‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 21 sur 108 · Celle de la maréchale de Luxembourg · texte numérisé non relu

Celle de la maréchale de Luxembourg

DE MADAME DU DEFFAND. Tô

de Brissac, celui d'Aunis au duc de Laval, et la lieutenance du Languedoc au comte de Bissy. Et vogue la galère tant qu'elle..., etc., etc.

Vous avez raison d'aimer les Mémoires de Sully. Je voudrais que le grand-papa donnât les siens; mais tant qu'il aura chez lui de jeunes et jolies dames, et la passion du billard, on ne pourra pas l'y résoudre.

Je ne hais pas la lecture, mais je hais tous les livres nouveaux, excepté la Rivalité (que vous ne voulez pas lire) et quelques articles de Y Encyclopédie de Voltaire. Je rabâche les anciens livres; je me viens d'imposer la contrainte de relire Télémaque. Ma grand' maman , il est ennuyeux à la mort. Ce n'est pas du véritable bon temps du siècle de Louis XIV. Il avoisinait celui de Fontenelle et Lamotte. Son style est long, lâche; il vise à une certaine onction qui n'a point de chaleur. Toujours des préceptes, des descriptions, point de sentiments, point de mouvement, point de passion. Je crois bien que l'auteur était un très-bon homme et très-estimable; mais je doute qu'il m'eut tourné la tête. Je finirai pourtant ce Télémaque; mais que lirai-je après ?

A Chanteloup , ce 27 octobre 1771 .

M. de La Ponce vient d'arriver, ma chère petite-fille, qui m'a fait grand plaisir en me remettant votre lettre. Voilà bien des nouvelles; bien des grâces données et assurément bien placées. N'est-il pas vrai que le maréchal de Brissac est un singulier gouverneur de Paris? Les étrangers le prendront pour un comédien de campagne. Voilà encore le gouvernement d'Auvergne vacant par la mort de M. de Bouillon. Je trouve qu'on ue pourrait mieux faire que de le donner à M. de Beauvau , son

beau-frère S à qui Ton doit un dédommagement. Mais je parierais bien qu'on ne le lui donnera pas; car cela serait juste; et il me semble qu'on évite soigneusement l'ordre, la convenance, la justice, et surtout la décence. Vous me faites rire avec l'éloquence de madame sa femme. Je conviens qu'elle est embrasée , pour me servir d'une expression poétique, puisque vous aimez la poésie.

Dites-moi, je vous prie : croyez-vous de bien bonne foi à ces lettres si empressées, pour attirer ici une certaine maréchale *? Je désire qu'elle le croie ; je m'efforcerai à en prendre l'air pour la recevoir ; je ferai de mon mieux pour lui plaire ; mais j'ai bien peur de ne pas réussir. Que tout ceci demeure entre nous ; car vous savez que je crains les tracasseries autant que vous pouvez les craindre.

Adieu, vous ne pouvez pas savoir à quel point je vous aime.

DE LABBE BARTHELEMY A MADAME DU DEFPAND

27 octobre 17" 1 .

M. d'Etréhan part demain, ainsi que M. Gayot. Je prierai l'un ou l'autre de se charger de cette lettre que je ne sais pas commencer. Votre position est charmante pour une correspondance. Vous avez toujours sous votre main des édits, des cassations, des exils, des morts. Nous avons eu pour tout événement la chute d'une maison ; encore n'est-elle pas tombée en entier.

M. de La Ponce arrive dans le moment. J'ai lu votre lettre

1. Le prince, depuis maréchal de Beauvau, avait épousé en premières noces Maric-Sophie-Charlotte de la Tour d'Auvergne, sœur du duc de Bouillon, dont il eut la princesse de Poix. Il s'était remarié en 1704 avec Marie-Charlotte-Svlvie de Rohan-Chabot , veuve elle-même du marquis de Clermont d'Amboise.

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