‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 14 sur 128 · I. Lettre du 17 juillet · texte numérisé non relu

I. Lettre du 17 juillet

SUR MADAME DU DEFFAND. xxv

Chamrond. Né en 1688, il avait huit ans de plus que sa femme. 11 venait d'être fait brigadier, après avqjr été colonel d'un régiment de dragons réformé en d713, et d'obtenir, sur la démission de son père, lieutenant général des armées du roi et gouverneur de Neuf-Brisach, la lieutenance générale de l'Orléanais. II se trouvait en position de faire un beau chemin ; sa recherche fut agréée. On le prit sans consulter sans doute le moins du monde l'inclination de la jeune personne; aussi, tout était-il parfaitement assorti, sauf les caractères, qui ne se convenaient pas du tout ! Les deux époux ne tardèrent pas à s'en apercevoir, et madame du Deffand, naturellement sujette aux humeurs noires et aux vapeurs, qui écrivait cinquante ans plus tard à Walpole : « L'ennui a été et sera toujours cause de toutes mes fautes , » ne tarda pas à s'ennuyer de son mari et à s'en séparer, d'abord à l'amiable, judiciairement plus tard. On a peu de détails sur sa première jeunesse et sur son entrée dans le monde. Mais elle y fut accueillie avec empressement et appréciée. « Vous êtes recherchée comme vous le fûtes en entrant dans le monde, lui écrit plus tard Voltaire ; on ambitionne de vous plaire ; vous faites les délices de quiconque vous approche1... » Ses goûts et sa manière de vivre furent sans doute ceux de toutes les jeunes femmes de son temps. Le jeu y tenait une grande place. « La cause de presque tous les malheurs ici , c'est la fureur du jeu, écrit en 1720 la duchesse d'Orléans, mère du régent. On m'a souvent dit : Vous n'êtes bonne a rien, vous n'aimez pas le jeu. » Il paraît que c'était une véritable fureur, et que, dès le commencement de la régence, le goût en avait tourné toutes les têtes. Les rues de Paris étaient éclairées la nuit de pots à feu placés devant les hôtels des

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