En
lu NOTICE
chère n'était pas le seul mérite réunissaient autour d'elle une société choisie :
Formont , vous , et les du Deffand , C'est-à-dire les agréments , L'esprit, le bon goût, l'éloquence, Et vous, plaisirs, qui valez tant !
Plaisirs, je vous suivis par goût , Et les Newton par complaisance,
écrit vers ce temps -là. Voltaire au président Hénault. Newton est là pour madame du Chatelet. Voltaire ajoute en parlant d'elle et de madame du Deffand : « Ce sont deux personnes bien aimables que ces deux femmes-là. » Les rapports de cette dernière avec la cour de Sceaux restaient toujours fort habituels et assez intimes. En 1747, elle fut empêchée par les couches de madame de la Guiche1, avec qui il paraît qu'elle était liée, d'être d'un voyage à Anet où madame la duchesse du Maine passa une partie de l'été. Grâce à cet empêchement, on a plusieurs lettres trèspiquantes de madame de Staal à madame du Deffand ; une entre autres, où elle lui raconte plaisamment la visite de Voltaire et de madame du Chatelet à Anet : « Ils s'étaient annoncés depuis longtemps; on les avait perdus de vue; enfin ils parurent hier sur le minuit comme deux spectres, avec une odeur de corps embaumés qu'ils semblaient avoir apportée de leur tombeau. On sortait de table; c'étaient pourtant des spectres affamés; il leur fallut un souper, et, qui
1. « Henriette , dite mademoiselle de Vemeuil , légitimée de Bourbon, fille naturelle de Louis-Henri de Bourbon, reconnue par lettres patentes enregistrées au Parlement, mariée le 15 ou le 1 G de ce mois (de novembre 1740), sous le nom de mademoiselle de Vemeuil , à M. le comte de la Guiche , parent de madame la comtesse de Lassay, que M. le comte de Lassay, premier écuyer de madame la duchesse, première douairière, et son favori depuis très-longtemps, a fait son héritier, et qui se trouvera par conséquent très-riche. Madame la duchesse Ta menée dans sa loge à l'Opéra le 18 et le 19 de ce mois; elle était couverte de pierreries. Elle a quinze ans et est assez jolie. » (Journal de Barbier, novembre 1740.)
SUR MADAME DU DEFFAND. lui
plus est, des lits qui n'étaient pas préparés ; le concierge, déjà couché, se leva en grande hâte... Voltaire s'est bien trouvé du gîte .. pour la dame, son lit ne s'est pas trouvé bien fait; il a fallu la déloger aujourd'hui. Notez que ce lit, elle l'avait fait elle-même faute de gens, et avait trouvé un défaut dans le nombre 1 des matelas, ce qui , je crois, a plus blessé son esprit exact, que son corps peu délicat. Elle a, par intérim, un appartement qui a été promis, qu'elle laissera vendredi ou samedi pour celui du maréchal de Maillebois qui s'en va l'un de ces jours... »
« ...Madame du Chatelet en est d'hier à son troisième logement. Elle ne pouvait plus supporter celui qu'elle avait choisi; il y avait du bruit, de la fumée sans feu (il me semble que c'est son emblème) . Le bruit, ce n'est pas la nuit qu'il l'incommode, à ce qu'elle m'a dit, mais le jour, au plus fort de son travail ; cela dérange ses idées. Elle fait actuellement la revue de ses principes; c'est un exercice qu'elle réitère chaque année, sans quoi ils pourraient s'échapper, et peut-être s'en aller si loin qu'elle n'en retrouverait pas un seul. Je €rois bien que sa tête est pour eux une maison de force , et non pas le lieu de leur naissance ; c'est le cas de veiller soigneusement à leur garde. Elle préfère le bon air de cette occupation à tout amusement, et persiste à ne se montrer qu'à la nuit close. Voltaire a fait des vers galants2 qui
1. Ce mot nombre, qu'on n'avait probablement pas pu déchiffrer, était resté en blanc dans l'édition de 1809. Ce malheureux mot était chanceux avec madame du Chatelet. Le 21 mars 1752 , Voltaire écrit de Postdam à Formey : « Je vous remercie d'avoir donné Y Éloge de madame du Chatelet,.., il y a une étrange faute, page 141 : elle se livrait au plus grand nombre , au lieu de au plus grand monde... Je vous demande en grâce de réparer cette méprise. » On comprend l'humeur que cette épigramme invo1 on taire dut donner à Voltaire , qui se trouvait ainsi perdu dans la foule.