‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 29 sur 128 · Lettres de Walpole · texte numérisé non relu

Lettres de Walpole

réminiscence qui empêche que ce soit une connaissa nouvelle... »

Formont passait pour un des hommes les plus aimai do ia société. Il joignait à beaucoup d'esprit une simpli charmante. Sans prétention lui-même, il n'était ni ble ni incommodé de celles des autres, paraissait à son ; avec tout ie monde, comme tout le monde l'était avec Nul ne savait si bien causer sans disserter... « Nous pa rons de tout, et nous ne traiterons de rien, » disait-il. ! dame du Deffand le perdit en 1758, et se montra fort s sible à cette perle. Voltaire, qui avait lui-même été for avec Formont, et qui paraît s'être refroidi pour lui, con nous en avons fait plus haut la remarque, ne se prêta d'assez mauvaise grâce au désir que lui exprima madi du Deffand. de le voir consacrer quelques pages à la i moire de cet ancien ami. La lettre de Voltaire est imprii dans sa correspondance; la réponse suivante de mad; du Deffand est inédite1 :

P*ri>, janvier HM.

« Je croyais que vous m'aviez oubliée, monsieur; m'en affligeais sans m'en plaindre, mais la plus grai perte que je pouvais jamais faire et qui met le combl mes malheurs me rappelle à votre souvenir. Nul autre i vous n'a si parfaitement parlé de l'amitié; la connaiss si bien, vous pouvez juger de ma douleur. L'ami que regretterai toute ma vie me faisait sentir la vérité de < vers qui sont dans votre discours de la modération :

1. Nous la trouvons dans le recueil manuscrit des lettres de madame du ] fond, que le prince de B-auvau, son enécuieur testamentaire , a fait copier sui l'autorisation à lui laissée. Le- nouvel éditeur do la Corrtspondanre de madami Deffand avec Walpole la reproduit a ta date de novembre 1758. C'est une en évidente i la lettre à laquelle celle-ci sert de- réponse , et qui se trouve égales dans notre recueil manuscrit, porte la date du il décembre f758.

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Oh ! divine amitié, félicité parfaite! etc..

« Je les disais avec délices, je les dirai présentement avec amertume et douleur ! Mais, monsieur, pourquoi refusez-vous à mon ami un mot d'éloge ? Sûrement vous l'en avez trouvé digne; vous faisiez cas de son esprit, de son goût, de son jugement, de son cœur et de son caractère ; il n'était point de ces philosophes in-folio qui enseignent à mépriser le public, à détester les grands, qui voudraient n'en reconnaître dans aucun genre, et qui se plaisent à bouleverser les têtes par des sophismes et par des paradoxes fatigants et ennuyeux. Il était bien éloigné de ces extravagances. C'était le plus sincère de vos admirateurs, et je crois un des plus éclairés. Mais, monsieur, pourquoi ne serait-il loué que par moi ? Quatre lignes de vous , soit en vers, soit en prose, honoreraient sa mémoire et seraient pour moi une vraie consolation.

« Si vous êtes mort, comme vous le dites, il ne doit plus rester de doutes sur l'immortalité de l'âme. Jamais, sur terre, on n'eut autant d'âme que vous en avez dans le tombeau. Je vous crois fort heureux ; me trompé-je ? Le pays où vous êtes semble avoir été fait pour vous ; les gens qui l'habitent sont les vrais descendants d'Ismaël, ne servant ni Baal, ni le Dieu d'Israël ! . . . On y estime et admire vos talents sans vous haïr ni vous persécuter.. Vous jouissez encore d'un fort grand avantage : beaucoup d'opulence qui vous rend indépendant de tous , et vous donne la facilité de satisfaire vos goûts et vos fantaisies. Je trouve que personne n'a si habilement joué que vous. Tous les hasards ne vous ont pas été heureux , mais vous avez su corriger les mauvais et vous avez tiré un bien bon parti des favorables. Enfin, monsieur, si votre santé est bonne, si

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vous jouissez des douceurs de l'amitié, le roi de Pru raison, vous êtes mille fois plus heureux que lui, malg gloire qui l'environne et la honte de ses ennemis.

« Le président fait toute la consolation de ma vie, il en fait aussi le tourment par la crainte que j'ai < perdre ; nous parlons de vous bien souvent. Vous êtes de nous dire que vous ne nous reverrez jamais. Jamais, effectivement le discours d'un mort ; mais, Dieu merci, êtes bien en vie , et je ne renonce point au plaisir de revoir.

« Adieu, monsieur, personne n'a pour vous plu goût, plus d'estime, plus d'amitié; il y a quarante ans je pense de même, n

Parmi les habitués de Saint-Joseph, il faut citer en le chevalier d'Aydie, quand il se trouvait à Paris. ( chez madame du Deffand qu'il avait pour la première rencontré celte délicieuse mademoiselle Aïssé, dont la i chante histoire est trop connue pour que nous la racont ici. Peut-être est-ce cette histoire qui a inspiré à l'a Prévost son plus charmant roman après Manon Lesca {'Histoire d'une Grecque moderne. On lit dans les Mémo de l'avocat Barbier, à la date d'avril 1732, que M. Ferriol, ambassadeur à Constantinople, avait ramené & Pi deux esclaves très-belles. Il en garda une pour lui ; comte de Nogent, son ami, prit l'autre, qu'il épousa, ce ■ ne l'empêchait pas « de le porter fort haut » et d'av pour ses enfants de grandes prétentions aux privilèges la plus haute naissance. Le sort de la pauvre Aîssé fut mo brillant. M. Sainte-Beuve, dont l'autorité est si compétei en toute matière, croit pouvoir absoudre M. de Ferriol l'accusation qui rend sa mémoire odieuse. On voudrait n

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ter convaincu ; pourtant les textes sont bien formels : « J'ai voulu faire de vous ma fille ou ma maîtresse ; le destin veut que vous soyez l'un et l'autre !... » Quoi qu'il en soit, elle céda plus tard à l'amour du chevalier d'Aydie. Mais tout ce que la sincérité, le dévouement, le repentir, peuvent apporter d'excuse à une unique faiblesse , se trouve réuni en sa faveur et lui donne un charme incomparable. Elle reste comme une touchante et romanesque figure , à une époque ou l'amour se faisait en général d'une façon peu romanesque. Elle mourut dans les sentiments de la plus édifiante piété.

Il faut citer aussi l'auteur de Y Esprit des lois, dont le livre, qui venait de paraître, avait fourni à madame du Deffand l'occasion d'un de ces mots qui firent fortune : « C'est de l'esprit sur les lois ! » Montesquieu, dans une de ses lettres, rappelle les soupers qui faisaient ses délices, et « qu'aucune lecture ne pouvait remplacer pour lui; » enfin, tout ce qui se trouvait de passage à Paris en hommes considérables h divers titres. On était certain de rencontrer dans ce salon les étrangers les plus célèbres, « attirés par la curiosité de connaître cette France ancienne et nouvelle, que chez eux ils dénigraient avec pesanteur et accusaient de frivolité, mais qui dans tous les temps est, fut et sera toujours l'objet de leur jalousie1... La conversation, du reste, n'était pas toujours frivole à ces soupers : « Je me souviens, écrit en 1751 lord Bath, d'un soir qu'elle tomba sur notre histoire d'Angleterre. Combien ne fus-je pas tout à la fois surpris et confus de voir que les personnes qui composaient la compagnie savaient toutes cette histoire mieux que nous ne la savions nous-mêmes ! »

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