comme je vous l'avais mandé, avec madame de Grammont , chez mesdames de Boufllers. Je fus fort incommodée ce jour-là, et je me couchai sans souper. Vous savez que madame de Grammont reviendra à Paris; peutêtre passera-t-elle la soirée chez moi vendredi, mais je ne le crois pas.

La fête de vendredi, à Marly, a été trouvée très-jolie. C'était la troupe de Nicolet. Je suis persuadée que nos meilleurs théâtres aujourd'hui sont Nicolet et Audinot ; les autres ne sont que des rapetasseries et des bigarrures du plus méchant goût. Le bon goût est perdu, et généralement sur tout. Qui est-ce qui succédera à Voltaire? Lemière, Chabanon ou Champfort? L'abbé de Radonvillers, qui est chancelier, devait faire le discours de réception ; il ne le fera pas. On dit que ce sera d'Alembert. On dit qu'il faudrait laisser un fauteuil vacant

1. La fortune considérable dont hérita madame Denis lui fit trouver un second mari , M. du Vivier, commissaire des guerres. Elle avait alors soixante-dix ans. Grimm raconte que, fier d*une aussi terrible conquOte, M. du Vivier affectait de donner le matin des audiences dans le lit nuptial. D^Âlembcrt s*enquérant de la vérité du fait à un domestique qui venait de porter une lettre à la nouvelle mariée, et lui demandant s'il avait trouvé le mari avec la dame, il répondit naïvement : « Pour le mari , si ça Tétait, je ne puis rassurer; mais c*était toujours un quelqu'un. » La statue de Voltaire qu'on voit aujourd'hui encore sous le péristyle daThé&tre-Français, avait d'abord été destinée à TAcadémie; mais madame Denis, choquée des plaisanteries que se permirent quelques-uns de MM. les quarante, et mtoat d'Alembert , lors de son second mariage , en fit don à la Comédie-Fran -

àrAcadémie et que ce serait Téloge convenable, personne ne pouvant le remplacer. L'Académie, en corps, a été complimenter madame Denis. Voilà tout ce que je sais. J'écrirai incessamment àTabbé.

LETRE DCCXLII

DE MADAME DU DEFPAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Paris, ce l" juillet 1778.

Vous ne vous doutez pas, chère grand'maman, de Tagrément et je pourrais dire de la beauté de vos lettres; elles seraient trouvées charmantes dans un recueil; jugez de l'effet qu'elles font à celle à qui elles sont adressées : elles me tournent la tête. Je pourrais être embarrassée si je prétendais atteindre à votre style, mais j'en connais l'impossibilité; vous vous contenterez de la vérité de mes sentiments, vous me ferez grâce sur l'expression.

Je passai lundi la soirée avec le président chez la petite sainte; je lui fis cent questions, il satisfit à toutes. Il était content de votre santé; celle du grand-papa est brillante, et le pauvre abbé a toujours ses nerfs qui le tourmentent; on ne le croirait pas en lisant ses lettres; ils ont, dans l'instant qu'il écrit, tous leurs ressorts; c'est comme remède que je lui conseille de m'écrire tous les jours, ils me feront un double bien. Moi, je n'ai pas de nerfs, à ce que je crois, elles m'en feront venir qui me tireront de ma léthargie.

La petite sainte était dans son lit, elle avait été saignée et elle avait un peu de fièvre. Hier elle se portait mieux. Je n'ai point encore aujourd'hui de ses nouvelles. Sa belle-fiUe cadette est dans son neuf depuis dix ou douze jours.

La semaine prochaine nous enlèvera bien du monde , tout ce que je connais d'officiers généraux. Quelles seront leurs opérations? Beaucoup de gens ici ne croient point à la guerre,

DE MADAME DU DEFFAND. 3ît

et il y CQ a plusieurs en Angleterre qui pensent de même. Pour ce qui regarde l'Allemagne, je ne m'avise jamais d'y penser.

Madame de Fleury, depuis quelques jours, est le sujet des conversations, M. de Senlis n'y joue pas un beau rôle; mais le résultat de cette grande affaire me paraît heureux pour Mesdames : elles seront débarrassées de quelqu'un qu'elles ennuyaient, et il n'y a pas de compagnie plus désagréable que celle qu'on ennuie. D'ailleurs cette dame de Fleury, que je ne connais point du tout, mais par tout ce qu'on en dit, me paraît un peu folle.

