Nièce du président Hénault
lents de l'abbé : mais vous l'aimez, il vous aime, je n'en veux pas davantage.
J'oubliais tout net de vous parler de la reconnaissance de madame de Jonsac. Je garderai sa lettre pour vous la faire voir, elle est très-bien écrite ; on ne saurait douter qu'elle ne soit pénétrée de reconnaissance et d'attachement.
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce mercredi, 18 juin 1786.
Convenez, chère grand' maman, que votre petite-fille n'est pas importune ; mais pousser la discrétion plus loin marquerait de la défiance dans vos bontés. Je me flatte même que vous m'en saunez mauvais gré; et puis, j'ai bien des choses à vous raconter.
M. de Guerchy est un grand ministre; il a suivi vos instructions avec une telle ponctualité que M. Walpole est prêt à en devenir fou; j'en ai reçu deux lettres depuis qu'il a trouvé le petit paquet sur son bureau ; il m'en a fait un récit à faire mourir de rire; il a fait le signe de la croix; il a crié au secours; il a cru qu'il y avait de la magie. Je vous montrerai ses lettres. Dans la dernière, il me mande qu'il a été dîner chez M. de Guerchy, avec tous les ministres; qu'on l'avait prié d'apporter la botte et la lettre. Depuis ce jour, il soupçonne madame de Guerchy d'avoir quelque connaissance de ce mystère; cela l'éloigné de penser à moi, parce qu'il sait que je ne la connais pas; mais il croit qu'au moins je suis dans la confidence ; il est comme une âme en peine ; il me demande à genoux de lui dire tout ce que j'en sais; après l'avoir bien ballotté, lui avoir nommé cinq ou six personnes, je lui dis que mon secrétaire me dit que c'est peut-être madame de Valentinois *; que je
1. Connue dans la société par son antipathie pour les Anglais.
trouve qu'il a raison, qu'il faut s'en tenir là ; mais que je lui conseille cependant de ne se pas presser de faire ses remercîments. Je lui écris cet ordinaire-ci et je lui apprends la vérité.
Je vais vous transcrire ce qu'il m'a écrit il y a quelque temps sur la lettre qu'il a reçue de vous :
a La lettre de madame la duchesse de Choiseul est charmante et pleine de lumières ; remerciez-l'en dans les termes les plus forts que vous saurez choisir; il ne faut pas que j'y réponde, n'est-ce pas? ce serait la prier d'une correspondance, ce qui serait très-impertinent et très-présomptueux de ma part. »
Vous aurez madame de Biron la semaine prochaine; rien au monde ne m'empêcherait de vous aller trouver si j'étais du nombre des vivants; mais je ne puis prétendre qu'à être comme M. de Laitre, la plus vivante de toutes les mortes, et encore faut-il que je pense à vous pour jouir de cette sorte d'existence ; mais je vous ai promis de ne vous plus écrire rien de triste. Le plus sûr moyen pour bannir toute tristesse, c'est de penser à votre retour; dites-moi, je vous supplie, quand on peut l'espérer ; faites-moi savoir de vos nouvelles, et permettez-moi de faire mille compliments à madame la comtesse de Choiseul.
Adieu, chère grand'maman, je voudrais bien que vous m'aimassiez un peu, c'est tout ce que je désire.
A Chantelonp, ce 21 juin 1766.
Gomment ! vous êtes informée, ma chère enfant, du succès de votre présent? M. Walpole vous en a écrit? J'en suis au désespoir, j'espérais vous en donner les premières nouvelles en vous envoyant ce billet de M. de Guerchy, pour lequel j'allais vous écrire, et ce n'a pas encore été une petite mortification
pour moi que vous eussiez mis la main à la plume la première, car j'espérais me targuer de ma diligence et vous couvrir de honte en vous accablant de reproches sur votre paresse ; au lieu de cela, c'est à moi de rougir; mais un peu de honte, dit-on, est bientôt passé, et le plaisir très-certain de posséder votre charmante lettre, de la lire et relire, me reste et me restera jusqu'à ce qu'une nouvelle vienne éclipser celle-ci par l'impression d'un nouveau plaisir. Mais lisez, je vous prie, le billet de M. de Guerchy, il m'a charmée par malice et par vanité ; il est clair, à la tournure de ce billet, que M. de Guerchy ne doute pas que le présent et surtout la lettre de madame de Sévigné ne soient de moi. Il n'est personne pour qui il ne fût assez flatteur d'être soupçonné d'avoir ajouté aux grâces et à l'esprit de madame de Sévigné. Jugez donc si je tire vanité de ce soupçon. Ce qui me charmait le plus encore, c'était d'imaginer que M. de Guerchy ne manquerait pas enfin de confier ce qu'il croyait sa certitude à M. Walpole, qui allait m'en adresser ses remerctments, que vous sentiriez tout cela par le billet; que vous seriez furieuse de n'avoir pas été découverte, et que vous seriez obligée de recourir enfin à...
