‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 76 sur 128 · Probablement un dicton provençal · texte numérisé non relu

Probablement un dicton provençal

qu'elles m'ennuyaient. Nous avons à présent monsieur et madame l'Intendante de Tours, et voilà tout.

A Chantcloup, ce 20 .... 1768.

Le pot aux roses est donc enfin découvert, ma chère enfant, mais qui aurait cru trouver M. de Choiseul au fond de ce pot; n'est-il pas incroyable qu'il nous ait ainsi attrapé pendant quinze jours? Madame de La Vallière, encore plus heureuse, a dû s'en bien divertir elle-même : elle a fourni un fond qui a produit des incidents merveilleux. L'abbé les a rassemblés et en forme un mémoire historique, auquel il joint les pièces justificatives, dans le goût de celui que M. de Choiseul a fait sur les premières négociations de la paix, qui ont été rompues. Ce grand ouvrage doit être dédié à M. de Choiseul, et nous lui en ferons la lecture à son voyage ici; c'est pourquoi je vous prie de me renvoyer, si vous l'avez encore, ce que je vous ai écrit à ce sujet, car, dans des choses de cette importance, il faut de l'exactitude et surtout point d'omissions. Je vous renvoie la lettre de madame de La Vallière, que vous avez cru être de l'abbé; je n'ai plus besoin de l'original, puisque tout est découvert, et j'en garde la copie, qui est la pièce importante de notre recueil, le mot de l'énigme.

La lettre de 31. Walpole est réellement charmante ; il m'a fort bien deviné, mais je vois qu'il y a eu de la méprise dans les emballages; il faut lui expliquer l'intention de l'auteur, afin de rendre à notre plaisanterie tout son sel. C'est aujourd'hui que j'attends notre petite sainte : je serai charmée de la voir. Le chevalier de Listenay me fera aussi grand plaisir, mais croyez, ma chère enfant, que personne au monde ne m'empêchera de vous regretter.

L'abbé me charge de vous dire que non-seulement nous parlons de vous, mais encore que nous ne parlons d'autre chose, et je le certifie.

DE L'ABBK BARTHÉLÉMY > MADAME DU DEFFAND

A Chanteloup, ce 24 mai 1768.

Je vous écris, Madame, sans avoir absolument rien à vous dire. N'avez-vous jamais lu les journaux de marine quand ils n'ont point de tempêtes ou de nouvelles côtes à décrire? ils mettent simplement en note : Calme ou vent favorable. Je vous dirai aussi : Calme, et par intervalles une petit vent frais. Madame la comtesse de Choiseul et M. le chevalier de Listenay sont arrivés, et ne troublent point le repos de notre navigation. L'un et l'autre ont donné à la grand' maman des nouvelles de la petite-fille. Le petit oncle n'est point encore arrivé; on l'attend, non pas à toutes les heures, mais à toutes les minutes. La grand' maman me charge de vous dire qu'elle a reçu les lettres relatives aux petits pois, et qu'elle ne fera usage que des articles qui concernent ce grand événement. Vous devriez lui marquer de se ménager sur la lecture; croiriez-vous qu'elle a déjà fini le second volume du Dictionnaire des Portraits qu'elle avait commencé depuis deux mois, et que dans l'espace de vingt jours elle en a lu au moins quinze pages? Elle a commencé Paméla, parce que vous l'aimez. J'en serais ravi si elle pouvait se contenir, mais vous verrez qu'elle voudra l'avoir achevée dans trois ou quatre ans. Comme je suis chargé du détail des livres, mon temps se passe à satisfaire la curiosité des lecteurs. Madame la comtesse de Choiseul vint hier à la bibliothèque ; elle emporta sept gros volumes. Hier, M. le chevalier de Listenay demanda quelques brochures pour l'amuser, et le voilà qui prend les Mémoires de Castelnau, en trois volumes in-folio.

Malgré ces grandes lectures, nous nous promenons assez souvent; le temps est beau; nous montons à cheval; mais nous avons eu un accident bien propre à nous effrayer : avant-hier, Gatti était sur son cheval anglais, nous étions à la fin de notre course; tout à coup ce cheval prend le mors aux dents, le pauvre Gatti le jette dans des broussailles pour pouvoir l'arrêter; la fureur du cheval en augmente :

Sans doute en ce désordre affreux. Un Dieu pressait ses flancs poudreux.

Ce qui est vrai, c'est que nous étions tous saisis d'effroi et dans l'impossibilité de secourir notre pauvre ami qui, ayant vu le long du chemin un endroit garni de bruyères et de buissons, prit le parti de s'y jeter; il en est quitte pour quelques balafres au visage et pour la peur qu'il a eue et qu'il nous a donnée. Je le fis saigner au retour, et voilà la seconde fois depuis trois semaines qu'on lui fait cette opération par mon ordonnance. Je commence à croire qu'il est très -aisé d'être médecin.

Votre grand-papa a fait une jolie galanterie à votre grand'maman : il lui a envoyé les musiciens de sa compagnie, la colonelle-générale, dont il peut disposer puisque c'est lui qui les paye. Ils sont au nombre de six, soit bassons, soit clarinettes ; ils nous donnent tous les soirs, au retour de la promenade, un petit concert délicieux : ce sont gens de très-bonne compagnie, et ils ont un ton excellent.

Tout le monde me charge de vous dire un million de choses , et je me joins à tout le monde.

LETTRE Cil

A Chanteloup, ce 31 mai 1768.

