‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 28 sur 128 · Mémoires du président Hénault · texte numérisé non relu

Mémoires du président Hénault

SUR MADAME DU DEFFAND. lxi

que le caractère de madame du Deffand, bien plus exigeante et passionnée qu'indifférente. Mais Grimm ne la connaissait pas, et n'aurait pas contribué, s'il avait lu sa cort respondance, à lui faire cette réputation de sécheresse qui lui est si injustement restée. — Ami de Maurepas, Pont de Veyle partagea sa disgrâce en 1749. 11 courut grand risque d'être exilé avec Caylus et quelques autres, mais lui surtout, qu'on savait « grand faiseur de vers et qu'on accusait d'avoir chansonné *. » Le duc de Richelieu intervint et le protégea auprès de madame de Pompadour. Il avait composé quelques comédies qui ne sont pas restées à la scène 2, et de jolis contes qui ne se lisent plus guère : le Siège de Calais, le Comte de Cominges, les Malheurs de l'Amour. Mais il avait surtout un talent fort amusant et qui le mettait fort à la mode : l'art de parodier, pour lequel il était unique. Il composait des paroles sur des airs de danse. « H a entre autres adapté à l'un de ces airs, dit Walpole, la fable de Daphnis et Chloé, qu'il a rendue dix fois plus indécente; mais il est si vieux et chante si bien ses parodies, que dans les meilleures sociétés on consent à l'entendre 3... » Il mourut le 3 septembre 1774. Madame du Deffand annonce sa fin dans une lettre du 4 septembre : « Je fais une grande perte, dit-elle, une connaissance de cinquante-cinq ans qui était devenue une liaison intime... Il n'était ni tendre, ni affectueux; mais loyal et sincère... J'étais ce qu'il aimait le mieux... Son frère d'Argental est un bon homme; il a de l'esprit, de la douceur; nous avons beaucoup vécu ensemble dans notre jeunesse ; mais il y avait bien quarante ans que nous ne nous voyions plus. Il nous reste cependant quelque

Page 1