Lettre à Walpole, 3 mars
SUR MADAME DU DEFFANL). cxiii
frère, croyez-vous que madame Rossignol vous aime?... » et tous deux de partir d'un éclat de rire dont l'assistance fut fort étonnée... Un arrêt de la grande chambre finit par rendre & M. de Ghoiseul les biens de sa femme.
Quand il fut nommé ambassadeur à Rome, on fut étonné de cette grande fortune pour quelqu'un alors assez mal en cour. On assure qu'un homme d'esprit qui le connaissait, prédit que cette fortune ne s'arrêterait pas là, et qu'on verrait le nouvel ambassadeur à Rome premier ministre un jour. D'autres le jugeaient moins favorablement : a Ce n'est, disaient-ils, qu'un petit-maître sans talent qui a un peu de phosphore dans l'esprit1!... » Quoi qu'il en soit, l'origine de sa grande faveur est une assez vilaine histoire. La comtesse de Choiseul, sa parente (Romanet), l'avait pris pour confident et pour conseil dans une intrigue de galanterie avec le roi2. Fort expert en pareilles matières, il ne tarda pas à comprendre que cette liaison n'avait pas d'avenir, et que sa cousine n'était pas de force à détrôner madame de Pompadour, à laquelle il était plus habile de la sacrifier. Il rendit compte de tout à cette dernière, jusqu'alors son ennemie, lui communiqua des lettres interceptées, et lui fournit par cette trahison domestique les moyens d'abréger l'interrègne. Il est bien difficile d'admettre avec l'auteur de l'article sur le duc de Choiseul dans la biographie de Michaud, que sa conduite en cette circonstance ait pu être déterminée par la crainte « d'immoler l'honneur de son nom au soin de sa fortune... » Pourtant les consciences de grand seigneur avaient alors en pareille matière d'étranges caprices. Ainsi voit-on le duc de Richelieu, parfait cynique, refuser pour son fils la main de made-