DO BARON DE GLEICHEN A MADAME DU DEFFAND
Cbanteloap , 9 juin n69 , ce vendredi à midi.
J'arrive et je vous écris, madame, parce que je vous avals promis de ne vous pas écrire. J'ai été reçu comme on reçoit ceux qu'on veut rendre extrêmement heureux , et on n'aura pas grand'peine à y réussir, car je doute qu'il y ait un lieu où, en fait de bien-être, on ait tant porté d'eau à la rivière comme à Chanteloup; je dis porté l'eau à la rivière par la raison que , quand on serait dans le plus vilain pays , dans une chaumière , dans la disette de toutes choses, avec la grand'maman on serait encore assez heureux. Et Ici!... Mais il faudrait vous écrire un volume pour vous peindre les beautés et les agréments d'ici, ce sera pour mon retour; cela me fera parler et vous ne me direz pas de quelque temps : le baron est-Il parti ^ ?
1. Cette question tenait à la cécité de madame da Defland, qui parfois lai faisait prendre» dans ton salon, le silence pour
Je reviens de la promenade. Madame la duchesse m*a dit qu^elle venait de vous écrire. Je vous prie de m'envpyer liLChs^nson Bourges, etc. On m'appelle. v
Recevez les hommages de mon respect.
DU MÉMB A I.A M EUE.
Ce vendredi, 16 juin n89.
11 y a tant de plaisir à bien faire, surtout avec vous, madame, que je me sens aussi dispos pour vous écrire , comme pour écrire à personne.
En conséquence, vous aurez de moi très-souvent une petite lettre, c ue je vous prie de poser sur ma petite chaise , afin que notre ami Creûtz ne s'y mette pas par distraction , car quoiqu'il soit absent plus souvent que moi , je le suis cependant davantage dans ce moment-ci qu'il ne l'est ordinairement, et je m'inquiète d'être plus que lui dans le cas du proverbe.
Nous avons une si grande envie de voir engraisser la grand'maman, et sur ce point elle nous satisfait si peu, que nous ne sommes pas du tout content de sa santé ; cependant je ne la trouve pas plus mal que lorsqu'elle est partie de Paris, et ma seule peine est de voir approcher Compiègne et les camps sans qu'elle ait fait provision de forces pour y résister.
Voici la vie que nous menons. Le matin elle travaille et moi je me promène. Nous dînons à trois heures. Après dîner on joue au trictrac et au volant. Ensuite on sort à cheval, ou en calèche ou en bateau, nous voguons tantôt sur la Méditerranée, tantôt sur l'Océan. En rentrant nous écoutons un concert charmant; puis on soupe, et après souper M. de Gontaut nous fait des contes jusqu'à minuit. Il nous quitte après-demain, et madame la comtesse deChoiseul part demain.
J'arriverai à Paris un dimanche, mais je ne sais pas lequel. Je descendrai chez vous, madame, et vous demanderai peut-être à souper, car je n'aurai pas dîné.
Comme vous m'accusez, dans une lettre à la grand'maman,de vous porter malheur pour les Fanshaw , je tâcherai de vous les ramener, ou plutôt je meurs de peur qu'ils ne soupent chez vous le dimanche de mon arrivée. Dans la même lettre vous parlez d'une comparaison de l'inoculation à l'éducation. Je me suis donné un torticolis au cer veau à force d'y rêver; j'ai compulsé Gatti, qui y a trouvé effectivement le rapport de la rime, mais pour celui de la raison nous ne l'avons pas pu trouver. La morale et les sciences , c'est le virus sans doute? Quelquefois, dans certains sujets, l'inoculation ne prend pas, je comprends cola à merveille; mais dans cette belle comparaison, »i quoi comparez vous la petite vérole naturelle?
Le petit oncle me charge de mille respects pour vous, madame, et assure en avoir chargé Tabbé , toutes les fois qu'il vous écrivait. Pour ce qui est de cet abbé , je ne me mêle point de ses excuses. D vous écrira demain et s'en tirera comme il pourra.
Adieu, madame, croyez que personne ne vous est plus tendrement ni plus respectueusement attaché que
Le baron de Gleichkn.
Permettez, madame, que mademoiselle Sanadon trouve ici les assurances de mon respect.