La duchesse de Choiseul, morte le 11 juin
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et lui laisse quatre mille livres de rente. Sa fortune dev< nant meilleure, c'était un moyen d'offrir à son mari un et plus heureux que si elle avait été pauvre. Comme il n'éta pas riche, elle prétendait rendre moins ridicule son mari à se raccommoder avec elle, devant désirer des héritiers. Eli réussit comme nous l'avions prévu. Elle en reçut les compli ments de tout le monde. J'aurais voulu qu'elle ne se pressa pas autant ; il fallait encore un noviciat de six mois , so mari devant les passer naturellement chez son père. J'avai mes raisons pour lui conseiller cela; mais, comme cette bonn dame met partout de l'esprit, ou pour mieux dire de l'imagi nation au lieu de raison et de stabilité, elle emballa la cho» de manière que le mari amoureux rompit son voyage et s< vint établir chez elle , c'est-à-dire y dîner et y souper, ca; pour habiter ensemble elle ne voulut pas en entendre parle de trois mois , pour éviter tout soupçon injurieux pour elh et pour son mari. C'était la plus belle amitié du mondi pendant six semaines. Au bout de ce temps-là elle s'es ennuyée de cette vie, et a repris pour son mari une aversioi outrée. Sans lui faire de brusquerie, elle avait un air s désespéré, si triste, qu'il prit le parti de retourner chez soi père. Elle prend toutes les mesures imaginables pour qu'i ne revienne pas. Je lui ai représenté durement toute l'infamie de son procédé. Elle a voulu me toucher et me fain revenir à ses raisons. J'ai tenu bon ; j'ai resté trois semaine! sans la voir. Elle est venue me chercher ; il n'y a sortes d( bassesses qu'elle n'ait mises en usage pour que je ne l'aban donnasse pas. Je lui ai dit que le public s'éloignait d'ell< comme je m'en éloignais ; que je souhaitais qu'elle prî autant de peine de plaire à ce public qu'à moi ; qu'à moi égard, je le respectais trop pour ne pas lui sacrifier mor goût pour elle. Elle pleura beaucoup ; je n'en fus pas tou-
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chée. La fin de cette misérable conduite, c'est qu'elle ne peut vivre avec personne. Un amant qu'elle avait avant son raccommodement avec son mari, excédé d'elle, l'avait quittée , et quand il apprit qu'elle était bien avec M. du Deffand , il lui a écrit des lettres pleines de reproches. 11 est revenu, l'amour-propre ayant réveillé des feux mal éteints. La bonne dame n'a suivi que son penchant, et, sans réflexion, elle a cru un amant meilleur qu'un mari. Elle a obligé ce dernier à abandonner la place ; il n'a pas été parti, que son amant l'a quittée. Elle reste la fable du public, blâmée de tout le monde, méprisée de son amant, délaissée de ses amies ; elle ne sait plus comment débrouiller tout cela. Elle se jette à la tête des gens pour faire croire qu'elle n'est pas abandonnée ; cela ne lui réussit pas. L'air délibéré et embarrassé règne tour à tour dans sa personne. Voilà où elle en est et où j'en suis avec elle... »
Le président Hénault, et plusieurs des amis de madame du Deffand ont fait son portrait à différentes époques. C'était un exercice d'esprit fort à la mode alors, et assez en rapport avec l'état moral de la société. La frivolité qui fait perdre de vue l'idéal donne d'autant plus d'importance aux nuances, et habitue facilement à ne plus juger que par comparaison. La manière d'être de chacun devient un fait, une variété d'autant plus curieuse à observer, qu'on ne reconnaît plus guère de principes auxquels se puisse mesurer la vraie valeur morale des individus. Madame du Deffand, qui observait mieux que personne, et qui se connaissait à merveille, a fait elle-même deux fois son propre portrait, à quarante ans de distance. Mais aucun ne la peint plus ressemblante que ce récit de mademoiselle Aïssé. Ce portrait-là a l'avantage d'être en action, et on la connaît à fond quand on a lu cette singulière anecdote de sa vie. On y voit sa
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légèreté, son inconstance, ses vapeurs, quelques bons mouvements, mais un incurable ennui, et le désir d'y échapper à tout prix, sans presque aucun sentiment, du moins sans aucun respect sérieux du devoir ; enfin une absence absolue de principes moraux. 11 ne paraît pas que depuis cette seconde et définitive rupture elle ait revu son mari, lequel mourut à Paris le 24 juin 1750. Une seule fois, dans une des premières lettres qu'elle adresse des eaux de Forges au président Hénault en 1742 : « ... 