Mémoires de madame Campan
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reçoit quelquefois chez elle... » Celle-là ne voulait pas d'amants, mais se montrait fort sensible à l'amitié, y portait une certaine coquetterie, et s'y livrait avec une simplicité et une bonne foi qui la défendaient peut-être de l'amour... » Elle goûta l'esprit du président Hénault. C'est par elle qu'il fut présenté à la reine, et quand plus tard M. d'Argenson, avec qui il était de tout temps fort lié, fut établi à la cour, le président, appuyé par la dame d'honneur et par le ministre, fut bientôt admis dans l'étroite familiarité. Un jour, la reine écrivit quelques mots de sa main au bas d'une lettre que la duchesse de Luynes adressait au président, il répondit par ces vers :
Ces mots tracés par une main divine, Ne m'ont causé que trouble et qu'embarras ; C'est trop oser, si mon cœur la devine : C'est être ingrat que ne deviner pas.
La charge de surintendant de la maison de la reine étant venue à vaquer fut spontanément et gratuitement donnée par Sa Majesté au président. Cette charge avait été payée 500,000 livres par le précédent titulaire; 15,000 francs d'appointements y étaient attachés. Du reste, les fonctions n'étaient pas fort actives et ne l'occupaient guère; mais elles l'approchaient souvent de la reine. Il sut se rendre agréable, obtint les « entrées de la chambre, un logement dans le château; d'être nommé pour Marly, et le droit de ne plus porter de manteau à la cour, comme en portaient tous les gens de robe sans exception, si ce n'est le seul contrôleur général... » Il n'en fallait pas davantage pour donner alors quelque importance politique à un amateur, d'ailleurs homme d'esprit. Au moment de la disgrâce de M. de Maurepas (1749), le président Hénault servit de médiateur entre le
SUR MADAME DU DEFFAND. xlv
comte cTÀrgenson, ministre de la guerre et le duc de Richelieu. 11 leur donna des dîners tête à tête, et grâce à lui ces deux personnages « devinrent amis, d'ennemis qu'ils avaient été toute leur vie... » — «... Mon frère, ajoute le marquis d'Argenson, tient toujours le président Hénault logé près de lui à Versailles, dans une chambre qui joint la sienne, et le président, grand ami de la reine, le relaye pour lui persuader ce qu'il faut; de là, il va chez la marquise de Pompadour; il négocie, il espionne... » C'est dans sa maison, à Paris, place Vendôme, et dans l'appartement occupé par l'abbé Àlary, que se tinrent, en 1726, ces conférences fameuses, devenues l'Académie des sciences morales et politiques, et connues alors sous le nom de conférences de l'entre-sol. On voit encore qu'il était en correspondance active avec le comte de Noailles, au moment des négociations suivies pour amener la paix générale (1746). Le marquis d'Argenson, qui travaillait de son côté à Paris avec le maréchal de Belle-Isle et les envoyés de Hollande, négligeait d'informer le duc de Noailles, à qui le président Hénault donnait les nouvelles, et qu'il tenait au courant1.
Ce fut sans doute quand madame du Deffand, compromise par sa rupture définitive avec son mari, se vit, s'il faut en croire mademoiselle Aïssé, « la fable du public, blâmée de tout le monde et délaissée de ses amies..., » que, pour refaire sa situation, elle commença ce qu'on peut appeler « son ménage » avec le président. La nature de leurs relations ne peut être douteuse, mais rien n'annonce, de part ou d'autre, un entraînement bien vif, et même à son début, cette liaison paraît avoir eu plus de rapport avec un mariage de raison, qu'avec une de ces passions fougueuses dont à aucune époque de sa vie, du reste, le pré-