‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 13 sur 128 · Lettre du 5 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 5 janvier

xxiv NOTICE

s'attacher à ces idées, et pour l'en détourner, tout cela fait l'effet d'un sermon à l'envers. « Voltaire ne cesse de s'attendrir sur les malheurs de mon état , écrit-elle un jour à madame de Choiseul *, et il ne tient pas à lui d'en augmenter l'horreur par l'excès de sa compassion. On est toujours maladroit en feignant des sentiments qu'on n'a pas ! »

Madame du Deffand donne elle-même la date de son mariage, comme celle de sa naissance : « 11 y a à peu près cinquante ans que j'ai été mariée, » écrit-elle à Walpole le 5 juillet 1767. C'est exactement le 2 août 1718, en pleine régence, qu'elle épousa le marquis du Deffand de La Lande, à l'époque de la plus grande dissolution des mœurs dans le beau monde. Duclos parle de ce flot montant de démoralisation qui envahit alors et submergea bientôt la société tout entière. « La régence, dit-il, est une des époques de la plus grande dépravation des mœurs, comme le système en est une encore plus marquée de l'avilissement des consciences... » L'amour de l'argent, la cupidité, encouragée par le système de Law, et le bouleversement des fortunes patrimoniales, fut en effet une des causes les plus actives de cette crise déplorable. Tant il est vrai que partout et toujours les révolutions sont fatales aux mœurs publiques! En 1718, mademoiselle de Vichy avait vingt et un ans. C'était tard pour se marier, suivant les usages du temps. Mais elle n'était pas riche. Le marquis du Deffand fut sans doute le premier qui se présenta. Le parti était sortable , et peut d'ailleurs avoir été déterminé par des convenances de famille. Une parenté éloignée les unissait déjà; M. du Deffand était petit -fils d'une sœur du premier président Brulard, grand-père maternel de mademoiselle de Vichy-

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