Laharpc , Correspondance littéraire
2. D'Alembert était fils naturel de Destouches et de madame dcTencin. 11 fut
SUR MADAME DU DEFFAND. lxxv
gravement malade, elle s'établit chez lui, le soigna avec tant de dévouement, qu'après sa guérison il quitta la maison de la vitrière Rousseau, sa nourrice, chez laquelle il avait vécu jusqu'alors, pour venir loger avec sa nouvelle amie. Il le pouvait, paraît-il, sans la beaucoup compromettre. « C'était un petit homme d'une nature grêle et fluette1; le son de sa voix, claire et perçante, le laissait soupçonner d'avoir été dispensé par la nature de faire à la philosophie le même sacrifice qu'Origène. Tout Paris savait la réponse faite à un de ses fanatiques admirateurs, qui, dans un accès d'enthousiasme, s'écriait: « C'est un Dieu! » « Allons donc! si c'était un Dieu, il commencerait par se faire homme! » Marmontel, qui les voyait souvent, affirme que « rien ne fut plus innocent que cette intimité; que la malignité même ne l'attaqua jamais, » Rousseau parle de même de cette liaison2, ajoutant « qu'ils vivaient ensemble, en tout bien tout honneur s'entend, et cela ne pouvait guère s'entendre autrement!.,. » Quoi qu'il en soit, mademoiselle de Lespinasse lui fut fort utile. La société qu'elle sut réunir, l'importance que prit bientôt son salon, contribuèrent beaucoup à celle de d'Alembert lui-même et à cette espèce de domination philosophique dont il se montrait si jaloux. Ce salon devint, en effet, le rendez-vous des hommes les plus distingués , qu'elle savait faire causer et mettre en valeur avec un tact et une habileté rares. Personne n'avait tout à la fois plus d'esprit, moins d'envie d'en montrer, et plus de talent pour mettre en jeu celui des autres. Sans qu'elle y parût prendre la moindre peine, d'un mot jeté
abandonné et exposé sur les marches de l'église de Saint-Jean-le-Rond , porté aux Knfants-Trouvés, retiré de cet hôpital par son père, et mis en nourrice chez la femme Rousseau, vitrière, rue Michel-!e-Comte.