H commandait encore les Suisses au 10 août
2. Louise-Élisabeih de la Rochefoucauld, duchesse d'Enville, et sa flilc la duchesse de Chabot.
3. Le duc de la Rochefoucauld , (Ils de la duchesse d'Enville.
matin avec l'abbé Mably et un vieil officier nommé, je crois, M. de Cireux. Madame d'Enville ne partira que demain samedi. Tout cela s'est très-bien passé, très-simplement. Mais pourquoi le petit oncle ne vient-il pas? Nous désespérons d'avoir M. le chevalier de Listenay, le voilà dans un tourbillon d'affaires; que je le plains! Oserais-je vous demander une grâce? c'est de vouloir bien lui faire mon compliment. Je voulais d'abord avoir l'honneur de lui écrire, mais j'ai craint de l'importuner, et j'ai pensé que l'hommage d'Apollon serait mieux reçu quand il serait présenté par l'esprit. Remarquez, je vous prie, cette phrase et jugez si nous n'avons pas bien du goût en Touraine. Cependant ayez la bonté d'ajouter à votre esprit tous les sentiments que j'ai voués à M. le chevalier.
Savez-vous ce que fait le temps? il pleut à verse, et on dit qu'il fait très-bien. La semaine dernière il gela beaucoup de vignes dans l'Orléanais et dans la Touraine, et certainement il ne fit pas bien. Mais voilà comme il est, faisant le bien et le mal tour à tour, comme tout le monde. En conséquence point de promenade aujourd'hui à Chenonceaux , comme nous nous l'étions proposé.
Ah ! mon Dieu! j'oubliais le plus essentiel. Je vous avais parlé de mon projet de processions, il était si beau qu'il conciliait tout, qu'en conséquence tout le monde l'accepta sur-le-champ, et voilà que par une autre conséquence personne n'en a plus voulu depuis. Un des curés consent à marcher devant le chapitre; l'autre, qui depuis vingt ans allait à côté du doyen, ne veut point abandonner sa place. A toutes les raisons il répond : J'ai toujours émulé le doyen, et l'on veut aujourd'hui que je sois touché par le chapitre. Que diront l'Europe et la postérité quand elles se trouveront ensemble ? Le mot louché fait toute la difficulté, parce que dans cette province pour dire qu'on chasse un âne devant soi, on dit qu'on le touche.
M. de Castellane me charge de vous remercier de votre souvenir. La phrase n'était pas de lui, mais de Gatti, qui pré-
tendait vous faire un très-joli compliment, et vous dire ce qu'il pense. Je ne vous ferai pas d'excuses de la longueur de cette lettre; je la crois très-plate, mais je m'en soucie fort peu, car je ne serai pas obligé de la lire.
Vous voulez que je vous écrive, j'obéis, et tant qu'il se présente quelque chose je le dis, et puis je me tais, ce qui est trèscommode. Cependant il m'en coûte pour ne pas vous exprimer tous mes sentiments. Je me les interdis, parce que vous prendriez les vérités pour des exagérations. La grand' maman, que je n'ai pas vue d'aujourd'hui, à qui je n'ai pas dit hier que je vous écrirais, me remerciera sans doute quand je lui apprendrai tantôt que je vous ai donné de ses nouvelles et que je vous ai assurée qu'elle vous aimait toujours avec l'immobilité de l'éternité; elle est montée ces jours-ci à cheval. Hier une ondée trèsforte la prit très-loin du château, des ruisseaux d'eau lui tombaient du visage en telle quantité, qu'à la barbe près, elle ressemblait singulièrement au fleuve Sangar,et moi je ressemble si fort à un bavard, que je finis subitement.
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE GHOISEUL
Paris, ce mercredi 21 mai 1769.
Oui, je l'avoue, chère grand'maman, vous êtes une enchanteresse; vous trouvez toujours le secret de rendre l'absence supportable, et vos lettres me font un si grand plaisir, que l'instant où je les reçois peut se comparer à entendre votre voix; cependant, je ne désire pas moins vivement votre retour.
Je soupai hier avec la maréchale ma voisine1 ; l'autre maréchale8 vint à une heure après minuit; elle venait de souper