Mémoires de d'Argenson, 21 décembre
xlii NOTICE
Le général et tous les supérieurs de l'Institution, qui l'aimaient fort et fondaient sur lui les plus grandes espérances, ne se consolaient pas de son départ. « Franchement, avezvous pu croire qu'il nous resterait? » leur dit Massillon, qui avait souvent causé avec lui. En 1710, il fut reçu dans la charge de président de la première chambre des enquêtes, à la place du président Maupeou, père du premier président, depuis chancelier Maupeou, d'impopulaire mémoire. 11 épousa, en 1714, mademoiselle de Montargis, fille de M. de Montargis, garde du trésor, et de mademoiselle Mansart 4; il la perdit en 1723, et fait d'elle, dans ses Mémoires, un touchant éloge. Plus tard, il fut sur le point de se remarier avec mademoiselle d'Àtys, sa parente; mais le président Chauvelin, neveu du garde des sceaux, s'étant mis sur les rangs, lui-même fut remercié, et n'y eut pas de regrets : « Où aurais-je pu trouver, dit-il, une femme telle que celle que je venais de perdre?... douce, simple, m' aimant uniquement ; crédule sur ma conduite qui était un peu irrégulière, mais dont la crédulité était aidée par le soin extrême que je prenais à l'entretenir et par l'amitié tendre et véritable que je lui portais... je n'ai jamais cessé de la regretter... » Dans ce temps-là, on pouvait, à ces conditions, se donner pour un bon mari. Quant à l'irrégularité de sa conduite, il paraît qu'elle était assez connue : « Belle affaire vraiment que des bonnes fortunes, répondait un jour le régent à un des roués qui le félicitaient à ce sujet! comment n'en aurais-je pas?... le président Hénault et le petit Pallu en ont bien!... » Le journaliste 2 qui rapporte cette anecdote ajoute : « L'un est président aux enquêtes, l'autre conseiller
1. L'autre fille de Mansart avait épousé le marquis d'Arpajon , et leur fille unique fut mariée au comte de Noailles. Une fille de cette comtesse de Noailles épousa le marquis, depuis duc de Duras.