‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 24 sur 108 · Sa petite-fille · texte numérisé non relu

Sa petite-fille

3. La maréchale de Luxembourg avait toujours soupçonné le comte de Tressan d'être l'auteur du fameux couplet :

Quand Boufflers parut à la cour, On crut voir la mère d'amour...

Un jour, dans sa vieillesse, elle dit devant lui qu'elle trouvait la chanson si jolie que non-seulement elle l'avait depuis longtemps pardonnée à l'auteur, mais que si elle le connaissait elle serait tentée de l'embrasser. M. de Tressan crut pouvoir *e laisser aller à un aveu qui fut aussitôt payé d'un bon soufflet.

semblablement insupportable, qui doit ajouter encore à ma maussaderie naturelle ; de sorte qu'elle aura toute raison de ne pas me trouver à beaucoup près aussi aimable que je trouve qu'elle l'est. Elle doit surtout me trouver fort bête; je ne parle pas parce que ma contrainte est telle qu'il ne me vient pas une idée ; ou si je veux parler pour être de quelque chose , je ne fais que répéter les derniers mots de la dernière phrase de madame de Grammont. Quand je m'aperçois de ce ridicule , je veux le réparer en disant quelque chose de moi, et comme je ne peux pas exprimer ce que je veux dire, je reste court au milieu de ma phrase. Si la maréchale m'interpelle en disant : u Madame, ne pensez-vous pas cela? » Mes réponses sont : u Oui... assurément... madame la maréchale a bien raison... je u suis de l'avis de madame la maréchale... » D'autres fois elle me dit : « Madame, que pensez-vous de cela? » Alors l'embarras est extrême, parce qu'il faut absolument avoir un avis, et avoir le sien, et je suis absolument comme M. Gobe-Mouches. « Je pense que... oui... mais... cependant... je crois...» \u bout du demi-quart d'heure , l'heureuse bavarderie de la comtesse de Grammont vient me tirer d'affaires. Hier, M. de Ghoiseul lisait une lettre de Sedaine, qui me mandait, en «n'envoyant son dernier petit opéra-comique, le Faucon, qu'il cherchait à justifier le nom que je lui avais donné du La Fontaine du théâtre. La maréchale me demanda pourquoi je l'avais appelé ainsi? 11 m'aurait été trop difficile de le dire. Je répondis qu'il n'était pas vrai que je lui eusse donné ce nom* Enfin, je ne finirais pas à vous raconter toutes mes bêtises, et, si vous en étiez témoin , vous mourriez de honte d'avoir une grand'mère aussi bête. Pour madame de Grammont, elle est aussi à son aise avec la maréchale que si elles eussent passé leur vie ensemble, et par conséquent elle est très-aimable et plaira sûrement beaucoup.

J'attends votre incomparable que vous m'annoncez, et je l'attends comme il mérite de l'être, sans impatience, sans désir,

sans inquiétude. Je le verrai avec plaisir, je le quitterai sans regrets. Ah ! ma chère petite-fille ! ce n'est pas comme cela que j e vous aime.

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