‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 48 sur 128 · Mémoires de Dutens · texte numérisé non relu

Mémoires de Dutens

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sérénité bienveillante, car « il est impossible, dit-elle, de se fâcher ou de rester fâchée contre quelqu'un qui n'a pas voulu vous faire de peine. Ma justice imite celle de Dieu ; il n'y a que l'intention qui m'affecte véritablement... » Rien de plus vrai et de plus sociable, que ce qu'elle dit quelque part sur l'humeur : « C'est un défaut qui équivaut à tous les vices; il rend injuste, parce qu'on ne peut justifier ses propres torts que par son injustice ; il rend haineux, parce qu'on hait ceux à qui on fait injustice ; il donne l'apparence de la fausseté, parce qu'il rend inconséquent. Si j'avais une prière à adresser à Dieu, je lui dirais tous les matins : Mon Dieu ! gardez-moi de l'humeur que je pourrais avoir, et de celle que je pourrais causer !... »

Madame du Deffand termine ainsi le portrait qu'elle a tracé de la duchesse de Choiseul : « Il n'y a pas un habitant du ciel qui vous ait surpassée en vertus ; vous êtes aussi pure, aussi juste, aussi charitable qu'ils ont pu l'être... Si vous deveniez aussi bonne chrétienne, vous deviendriez tout de suite une aussi grande sainte... » Malheureusement elle ne le devint jamais. La grâce semblait la circonvenir ; c'est elle qui en fait la remarque1. La plupart de ses amies étaient dévotes ; la comtesse de Choiseul , la petite sainte ; madame d'Achy , madame de Thiers... — A elle la foi religieuse ne fut jamais donnée, mais elle ne se torturait pas l'esprit comme madame du Deffand pour l'acquérir ou pour s'en passer, et quoiqu'elle détestât Rousseau, son évangile lui suffisait. Elle s'en tenait paisiblement à la profession de foi du vicaire savoyard. L'attachement respectueux et dévoué de l'abbé Barthélémy fut son plus ferme appui dans les mauvais jours; cet appui, du moins, ne lui manqua jamais.

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