‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 34 sur 128 · décembre 1741 , à M. Horace Mann · texte numérisé non relu

décembre 1741 , à M. Horace Mann

2. Sa mère , Catherine Shorter, lady Walpole, morte quatre ans aupararant,

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prenant part aux discussions de la Chambre; mais, malgré la vivacité de ses opinions, plutôt en amateur qu'en homme d'État actif et ambitieux. Quelques discours, évidemment fort étudiés, et qu'il a soigneusement conservés, furent applaudis même par ses adversaires, un peu comme des morceaux académiques, et sans grande influence, paraît-il, dans la discussion. Cependant les causes qu'il défendit avec le plus de chaleur témoignent la rectitude de son jugement et les bons instincts de son cœur. En 1747, il fit de grands efforts pour sauver l'amiral Bing et chercha, l'un des premiers, à réveiller la conscience publique sur la traite des nègres. Il exprime à ce sujet des sentiments fort en avance de la moralité contemporaine. « Nous avons discuté cette semaine le bill sur la compagnie d'Afrique. Nous, sénat de la Grande-Bretagne, ce temple de la liberté humaine, boulevard du christianisme réformé, nous avons été occupés depuis une semaine à rechercher la. manière de rendre plus efficace cet horrible trafic des noirs. Nous avons trouvé que quarante-six mille seulement de ces malheureux sont vendus chaque année dans nos possessions! Cela fait frémir, en vérité. Pour tout le continent de l'Amérique je ne voudrais pas me sentir sur la conscience d'avoir donné mon vote à ce bill. La destruction des malheureux habitants par les Espagnols n'a été qu'une infortune passagère, comparée à ce fléau persévérant qu'elle fait peser sur l'Afrique. Nous condamnons les Espagnols, et en massacrant d'innocentes créatures nous n'avons pas même comme eux le pitoyable prétexte de travailler au salut de leur âme ! »

De bonne heure fatigué de la vie politique, il n'attendait pour y renoncer entièrement que le retour au pouvoir de ses amis, qu'il ne voulait pas abandonner tant que son concours pouvait leur être nécessaire. Quant à lui, il pensait,

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disait-il, avoir assez figuré pour laisser l'idée qu'il n'était pas une bête, et c'est toute l'impression qu'il voulait produire, ayant toujours redouté par-dessus toute chose qu'on lui fît l'application de cet oracle : 3f**»v mn$eç 3ta»€oi, les enfants des héros sont des butors... Sans craindre qu'il pût se repentir jamais de cette résolution qu'il exécuta quelques années plus Lard1, il se complaisait dès lors dans l'idée de n'avoir rien à faire, de ne penser qu'à se divertir en obscur voyageur, ou à vivre à sa guise dans son pays. Peu de temps après la mort de son père, il avait acheté une petite maison de campagne près de Twickenham, « si petite, écrit-il à son ami M. H. Mann, que je pourrais, je crois, vous l'envoyer dans une lettre pour vous en faire juger, ■ mais dans une situation délicieuse, sur une colline qui descendait jusqu'aux bords de la Tamise, à travers de jolies prairies peuplées de quelques beaux moutons et de deux vaches. La petite maison fut remplacée plus tard par une espèce de château gothique, construit et meublé avec beaucoup de recherche. 11 donne lui-même avec complaisance la description de sa chambre à coucher, dans laquelle, en bon whig, il avait fait pendre, de chaque côté de son lit, la Magna Charta et le warrant d'exécution de Charles Ier, avec cette inscription : « Charta Major, » convaincu que « sans cette seconde charte la première ne serait demeurée qu'une lettre morte. »

Ce dernier trait fait moins d'honneur à ses sentiments, que son éloquente indignation au sujet de la traite des nègres. Ses opinions, du reste, se modifièrent sensiblement

1. Aux élections générales de 1708 , il renonça à toute candidature. Appelé plus tard à la pairie par la mort de son neveu , il ne prit pas môme possession de son siège à la Chambre des lords, et ne porta jamais le titre de comte d'Orfort qui lui appartenait.

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par la suite. Il lui arriva à peu près la même chose qu'au poète Alfieri. « Ah! répondait ce dernier à quelqu'un qui s'étonnait de le voir infidèle à ses anciennes idées républicaines, je connaissais les grands; je ne connaissais pas les petits!... » Loin d'accueillir la Révolution française comme la réalisation probable de ses théories politiques, Walpote prévit de bonne heure les excès auxquels devaient se trouver entraînés les réformateurs, et se sentit ramené à plus de respect et de sympathie pour le pouvoir, qui représente l'ordre dans les sociétés. 11 est curieux de Tentendre déclarer lui-même les motifs de sa conversion 4. « Nous avons longtemps professé les mêmes opinions politiques, et je vous soupçonne de n'en devoir jamais changer, écrivait-il à un de ses amis. Pour ma part, je le confesse, f en ai changé complètement, et de chaud partisan de la liberté je suis devenu un dévoué partisan du pouvoir. Vous me demanderez quelle bonne place on m'a donnée, quelle gratification j'ai reçue pour prix de cette conversion; car c'est en général quelque motif de ce genre qui détermine les conversions en Angleterre!... Mais comme la mienne est d'origine étrangère, elle ne me rapportera rien du tout. Ce qui Ta déterminée, c'est la vue de ce qui se passe en France. Quand deux ministres sont humains, vertueux, excellents, n'ont d'autre but que le bien-être et le soulagement des peuples ; quand un bon roi accorde à ces ministres sa confiance, et qu'un parlement, guidé par les motifs les plus intéressés et les plus bas, ne cherche qu'à arrêter les effets de cette bénédiction, ne suis-je pas obligé en conscience de modifier mes opinions, et de placer ma confiance dans le pouvoir? Puis-je les garder de bonne foi en restant fidèle au principe même de mes convictions?... Les deux tiers delà

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