COPIE DE LA LETTRE AU ROI DE SUEDE
Sire , les bontés dont votre Majesté m'a toujours honoré m'avaient pénétré de la plus vive reconnaissance, et me plongent dans ce moment-ci dans le plus grand désespoir. J'ai été obligé, Sire, de vous
désobéir, parce que j*ai cru que les États seuls pouvaient lever le serment que je leur avais fait , et parce que je ne voulais pas servir d'instrument au pouvoir arbitraire que j'ai en horreur, et que je croyais devoir être une suite de cette révolution. Vous avez eu. Sire, ce pouvoir arbitraire entre vos mains pendant deux jours; mais vous venez de rendre la liberté à la nation : action qui n'a presque point d'exemple, et que je ne pouvais prévoir, malgré l'opinion que j'ai toujours eue de vos grandes qualités; c'est donc en bonne conscience que je reporte mon hommage aux pieds de Votre Majesté. Mais, Sire, permettez qu'après avoir parlé à mon roi, je m'adresse à mon ami; ce terme, de la part d'un sujet , ne doit pas choquer les oreilles de Gustave. Vous avez outragé mon cœur. Un mot m*eût fait voler à vos côtés.
Il y a eu un complot contre votre personne , et vous ne me le dites point. Je ne l'ai appris qu'hier au soir. Dans la lettre dont vous m'avez honoré, vous ne me donnez d'autre motif que de rétablir la constitution de Gustave-Adolphe, adaptée au temps présent ; ce pouvait être celle de Charles XI. Cela m'a fait prendre le parti que j'ai pris. 11 ne m'en reste plus qu'un second, c'est de remettre mes emplois. La plume me tombe des mains.
PIÈCE a' joindre a la LETTRE DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISBUL.
Du 16 septembre 1772. .
M. de Creûtz me persécuta si vivement d'écrire un compliment au roi de Suède, que je fus forcée à le lui promettre. Je me trouvai bien embarrassée de lui tenir parole, et je fis à mon tour de grandes persécutions à M. de Bcauvau pour qu'il fît ma lettre. Après beaucoup de résistance, il m'envoya celle que voici avec le petit billet qui y est joint :
« Sire, lorsque Votre Majesté, par ses vertus, par son courage et par son habileté dans l'art de régner, s'acquiert tant de droits à l'admiration générale, elle ne dédaignera sûrerhent pas ceux qu'elle s'est donnés particulièrement au plus tendre intérêt, puisqu'elle l'a inspiré par ses bontés à tout ce qui a eu le bonheur de la connaître.
« Il me reste encore à désirer. Sire, que Votre Majesté veuille bien, en me distinguant dans cette foule, être persuadée que personne n'a senti plus vivement que moi le prix de ses grandes qualités et de ses agréments, et ne pourra jamais être avec plus de respect... etc., etc.