11 y a ici, lui dit-elle, un M. Sommeri, et un autre homme dont on ne sait pas le nom. Ce M. Sommeri pourrait bien être l'ami de M. du Deffand; Je lui en connais un de ce nom , et il se pourrait faire que l'anonyme fût M. du Deffand. Cela serait plaisant ! » Le président lui répond par des plaisanteries passablement cyniques, et qui ne trahissent pas beaucoup de jalousie : « Qu'on vienne trouver les rencontres de comédie hors de vraisemblance!... Si cela était pourtant, que feriezvous?... je m'imagine qu'il prendrait son parti et qu'il ferait une troisième fugue... C'est pourtant une plaisante destinée d'avoir un mari et un amant que l'on retrouve comme cela à, tout moment, et qu'on quitte de même... Votre maison ne vous déplaît pas ; vous avez votre lit et votre fauteuil ; en ajoutant à cela un verrou, vous n'aurez à craindre ni les incursions du bel esprit, ni les entreprises conjugales. Prenez-y garde, au moins ; les eaux de Forges sont spécifiques, et ce serait bien le diable d'être allée à Forges pour une grosseur, et d'en rapporter deux !... »
Mademoiselle Aïssé s'était exagéré sans doute la déconsidération encourue par son amie à la suite de l'aventure qu'elle raconte. Peut-être, si le scandale fut aussi grand qu'elle le dit, le souvenir s'en effaça-t-il très-vite, comme cela devait être , du reste, dans un monde qui n'était pas
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autrement sévère, et où beaucoup d'esprit et de savoir-vivre suffisaient pour rétablir l'existence la plus compromise. Quoi qu'il en soit, très-peu de temps après, madame du Deffand était fort attirée et fort appréciée à Sceaux par madame la duchesse du Maine , comme par (ous ceux qui composaient la petite cour de cette princesse... « Nous avions à Sceaux , dit madame de Staal , alors encore mademoiselle de Launay, madame la marquise du Deffand. Personne n'a plus d'esprit, et ne l'a plus naturel. Le feu pétillant qui l'anime pénètre au fond de chaque objet , le fait sortir de lui-même , et donne du relief aux simples linéaments. Elle possède au suprême degré le talent de peindre les caractères, et ses portraits, plus vivants que les originaux, les font mieux connaître que le plus intime commerce avec eux. Elle me donna une idée toute nouvelle de ce genre d'écrire, en me montrant un portrait de moi qu'elle avait fait; mais un peu trop de prévention et trop de politesse l'avaient, contre son ordinaire, écartée du vrai. J'essayai de le faire moimême, pour lui prouver sa méprise, et je le lui donnai... » On trouve ce portrait dans les Mémoires de madame de Staal. C'est à cette occasion qu'elle disait si plaisamment : « Je me suis peinte en buste !... »
La duchesse du Maine s'arrangeait peu « d'une amitié métaphysique, bonne pour de purs esprits1... » Comme le roi Louis XIV, elle exigeait de ses courtisans une continuelle assiduité. Sa passion dominante était « la multitude, goût qui augmentait et se fortifiait à mesure qu'elle trouvait moins de ressources en elle-même 2. Incapable de se passer des choses et des personnes dont elle ne se souciait guère, » elle voulait voir réunies autour d'elle toutes ses
1. Lettre à madame du Deffand , du 7 juin 1717. % Mémoires de madame de Staal.
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bêtes: les abbés de Chaulieu et de Polignac, Lamothe, Vo taire, mesdames de Lambert et du Deffand, et le berger c Sceaux, le marquis de Sainte-Aulaire, que le temps ava oublié, ainsi que Fontenelle, et à qui il fut donné, comrr à ce dernier, d'être aimable pendant près de cent ans. Pai fois le métier paraissait rude à ces malheureux, condamm aux « galères du bel esprit... » comme disait Malézieu: Pourtant, avoir comme ils s'en plaignaient, surtout comir ils s'en reposaient, il parait que leur verve n'était p; encore épuisée. C'est en revenant un soir de Sceaux, qt le marquis de Sainte-Aulaire fit cet impromptu, moir connu que le fameux quatrain :
Je suis las de l'esprit, il me me
Il me fait tourner la cervelle, Lambert, je viens chercher un asile chez vous,
Entre Lamothe et Fontenelle '.
On invoquait madame du Deffand comme une des pei sonnes les plus propres à apporter du mouvement et de Ter train dans cette société. On voit que souvent elle se faisa un peu prier, comme une personne qui tenait à constat* son indépendance. Elle faisait ses conditions, et chargea madame de Staal de lui retenir l'appartement qu'elle dés: gnait. it S. A. S. désire infiniment que vous puissiez venir Anet... S. A, S. s'est fort divertie de votre récit, et m'a par véritablement touchée du témoignage de votre amitié ! el! m'a chargée de vous donner toutes sortes d'assurances de I sienne ; elle meurt d'envie de vous voir, et s'il vous est absc lumentimpossiblede venir ici, elleseferaun grand plaisird vous trouvera Sceaux. Si le mauvais temps vous rend incorr. mode votre logement du petit château , vous aurez, de pn