‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 18 sur 108 · FABLE A MADEMOISELLE DE LORKAIXK · texte numérisé non relu

FABLE A MADEMOISELLE DE LORKAIXK

Rose, dans un hameau nourrie, Touchait à son quinzième été.

C'est Tâge où va de compagnie L'imprudence avec la beauté.

L'une et l'autre éclataient dans la jeune bergère: Elle aimait les oiseaux, elle en voulait avoir, Même en peupler une volière, Et s'y prit mal, comme on va voir. Tant que dura Tété , la petite personne Employa tout son temps à former des filets. L'ouvrage alla si bien qu'ils se trouvèrent prêts Dès les premiers jours de l'automne.

La belle n'eut plus de repos Qu'ils ne fussent tendus dans le champ le plus proche; Ils le sont ; et d'abord s'y jettent mille oiseaux

Qui de l'hiver craignant l'approche , Ensemble voyageaient vers des climats plus chauds. Rose, en un coin cachée, en sort vite, s'approche, Et songe à transporter ce peuple prisonnier. Elle y songe trop tard; le premier se dégage; Son voisin fait de môme, et tous, jusqu'au dernier. Jettent en s'agitant le frein de l'esclavage. Pour comble de chagrin, la fillette peu sage Entendit ses captifs dans les airs lui crier : Notre espèce est bien volage, Belle, pour la retenir, C'était d'abord une cage Dont il fallait vous munir.

Nous voulons bien vous l'apprendre :

Pour qui veut nous posséder, C'est peu de savoir nous prendre, Il faut savoir nous garder.

Un cœur facilement à la beauté s'engage : Il est dans ses filets un moment retenu ; Mais il faut, pour former la cage , Les grâces, les talents, l'esprit et la vertu. , Vous par qui s'embellit encore La demeure où nous jouissons Du mortel que la France adore , Ne prenez pas pour des leçons Ce conte inventé pour vous plaire!

Les cœurs rendus à vos attraits , Je le vois bien, ne s'échapperont guère. De ers oiseaux, pour faire une volière, Vous avez tout, la cage et les filets!...

Ce l«r octobre 1771 , à 4 heures après midi.

J'avais écrit ce matin à l'abbé, uniquement parce qu'il se trouvait l'occasion de M. de Boufflers, n'ayant rien du tout à dire ; et voilà votre lettre du 29 qui m* arrive. Je vous dirai d'abord, chère grand'maman, que je ne suis nullement honteuse de vous écrire des bêtises. Je veux que vous me voyiez telle que je suis, tantôt bête, tantôt sotte, tantôt folle, tantôt gaie, tantôt triste; mais toujours permanente et immuable à vous aimer de toute mon âme,

Je n'ai pas douté un instant de l'effet que vous faisait votre bruyante et brillante compagnie ; mais d'où vient les recevezvous? votre condition est-elle pire que celle du charbonnier? Suffit-il que le roi ne le défende ni ne V accorde (ce qui cependant devrait arrêter ceux qui ne sont point conduits par l'amitié)? Ne faut-il pas votre consentement et celui du grand-papa? Je sais que la sultane en est mécontente , et il n'est pas douteux que le Bâcha 1 ne l'aigrisse. Vous pouvez être sûre que tout ce que je croirai pouvoir vous être de quelque utilité , je ne vous le laisserai pas ignorer. Pour moi, quand j'entends parler de cette grande affluence, je dis que je plains mes parents, et qu'on devrait bien ne les point aller trouver sans leur demander leur consentement; qu'alors, ils ne le donneraient qu'à leurs amis particuliers ; que toutes sortes de raisons ne devaient point laisser douter que cette affluence de monde leur fût convenable , ni agréable ; mais qu'il serait injuste de leur en faire un crime , parce qu'il était impossible de soupçonner que ce fût l'effet de leur empressement et de leur recherche.

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