‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 19 sur 108 · Le duc d'Aiguillon · texte numérisé non relu

Le duc d'Aiguillon

Mais il y a longtemps que je pense que plusieurs amis du grand-papa , ou d'autres se disant tels , lui ont fait plus de mal que quelques autres qui ont l'affiche d'être ses ennemis. Vous savez que je suis en liaison avec quelques-uns de ce dernier genre. J'ai avec eux toute la discrétion que vous pouvez désirer, et la réserve que j'observe nuit sans doute à ce que je pourrais apprendre par eux. Mais comme je ne suis à portée d'être d'aucune utilité , ni de rendre aucun service , je n'interroge point, je me borne à écouter ce que la vanité et l'indiscrétion laissent échapper ; mais je dois cet hommage à la vérité : la petite maréchale n'a nul venin contre le grand-papa ni contre vous ; elle aime toujours beaucoup son frère ; elle a en horreur sa belle-sœur. Il n'y a point de haine plus forte ni plus réciproque ; elle emploierait son crédit pour servir son frère (quoique sa belle-sœur en dût profiter), si elle en avait un véritable. Mais elle n'en a que pour elle personnellement ; pour obtenir quelque argent qu'elle dissipe au même instant. C'est une mauvaise tète, beaucoup d'esprit et d'agrément, nulle solidité ni nulle tenue.

La mère du Bâcha * est d'un autre genre; elle est franche, désintéressée ; tous ses sentiments sont honnêtes. Elle fit hier une action qui ne vous paraîtra pas une preuve de ce que je dis; elle dîna chez la sultane. II y avait huit jours qu'elle résistait au Bâcha ; elle se serait brouillée avec lui , si elle avait persisté à résister. J'ai déjà écrit sur cela à l'abbé 2.

Ma lettre vient d'être interrompue par un valet de chambre de madame de Brionne, qui m'a apporté une lettre de l'abbé , avec laquelle est la fable de De l'Isle que je trouve parfaitement jolie. J'avais reçu deux heures auparavant votre lettre par un des gens de M. de Gontaut.

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