Ce moyen honteux de décliner son nom , Disant : Je suis Oreste ou bien Agamemnon...
J'étais ravie de vous faire cette petite niche; mais, comme je ne veux cependant pas avoir l'air de me parer des plumes du paon, j'ai écrit tout de suite à M. de Guerchy que ni la botte ni la lettre ne venaient de moi, mais sans lui nommer l'auteur de cette galanterie.
Quoi ! M. Walpole trouve qu'il y a des lumières dans ma lettre? Oh! je ne suis plus étonnée qu'il ne m'écrive pas. Il n'y a rien de si ennuyeux que les lumières, les lumières d'une lettre surtout; elles n'éblouissent ni n'éclairent; il n'y a que les savants et les artistes qui aient des lumières : les premiers
ont éclairé le monde par les lumières de leurs découvertes et de leur instruction : les seconds l'ont perverti par des idées lumineuses avec lesquels ils ont porté leur art à son comble et notre luxe au dernier période ; malgré cela, il me semble que j'ai bien plus d'obligations à ceux-ci qu'aux autres ; je me sens du faible pour eux; ce sont les mies qui nous gâtent, les savants sont les pédants qui nous élèvent. Oh ! je les respecte beaucoup, beaucoup, infiniment. Mais vous savez bien, ma chère enfant, que l'on aime toujours sa mie de préférence à tout. Quoi qu'il en soit, moi je n'aime guère les lumières. Je hais surtout celles d'une femme, et d'une femme du monde ; rien de si faux et de si plat. Mais, dites-moi un peu, est-ce que vous ne seriez pas au désespoir d'avoir des lumières?
J'attends demain la comtesse de Biron *, et je m'en fais un grand plaisir, quoique j'aie fait tout ce que j'ai pu pour qu'elle ne vint pas; mais j'ai si bien pris mes précautions pour qu'on ne me rendit responsable de rien (quoique assurément je sois plus persuadée que personne qu'il n'y aurait rien à risquer à répondre de tout pour elle), que j'espère jouir sans trouble du plaisir de l'avoir avec moi. C'est une grande obligation que j'ai à madame la maréchale de Luxembourg et à madame la duchesse de Boufllers, d'avoir consenti à me la céder pendant quelque temps. Je voudrais bien leur en marquer ma reconnaissance. Personne n'est plus propre que vous, ma chère enfant, à la bien exprimer, si vous avez la bonté d'en prendre la peine. Bon Dieu, ne dites donc pas que vous n'êtes plus du nombre des vivants !... C'est le cœur qui vit, tout le reste n'est que formes. Si à cent ans vous aimez encore, vous serez plus en vie que telle jeune personne de quinze ans fraîche et saine, mais impassive; et si vous aimez on vous aimera mieux qu'elle, et vous aurez plus de raison d'être attachée à la vie, puisqu'on
1. Amélie de Boufflers, petite-fille et héritière de la maréchale de Luxembourg, avait épousé cette même année Armand-Louis de Gontaut, connu également sous les noms de Lauzun et de Biron.
vous aimera. Ne perdez donc pas ce feu sacré qui vous a été donné avec tant d'abondance ; aimez, soyez aimée, vous serez toujours jeune; et que votre grand'maman entre pour quelque chose dans votre vie et dans ce qui vous y attache.
BILLET DE M. DE GUERCHY *, AMBASSADEUR A LONDRES. A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
( Inclus dans la lettre précédente.)
A Londres, ce 11 juin 1*706.