Pourquoi, ma chère enfant, m'avez-vous dit que vous étiez triste? mais c'est parce qu'il faut tout me dire, tout ce que vous pensez, tout ce que vous sentez, tout ce qui vous affecte, tout ce que vous avez pensé, tout ce que vous avez senti, tout ce qui vous a affectée, parce que tout cela est intéressant, et trèsintéressant pour la grand' maman; puis, ma chère enfant, la tristesse n'est point un défaut, c'est une maladie; et, en bonne aïeule, je serais encore plus empressée à guérir vos maladies, si je le pouvais, qu'à corriger vos défauts. L'âme a ses maladies comme le corps, et elle a aussi ses remèdes : l'amitié est un des plus efficaces, et, pour celui-là, ma chère enfant, je puis vous le dispenser avec profusion.

Ah ! M. l'abbé se donne donc les airs de me mêler dans ses caquets, et de faire pleuvoir ses épigrammes sur mes lectures et mon goût pour la littérature ! 11 prétend que j'ai lu quinze pages en vingt jours! Ah! ma chère enfant, je crois qu'il me fait encore bien de l'honneur; mais n'importe, je veux me venger de son impertinence, et, pour l'en punir, je vous montrerai son Mémoire historique sur le pot de chambre et les pois.

J'ai distribué toutes vos agaceries à tous les habitants de Chanteloup ; ils m'ont tous paru fort contents de leurs lots; ils m'ont tous chargée de vous en remercier. Ils regrettent tous que vous ne soyez pas ici des nôtres; ils vous aiment tous, mais aucun ne vous regrette autant que moi, parce que personne, ma chère enfant, soyez-en sûre, ne peut vous aimer autant que je vous aime.

Ce lundi . 30 mai 116H

Vous êtes du nombre des ineffables, mais vous Têtes d'un genre différent de celle qui Test par excellence : vous êtes plus de deux mois sans me répondre, n'ayant rien à faire qu'à bâiller et à détester la vie.

Il n'est pas vrai que vous soyez plus mal que jamais; notre Lindor m'a mandé que vous vous portiez mieux , en m'en demandant le secret; et M. Saint-John, qui n'est pas au fait des affaires, m'a dit tout naturellement que vous vous portiez bien ; ainsi, je le crois. Je vous prie, mon cher petit Crawford, de convenir que vous êtes coupable, et de ne point vous donner pour malade pour excuser votre paresse. J'aime bien mieux avoir à me plaindre qu'à être inquiète de votre état : vous avez la preuve de mon indulgence. Ma patience et ma persévérance sont à toute épreuve; elles me rendent peut-être ridicule, mais il faut que chacun suive son caractère : le mien me force d'aimer ce que je trouve aimable, sans en prévoir les faits ni les conséquences. Je suis surprise que vous ayez tant de répugnance pour écrire ; vous n'avez point l'air de faire aucun effort, ce devrait être pour vous un amusement. 11 y a un article dans votre lettre que je voudrais bien comprendre, et que je vous demande à genoux de m'expliquer; le voici : // est horrible d'avoir des sentiments pour être obligé de les dèplaeer.

Est-ce de vous, est-ce de moi, que vous entendez parler?

Je suis bien aise que vous soyez du Parlement. Je vous réponds de vos quatorze ans, et bien par-delà; vous avez la plus grande maladie que l'on puisse avoir, et la plus incurable : l'ennui. Mais elle ne tue point, elle fait vivre malgré qu'on en ait : j'en suis la preuve.

J'aurais été parfaitement contente de votre lettre s'il y avait eu un mot d'espérance de vous revoir; vous m'aviez dit, dans celle que vous m'écrivîtes en partant pour l'Ecosse , que vous viendriez ici au mois d'août, et peut-être au mois de juillet; avez-vous changé d'avis? dites-le tout naturellement. On doit se faire scrupule de me tromper; je ne puis souffrir les chimères ni les illusions; je ne suis pas assez injuste ni assez vaine pour être étonnée et fâchée qu'on ne vienne point me trouver; mais je n'aime point qu'on me laisse espérer ce qu'on ne veut pas m'accorder.

J'ai une loge à la Comédie avec ï ineffable ; vous y aurez une place quand vous voudrez. Vous souperez chez moi tant qu'il vous plaira, avec qui il vous conviendra; vous vous ennuyerez ici, sans doute; mais ne vous ennuyez-vous pas ailleurs?

Nous raisonnerons, nous disputerons, nous serons souvent d'accord; nous dirons du bien, du mal de tout le monde, et de nous du mal plus que de tous les autres. Je vous expliquerai ce que je pense de la Milady !. La question de Lindor est fort bonne : il est vrai que je ne la vois ni ne l'entends, mais le son de la voix fait pour moi physionomie. Elle a l'abord agréable; le peu de paroles qu'elle dit sont toujours à propos; les jugements qu'elle porte des gens de son pays, que je connais, sont très-justes, et elle devine bien ceux de ce pays-ci; enfin, je lui crois du goût, de la sensibilité, de la prudence, de la justesse, du discernement, et beaucoup d'honnêteté; enfin, enfin, j'ai très-bonne opinion d'elle. Sans être fort gaie, elle aime l'amusement et le plaisir : elle plaît assez généralement ici. Ses succès, cependant, n'approchent pas de ceux de milady Sarah; c'est parce qu'elle n'est pas coquette, et c'est pourquoi, moi, je l'aime mieux.

Ah ! quelle idée vous me donnez de l'amie de M. Clément l

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