OBSERVATIONS
Renoncez au ton dogmatique; Mais restez toujours canonique, Et vous serez canonisée
Ce petit impromptu, fait sans loisir, pourra trouver grâce aux yeux du citoyen La Harpe ; car les vers en sont presque aussi bien tournés que ceux des Commandemens de Dieu et de l'Église. Mais laissons l'abbé Desfontaines et le citoyen La Harpe. Revenons aux dictionnaires.
C'est en i656 que Pascal, qui ne fut point de l'Académie française , fixa notre langue dans ses admirables Lettres provinciales. Le Dictionnaire de l'Académie ne parut qu'en 1694. Avant cette époque, Corneille, Racine, Boileau, Molière, La Fontaine, Bossuet, Fénélon, avaient publié tous leurs chefs-d'œuvre; Fléchier, ses Oraisons funèbres; La Bruyère, ses Caractères ; (^\\\wav\\. même , ses Opéra. On peut répondre que Vaugelas , en 1647 ' ^^vait donné ses remarques sur la langue; mais, si
Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage,
(Molière, Femmes Savantes, Acte II, scène vu.)
il n'enseigne pas plus l'art d'écrire. Ni lui, ni l'abbé Dangeau, ni aucun puriste de profession
I. Cette épigramme se retrouve dans le troisième volume des OEuvres anciennes , page 440, présente édition.
[^Nnte de V Éditeur.)
SI U I.K NOUVEAU DICTIOINN AIRE. >fï^
jusqu'à nos jours inclusivement , iTa eniicln la littérature, je ne dis pas d'un excellent ouvrage, mais seulement d'une page excellente. Ils ressemblent tous à l'abbé d'Aubignac, qui croyait avoir (ionné des lois aux poètes tragiques : il voulut passer du précepte à l'exemple, et composa en mauvaise prose la plus mauvaise tragédie ' qui ait jamais paru. Les vrais grammairiens, Condillac et Dumarsais, ont composé des ouvrages utiles et d'un mérite éminent ; mais c'étaient des esprits philosophiques \ car je ne pense pas que ce mot soit encore supprimé , comme sentant la révolution. Ils appliquaient à la grammaire une analyse fine et profonde : à cet égard , comme en tout le reste, ils n'avaient rien de commun avec \^^ jurés peseurs de diphthongues.
Si le Dictionnaire de V Académie n'a pas influé sur les chefs-d'œuvre du dix- septième siècle, assurément, dans le dix-huitième, il n'a pas augmenté d'influence. On ne l'a pas plus consulté pour écrire V Esprit des Lois, le Siècle de Louis XI P', Emile, V Histoire naturelle ^c\a ou n'a consulté le Dic-