Le commissionnaire de madame la duchesse, très-datte de la confiance dont elle l'a honoré, n'a pu exécuter ses ordres aussi promptement qu'il l'aurait désiré, M. Walpole ayant été à la campagne; mais il se flatte d'avoir rempli assez exactement ses intentions. M. Walpole a trouvé sur sa table l'envoi mystérieux, sans savoir qui l'avait apporté; le lendemain, il a paru, à une assemblée, d'une agitation singulière et, selon luimême, avec le suprême degré de fatuité. Il est enchanté de la boîte qu'il ne trouverait comparable à rien si la lettre qui y était jointe ne lui était fort supérieure. Tous ceux, en grand nombre, à qui il a montré Tune et l'autre, en ont porté le même jugement. 11 a accablé de questions le représentant de la nation française pour l'aider à découvrir l'auteur de ce présent, ne doutant pas qu'il ne vienne de son pays. Celui-ci s'est borné à lui répondre qu'il trouvait que madame de Sévigné avait beaucoup acquis en tout genre depuis qu'elle habitait les Champs-Elysées.
Il paraîtrait indispensable, par un sentiment d'humanité, que pour le repos de M. Walpole on le tirât incessamment de l'état violent où il est ; il semble cependant avoir quelques soup-
1. Le comte de Guerchy, mort en 1778. Sa fille fat mariée au comte d'Hausaonrille.
çons ; mais malgré toute sa fatuité, il n'ose les communiquer. Le commissionnaire présente ses respectueux hommages à madame la duchesse, et les assurances de la vive reconnaissance de son épouse sur les marques de souvenir dont elle a voulu l'honorer ; il espère d'être à portée de lui faire sa cour vers la fin de ce mois.
DE MADAME DU DBFFAND A LA DUCHESSE DE CH01SEUL
Ce mercredi , £5 juin 1786.
Je me suis acquittée de vos commissions, chère grand'maman, auprès de mesdames de Luxembourg et de Boufilers. Imaginez-vous entendre tout ce que l'esprit fait penser, tout ce que le cœur fait sentir, et tout ce que l'usage fait dire: voilà leurs réponses. — Venons vite à M. Walpole. J'en reçus hier une lettre datée du 19, et ce n'est que le 20 qu'il aura reçu les éclaircissements qui l'auront tiré de son erreur, et l'auront rendu le phaéton et l'Icare de nos jours! Hélas! hélas! je ne serai pas sur les bords de la Tamise pour déplorer sa chute !
En vérité, chère grand'maman, c'est à vous à le consoler, et quoique ce ne soit pas à moi de le plaindre, je me sens émue de compassion. Si vous saviez tout ce que la reconnaissance lui faisait imaginer, vous ne pourriez pas vous empêcher d'en pleurer et d'en rire. Il voulait vous envoyer son château. C'est, après madame de Se vigne, ce qu'il a de plus cher. Il n'y avait que le transport qui lui paraissait difficile. Je lui aurais conseillé de le laisser où il est, et d'en faire une chapelle qu'il vous aurait dédiée, où il vous aurait invoquée et adorée ; mais voilà qui est fait. Dans ce moment-ci, il ne pense plus à rien ; je le crois au fond de la Tamise !
Ce qui me fait bien rire, ce sont les prodigieux éloges que l'on a donnés à la lettre de madame de Sévigné. C'est la seule
fois que vous ayez été louée sans que ce fût de bonne foi, et que vous ayez été à portée d'apprendre par votre épreuve ce que c'est que la flatterie. Aujourd'hui que ces éloges me reviennent, je me vois Y âne chargé de reliques. C'est vous qu'on encensait, c'est moi que l'on critiquerait si l'on n'était pas retenu par la honte de se dédire. Il résulte de tout ceci des marques de votre bonté infinie, et une augmentation de tendresse et d'amour de la petite- fille pour sa grand' maman. Quand reviendra-t-elle , cette grand' maman ? quand sa petite-fille pourrat-elle lui dire qu'elle est heureuse par elle, qu'elle ne se croira que vingt ans quand elle sera auprès d'elle? Adieu, chère grandmaman ; je ne me porte pas trop bien. Je n'ai pas la force de penser; mais j'ai celle de sentir que je vous adore.
DE MADAMK DU DEFFAND A M. CRAWFORD
Ce dimanche, 29 juin 1766.
Vous ne valez rien , mon petit Grawford, vous me donnez de l'encens à me tourner la tête; vous me croyez vaine et qu'il ne faut que me louer pour être bien avec moi.