11 me semble, chère grand'maman, que vorus n'avez pas beaucoup d'hommes à Chanteloup; vous avez cependant bien de quoi les attirer, de grandes, belles et jolies dames, mais la guerre, la gloire, enlèvent tous les hommes.

Savez-vous à quoi je passe le temps, c'est-à-dire celui de mes insomnies? C'est à calculer combien il y a de mois, de semaines, de jours, d'heures et de minutes jusqu'au 20 de décembre. Je n'en ferais qu'une enjambée, s'il était en mon pouvoir, sans être arrêtée par le peu qui m'en resterait à faire, pour arriver où vous savez.

Écrivez-moi, chère grand'maman , dites à cet abbé de m'écrire et que ce soit à bride abattue, sans rime ni raison ; plus ses lettres seront folles et décousues, plus elles me feront plaisir. Pour vous, chère grand'maman , dites-moi que vous m'aimez, et je fais serment de le croire et de bannir toute espèce de doute.

Définissez-moi, je vous supplie, quelle est la différence entre défiance et méfiance; amusez-vous à expliquer les mots qui semblent synonymes, et quand les nerfs de l'abbé lui permettront, il me fera plaisir de s'en occuper et de me communiquer ses décisions ou définitions.

LETTRE DCCXLIII

DE MADAME PU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce dimancho, 19 jaillet 1778.

Voilà donc le chevalier qui part demain, il en est charmé. Vous le garderez tout le mois d'août. Vous aurez aussi dans peu M. Tévêque d'Arras. Ils ont bien raison, j'en ferais autant et plus qu'eux si j'en avais le pouvoir. Vous comprenez bien, chère grand' maman, le peu de compagnie qui me reste, et vous avez ouï dire que la solitude est à l'esprit ce que la sécheresse est à la terre : il s'ensuit la stérilité. Je n'ai pas la ressource des nouvelles; l'intérêt que je prends à celles qu'on débite est d'un genre qui ne fixe rien dans ma mémoire. Je lis la Feuille du jour y la Gazette de France y le Courrier de FEuropey le Mercure : il ne m'en reste rien. Les insomnies nuisent beaucoup à la mémoire ; l'usage que l'on fait de la vie ne devrait . pas la rendre précieuse, et cependant on y est attaché, on croit toujours que l'instant qui suivra vaudra mieux que l'instant présent. Je suis effrayée quand je pense à l'usage que j*ai fait du nombre d'années que j'ai vécu, de leur inutilité ! Je regrette de n'avoir rien appris. Je voudrais être aussi savante que l'abbé ! A propos, j'appris l'autre jour par le plus grand hasard la décoration du salon de votre pagode ; comment ni vous ni l'abbé , ni tous ceux qui reviennent de Ghanteloup ne m'en ont-ils jamais parlé? Ce fut Mayeux, un des gens de M. de Gontaut , qui me dit qu'il avait vu mon nom dans la pagode, cela me surprit; je l'interrogeai, il me l'expliqua et m'en fit ta description. J'ai su depuis, par le chevalier de BeautevillCt que c'était de l'invention de l'abbé. Rien n'est plus galant que cette idée. Pourquoi a-t-il été si mystérieux? Je voudrais savoir plus de détail. Fûtes-vous surprise en arrivant? Engagezk à me tout raconter.

Dans ce moment je suis interrompue par une petite lettre de vous; vous me reprochez mon silence; vous avez la bonté de vous en inquiéter. Hélas ! je me porte bien , mais je m'ennuie, et quand on s* ennuie on ne pense pas, on n'a rien dire, on craint de communiquer son mal ; on a des sentiments, mais on ne saurait les exprimer. Vous êtes bien bonne de vous apercevoir de mon silence : soyez bien persuadée que je pense sans cesse à vous, que le plus grand de mes malheurs est d'être séparée de vous; c'est le plus grand inconvénient que je trouve dans ma vieillesse. Mais changeons de sujet.

J*attendais aujourd'hui des lettres d'Angleterre ; il n'y a point de courrier : la correspondance est sans doute interrompue; c'est ce que je saurai aujourd'hui et que le chevalier vous apprendra ; j'en serais fâchée ; ne l'êtes-vous pas de tout ceci et ne détestez-vous pas la guerre ? Ne pouvions-nous pas nous en dispenser? Mais je me tais , je n'entends rien à la politique, ni en vérité à quoi que ce soit. Votre petite-fille n'est qu'une bête brute, une souche, mais qui voudrait végéter auprès de vous.

