Le président Hénault
% Lettre de Diderot à mademoiselle Voland.
SUR MADAME DU DEFFAND. xxm
lui adresse a ce sujet des reproches assez vifs : « Pourquoi haïssez-vous les philosophes, lui écrit-il un jour?... vous devriez être leur reine et vous vous faites leur ennemie?... » Elle lui répond avec plus d'indépendance que cet a enfant gâté du siècle qu'il gâta1, » n'en tolérait de la part de ses meilleurs amis. De son côté, madame du Defland s'exprime en toute occasion sans nul ménagement sur la livrée de Voltaire : « Votre livrée me hait, lui dit-elle ; je sais bien pourquoi :
Jo n'ai oint devant eux pu fléchir le genou * !
« Vos philosophes, ou plutôt soi-disant philosophes, sont de froids personnages, fastueux sans être riches, téméraires sans être braves, prêchant l'égalité par esprit de domination ; se croyant les premiers hommes du monde de penser ce que pensent tous les gens qui pensent; orgueilleux, haineux, vindicatifs; ils feraient haïr la philosophie5... » Klle revient souvent, dans ses lettres à Voltaire, sur l'ennui mêlé de dégoût qu'inspirent ces rabâchages continuels contre la religion et ses ministres, avec une liberté de langage que l'irritable grand homme n'aurait pas souffert de tout autre. Nulle part, peut-être, on ne saisit mieux que dans les lettres de Voltaire à madame du Defland son diabolique esprit de prosélytisme. C'est une âme qu'il dispute et qu'il se désole de ne pouvoir emporter. Les démonstrations qu'il lui prodigue pour lui prouver que ce qui pourrait lui procurer quelque consolation n'existe pas, qu'elle a tort de
i. C'est Grimm, qui, dans sa correspondance, rapporte cette ôpitaphe de Voltaire par une dame de Lausanne :
Cy gtt l'enfant gâté du siècle qu'il gâta.