Vous ne me mandez point si vous avez reçu le petit billet où je vous confiais que le portrait et la lettre de madame de Sévigné étaient de moi, et si vous détournâtes sur-le-champ M. Walpole de former d'autres soupçons, et il ne me mande point que vous lui ayez parlé. Ainsi, je juge que vous avez négligé cette commission. Mon premier projet avait été de vous confier toute cette intrigue ; mais je craignais de vous causer un embarras qui vous mettrait au désespoir. Personne n'est si paresseux que vous.
Quand est-ce que vous partez pour l'Ecosse? Combien comptez-vous y être? Je crois que monsieur votre père nuira moins à votre retour ici que milord Ossory ; c'est mon rival, et
un rival si préféré qu'il serait inutile et ridicule de lui rien disputer; faites-lui mes compliments, mais sans lui dire aucune douceur; je sais qu'il n'y répond pas.
Adieu, mon petit Crawford, puisque vous voulez toujours l'être. Faites- moi savoir quand vous quitterez l'Angleterre, quand vous y retournerez et quand vous reviendrez en France.
Je vous prie de faire souvenir de moi M. Hume. Je me vante d'être la première qui lui ait marqué de l'empressement, c'est le seul titre dont je puisse tirer quelque avantage. Les charmes et les agréments qu'il a trouvés ailleurs l'ont emporté et m'ont laissée dans la classe des simples connaissances. Vous savez si j'en suis fâchée, si je ne sens pas tout son mérite, si je n'en suis pas touchée, et si je n'aurais pas été fort aise d'être du nombre de ses amies.
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DK CH01SBUL
Ce samedi , 5 juillet 1766.
Je soupai hier avec madame de Biron; jugez de ma joie. Je courus à elle : « De quand êtes-vous arrivée, madame? D'hier au soir. — Gomment se porte la grand' maman? — A merveille. — Quand doit-elle revenir ? — Pour Compiègne. — Ah ! mon Dieu ! qu'il y a loin d'ici là ! Pense-t-elle à moi ? — Oui. Elle m'a chargée de vous dire de lui écrire, quelque tristes que soient vos lettres. — Mes dernières n'étaient point tristes, madame. Êtes-vous bien sûre qu'elle vous a dit cela ? — Oh ! oui, » a-t-elle affirmé d'une voix faible et tremblante. J'obéis donc et je vous écris; mais si, en effet, vous avez trouvé mes dernières lettres tristes, je suis perdue, celles qui les suivront vous paraîtront des leçons de Ténèbres. Vous me donnez beau jeu pour que cela soit ainsi, puisque vous ne voulez revenir que pour Compiègne. Ce procédé est d'une marâtre. C'est aban-
donner son enfant; c'est le faire crever de chagrin et d'ennui; mais les reproches ne sont bons à rien, les injures réussiront mieux; je les préfère. Et pour vous offenser mortellement, apprenez que je vous trouve des lumières, mais des lumières étonnantes; d'infinies dans vos lettres, de sublimes dans la conversation. Vous avez un esprit surprenant, une sagacité, une profondeur, une énergie, etc., etc. Vous êtes outrée, n'estce pas? Eh bien ! je ne dis pas encore tout ce que je pourrais dire. Je laisse à part toutes vos connaissances, toutes vos sciences, et tout cela joint avec de la gaieté, du badinage, de la modestie, même de l'humilité selon M. Walpole.
Eh bien ! suis-je vengée? vous ai-je assez déplu? C'était bien mon intention de vous ennuyer et de vous mettre en colère.