LETTRE DCCXLIV

DB LA DUCHESSE DE CHOISEUL A MADAME DU DEFPAND

Chanteloup, ce 22 juillet 1T78.

Comment pouvez-vous croire , chère petite-fille , que les inscriptions de la pagode aient été une surprise pour moi , et que ce soit la galanterie de l'abbé qui nous ait ménagé cette surprise ? M. de Choiseul n'a jamais eu d'autre idée, en faisant élever cet édifice, que d'en faire un monument de sa reconnaissance en y inscrivant le nom de tous ses amis et de tous ceux qui, pendant son exil , lui avaient donné des marques de tendresse, de bonté et d'attention, chacun selon les différents rapports qui leur conviennent. C'est ce que porte précisément

3i4 CORRESPONDANCE

Finscription. Je vous en envoie la copie pour que vous n'en puissiez pas clouter. C'est Tabbé qui Ta faite ; nous ne pouvions nous adresser qu'à lui pour bien exprimer nos sentiments. Il nous fallait un chancelier qui eût assez d'esprit pour ne dire que le fait. Les phrases eussent été de fort mauvais goût dans ce genre, et j'espère que vous serez frappée de la noblesse que lui donne son extrême simplicité. Il y en a une autre qui est un petit compliment que M. de Choiseul a voulu faire à madame de Grammont et à moi. Il était fort juste qu'il rendît un hommage à madame sa sœur ; mais j'ai trouvé fort ridicule qu'on allât fourrer mon nom là, et j'ai fait inutilement tout ce que j'ai pu pour l'en empêcher. Je ne vous envoie pas cette seconde inscription , parce que je ne m'en souviens plus. Tous les autres trumeaux du salon sont recouverts de tablettes de marbre sur lesquelles sont inscrits, par ordre alphabétique, les noms de toutes les personnes qui sont venues ici pendant l'exil. On a eu raison de vous dire que le vôtre y était; il y est même d'une façon très-distinguée, et c* est le seul auquel nous nous soyons permis des distinctions, parce que la marque d'amitié que vous nous avez donnée était très-distinguée et que notre cœur l'a fort distinguée. J'ai passé mon été dernier à faire graver ici tous ces noms sous mes yeux. Les marbres ont été posés la veille de mon départ, et j'ai eu, dès l'année passée, le plaisir de les voir en place; mais je n'en ai point parlé, parce que la surprise devait être pour ceux qui, ne sachant pas l'objet de la pagode, y trouveraient leurs noms en la visitant, et par cette raison, personne ne devait le savoir avant que nos amis eussent lu leur nom. C'est parce qu'on l'ignorait que, jusqu'à ce moment , tant de gens disaient : A quoi bon un si superbe édifice pour décorer un jardin? En effet, un bâtiment de quarante mille écus, qui n'aurait eu d'autre objet que de décorer un jardin , eût été un monument de la folie. Je désire qu'on l'approuve, aujourd'hui que c'en est un de l'ami- Ué, afm qu'on ne croie pas M. de Choiseul fou , mais que l'on

sache qu'il est sensible. Des caractères chinois, aussi gravés sur les marbres, et qui sont sur le péristyle, expriment encore le sentiment dans lequel il a été élevé. L'un est le mot reconnaissance et l'autre amitié. Us courent l'un après l'autre dans toute la partie circulaire du bâtiment. Je laisse à l'abbé le soin de faire la description du reste; il vous peindra, comme dit Boileau , les corniches, les festons et les astragales. 11 doit, je croîs, vous écrire demain, s'il ne souffre pas trop, car ses nerfs le tourmentent toujours; mais il souffre plus courageusement les maux qu'ils lui font.

Le chevalier de Beauteville m'a rassurée sur votre santé et par votre lettre qu'il m'a remise, et par ce qu'il m'en a dit. Je suis bien aise de n'avoir point à m'en prendre à elle de votre silence. Je serais fâchée cependant d'en devoir accuser votre oubli ; mais vous me dites que vous m'aimez, et j'ai trop d'intérêt à vous croire pour ne pas m'en donner le plaisir. Croyez aussi que le grand-papa et moi vous aimons de tout notre cœur, car rien au monde n'est plus vrai.

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