Lord Byron
SUR MADAME DU DEFFAND. lxxxix
Scott, comme un écrivain du premier ordre. « Son style épistolaire, dit un autre de ses biographes anglais, a prouvé que notre langue était capable de tout le charme dont madame de Sévigné semblait s'être réservé le secret... » Il n'était pas, paraît-il, sans prétention à cet égard. Mais sa facilité lui coûtait beaucoup de travail ; une foule de notes, d'anecdotes recueillies et de narrations préparées pour le courant de sa correspondance, prouvent combien il était loin de son modèle, pour lequel, du reste, il professait un véritable culte1.
En 1765, peu après la réunion du Parlement et le retour au pouvoir de ses amis « qu'il n'aurait pas voulu quitter pendant qu'ils étaient martyrs, mais avec lesquels il se souciait peu d'entrer dans le paradis de Saint-James... » il partit pour la France, et arriva dans le courant de septembre à Paris, qu'il n'avait pas revu depuis son premier voyage, vingt-quatre ans auparavant. Il y trouva l'esprit de la société bien changé. « Si les Anglais qui sont maintenant à Paris, écrivait-il alors, ne sont pas contents, je voudrais qu'ils eussent vu comment on nous y recevait il y a une vingtaine d'années. On ne nous y faisait pas fête dans ce temps-là. 11 en sera encore de même quand la mode d'admirer l'Angleterre sera passée... Du reste, les Français, à notre imitation , sont devenus si philosophes, si géomètres, si moraux, que je n'ai certainement pas passé la mer pour chercher un ennui si facile à trouver dans mon pays. Amuser mon esprit par un changement de scène et par l'observation de mille bagatelles, voilà tout ce que je me propose. J'ai éprouvé la vanité de toute chose sérieuse et le mensonge
1. Les lettres d'Horace Walpole, ce prince de la littérature épistolaire, suivant l'expression d'un critique anglais , ont été recueillies et publiées plusieurs fois. La dernière édition, dont nous avons tiré les matériaux de cette notice, forme six volumes in-8°. (Londres, 1840.)
xc NOTICE
de tout ce qui se prétend tel. Je veux voir les théâtres, les boutiques, non les hommes politiques ou les ministres. Différent de bien des gens devenus vieux, je suis convaincu qu'il n'y a d'important au monde que ce qui le paraît dans la jeunesse et passe plus tard pour folie. Ah ! du moins ces folies étaient sincères, et si les préoccupations de l'âge mûr 1e sont aussi, elles n'ont pas d'autre but que l'égoîsme !... » On s'étonne un peu d'entendre accuser l'égoîsme par quelqu'un de si profondément égoïste lui-même. Quant à la frivolité dont il fait profession, Paris était bien dès lors sa vraie capitale. La frivolité, en effet, c'est moins l'aversion pour les choses sérieuses que la disposition à s'en amuser, Son caractère essentiel, c'est l'envahissement de V esprit, son débordement pour ainsi dire, et sa tendance à s'exercer indistinctement sur tous les sujets, même ceux qui ne sont pas de son domaine. Arts, sciences, politique, religion même, V esprit avait alors tout absorbé en France, se substituant avec une fatuité merveilleuse, comme ces hommes de qualité de la comédie qui prétendaient tout savoir sans avoir rien appris, au goût, à l'érudition, aux traditions, à la foi!... Il -croyait trouver en lui-même la source de tous ces dons naturels ou acquis, et s'arrogeait le droit de juger de tout, comme souverain arbitre de tout. MM. les encyclopédistes étaient, à cet égard, les véritables héritiers des marquis de Molière, et même de leur temps n'échappaient pas tout à fait au ridicule pour cette prétention. « A peine ont-ils entrevu un art, dit un contemporain, qu'ils en prétendent enseigner la théorie aux maîtres de cet art même ; Rousseau veut professer la musique à Rameau ; Diderot fait une poétique complète à l'occasion de son Fils naturel 4. » Que ■cette prétention universelle se donne carrière à propos de