Vous allez donc rester tète à tête avec M. l'abbé? Ah! mon Dieu! que je serais aise d'être en tiers! mais je n'en serais pas digne, car je n'ai point de lumières, moi; hélas! d'aucune sorte; et je le regrette bien davantage quand je suis avec vous. Enfin, chère graud'maman , M. Walpole a reçu par moi des lumières différentes de celles que lui avait données M. de Guerchy. Il est dans une confusion inexprimable; mais je veux vous divertir en vous transcrivant ce qu'il m'écrivit après que M. de Guerchy l'eut instruit; je ne changerai rien à son langage :
« Je suis très-persuadé que c'est madame la duchesse de Choiseul qui a bien voulu me faire le charmant présent dont je vous ai tant parlé. Pour répondre à la lettre comme il faudrait, il n'y a pas moyen, il faudrait avoir son esprit ou le votre. Ajoutez-y encore la difficulté de m'exprimer dans une langue étrangère; enfin, tout cela est désespéré. Je n'ai pas moins de difficulté quand je pense à lui envoyer quelque bagatelle; il ne faudrait pas qu'elle fut trop recherchée, ça serait toujours de l'imitation, et une imitation gauche et manquée; il ne faudrait non plus de la dépense, ce qui serait impertinent de ma part, et rien moins que galant. Enfin, il faudrait quelque chose
qu'on ne pourrait avoir que de ce pays-ci; malheureusement nos productions ne sont ni rares ni galantes ; si mon château pesait deux onces de moins , je pourrais fort bien le lui envoyer, et assurément c'est ce qu'elle n'aurait vu ailleurs. »
Ne trouvez -vous pas que ces fautes de langage font fort bien? Vous devriez, en vérité, lui écrire quatre mots. Ne m'en écrirez-vous pas autant, et n'apprendrai-je pas par vous que vous ne serez pas aussi cruelle qu'on me le fait craindre, et que vous reviendrez huit ou dix jours au moins avant Compiègne?...
Le chevalier de Boufllers vous a-t-il bien divertie? S'il a fait des couplets, je vous demande en grâce de me les envoyer. Il écrivait à madame de Luxembourg que madame de Biron était aussi aimable qu'on pouvait l'être par signes.
Je viens de relire ma lettre, je trouve qu'une grande partie ressemble à une épître dédicatoire, toute des plus plates.
DE MADAME DU DEFFANI) A LA DUCHESSE DE CIIOISEUL
Paris, ce 13 juillet 1706.
Depuis huit jours, chère grand'maman, j'ai un grand rhume, de la fièvre, des insomnies, et je suis tout hébétée; je devrais attendre, pour vous écrire, de me mieux porter. Mon esprit» ainsi que mon cerveau et ma poitrine, sont noyés de flegme et de pituite. Mais si je vais toujours rester bête, il faudra bien que vous me preniez telle que je suis et que vous supportiez votre enfant.
Vous avez été contente de ma dernière lettre; je ne le comprends pas. Celle que vous avez condamnée au feu était, ce me semble , moins plate. J'y faisais de belles applications de la Fable. Mais on est mauvais juge de soi-même K
\. Voir la lettre du 25 juin.
DE MADAME DU DEFFAND. ol
Croiriez-vous que j'ai tiré de madame de Biron le récit de l'aventure qui a donné l'occasion des vers que je vous envoie ?... Sa parole était bien tremblante et entrecoupée. Il me paraît qu'elle vous aime à la folie, et qu'elle s'est parfaitement bien divertie à Chanteloup. Je ne suis pas trop contente de la santé de la maréchale1; tout le monde est frappé de son changement; elle me paraît fort affectée d'une histoire qui fait ici grand bruit. Ce sont des lettres de M. Hume au baron d'Holbach contre Jean-Jacques. En voici un extrait qu'on assure être trèsfidèle, c'est-à-dire voici ce qu'on écrit à milord Holderness, qui avait prié qu'on lui mandât ce qu'on en apprendrait :
« J'eus l'honneur de vous écrire hier, milord ; mais j'étais mal instruite. Voilà le fait assuré. M. Hume a fait avoir une pension à Rousseau de son consentement. Il a changé d'avis et n'en a plus voulu; mais, pour toute reconnaissance, il a écrit à M. Hume une lettre pleine d'insolence, par laquelle il lui a marqué qu'il sait qu'il est lié avec ses ennemis et qu'il a voulu le déshonorer, etc. M. Hume, qui a pris cela pour une déclaration de guerre, comme il le marque au baron d'Holbach, a voulu en faire prévenir ses amis, et, en conséquence, a écrit deux lettres à ce baron , en anglais, où il déclare qu'il veut le dénoncer à toute la terre. On lit encore dans la même lettre au baron d'Holbach : C'est le plus indigne mortel qui ait jamais déshonoré l'humanité... »
Voilà tout ce qu'on sait de cette histoire; il n'en est venu aucune nouvelle d'Angleterre, et M. Hume n'en a rien mandé à M. le prince de Conti ni à madame de Boufllers*.