‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 103 sur 108 · Caraccioli · texte numérisé non relu

Caraccioli

gue d'écrire à celle que vous donne votre nombreuse compagnie et vos comédies. Je trouve heureux que le temps ne soit pas plus chaud. Vous ne soutiendriez pas d'apprendre, de répéter et de jouer vos rôles, si la saison était comme elle devrait être. Mais l'abbé n'a pas les mêmes raisons que vous ; cependant je l'excuse; il est des temps où Ton ne saurait écrire, et en jugeant par moi-même, je sais qu'il serait injuste d'attribuer cette impossibilité à l'oubli ou à l'indifférence.

J'aurai ce soir à souper mesdames de Luxembourg et de Lauzun. Elles partiront toutes les deux mercredi prochain: l'une pour Villers-Cotterets, l'autre pour Chanteloup.

Madame d'En ville passera aussi la soirée chez moi; elle ne restera que très-peu de jours à Paris, elle retournera à Liancourt, et au commencement du mois d'août elle vous ira trouver. En vérité, en vérité, chère grand'maman, une seule raison me fait détester la vieillesse, elle m'empêche d'aller vous trouver. Je ne m' afflige pas de toutes ses autres disgrâces, tout ce qui m'environne ne m'attache point à la vie; vaut-il la peine de vivre quand on est séparé de ce qu'on aime?

J'ai depuis peu une nouvelle hôtesse : elle occupe mon petit logement. C'est une cousine de Tévêque l'Orléans, sœur de madame de la Reynière, la comtesse de Bausset. C'est une grande et belle femme; elle n'a que vingt-neuf ans, n'a point le ton provincial. Voilà tout ce que j'en sais jusqu'à présent. Elle doit rester un an ou deux à Paris; elle cherchait un logement honnête et qui fût à bon marché. J'ai offert le mien qui est tout meublé et dont je lui ai fait bon marché. Je ne sais point encore si j'en tirerai quelqu'amusement; elle ne pourra du moins m'être importune, et si elle ne me convient pas, elle sera pour moi comme toutes les habitantes de Saint-Joseph, que je vois très-peu, excepté mademoiselle Sanadon,qui est actuellement à Praslin et dont elle ne reviendra que d'aujourd'hui en huit. Son absence me fâche et me fait sentir ce que c'est que la force de l'habitude. Que l'on est petit, que l'on est faible,

chère grand'maman! on éprouve la vérité de ce que disait madame du Maine : Qu'on serait heureux de pouvoir se passer des choses dont on ne se soucie pas. Vous ne sentez pas cela, chère grand'maman, mais bien tout le contraire. Non-seulement vous consentiriez à vous en passer, mais vous désireriez qu'il fût en votre pouvoir de vous en débarrasser. J'en expliquerais aisément la raison.

L'illustre, l'auguste hymenée est, dit-on, pour jeudi f. Il se doit faire à Paris , et le couple respectable, l'instant d'après, partira pour Compiègne. Vous savez que Madame viendra mardi à Paris et que madame de Lauzun l'accompagnera.

M. et madame de Beauvau, par qui cette lettre vous sera rendue, ne vous laisseront ignorer aucune nouvelle; ainsi je ne cherche point à me rappeler celles que je puis savoir; il n'y a que celles de Chanteloup qui m'intéressent. Votre tête, votre poitrine, votre estomac, la main du grand-papa, voilà ce qui m'occupe et sur quoi je prie l'abbé de ra'instruire. J'appris hier la mort de madame de Vichy, ma belle-sœur*.

LETTRE DXI

DE L'ABBÉ BARTHÉLÉMY A MADAME DU DEPFAND

12 juillet 1773.

M. et madame de Beauvau arrivèrent hier au soir, sans s'être noyés. Avant d'arriver à la dernière poste, un des chevaux voulait absolument se précipiter dans la Loire. Le postillon n'en était plus le maître; heureusement le cheval tomba sur le bord du chemin.

Vous ne parlez plus dans vos lettres de votre rhume et de

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